‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 19 sur 29 · TOME I er · texte numérisé non relu

TOME I er

chanfrein composé de plusieurs moulures en retrait : le tout orné de torsades et d'entrelacs byzantins grossièrement sculptés. Les deux corbeilles offrent, comme celles des arcatures, la transition du cercle au carré; mais leur forme disparaît sous les ornements. L'une est presque entièrement couverte de draperies disposées en festons et surmontées de palmettes qui, malgré leur raideur, rappellent jusqu'à un certain point la feuille d'acanthe corinthienne. Sur l'autre sont sculptées trois figures humaines et deux monstres portant un corps et des jambes d'homme , une queue longue et épaisse, des mains armées de fortes griffes et une tète de cheval. Les monstres sont debout; leur ventre est appliqué à la muraille , et cependant leur tète , qui soutient l'angle du tailloir, est tournée vers le spectateur. Leur col est orné d'un collier de perles. De leur gueule descend une énorme langue plissée comme un pan d'étoffe, de laquelle ils se lèchent le dos. Ils appuient leurs griffes sur un homme nu et posé debout entre eux. Cet homme a une longue barbe. Il porte une main sur sa poitrine , de l'autre il cache sa nudité. La figure sculptée sur le côté du tailloir, à gauche du spectateur, semble fuir; enfin, celle qui occupe la face droite élève un bras comme pour dompter le monstre, tandis que de l'autre elle lui enfonce un glaive dans le flanc. Ces deux figures sont également nues. Un partisan du symbolisme pourrait, sans trop d'invraisemblance voir dans tout cela Adam pécheur

devenu la proie du démon, Adam fuyant du paradis terrestre , et enfin le Rédempteur triomphant de l'auteur de sa chute.

On remarque neuf inscriptions gravées sur des tables d'ardoise scellées dans le mur de fond : ce sont les épitaphes d'autant de chanoines inhumés dans ce lieu ; elles sont du xvu e siècle et ne présentent aucun intérêt.

Les cryptes construites dans les premiers siècles de l'ère chrétienne se composaient ordinairement de l'église proprement dite et d'un caveau renfermant les corps de quelques saints, martyrs ou confesseurs , et nommé par cette raison confession ou martyrium. Cette disposition se retrouve à Saint-Aignan. Le martyrium, placé à l'occident de la crypte , est contigu au mur de fond dans le sens de sa longueur et limité au nord et au midi par les deux galeries formées par le prolongement des collatéraux. H a 8 m de long sur 2 de largeur. Il ouvre dans la crypte par une petite porte plein-cintre pratiquée dans le mur de fond. Le linteau horizontal de cette porte est surmonté d'une décharge plein-cintre extra-dossée. La voûte est en berceau et construite de blocages noyés dans un bain de mortier; elle a 5 m 50 e sous clef. L'appareil se compose de pierres de taille d'un grain médiocrement dur, dressées et mises en place avec beaucoup de soin. L'épaisseur des lits varie de 6 à 12 e ; elle atteint quelquefois 20 e . Les joints ont 3 e environ. H est à remarquer que les murs des deux extrémités, contigus aux ga-

leries, ne font pas corps avec le reste de la construction , quoiqu'ils présentent absolument les mêmes caractères archéologiques; d'où Ton doit conclure que cette singularité est originelle. Dans la paroi orientale, sont creusées deux niches k plafond horizontal de 40 e sur toutes faces, dont rien n'indique l'usage. Du côté opposé, quatre petits jours, assez semblables a des meurtrières, sont percés à hauteur de l'œil dans le mur de fond de la crypte; leur ébrasement s'ouvre du côté du marlyrium. Des feuillures grossièrement taillées près de l'orifice extérieur semblent indiquer qu'ils ont jadis été fermés par des feuilles de talc ou de quelque autre matière transparente, et que par conséquent ils étaient destinés au passage de là lumière. Celte particularité, jointe à un certain caractère de haute antiquité qui saisit l'archéologue, indépendamment de toute analyse, donnerait lieu de croire que le marlyrium a jadis été isolé et par conséquent qu'il est antérieur au reste de l'église souterraine. Cette opinion s'appuierait, en outre, sur une tradition locale généralement répandue.

