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à la perfection devait se séquestrer du commerce du monde et se recueillir en Dieu seul , pour y découvrir ce type du beau et du bon dont les niasses n'avaient retenu aucune empreinte. Le désert était le séminaire du chrétien ; souvent aussi il devint l'école de l'homme d'État. Vus de plus haut et de plus loin, les événements étaient mieux appréciés, et, d'un autre côté, les peuples, jaloux de se soustraire aux puissants, se pliaient sans crainte aux conseils du cénobite. Ainsi se formèrent a l'écart et parurent tout a coup sur la scène des hommes dont l'influence était d'autant plus irrésistible qu'ils ne l'acceptaient que comme un pesant fardeau.
Tel était, a la fin du iv e siècle, saint Fai verte , évèque d'Orléans, tel devait être Aignan, son disciple et son émule. Celui-ci, attiré par la haute renommée du prélat, se rendit auprès de lui pour s'y perfectionner dans la science du salut. Bientôt il fut investi de toute sa confiance et reçut la direction d'une communauté d'hommes qui s'était formée auprès de Saint-Laurent. Les talents et les vertus qu'il déploya dans ces fonctions lui attirèrent l'estime et la confiance générale , et tous les fidèles du diocèse n'eurent d'autre désir que de le voir monter un jour sur le siège épiscopal. Euverte lui-même approuva ce vœu ; mais il n'osa se prononcer à cet égard avant d'avoir consulté le ciel. Les sorts furent jetés au moyen des divines écritures : tous les passages qui se présentèrent furent accueillis comme une mani-
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fes Union de la volonlé divine, et Euverte proclama lui-même son successeur aux acclamations de tout le peuple.
Aignan ne fut pas seulement un prélat selon Dieu : administrateur énergique et prudent , il n'oublia rien pour le bien-être temporel de son troupeau. L'art de la guerre même ne lui était pas complètement étranger , comme il le prouva dans une des circonstances les plus graves de l'histoire de notre province. Attila, le fléau de Dieu, parcourait les Gaules, portant autour de lui le meurtre et l'incendie; il menaçait Orléans. Aignan anime le courage des habitants , dispose tout pour la défense, et, malgré son grand âge, traverse une partie des Gaules et se rend à Arles pour implorer le secours d'Aélius, lieutenantgénéral des Romains. Sa demande fut accueillie : les légions se mirent en marche; mais il fallait du temps pour franchir une telle dislance. A mesure que le secours attendu approchait, les Orléanais voyaient leurs forces s'épuiser et leur espoir s'évanouir. Enfin il se présenta d'un côté de la ville, tandis que de l'autre les barbares, vainqueurs, franchissaient les murailles et se livraient déjà au pillage. Surpris dans la sécurité du triomphe, ceux-ci furent mis en fuite et taillés en pièce. Les Orléanais, dans leur reconnaissance , érigèrent en miracle cette victoire inespérée, et la légende l'orna de circonstances merveilleuses.
La défaite d'Attila avait eu lieu en 452 ; l'année suivante, Aignan mourut dans un âge fort avancé.
Son corps fut inhumé dans la modeste église de Saint-Laurent. Sa mémoire resta toujours chère à son peuple. On racontait les nombreux miracles dus a son intercession; on l'invoquait dans toutes les calamités publiques , et les pèlerins accouraient de tout coté à son tombeau.
Clovis conçut une vénération toute particulière pour le libérateur d'Orléans; il voulut déposer ses précieuses reliques dans un lieu plus digne; il lit entièrement reconstruire, a cet effet, la petite église de Saint-Pierre-aux -Bœufs et l'enrichit de dons précieux. Le nouvel édifice changea dès lors de vocable et ne fut plus désigné que sous le nom de Saint-Aignan.
