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Est-il besoin maintenant d'expliquer minutieusement l'emploi des sommes accordées pour la restauration de Saint- Eu verte? Dans notre opinion, plus de la moitié du vaisseau et une grande partie du clocher furent refaits à neuf, et certes, ces travaux demandèrent du temps et des sommes considérables.
La reconstruction du clocher, à partir des étages supérieurs, commença en 1565; celle de la tribune des orgues doit être du règne de Louis XIII, qui fit faire à F église divers embellissements; on y reconnaît le goût tout payen de l'époque. Quant au porche, son classement chronologique reste fort incertain, comme on le verra plus lard.
Le grand corps-de-logis du couvent date de la première moitié du xvn c siècle ; il est demeuré dans un bon état de conservation.
En 1793, Saint-Euverte a subi le sort de tous les bâtiments religieux. Après avoir servi longtemps à la fabrication du salpêtre, l'église a été abandonnée à la fabrique de Sainte-Croix. Le reste des dépendances du couvent est devenu la propriété des Pères de la Miséricorde.
L'état actuel de Saint-Euverte nous permet à peine de soupçonner la nature de ses décors intérieurs; seulement quelques teintes, dans lesquelles le rouge domine, nous indiquent que tout ou partie des murailles étaient couvertes de peintures. Quant aux chapelles, aux autels et à tous leurs accessoires, il n'en reste pas la
moindre trace. L'histoire nous laisse a cet égard dans une égale ignorance, hors un fait que voici : Vers la fin du xviu e siècle, les chanoines jugèrent le maitre-autel trop mesquin; Gabriel, architecte des bâtiments du roi, en construisit un nouveau qu'il couvrit d'un baldaquin. L'abbé, plaidant contre les chanoines , en critiquait la forme et le trouvait d'un goût capricieux. Cet abbé s'y connaissait probablement mieux que l'architecte.
Avant de décrire le monument tel qu'il existe aujourd'hui, classons ses diverses parties suivant leur ordre chronologique.
Du ix e au xn c siècle. — Une tête incrustée dans la muraille du traussept méridional; des modillons à violettes et une corniche à denls-de-scie qui se voient aux deux bas-côtés, près le transsept.
Fin du xu e siècle. — Les deux gros piliers de la croisée (1) ; toute la travée du bas-côté joutant à la grande nef et au transsept sud ; l'arcade de la travée de l'autre bas-côté ouvrant sur le transsept nord; les arcades de la sacristie et son intérieur presque entier; l'étage ou les étages inférieurs de la tour.
Fin du quinzième siècle. — Tout le chœur, le chevet et une partie des transsepts.
Seizième siècle et commencement du dixseptième. — L'étage supérieur du clocher; tout le reste du vaisseau et peut-être le porche.
(1) Dans les églises ogivales, on nomme croisée le carré formé par l'intersection ou croisement de la nef et des transsepts.
Dix-septième siècle. — La tribune de l'orgue.
L'église de Sainl-Euverte ne brille pas par sa décoration extérieure. Vue de face, elle présente un grand pignon en moellon, au tiers caché par le clocher qui forme saillie sur son plan. Celte saillie est rachetée par un porche en appentis, ouvrant à l'extérieur par une arcade dont l'ogive s'abaisse presque jusqu'au plein-cintre. Au-dessus de l'appentis, se voit une grande rose composée de meneaux rayonnants disposés autour d'un cercle central, dont les découpures en spirale imitent l'effet d'un soleil d'artifice. La place occupée par la tour n'a pas permis à l'architecte de la percer au milieu du pignon, ce qui produit un effet fort disgracieux. La rose est surmontée d'un écusson, dont l'intérieur a été biffé, et de la date de 1616.
Le clocher est carré ; il se compose de quatre étages séparés par des larmiers qui se profilent sur les contre-forts en forme de redents. Les trois étages inférieurs sont construits en pierres dures et percés sur leur face occidentale de petites fenêtres ogivales; ils ne sont point ornés. Le quatrième étage, construit en plate-forme, est composé de matériaux plus tendres; il fut commencé en 1565, d'après les dessins et sous la direction de Langelar (1). Dans chaque face s'ou-
(1) Plusieurs documents écrits pourraient faire croire que les constructions de Langelar commencèrent à partir du premier étage ; cette opinion ne peut raisonnablement se soutenir lorsqu'on regarde le clocher.