On sait que les Normands, mêlant une stupide superstition à la profanation des choses saintes, s'appropriaient souvent, comme de précieux talismans, les corps des saints dont ils avaient pillé les temples. Pendant une des invasions du ix e siècle, les fidèles, craignant de voir les reliques de saint Martin devenir la proie des barbares, les déposèrent, assure-l-on, dans un souterrain

qui fut depuis réuni h l'église de Saint-Aignan. Ce lieu ne serait autre que notre martyrium, qui maintenant encore se nomme le caveau sépulcral ou de Saint-Martin. Si la première de ces dénominations peut tirer son origine de l'habitude où Von était dans les derniers siècles d'y enterrer les chanoines, la seconde vient certainement à l'appui de la tradition.

Le caveau , indépendant de l'église primitive de Saint-Aignan, eût donc été destiné à recevoir le corps de saint Martin précisément parce qu'aucun édifice supérieur ne révélait son existence ; mais lorsque le roi Robert voulut reconstruire l'église détruite , le respect qu'il portail pour un lieu sanctifié par un dépôt si précieux serait entré pour beaucoup dans le choix d'un nouvel emplacement, et la crypte aurait été annexée au martyrium que l'on aurait, du reste , conservé dans son état primitif. Celte explication, on doit l'avouer, n'est pas à l'abri de toute controverse, cependant elle s'appuie sur des probabilités qui équivalent presque à des preuves.

On a vu par ce qui précède que les ornements architecturaux étaient rares dans la crypte de Saint-Aignan. Le pieux roi y avait suppléé par des peintures a fresque dont on retrouve encore des traces en plusieurs endroits. L'une des chapelles rayonnantes présente à ce sujet plusieurs particularités remarquables. On y trouve des restes de peinture recouverts d'un enduit sur lequel une seconde fresque a été appliquée, et

quoique les couleurs de celle dernière soient presque entièrement effacées , on reconnaît encore le champ de diverses teintes aux corrosions diverses qu'elles avaient opérées dans l'enduit. Ainsi ce genre de décoration fut pratiqué à plusieurs époques successives, et dans les substances employées a la composition des couleurs, il entrait des mordants qui les incorporaient profondément à la muraille.

Nous avons décrit les lieux tels qu'ils durent être à l'époque de leur construction ; maintenant ils sont à peine reconnaissables. Le martyrium et les parties adjacentes, l'arcature septentrionale, Tune des chapelles, quelques piliers et quelques parties des voûtes ont encore conservé leurs formes primitives; mais l'arcature méridionale, presque entièrement détruite, a fait place aune nouvelle entrée pratiquée, dit-on, du temps de Louis XI; trois chapelles, probablement remplies de maçonnerie, sont maintenant inaccessibles; une quatrième, celle du chevet, est comblée jusqu'à moitié de sa hauteur. Les blocages ont, en outre, envahi presque toute la galerie collatérale du rond-point; ils ont empâté la plupart des piliers dont la forme n'est plus reconnaissante. Mais ce qui est vraiment singulier , c'est que ces remplissages , qui semblent n'avoir eu pour but que de donner une base solide a l'édifice supérieur du xv e siècle, ne sont point en rapport avec ses fondations. Ainsi, trois piliers de celui-ci portent a faux sur des arcs

doubleaux encore évidés, tandis que la galerie collatérale a été bloquée dans presque toute sa longueur sans avoir rien à supporter.

Au milieu du massif qui remplit à moitié la chapelle du chevet, on voit une porte basse maintenant murée : c'était, assure-t-on, l'entrée d'un passage souterrain conduisant de l'église dans la maison de Louis XI.