On s'accorde à penser que Sainl-Pierre-aux- Bœufs s'appelait ainsi d'une prairie dans laquelle paissaient de nombreux troupeaux; mais sa position n'a jamais été clairement reconnue. Hubert, se fondant sur quelques ruines d'un caractère fort antique qui existaient encore de son temps, le place au nord de Saint-Aignan, au milieu du cloître maintenant transformé en une place plantée d'arbres; d'autres archéologues le reculent, dans la même direction , jusqu'à la maison de la rue Saint-Corne qui porte le n° 24. Ils assurent qu'on reconnaît encore en ce lieu des traces de cryptes fort remarquables. Il ne nous a pas été permis de vérifier ce dernier fait; mais, quoi qu'il en soit , ces deux opinions se trouvent en opposition directe avec un texte important que nous citerons bientôt dans son entier. Le moine
Helgauld, en parlant de la nouvelle église que le roi Robert fit construire en l'honneur de saint Aignan , se sert de ces expressions : Hum in altiori volens conslituere loco. « Voulant rétablir « dans un lieu plus élevé (1). » Or, la crypte de celle-ci , seul vestige authentique qui nous en reste, est creusée dans un coteau qui s'abaisse par une pente rapide vers la rive du fleuve située au midi. Si donc elle occupe un lieu plus élevé , c'est qu'elle fut construite au nord et non pas au midi de Saint-Pierre , comme le supposent les auteurs dont nous discutons l'opinion. Ajoutons qu'en adoptant le texte d'Helgauld, les motifs du déplacement deviennent faciles à comprendre.
Situé sur le bord même de la Loire et dans un lieu très-bas, l'église de Saint-Pierre était exposée a de fréquentes inondations. Les pirates d'eau douce, alors fort communs , pouvaient la dévaliser en un tour de main. En l'élevant sur le coteau, Robert voulut la mettre à l'abri de ce double fléau , et s'il ne put la garantir du second , du moins elle n'eut plus rien à craindre du premier.
Outre ces deux édifices bien distincts, les annalistes mentionnent, quelques siècles plus tard, un oratoire alors nommé la Chapelle-Sainl- Aignan, et remplacé depuis par Notre-Dame-du- Ghemin. Enfin uue petite paroisse dédiée au
(1) Les mots locus altior ne peuvent s'entendre de la perfection de l'œuvre ni de l'élévation de l'édifice , car l'auteur ajoute en ce seus dans la même phrase : In melius construere cœpit. « 11 commença à le remplacer par un édifice préférable. »
Crucifix fut transférée, au xn e ou au xm e siècle , dans le local de l'église Saint-Aignan , tout en conservant son administration spéciale et ses offices particuliers ; on la distingua dès lors sous le nom de Crucifix-Saint-Aignan. Voici donc trois lieux voisins placés sous la même invocation et deux paroisses spirituelles réunies dans le même vaisseau, double cause d'erreurs qu'il était nécessaire de signaler aux personnes qui voudraient faire des recherches sur le même sujet.
Le patronage de saint Aignan donna à la nouvelle église de Saint-Pierre-aux-Bœufs une célébrité qui ne fil que s'accroître dans les siècles suivants. Les peuples et les rois venaient se prosterner au pied des précieuses reliques , et leurs prières étaient toujours accompagnées de présents. Le concours des fidèles dut nécessairement amener rétablissement d'un monastère, et dès 547 le couvent alors existant se trouvant trop étroit, l'évêque Félix se vit dans la nécessité d'en faire construire un nouveau.
L'histoire des églises pendant le moyen-âge est la même dans toutes nos provinces. Leur renommée, leurs richesses étaient pour elles une cause de ruine : bientôt l'affliction des chrétiens se soulageait en nouvelles offrandes, mais elles ne se relevaient plus pompeuses que pour être saccagées de nouveau. Tel fut le sort de Saint-Aignan. 11 éprouva plus d'une fois la fureur des Normands. Reconstruit par Charlemagne en 769, il le fut de nouveau par Charlcs-le-Chauve en 865. Enfin, il
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semblait à l'abri de toute destruction, lorsqu'il fut enveloppé dans le terrible incendie de 999. Ce dernier fait, attesté par tous les chroniqueurs, paraîtra cependant presque incroyable, si l'on fait attention qu'alors l'église était séparée de la ville par les murs, les fossés et une distance de plus de cent vingt-cinq pas. Comment les flammes ont-elles pu franchir cet espace? Nous sommes porté à puiser dans celle circonstance les indices d'un complot organisé par la vengeance , la politique ou le brigandage : le feu aurait éclaté sur plusieurs points a la fois , et ainsi deviendrait vraisemblable la destruction complète de la ville et d'une partie des faubourgs.