vre un grand abat-son, en forme de fenêtre pleincintre , entouré d'une plate-bande et d'une archivolte. Les contre-forts, transformés en consoles renversées, s'élèvent jusqu'à un entablement que couronne une balustrade à balustres tournés. A chaque angle, deux piédestaux posés sur le sommet des consoles soutiennent autant de vases d'un profil prétentieux et lourd. Quatre gargouilles, maintenant brisées, s'avançaient au-dessus des abat-sons. Un dôme plein, octogone, horizontalement strié, couronne, ou, pour mieux dire, écrase la plate-forme; il est surmonté d'un lanternon percé de huit ouvertures. Telle est la décoration de l'étage supérieur que nous nous permettrons d'admirer d'autant moins qu'il a dû paraître plus admirable à l'époque de sa construction.
Les deux faces latérales de l'église présentent, dans leur ensemble , un aspect identique. De gros piliers à trois redents servent de contreforts aux bas-côtés. Les arcs-boutants de la nef s'appuient sur leur troisième division. Le dernier étage était couronné d'un ornement qui a complètement disparu : c'était probablement une arcature à jour dans le genre de celle de Saint- Aignan. Les transsepts, le chœur et le rondpoint n'ont que des conire-forts appliqués; leurs murailles, construites de divers appareils, décèlent les mutilations et les restaurations auxquelles elles ont été soumises. La corniche qui règne tout autour de l'édifice est d'une grande simplicité.
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Maintenant, si de ce coup d'œil d'ensemble nous passons à l'analyse du monument, voici ce que nous pourrons remarquer :
Bas-côté septentrional. — La première travée, en partant du clocher, est sans style et de construction récente; les quatre suivantes, du xv c siècle, sont percées de petites fenêtres ogivales de dimensions diverses ; dans la dernière se trouve la corniche à denls-de-scie dont nous avons déjà parlé.
Grande nef. — Du xv* siècle, sauf les parties les plus voisines des transsepts; grandes fenêtres ogivales d'un style uniforme.
Pignon du transsept septentrional. - Trèsgrande fenêtre ogivale à cinq meneaux, de la meilleure école du xv e siècle. Cette partie de l'édifice suffirait pour prouver qu'il ne fut pas complètement détruit par les protestants. En effet, ce pignon construit avec le plus grand soin dans sa presque totalité , cette fenêtre aussi parfaite d'exécution que de dessin, se terminent par une pointe ignoble, bâtie en moellons bruts. Ce contraste choquant, réfute de lui-même l'opinion de ceux qui veulent que l'église tout entière ait été faite d'un seul jet.
Face orientale du même transsept. — Deux arcades ogivales murées, placées au plus près de l'angle rentrant formé par la muraille du chœur , les cintres d'une troisième arcade trèsvisibles dans ce dernier mur , des arrachements dans les contre-forts adjacents et les traces d'une
couverture en appentis, indiquent qu'il existait à cet endroit une construction analogue a celle que nous allons remarquer près de l'autre transsept.
Chevet. — Les contre-forts de cette partie et la plupart de ceux des transsepts ont pour ornement, au-dessus du dernier larmier, une petite niche subtribolée.
Transsept méridional, face de l'est. — Petit bâtiment en appentis, symétrique avec celui dont on vient de reconnaître l'emplacement; c'est la sacristie. Il ne se compose à l'extérieur que d'un blocage informe de pierres de taille , d'un grain tendre et de moellons.
Sur l'un des deux contre-forts qui le dominent, on voit un écusson supporté par des lions et renfermant une herse; sur l'autre, une salamandre servant de console à une niche : voici donc encore une sommité de l'édifice qui a échappé aux protestants.
Le pignon de ce même 'transsept joute à un bâtiment qui, tout défiguré qu'il est, décèle une origine fort ancienne. Ses murailles ont une épaisseur inusitée depuis cinq ou six siècles. On y reconnaît des ouvertures ogivales, étroites et dont la clef ne se trouve qu'à l m 1/2 du sol. Le reste n'est plus reconnaissable ; c'est maintenant une chapelle d'un style prétendu ogival, où le plâtre et la peinture acajou jettent un éclat à nul autre pareil; passons.
Face orientale du même transsept. — Tête d'un chef normand, déjà signalée. Le bas de la
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muraille paraît dater des premières constructions. On y remarque un arceau semblable à ceux que nous allons décrire, mais muré.