Aux éloges que nous avons cru devoir donner sur la foi des historiens à l'édifice construit par Robert, on pourrait, et non sans raison, opposer ce qui nous reste de la crypte. On trouve bien dans son ensemble ce que le style byzantin avait de simple et d'imposant; mais l'impéritie de l'architecte se trahit par la multiplicité des supports, son imprévoyance par de nombreuses irrégularités de détail. Quant à la sculpture, elle est ici comme on la voit partout au x e siècle , ignorante , lourde et maladroite , à la différence de l'appareillage des pierres, généralement correct et solide.

L'église supérieure subsista un peu plus de trois siècles. En 1370, époque de la guerre entre Charles V et Édouard III, les Anglais , sous la conduite de Robert Kanolle, firent une démonstration contre la ville d'Orléans. Les habitants, se préparant à une vigoureuse résistance, abattirent les faubourgs et toutes les églises qui s'y trouvaient. Les réclamations des chanoines ne purent sauver Saint-Aignan de la destruction générale. Deux ans plus lard , le danger étant passé, le

chapitre obtint un arrêt du parlement qui condamnait les bourgeois à payer 12,000 livres.

Ceux-ci s opposèrent à son exécution. Ils avaient agi, disaient-ils, dans l'intérêt non-seulement de la ville, mais du royaume entier. Ces raisons furent trouvées valables, et en 1376, intervint un second arrêt qui annula le premier. Charles V et Charles VI trouvèrent la chose bien jugée. Ils prirent la reconstruction a leur charge ; mais la nouvelle église dura peu, et l'on sait qu'à l'époque du siège elle fut détruite par les habitants. De celle-ci il n'est resté ni vestige ni description.

La belle défense des Orléanais avait ouvert à Charles VII le chemin du trône; mais ce prince était peu reconnaissant de sa nature. Obsédé par le chapitre de Saint-Aignan, qui ne pouvait subvenir aux dépenses de la réédification de l'église, il consentit à lui octroyer certains secours qui ne lui coûtèrent rien. Des lettres-patentes de 1439 appliquèrent à celte destination un nouveau droit de six deniers sur chaque minot de sel vendu aux gabelles de Langue-d'Oc et de Langue-d'Ouy.

Louis XI continua royalement l'œuvre a peine commencée sous son prédécesseur. Après Notre- Dame de Cléry, Saint-Aignan d'Orléans était un des pouvoirs célestes dont il ambitionnait le plus les faveurs, aussi n'oublia-t-il rien pour se le rendre propice. En 1466, il fit dans l'église une entrée solennelle. Il voulut être reçu chanoine et abbé, et on lui présenta en celle qualité le surplis,

Faumusse et une bourse contenant cinq sols parisis. Pour être plus à portée de son protecteur, il résolut de se bâtir près de lui une demeure et de se procurer les moyens de le visiter avec une sorte d'intimité. La maison royale, déjà décrite , s'éleva dans le cloître; un passage souterrain conduisit de ce lieu au rond-point de la crypte et se prolongea, par l'intermédiaire des galeries, jusqu'à l'esplanade où le roi allait quelquefois respirer la brise du soir. Enfin il enrichit l'église de plusieurs dons précieux, parmi lesquels on remarquait une grosse cloche qui portait son nom , plusieurs vases ciselés en argent doré, un bahut représentant son sacre, une grande châsse destinée à recevoir le corps du saint et deux autres plus petites dans lesquelles furent déposés séparément un de ses bras et sa mâchoire inférieure.

Il paraît que la générosité du roi se fit quelque peu aider par celle des habitants. On trouve la mention suivante dans les consciencieuses recherches de M. de Vandebergue, qui font partie des archives de l'Hôtel-Dieu :

« Le roy nostre Syrc aurait voulu et ordonné que les habitants fissent un chapiteau couvert d'argent sur ta châsse de monsieur saint Âignan, en la forme et manière que celui qui est sur la châsse de monseigneur sainct Martin de Tours. Item aurait voulu et ordonné que les bourgeois feront parachever l'église demondicl sieur sainct Aignan. »

Les paragraphes suivants disposent que douze bourgeois s'obligeront a faire exécuter tous ces

travaux dans l'espace de trois ans et que les autres habitants s'engageront à leur tour envers les douze garants principaux. On doit ajouter que pour subvenir à toutes ces dépenses, le roi abandonna l'aide sur les sels vendus aux pays de Langue-d'Oc et de Langue-d'Oil.