Kobert-le-Saint régnait à l'époque de ce grand désastre. Orléans lui était spécialement cher, car il y avait reçu la naissance, le baptême, l'éducation et enfin la couronne; de plus, il portait une vénération toute particulière à saint Aignan , de qui il reconnaissait avoir reçu un secours miraculeux dans une grave maladie. Il voulut reconstruire a ses frais l'église détruite. L'œuvre fut terminée en 1029. Helgauld, moine de Sainl- Benoit-sur-Loire , et auteur contemporain, en parle en ces termes dans le manuscrit intitulé Epilome vilœ Roberti régis :
« 11 (le roi Robert) construisit a neuf, dans la ville d'Orléans, l'église (l) de Saint-Aignan.... et
(1) Le texte porte monaslcrium ; mais ce mot, dans la suite de la description, signifie toujours Téglisc, comme dans celte phrase : Et ait aria in ipso monasterio.... noveindecim.
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voulant, par l'inspiration divine, la placer dans un lieu plus élevé, il se mit à construire, pour recevoir ses reliques, la maison du Seigneur sur un plan bien préférable à l'ancien, et avec l'aide de Dieu et le secours de saint Aignan, il put accomplir son entreprise. L'édifice proprement dit a quarante-deux toises (1) de long, douze de large, dix de haut et cent vingt-trois fenêtres. Il fit faire dans l'église même dix-neuf autels , dont nous avons eu soin de conserver les noms. Le principal fut dédié à l'apôtre Pierre, a qui le roi susdit associa le co-apôtre Paul , tandis qu'auparavant ce lieu était consacré seulement a saint Pierre. Un autel fut placé au chef de saint Aignan , un autre à ses pieds (2); un quatrième fut dédié à saint Benoît; les autres furent sous l'invocation des saints dont voici les noms : Saint Euverte , saint Laurent, saint Grégoire, tous les saints, saint Martin, saint Maurice, saint Etienne, saint Antoine, saint Vincent, sainte Marie, saint Jean, saint Sauveur, saint Mamert, saint Nicolas , saint Michel. Le chef de l'église fut une œuvre merveilleuse, construite a l'instar de Sainte-Marie, mère de Dieu , et des saints Agricol et Vital , à Clermont. 11 fit revêtir le devant de la châsse de saint Aignan d'or bon et excellent, de pierres précieuses et d'argent pur; il couvrit de bon or
(1) Tensas.
(2) Ad caput sancti Aniani unwn, adpedes alind. On pourrait , non sans vraisemblance , traduire : « Un autel fut dédié à son chef, un autre à ses pieds, »
toute la table de l'autel de saint Pierre, à qui le lieu est consacré (1). Il y en avait quinze livres; mais , après la mort du roi, la reine Constance , son épouse, en prit sept livres pour subvenir aux frais de la réparation des toits, qui, ouverts du haut au bas , laissaient voir plus de ciel que de terre....
« Ayant terminé sa prière ( le jour de la dédicace qui eut lieu Tan 1029 ), le roi donna à l'église les présents les plus remarquables, quatre manteaux précieux, une châsse d'argent en forme de tombeau (2) et sa chapelle, dont il fit hommage, pour après sa mort, a Dieu tout-puissant et à Aignan , le très-saint confesseur. Voici en quoi consistait la chapelle du roi : douze chappes bonnes, très-bonnes et bien faites; deux livres" d'évangiles en or, deux en argent (3) et deux autres plus petits, avec un missel d'outre-mer (4) d'argent et d'ivoire bien travaillé ; douze phylactères d'or; un autel d'or et d'argent d'un travail merveilleux , renfermant au centre une pierre remarquable nommée onyx (5) ; trois croix d'or ,
(1) Il semble résulter de ce passage et d'un autre qui se trouve quelques lignes plus haut, que l'édifice, quoique construit en l'honneur de saint Aignan, resta encore quelque temps sous l'invocation de saint Pierre : c'était un souvenir de Saint-Pierre-aux-Bœufs.
(2) Urceo argenteo.
(3) Aurci duo, argentei duo. Ces mots signifient probablement à couvertures d'or, d'argent.