Bas-côté méridional. — Nous voyons ici quelques restes du vieux Saint-Euverte. La muraille a au moins un mètre d'épaisseur. Elle est d'une construction si solide qu'elle sert de base aux piliers des arcs- boulants qui de ce côté n'ont leurs premières assises qu'à partir de trois mètres au-dessus du sol. Elle est revêtue de pierres de taille d'un grain très-dur et de grandeurs qui varient du petit au moyen appareil. La partie la mieux appareillée est celle qui avoisine le transsept : c'est là que se trouvent les violettes déjà décrites. L'ogive des croisées, le travail de la taille et la pose des pierres, tout y indique le xn e siècle : il ne peut y avoir de doute à cet égard. Mais le surplus du mur extérieur de ce bascôté paraît remonter à une époque encore plus reculée. Il présente une analogie complète avec ce qui nous reste des murs d'enceinte construits par l'évêque Gauthier à la fin du ix e siècle. Il doit par conséquent avoir appartenu à l'église primitive. Les jours ouverts dans ce pan de mur ne consistent qu'en arcs ogivaux très-petits, sans pieds-droits. Ils ne paraissent pas avoir jamais eu d'autre forme.
Nous appellerons l'attention des archéologues sur plusieurs arceaux pratiqués extérieurement dans cette muraille. Ils ont environ 60 e de profondeur sur l m 50° d'ouverture. Leur voûte, en
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berceau, décrit à peu près le tiers d'un cercle et s'appuie sur des pieds-droits de l m de hauteur. Ils sont accolés deux a deux dans chacun des espaces qui correspondent aux quatrième, cinquième et sixième travées de la nef.
Côté occidental. — Le clocher et le pignon ont été décrits. Le porche, malgré son extérieur misérable, est un morceau des plus remarquables. Il se rapproche, pour le style, du portail de Saint- Jacques et l'égale , s'il ne le surpasse pas en élégance et en délicatesse. C'est une alliance rarement essayée et heureusement réussie des meilleures traditions du gothique flamboyant et des premières inspirations de la renaissance. 11 était extérieurement flanqué de deux pilastres prismatiques peu engagés, entièrement couverts de plusieurs étages de niches et d'arcatures. Son fronton, qui s'élevait en pignon, était brodé de cœurs allongés. A l'intérieur, de nombreux filets prismatiques, appuyés sur des figurines formant consoles, s'élèvent verticaux le long des parois , s'entrelacent vers leurs sommets et se croisent sous la voûte en réseaux élégants. De petits écussons couvrent leurs intersections. Le portail proprement dit est flanqué de deux niches à consoles polygonales et à dais richement ornés. La voussure, de forme ogivale, se compose de filets prismatiques ciselés et d'une zone de huit statuettes posées sur des socles en dentelles de pierre. Ici, comme à Saint-Jacques, un linteau en anse-de-panier très-surbaissée, se détache des
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pieds-droits à la naissance de Tare ogival. Le tympan se compose de découpures dont une fleur de lis occupe le centre. De toute cette décoration intérieure, il ne manque que les statues et les armes qui ont dû charger les écussons.
L'époque de la construction de ce porche paraît facile à fixer. Son style décèle la fin du xv° siècle. Cependant on lit dans la partie supérieure du pignon sur lequel il est appuyé la date de 1616, et Ton pourrait conclure de là qu'il est du xvii e siècle. 11 eût donc fallu que tandis que le genre grec était non-seulement le seul honoré, mais le seul connu , on eût voulu , on eût pu faire un pastiche aussi parfait de modèles alors aussi décriés : la chose n'est pas croyable. Nous ne voyons dans la date citée que celle d'une réparation partielle, et ici encore nous appliquons ce principe que, dans les cas douteux, c'est toujours la forme qui doit décider de Vàge des. monuments.
Lorsqu'après avoir admiré les délicieux détails du porche, et encore tout remplis de pensées plutôt frivoles que chrétiennes, nous avons fait quelques pas en avant, nous nous trouvons sur le seuil d'un édifice majestueux , mais sévère , dont la beauté est, pour ainsi dire, toute morale. Notre premier mouvement n'est pas l'admiration de l'œuvre humajne, c'est le sentiment de la présence de la divinité; et il faut que cette impression soit bien vive, puisqu'elle nous saisit malgré les débris qui nous entourent, malgré les ma-
lériaux entassés dans le saint lieu transformé en magasin, malgré les chants bachiques de l'ouvrier qui varlope à nos côtés. Recueillons-nous donc un instant et prions ; puis nous rechercherons, dans l'intérêt de l'art, mais bien plus encore dans celui de la vraie religion, la cause de la pieuse émotion que nous avons éprouvée. Nous la trouverons, ce nous semble, dans la régularité parfaite du plan , dans la pureté des lignes, dans l'élévation des voûtes, dans la demi-obscurité des collatéraux, jointes à l'absence de tout ornement étranger. C'est la coquetterie , c'est l'affectation de la parure , c'est la vanité de l'art qui révèlent l'homme dans le monument; tandis que la beauté des proportions, jointe a la simplicité, élève la matière jusqu'à la faire disparaître derrière l'impression qu'elle doit produire.