Tant de soins eussent été inutiles si l'église fût restée exposée aux dangers dont elle venait d'être deux fois victime : on la réunit a la ville. Un nouveau quartier s'entoura de fortes murailles, et la porte Bourgogne fut reconstruite au lieu où se trouve maintenant celle des entrées de la ville qui a conservé le même nom.

La tlatterie grava un mensonge sur cette porte. On y lisait dans une inscription que Louis XI avait parfait Saint- Aignan. La vérité est qu'il laissa beaucoup de choses a faire, car, premièrement, Charles VIII permit aux chanoines de prendre sur l'octroi d'Orléans 3,000 livres pour terminer le petit cloître situé du côté de la rivière, et sur les droits de gabelle de la province 10 deniers tournois pour achever l'église et les chapelles qui y avaient été commencées, et, ce qui est encore plus concluant , la consécration après l'achèvement complet n'eut lieu qu'en 1 509, sous le règne de Louis XII. C'est a ce prince que l'on devait les six chapelles qui accompagnaient les deux côtés des nefs (1).

(1) Nous suivons en ceci l'opinion de Hubert. Quelques autres historiens avancent, au contraire, que les chapelles construites par Louis XII sont celles du rond-point. Cette assertion est évi-

La reconstruction complète de Saint-Aignan fut donc l'affaire de soixante-dix ans; l'édifice a été conçu et exécuté presque entièrement d'un seul jet. C'est un type précieux du style du xv e siècle, car il en résume les beautés sans avoir presque aucun de ses défauts, et s'il a eu beaucoup à souffrir de ses ennemis, du moins ses amis ne l'ont pas entièrement défiguré.

L'église de Saint-Aignan présente au premier coup d'œil plusieurs singularités qui s'expliquent par sa destination et par la configuration du terrain. C'était une collégiale : les parties destinées aux fidèles furent sacrifiées à celles où se tenait le chapitre; le chœur eut plus de longueur que la nef; les collatéraux furent de simples couloirs destinés au passage des processions, et les transsepts, a peine indiqués, ne parurent qu'une concession accordée aux usages reçus. D'un autre côté , la pente rapide du coteau et les constructions adjacentes rendaient tout accès impossible à l'ouest et au midi. L'architecte négligea donc complètement la décoration extérieure de ces parties, et forcé d'établir l'entrée dans le transsept septentrional , il y accumula toutes les richesses que pouvait lui fournir le style de son époque.

L'intérieur du vaisseau a la forme d'une croix latiue très-peu prononcée. La saillie du transsept méridional n'est , dans œuvre , que de 4 m 45 e , à

demment erronée. La construction des chapelles d'un rond-point doit nécessairement accompagner celle du chœur. D'ailleurs le style de celles ci prouve suffisamment qu'elles sont du même jet.

partir de la ligne passant par Taxe des piliers de la nef; celle du transsept septentrional est de 5 m 50 e . Le chœur compte six travées, y compris le pan coupé de l'apside ; la nef n'en a que quatre, et encore celle de l'ouest est-elle en partie occupée par la base du clocher. La nef, ainsi que le chœur, a9 m 30 e de largeur intérieure, les collatéraux et le pourtour du chevet, 2 m 75 e ; le diamètre des piliers est de l m , ce qui donne une largeur totale de 16 m 80 e dans œuvre; la hauteur de la grande nef est d'environ 26™ sous clef, celle des collatéraux de 7 m . Les cinq chapelles qui rayonnent autour du sanctuaire sont à pans coupés; celle du chevet et les deux plus voisines sont correctement tracées; les deux extrêmes, au contraire, quoique symétriques entre elles, renferment dans leur plan pris isolément des irrégularités qui ne paraissent pas avoir de motif. Toutes sont spacieuses , mais leurs voûtes manquent d'élévation. Les parties comprises entre les chapelles rayonnantes et les transsepls forment de chaque côté trois compartiments : au sud ce sont la sacristie et les salles du chapitre; au nord deux chapelles carrées et l'entrée des chanoines située près du transsept; celles-ci et la sacristie peuvent être attribuées à Charles VIII. De chaque côté des collatéraux de la nef s'ouvrent trois chapelles semblables , construites par Louis Xll ; tout le reste est du règne de Louis XI.