(6) Transmarino, qui venait d'au-delà des mers. Ce mo' ndique apparemment une origine byzantine.
(ô) Ce devait être un de ces autels portatifs qui furent fort communs dans les premiers siècles du moyen-âge.
dont la plus grande renferme sept livres d'or pur ; cinq cloches (1), dont l'une était digne d'admiration : celle-ci contenait deux mille six cents livres de métal. Il voulut qu'elle fût baptisée avec l'huile et le chrême, suivant le rit ecclésiastique, el qu'elle reçût le nom de Robert. 11 donna aussi au même saint deux églises, etc. »
Ainsi , comme nous l'avons déjà fait observer , le nouvel édifice fut construit sur un lieu plus élevé, c'est-à-dire au nord de l'ancien ; ainsi l'art commençait a se relever de la dégradation dans laquelle il avait langui pendant les siècles précédents; mais ce qui est surtout digne de remarque, c'est que le chef de 1 église de Saint-Aignan fut copié sur celui de Sainte-Marie, de Saint-Agricol et de Saint-Vital. Si donc Tune de ces églises nous était connue, il nous serait facile de reconstruire les autres par la pensée. Or, on manque de renseignements certains sur les deux dernières; mais on retrouve une travée de Sainte-Marie enclavée dans la cathédrale de Clermonl . Elle est du style roman le plus pur et offre une ressemblance parfaite avec les parties correspondantes de l'église de Notre-Dame-du-Porl de la môme ville. Notre-Dame-du-Port est un des monuments romans les plus parfaits et les mieux conservés qui existent en France. Ses arcs plein-cintre, ses fortes colonnes cylindriques à chapiteaux cubiques, pyramidaux ou scaphoïdes, ses proportions
(i) Signa. De ce mot s'est formé saint, dont les anciens au. leurs français se servent pour exprimer une cloche.
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sévères, ses formes simples et imposantes et cette perfection de Part architectural , qui contraste d'une manière si frappante avec l'ignorance et la pesanteur de main du statuaire, en font un type remarquable. Tel dut être Saint-Aignan, si les copies ressemblent toujours au modèle.
Le texte qui vient d'être cité nous a puissamment aidé à retrouver le style de l'église supérieure : ce qui nous reste de la crypte peut, en retour, confirmer de la manière la plus complète la description du moine de Saint-Benoît. On y reconnaît, en effet, la reproduction presque complète de celle de i\olre-Dame-du-Port. Le plan , l'élévation, le style, la forme et l'agencement des voûtes, le nombre des piliers qui les soutiennent sont identiques : et si ces piliers sont cylindriques à Notre-Dame, tandis qu'ils sont carrés à Saint- Aignan; si nous comptons ici cinq chapelles rayonnantes, tandis que là il n'y en a que quatre, ces différences sont si légères qu'il n'y a pas lieu de s'y arrêter. D'un autre côté, la largeur actuelle de la crypte se rapporte parfaitement a celle qu'Helgauld donne a l'église supérieure. Celle-ci avait 12 toises de largeur, la crypte a 16 m 50 e dans œuvre , c'est-à-dire près de 8 toises 1/2. Maintenant si l'on admet, ce qui est très -probable , que les dimensions susdites aient été prises hors œuvres, on a environ 1 toise 3/4 pour l'épaisseur de la muraille et des contre-forts, en supposant qu'elle ait été intérieurement à l'aplomb de celle de la crypte, et un
peu inoins si elle était en retrait. Il résulte de ce rapprochement que notre crypte est bien celle du xi e siècle et qu'elle a servi de base à l'édifice supérieur.
A défaut des documents que nous venons d'exposer, l'inspection seule eût peut-être suffi pour établir l'âge de cette partie du monument. On en jugera par la description.