L'intérieur de Saint-Euverle est d'un grand style, mais ses dimensions sont moyennes. Le plan général est une croix latine. Toutes les voûtes sont en pierre, à croisées d'ogives; celles de la nef, du chœur et du transsept sont d'une belle élévation, que font ressortir les dimensions un peu resserrées des collatéraux. On compte six travées dans la nef, deux dans chaque transsept et deux dans le chœur, non compris l'apside qui est polygonal. Le chœur n'a plus de collatéral ni de chapelles rayonnantes. Les piliers de la nef sont robustes; leurs colonnes , qui s'élèvent jusqu'aux voûtes , forment la seule décoration de l'édifice.
Il résulte de la disposition des lieux que les angles orientaux de la croisée sont formés par l'intersection des murs du chœur et des transsepts, tandis que les deux autres sont soutenus sur deux maîtres-piliers qui supportent aussi les voûtes des collatéraux. Ces piliers avaient originairement la forme d'une croix grecque nettement accusée. Ils étaient cantonnés sur leurs faces saillantes de quatre colonnes au tiers engagées , servant d'appui aux arcs doubleaux de la nef, du transsept et du collatéral adjacent, et dans leurs angles rentrants d'autant de colonnetles qui donnaient naissance aux nervures ogivales. Tous les fûts étaient cylindriques. Les bases se composaient de deux grosses bravettes posées sur un socle cubique, avec de larges feuilles qui ,. se repliant sur la bravette inférieure, couvraient l'angle du socle. Les chapiteaux, de style corinthien, avaient de larges tailloirs. Leurs corbeilles étaient garnies de feuilles rudimentaires linguiformes. Ces caractères se reproduisaient dans toutes les parties de l'église du xn c siècle ; mais l'architecte qui a repris les constructions à partir de quelques mètres au-dessus du sol a changé une partie de ces dispositions. Il a multiplié autour du pilier le nombre des colonnes et les a séparées par des cavets; il a supprimé leurs chapiteaux à la naissance des grandes voûtes : de sorte que le style primitif ne se retrouve plus que dans les arcades et à l'intérieur des premières travées des collatéraux.
Les arcs doubleaux de ces travées se composent de deux arcs ogivaux d'un galbe très-pur, concentriques, intradossés et extradossés. L'arc extérieur est a vive arête; l'intérieur, au contraire, est chanfreiné et forme sur ses deux faces retrait a angles droits sur le premier. Les voûtes adjacentes, construites en petit appareil, sont d'une belle exécution.
Deux arcades ogivales existaient dans les faces orientales de chaque transsept. Celles du côté de l'évangile sont murées. Nous avons déjà reconnu à l'extérieur leurs arrachements. Les deux autres, dont une seule est demeurée ouverte, correspondent à la sacristie ; elles sont ornées de colonettes élancées, a chapiteaux corinthiens , garnis de grandes feuilles plates. On remarque dans la sacristie une piscine à deux trous; elle est prise dans l'épaisseur d'un pilier : c'est une niche à ceintre ogival sublrilobé.
Toutes les parties décrites jusqu'ici appartiennent évidemment au xu e siècle. Elles sont composées des matériaux les plus durs et parfaitement appareillés, mais d'une taille un peu brute.
En comparant leurs proportions et leurs positions respectives avec celles de l'édiûce entier que nous avons sous les yeux, nous pouvons nous convaincre que celui-ci a été intégralement reconstruit sur les fondements de l'église primitive. En effet, les deux maîtres-piliers de la croisée nous donnent la largeur de la nef et les
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dimensions, en plan, de ses travées. La largeur des transsepts est clairement indiquée par la distance qui existe entre ces piliers et l'arcade de la sacristie. La travée des bas-côtés , qui existe encore intégralement , a servi de modèle à toutes les autres. La longueur de la nef se déduit de l'emplacement du clocher, dont les étages inférieurs sont certainement du xn e siècle; enfin la voûte de l'ancienne travée des bas-cotés, comparée à celle de la nef, nous démontre que, même dans les moindres détails , l'architecte du xv f siècle s'est peu écarté de son modèle. Il est probable cependant qu'autour du chœur duxn c siècle il existait un collatéral et des chapelles rayonnantes. Aux présomptions tirées de l'usage généralement reçu a cette époque viennent se joindre des preuves matérielles. Les deux arcades , qui sont demeurées dans chaque transsept près de l'angle de la croisée, ne sont autre chose que l'entrée de ces collatéraux , dont la zone externe se transformait en chapelles , à partir du rond-point.