La grande nef a de l'élévation et de la majesté. Son style est exempt de cette prétention

à la légèreté qui gâta si souvent les œuvres de la fin du xv c siècle. Le galbe de l'ogive. des grandes fenêtres est d'une pureté irréprochable. Le réseau, dont le dessin se reproduit sans variantes dans tous leurs tympans, présente toutes les grâces de l'époque , sans en avoir le papillolage ordinaire. Les nervures des voûtes, prismatiques, mais d'un profil fort simple, ont pour soutien des culs-de-lampe sur lesquels le sculpteur a représenté, suivant son caprice, soit des touffes de feuillages empruntés au chou frisé, à l'artichaut, à la vigne - vierge , soit des figures d'hommes , de monstres, de saints personnages, les uns graves, les autres grimaçant d'une horrible manière, la plupart paraissant à la torture sous le poids qu'ils supportent, quelques-uns développant des phylactères dont les caractères ont disparu sous plusieurs couches de badigeon. L'énergie qui anime ces diverses compositions révèle tout le feu du génie artistique ; mais la mauvaise exécution des détails décèle dans la représentation des êtres animés l'ignorance des formes et des proportions, tandis que la nature végétale, souvent irrégulière et capricieuse , est rendue avec une vérité saisissante jusque dans ses moindres parties. Chaque console sert de couronnement à une nervure semi - hexagone qui descend jusqu'au sol , sans ciselures, sans anneaux, sans moulures d'aucune sorte. Les piliers sont exactement octogones et dénués de tout ornement. Les arcs des formerets qui les

unissent présentent en profil un grand cavet entre deux autres d'un moindre rayon. Les voûtes des bas-côtés ressemblent a celles de la nef ; celles des chapelles se composent d'une travée peu profonde, à croisée d'ogives , et un apside à cinq pans s'appuyant sur six nervures rayonnantes: ici on ne voit plus de consoles ni de figures grimaçantes.

Des verrières assez éclatantes brillent dans les réseaux de pierre du 'tympan des fenêtres et descendent en bandes verticales le long de leurs meneaux. On y reconnaît un grand nombre de fleurs de lis, des armes de France, des clefs en sautoir, des tiares, divers attributs du culte divin; on y remarque encore quelques fragments de légendes trop mutilées pour être lues. Une seule fenêtre, celle du chevet , possède uii sujet complet, qui n'occupe qu'une partie de sa hauteur. Une grande croix vide porte les mots Jésus, Maria , écrits sur son fût en gros caractères. A droite et à gauche, Marie et saint Jean sont debout et pleurent; une troisième figure, beaucoup plus petite, qui semble être la Madeleine , joint son affliction 5 celle de la mère et du disciple bien-aimé du Sauveur.

Les clefs de voûte de la grande nef ne doivent pas être oubliées. Celles du choeur forment autant d'écussons peints de leurs couleurs héraldiques. On y remarque, à partir du sanctuaire, les armes de France (Louis XII), de France, Anjou et Sicile (Marie d'Anjou, femme de Charles VII,