Le plan de l'église souterraine présente dans son ensemble un chœur à apside circulaire , une galerie collatérale qui l'enveloppe et cinq chapelles rayonnantes autour du rond-point. L'apside est entouré de cinq arcades correspondant a l'ouverture des chapelles; le reste du chœur forme deux travées et son pourtour se trouve ainsi dessiné par huit piliers et neuf arceaux. La largeur totale dans œuvre, en y comprenant chaque galerie pour 2 m 50 e et chaque pilier pour 1 m 75 e , est de 16 m 50 e a l'extrémité occidentale, et de 15 m 75 e seulement a la naissance de l'hémicycle ; la longueur est de 19 m 50% savoir : 7 m pour les deux travées du chœur, 5 m 50 e pour l'apside, 2 m 75 e pour les piliers du rond-point, l m 75 e pour la galerie circulaire et 2 m 50 e pour la chapelle terminale. L'aire de l'apside et du chœur n'est pas complètement libre : l'architecte y a introduit, pour soutenir les voûtes, six piliers moins épais que ceux du pourtour, disposés sur deux lignes dans le sens de la longueur et correspondant, paire pour paire, aux quatre du chœur et aux deux premiers du rond-point.
Les dispositions que nous venons d'indiquer ne se révèlent pas sur les lieux au premier coup d'œil. Outre les nombreux remblais dont nous parlerons bientôt, l'épaisseur des piliers et le peu d'espace qu'ils laissent entre eux rendent leur symétrie difficile a saisir. Du reste cette symétrie n'est pas complète. On a vu que la largeur totale de la crypte allait en diminuant de 75 e depuis le mur du fond jusqu'au rond-point. Ce rétrécissement, encore plus marqué dans le plan des piliers que dans les points des parois qui leur correspondent, ne se fait pas également sentir de chaque côté, la muraille et les piliers septentrionaux présentant un biais beaucoup plus prononcé que celui de la partie opposée. Les piliers ne sont pas non plus symétriquement semblables, et bien des lignes qui paraissent correctes renferment cependant des irrégularités; en un mot , Tordre semble régner partout et pourtant il n'existe nulle part. 11 suit de là qu'une description parfaitement exacte est impossible , à moins d'entrer dans des détails fastidieux. Nous avons donc du nous contenter d'énoncer les mesures moyennes pour toutes les parties de même nature; mais les erreurs sont minimes et véritablement indifférentes quant à l'appréciation archéologique.
Les piliers n'ont pour tout ornement qu'un tailloir composé d'un simple Olet dont l'angle inférieur est évidé en cavet. Leurs proportions varient suivant leur destination. Ceux qui entourent le chœur sont robustes; les deux premiers,
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à partir du mur de fond, sont carrés et distants de la muraille d'une fois et demie leur diamètre; ils ont environ l m 50 e sur chaque face; les suivants sont également carrés et un peu plus rapprochés ; les troisièmes, qui ne sont qu'à environ 1" de ceux-ci, et les deux plus proches du chevet, ne paraissent, pris ensemble, qu'un bloc de maçonnerie dans lequel on aurait ouvert les étroites arcades correspondant aux chapelles. Ces arcades, qui n'ont que l m d'ouverture sur 2 m 75 e de profondeur (épaisseur des piliers), ont leurs parois parallèles ; de sorte que les piliers sont à section cunéiforme. Les six piliers placés dans Faire du chœur sont, au contraire, parfaitement carrés; ils n'ont que 70 e sur chaque face et ne manquent pas d'élégance. L'appareil des murs et des piliers est semblable à celui du martyrium qui sera décrit plus tard. Les voûtes, toutes plein-cintre, sont construites en blocage et composées partie de moellons, partie de briques romaines provenant probablement de quelques ruines. Elles ont 8™ sous clef; elles sont en berceau dans la galerie collatérale et croisées d'arêtes dans l'intérieur du chœur. On remarque des arcs doubleaux entre les petits piliers intérieurs et ceux du pourtour.
Les cinq chapelles du pourtour ont 2 m 50 e de profondeur. Elles se composent en plan d'un hémicycle de 2 m 50 e d'ouverture et de deux joues rectiligues tracées comme les rayons d'un cercle qui aurait pour centre celui du rond-point de la
crypte, se rétrécissant ainsi un peu vers leur entrée. Elles sont voûtées en cul-de-four. Dans leurs hémicycles s'ouvrent deux petites baies en meurtrières , longues, étroites et ébrasées intérieurement ; dans chaque côté des joues, on remarque au niveau du sol une niche plein-cintre de 80 e de largeur sur l m de hauteur et environ 20 e de profondeur.
