ÉTRUSQUES
L'art de fondre les métaux paraît avoir existé chez les Étrusques dès les temps les plus reculés. Les statues de bronze étaient tellement nombreuses dans leurs cités, que les Romains en comptèrent jusqu'à deux mille. Les frontons des temples étaient
généralement décorés avec des statues en bronze doré. On faisait des statues colossales, mais surtout un très grand nombre de statuettes, de vases, de candélabres, de trépieds, de réchauds, de cistes, de miroirs. Les cistes, auxquelles on attribuait autrefois un caractère purement religieux, passent pour avoir été simplement des boîtes en bronze à l'usage des dames qui y resserraient les parfums et les objets divers dont elles se servaient pour leur toilette. Les cistes sont rondes, et généralement décorées sur leur face extérieure de sujets gravés au trait et souvent empruntés à la mythologie. Il en est de même des miroirs de métal, dont le revers porte presque toujours une scène mythologique gravée au trait et souvent encadrée dans une ornementation très gracieuse. Les miroirs étrusques ont une forme ronde ou ovoïde et sont pourvus d'un manche qui est fréquemment décoré de ciselures, et prend quelquefois la forme d'une statuette.
Quoique les Étrusques aient, à un moindre degré que les Grecs, le sentiment de la pureté des formes, on leur doit quelques très belles statues, par exemple celle qui est intitulée l'Orateur. Dans la représentation des animaux, les Étrusques ont gardé, presque sans les modifier, les formes traditionnelles qui avaient cours en Asie. C'est ainsi que la fameuse Chimère du musée de Florence, que les lions, les griffons, les oiseaux, rappellent fréquemment les animaux du même genre que l'on voit sur les monuments de l'Assyrie et de la Perse.
La bijouterie étrusque avait dans l'antiquité une très grande réputation, que justifient pleinement les objets de ce genre qui ont pris place dans nos collections. Elle diffère d'ailleurs très peu de la bijouterie grecque, et l'attribution qu'on donne aux bijoux antiques vient moins des caractères particuliers de leur style que du lieu où ils ont été trouvés. Aussi les range-t-on généralement sous la désignation de bijoux gréco-étrusques. Mais les tombeaux de l'Étrurie en ont fourni beaucoup plus que ceux de la Grèce proprement dite.
Nos collections renferment un grand nombre de fibules étrusques. Les hommes se servaient de fibules pour retenir sur le haut de la poitrine les extrémités du vêtement. Les femmes les employaient aussi pour divers usages, mais surtout pour retenir leur manteau, ou bien pour retenir le voile sur leur tète. Les fibules étrusques présentent assez généralement la forme d'un axe renflé vers le milieu, et la pointe de l'épingle est recouverte par une espèce de fermoir.
Les colliers forment une série très importante parmi les bijoux étrusques, et nos musées en renferment une série très intéressante. Ils se composent en général de fils d'or tressés ou contournés au nœud, avec un pendant de dimension variable qui occupe le milieu du collier. Ce pendant représente une fleur, un animal, une tête, ou un petit personnage. Il y a entre autres, dans notre collection de bijoux du Louvre, une petite tête barbue portant des cornes et des oreilles de taureau, qui est un petit chef-d'œuvre de ciselure. La barbe est couverte de granules d'or excessivement fins et réguliers, et les cheveux sont imités avec des fils d'or tournés en spirale et terminés au centre par un petit grain. La tête est coiffée d'un diadème d'une forme ravissante.
La couronne, qui, chez les peuples modernes de l'Occident, est devenue l'emblème de la royauté, n'était pour les anciens qu'un simple bijou faisant partie de la parure, au même titre que le bracelet ou le collier. Les couronnes d'or sont quelquefois très simples de forme. Il y en a qui consistent en une lame de
LE MÉTAL DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE
métal souple et étroite faisant l'office du ruban qu'on plaçait sur la chevelure. D'autres, au contraire, sont extrêmement chargées d'ornementation. Nous avons au Louvre un diadème en or et en émail, qui est décoré par une série de petites marguerites dont le centre est orné d'une perle en pâte de verre, et qui sont entourées d'autres fleurs plus petites et de palmettes émaillées. A ce motif principal se mêlent des ornements en feuilles d'or, en cordelé et en émail, dont l'assemblage forme un ensemble d'une extrême élégance.
Plusieurs des couronnes antiques exposées dans nos musées sont d'une dimension trop petite pour avoir été portées sur la tête ; d'autres sont composées de feuilles d'or rattachées à une tige d'une telle ténuité, qu'il n'est pas probable non plus qu'elles
aient pu servir de parure. On présume que ce sont des ornements funéraires fabriqués tout exprès pour être déposés dans la tombe avec les restes du défunt.
L'ornementation des pendants d'oreilles est extrêmement riche et surtout d'une incroyable variété. On y voit des disques, des cornes d'abondance, des fleurs, des fruits, des têtes humaines ou des personnages entiers, des animaux réels ou fantastiques, s'entremêlant à des rosaces, à des houppes, à des croissants, se reliant par des petites chaînettes, ou se groupant ensemble de la manière la plus gracieuse. Des petits génies dans toutes les postures se jouent parmi des pierres précieuses, des pâtes de verre ou des émaux dont la couleur est d'une délicatesse exquise.
Les scarabées étaient très employés dans la bijouterie
étrusque, principalement pour les chatons de bague. Bien que ce type soit égyptien, il est probable qu'il n'avait pour les Étrusques aucune signification religieuse et qu'il ne faut voir dans ces objets qu'une mode importée de l'étranger, mais dépourvue de toute idée symbolique. Presque toutes les bagues sont accompagnées d'un chaton plus ou moins saillant, de forme variable et décoré d'ornements divers. Quelquefois cependant le chaton est remplacé par un simple élargissement de l'anneau : il y en a un certain nombre qui portent un nom ou des initiales gravées en creux, et qui ont très probablement servi de cachet. Les cachets étaient d'une grande utilité dans les sociétés primitives où l'usage des serrures était encore peu répandu.
Les bracelets sont en général d'un travail assez simple et ils offrent cette particularité qu'ils ne portent presque jamais les pierres fines et les pâtes de verre, qu'on employait au contraire
à profusion dans les colliers, dans les diadèmes et dans les pendants d'oreille. Ils sont ordinairement formés soit de petites bandes et de plaques d'or réunies, soit de fils d'or tournés en manière de corde : quelquefois aussi ils imitent les enroulements du serpent.