mère de Louis XI), de Dauphiné (le petit dauphin, depuis Charles VII), et d'Orléans (Louis d'Orléans, depuis Louis XII). Les deux clefs des transsepls sont des rosaces gothiques, découpées à jour avec un art admirable ; mais la plus remarquable est celle de l'apside. Un disque, bordé d'un tore, sert de fond à un cadre découpé en étoile, et composé de quatre grands arcs ogivaux à contre-courbes et subtrilobés , reliés par quatre arcs presque semblables, mais beaucoup plus petits. Les pointes des contre-courbes, qui dépassent un peu la circonférence du disque , se terminent par des panaches de choux frisés. Dans le cadre se voit la figure de saint Aignan, revêtu d'ornements pontificaux et bénissant ; sa tête est couverte d'une mitre moins haute que celles qui sont actuellement en usage; il porte une longue tunique, dont on n'aperçoit que la partie inférieure, jet par-dessus, une robe à larges manches, assez semblables aux soutanes de nos bedeaux : cette sculpture est couverte de peintures éclatantes qui se détachent d'un fond d'azur.

Le pignon du portail septentrional est intérieurement surmonté d'une contre-courbe ogivale accolée de deux aiguilles; le tout orné de crochets formés de feuilles déchiquetées d'une grande légèreté. Une décoration du même style accompagne la porte de la sacristie.

La crédence ou lavabo de la sacristie est un morceau d'un goût parfait. Le bassin, octogone, méplat, est bordé de deux grosses bravettes. H

31S DKLiXlilME PAIIT1L,

repose sur mie large base et saillit sur l'affleurement du mur de la moitié de son épaisseur. La niche, à voûte ogivale , est entourée d'un cadre à filets prismatiques, orné à l'intérieur d'une nervure h jour trilobée et retrilobée (1) , et à l'extérieur de six touffes de choux frisés et d'un pédicule issant d'une contre-courbe et supportant une console de feuillages profondément fouillés. Deux colonnettes prismatiques, posées sur des socles très-simples et faisant corps avec les piedsdroits de la niche, supportent deux autres consoles moins riches et moins élevées que la première.

Avant de quitter l'intérieur de l'église, n'oublions pas un fort beau tableau , attribué à Annibal Carrache , et représentant une Descente de croix, et une petite vierge en bois posée sur l'autel de la chapelle du chevet ; ce dernier objet parait complètement indigne d'attirer les regards : la mère et l'enfant sourient tous deux d'une manière fort avenante, mais toute terrestre, et l'ensemble de l'œuvre est vulgaire. Cependant, sous le rapport de l'archéologie locale, ce groupe n'est pas sans intérêt. 11 est dû au ciseau de Hubert et avait été fait pour la niche de la porte du fort des Tourelles.

Signalons aussi de déplorables embellissements qui heureusement n'ont atlaqué'que des parties

(1) On nous pardonnera la nouveauté de cette expression; H nous a semblé qu'elle indique convenablement une nervure trilobée dont le lobe supérieur est lui-même sublrilobé.

isolées de l'édifice. Une disgracieuse calotte de plâtre a remplacé les voûtes à nervures de la chapelle de la Vierge; une croûte de stuc, de teintes fades et équivoques , a empâté plusieurs piliers du chœur dans des panneaux contournés à la manière du xvm* siècle; un retable, passable partout ailleurs peut-être, mais détestable dans une église ogivale, a masqué les arcades du chevet; un autel, composé de marbres précieux, jure par son style avec la noble simplicité du vaisseau qui l'environne. Plaignons la fabrique trop pauvre pour faire disparaître ces objets et bien d'autres encore qui donneraient une large prise à la critique, et procédons enfin à l'inspection extérieure du monument par laquelle nous eussions peut-être dû commencer.

A la différence de la plupart des églises ogivales qui demandent à être explorées successivement sous toutes leurs faces, Saint-Aignan doit être envisagé d'un seul point de vue et compris du premier coup; car, comme on l'a déjà dit, le pignon de l'ouest et le côté méridional étant inaccessibles , l'architecte ne s'est nullement occupé de leur décoration.

Vu du côté du nord, c'est un noble édifice à toit aigu, se terminant â Test par une croupe à pans coupés, et à l'ouest par une tour qui le domine d'un étage. Neuf fenêtres, savoir : trois pour la nef et six pour le chœur, toutes uniformes de proportion et de style, larges, élancées, presque contiguës, donnent un aspect aérien à celle

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