A l'inspection du chœur on est porté à croire qu'il a été construit non-seulement sur le modèle, mais encore, en grande partie du moins, avec les matériaux de l'ancien édifice. S'il ne présente pas dans son ensemble le même caractère de force et de rusticité, la nature des pierres , bien plus, leur coupe, sont identiques. Les colonnes, qui s'élèvent du sol jusqu'aux arcs doubleaux des voûtes , sont appliquées sur des pilastres qui
représentent la face antérieure des piliers primitifs; elles sont cantonnées des colonnetles qui devaient en occuper les angles rentrants, et soutiennent, suivant l'usage du xif siècle, les formerets et les croisées d'ogives. Leurs chapiteaux sont frères de ceux des parties authentiques du xn c siècle encore existantes. Dans chaque pan et dans chaque travée du sanctuaire s'ouvrent de longues fenêtres ogivales à un ou plusieurs meneaux , dont les dimensious se correspondent symétriquement.
Les transsepls sont d'un style un peu plus avancé. Une grande fenêtre ogivale, à meneaux prismatiques, surmontée de découpures trilobées , occupe presque toute la partie supérieure de leurs pignons. Les bâtiments du cloître s'appuyaient sur le transsept méridional ; ils y communiquaient par un couloir qui existe encore.
A la fin du xvi c siècle, époque de la reconstruction de la nef, il n'était plus guère possible à un architecte quelconque de ressusciter le xii c . Celui qui fut chargé de l'œuvre eut du moins le bon esprit de conserver l'ordonnance générale. Si on peut lui reprocher d'avoir changé le profil de la disposition des colonnes autour des piliers et supprimé leurs chapiteaux , on doit reconnaître que l'ensemble du vaisseau est beau de formes et de proportions. Les dimensions des collatéraux étaient prescrites par les parties encore subsistantes , et quelle que soit la cause qui l'ait empêché d'ouvrir des fenêtres
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uniformes dans le collatéral du nord , on remarque , dans le soin qu'il a pris de conserver les jours douteux de celui du midi, une intention archéologique bien rare dans son siècle.
Quant à la tribune de l'orgue, on se demande ce que viennent faire, au milieu d'un ensemble gothique, cet arc surbaissé , dont les retombées reposent sur des tètes souriantes de chérubins, ces plates-bandes, ces panneaux de pierre, ces larges rosaces aux feuilles épanouies. Tout cela pourrait plaire ailleurs: ici c'est tout simplement un contre-sens. La tribune est dignement couronnée par la rosace qui ne s'ouvre pas dans le milieu du pignon.
Malgré ces disparates, l'église de Saint-Euverte est un édifice non moins remarquable par son type que précieux par ses souvenirs ; et pourtant, il est menacé d'une ruine prochaine. La fabrique de Sainte-Croix, à qui il appartient, n'est pas assez riche pour suffire à son entrelien. Les couvertures pourrissent; l'eau s'infiltre de toutes parts. Qui prendra pitié du pauvre temple? Le conseil général, dans l'intérêt de l'art et de l'histoire locale, consacrera-l-il quelques fonds à ses réparations les plus urgentes? Le conseil municipal, pour se faire pardonner par les archéologues purs la démolition de l'Hôtel-Dieu, ne le prendrat-il pas sous sa protection spéciale ? Loin de là , les conseillers du département l'ont oublié; ceux de la ville l'ont, de propos délibéré, voué à la destruction. Les Pères de la Miséricorde , main-
tenant établis dans le couvent de Saint-Euverte , se proposaient d'acquérir aussi l'église, de la réparer, de la rendre au culte ; le conseil muni, cipal s'y est formellement opposé , et le ministre n'a pas osé passer outre. Le cadre de notre ouvrage ne nous permet pas de discuter le fond de cette affaire ; mais nous ne saurions le proclamer assez haut : tous les amis de Fart et de l'archéologie ont gémi de la décision du conseil.