Outre les dix baies des chapelles, la crypte en possède huit autres du même style, mais plus grandes et plus ébrasées; celles-ci ont à l'extérieur l m de hauteur. Elles sont percées, savoir : quatre dans le pourtour , entre les chapelles , et deux dans chacune des parois des galeries collatérales qui correspondent aux deux travées du chœur.
Ces parois, qui ont 7 m 20 e depuis le mur de fond jusqu'à la naissance de l'hémicycle, sont ornées, sur une longueur de 5 m 50 e , d'une arca- , ture composée de six arcs plein-cintre extradossés, reposant sur sept colonneltes de l m de hauteur totale , placées au niveau du sol. Trois de ces colonnettes sont cylindriques; le fût est détaché de la muraille; les bases rappellent Tordre ionique; les chapiteaux, qui occupent plus d'un quart de leur hauteur , sont complètement romans; les tailloirs se composent d'un cavet entre deux filets et d'une plinthe; les corbeilles, rondes a leurs parties inférieures, carrées sous le tailloir, présentent la transition graduée du cylindre au cube ; elles sont couvertes de feuillages ap-
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pliqués , do rosettes , de torsades , de boudins symétriquement, mais bizarrement contournés : le tout exécuté d'une manière nette, mais grossière. Les quatre autres colonnettes, alternées avec les premières, ont la forme de pilastres carrés appliqués. Leur base est brute , leur fût ample et lourd. Ils n'ont pour couronnement qu'une épaisse plinthe chanfreinée.
L'arcature qui vient d'être décrite occupe le côté septentrional; celle du midi est absolument du même style, mais elle est à 50 e en contre-bas de la première.
Le collatéral qui circule autour de la crypte se prolonge, en forme de galeries, au-delà du mur de fond, dans la direction de l'est à l'ouest, sous les bas-côtés de l'église actuelle. Ces galeries ont de l m 40 e à 2 m de largeur sur une hauteur de 3 à 4" sous clef et même plus.
A 15 ou 20" de la crypte, leur sol s'élève en pente douce, tandis que leurs voûtes en berceau, horizontalement établies, rachètent cette inclinaison par des ressauts verticaux. Celte disposition des voûtes prouve clairement que ces galeries montaient, soit à l'aide d'emmarchements , soit par un plan incliné, jusqu'au parvis de l'église, dans lequel elles débouchaient. Des piedsdroits ou jambages de portes que l'on remarque à trois places différentes dans la galerie du nord et à un seul endroit dans celle du midi, fermaient évidemment l'entrée à la crypte. Cependant on ne doit pas affirmer sans autorité que ces pas-
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sages datent du xi e siècle; au contraire, a mesure que l'on s'éloigne de la crypte, on voit l'appareil antique s'effacer de plus en plus pour faire place à des blocages en moellon d'apparence toute moderne. Les deux baies, ou, pour mieux dire, les deux huis qui servent a ventiler chacun de ces couloirs trahissent également une origine récente. A l'extrémité de la galerie méridionale, on remarque une trappe de pierre correspondant au milieu de l'un des transsepts de l'église supérieure; elle ne date que des siècles derniers et servait à descendre les chanoines dans leur dernière demeure.
Entre les ouvertures de ces deux galeries, le mur de fond est plein ; on y voit les trois arcades formées par les voûtes du chœur retombant sur deux colonnes et deux pilastres. Ceux-ci , contigus aux galeries, ont 1$ 50 e de largeur et trèspeu de saillie; ils font corps avec le plan du mur; ils sont dépourvus de bases et n'ont pour tailloir qu'un filet à chanfrein. Les colonnes ont, comme les pilastres, 2 m 56 e de hauteur totale ; elles sont engagées sur un cinquième de leur circonférence et composées, sauf les chapiteaux, des mêmes assises que la muraille. La hauteur des fûts est de l m 7î> c ; leur diamètre de 35 e , sans aucun renflement. Les bases, d'un profil ionique assez pur, ont 21 e de hauteur; les chapiteaux 60 e . Les tailloirs comptent dans cette hauteur pour 15 e ; ils sont carrés et se composent d'une plinthe formant à peu près le tiers de leur épaisseur et d'un