PL XII
©OUYE^TU^E D'(£VAN©ÉDIAI^E goustcme siècle
PHOTOTYPIE P. ALBERT-DU.! APDIN
TÈTE DE CHEVAL, d'aPRES UN BRONZE DU MUSEE DE N API. ES.
LE MÉTAL DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE
Aucune des pièces découvertes dans les tombeaux de Mycènes ne nous autorise à penser que le fameux bouclier d'Achille, dans l'Iliade, soit autre chose qu'une œuvre de pure imagination. D'après les indications du poète, on aurait vu sur ce bouclier la représentation des astres, celle de la terre et de la mer, les luttes sanglantes de la guerre, les travaux des champs, l'image des villes et celle des campagnes, avec les peuples qui les habitent, les troupeaux au pâturage, etc. Une pareille complication de sujets, difficile dans tous les temps, à cause de la confusion qu'elle aurait pre'sentée, est inadmissible sous le rapport technique, à l'époque où ont e'té exe'cutées les pièces
d'orfèvrerie découvertes à Mycènes. Mais si la description d'Homère ne nous semble pas pratique sous le rapport de la disposition de l'ensemble et de l'agencement multiple des scènes à représenter, elle ne nous fournit pas moins un document très curieux pour la partie technique du travail des métaux. Nous y voyons l'emploi simultané de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer et de l'étain, et la connaissance des procédés de la soudure, de la gravure et de la ciselure. On y voit même qu'à cette époque on savait, au moyen de certains alliages, modifier la couleur apparente des métaux. De même, dans la description du bouclier d'Hercule, par Hésiode, on trouve une cuirasse en
or de diverses teintes, des jambières en cuivre jaune, etc. Si le poète a donné libre cours à son imagination, lorsqu'il décrit les scènes représentées, il doit certainement être cru sur parole, lorsqu'il parle de certains effets métallurgiques, qu'il n'a pas pu inventer, et qui indiquent une industrie déjà maîtresse de ses procédés.
Les instruments qu'on employait au temps d'Homère pour travailler les métaux ne paraissent pas très nombreux, ni très compliqués. Vulcain avait dans ses forges un marteau, une enclume et des tenailles. C'est avec cela que ses ouvriers façonnaient le métal après l'avoir allié et fondu d'une manière convenable. Les soufflets de la forge de Vulcain, si nous en croyons les sco-
liastes, n'avaient qu'une seule ouverture pour aspirer et pour exprimer l'air, en sorte qu'il y avait forcément interruption dans le souffle. On conçoit dès lors qu'il y ait eu dans la forge de Vulcain vingt soufflets agissant alternativement; c'était sans doute pour établir un courant d'air continu. Le métal se fondait dans des creusets, et était ensuite travaillé au marteau et ciselé dans certaines parties. Pendant toute l'antiquité l'art du statuaire a été absolument confondu avec l'industrie du fondeur : chaque artiste pratiquait lui-même toutes les parties techniques de ses ouvrages.
L'industrie de la fonte fleurit d'abord dans l'île d'Égine, ensuite dans l'île de Délos. Corinthe eut pendant plusieurs siècles la réputation de fournir les plus beaux bronzes, mais cette
GRÈCE
réputation déchut et s'éteignit même complètement plus tard. Le bronze corinthien était de plusieurs couleurs et les différentes parties de la statue présentaient elles-mêmes des nuances différentes. L'étain, le zinc et le plomb constituaient avec le cuivre les alliages les plus ordinaires, mais dans des proportions très variables. Le fer a été très rarement employé pour la statuaire : quant au plomb, on s'en servait surtout pour des amulettes, des cachets ou autres petits objets du même genre.
« Dans les statues comme dans les bustes en bronze, dit M. Guillaume, les yeux sont souvent rapportés. Ces yeux rendent
le regard bien mieux qu'ils ne représentent l'organe lui-même; faits de pierre dure ou d'émaux, ils ont une puissance de fixité et d'attraction aussi conforme à la vie supérieure, qui est celle de l'art, qu'éloignée de la réalité vulgaire. Rien ne ressemble moins aux yeux que pourraient fabriquer nos naturalistes. La bouche, elle, présente d'ordinaire un travail particulier, dans ce sens que le cartilage qui borde les lèvres est accusé par un sillon très prononcé faisant de la partie qui est rouge dans la nature une sorte de cloison dans laquelle on croit quelquefois apercevoir des restes de couleur. » A l'appui de ce qu'on vient de dire, il est bon de
rappeler que les fameuses danseuses^ qui décoraient le théâtre d'Herculanum ont les yeux en émail. Dans une jolie statue d'Apollon, en bronze, qui fait partie des collections du Louvre, les yeux étaient en argent. Une foule de bustes en bronze n'ont plus aujourd'hui que des trous à la place des yeux, qui étaient rapportés et faits avec différentes matières.
Les statues en bronze étaient beaucoup plus communes dans l'antiquité que les statues en marbre, mais elles ont été presque toutes fondues, pour utiliser le métal dont elles étaient formées. Les grandes statues étaient placées dans les temples et décoraient les édifices. L'usage des bustes n'est devenu fréquent qu'après la conquête de la Grèce parles Romains. Les bustes de
philosophes dont la série est assez nombreuse se plaçaient soit dans les bibliothèques attachées aux gymnases et aux temples, soit dans celles que les particuliers avaient toujours chez eux. Quelques-uns de ces bustes sont superbes, mais ils ne présentent pas tous des garanties bien complètes de ressemblance, parce que la plupart ont été exécutés longtemps après la mort du personnage qu'ils représentent. Quant aux statuettes, il est probable qu'on les employait surtout à la décoration des appartements, à peu près comme nous le faisons aujourd'hui. On en a retrouvé un grand nombre dans les maisons de Pompéi et d'Herculanum. Les fouilles exécutées dans ces dernières années par M. Fiorelli ont encore mis au jour quelques sta-
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LE MÉTAL DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE
mettes ravissantes, entre autres celle que l'on désigne sous le nom de Narcisse.
Les armes, les boucliers, et maints objets en bronze e'taient d'abord travaillés au marteau et recevaient ensuite l'ornement d'un dessin en or : les ornements d'argent e'taient, en ge'ne'ral, ceux qu'on pre'férait pour les chars. Pour les petits objets portatifs, tels que les vases ou les candélabres, on employait souvent plusieurs métaux dont la teinte faisait contraste. Mais le bronze est
de beaucoup le métal qui était employé le plus fréquemment pour la confection du mobilier. Les trépieds, notamment, sont presque toujours en bronze; on sait que les trépieds servaient aux cérémonies sacrées dans les temples. Mais leur usage était aussi très répandu chez les particuliers, où ils faisaient en quelque sorte l'office de nos fourneaux. Quelques-uns sont décorés avec la plus grande recherche.
Les premiers candélabres n'étaient pas autre chose que la
LAMPADAIRE EN BRONZE AVEC INCRUSTATIONS û' ARGENT. MUSÉE DE NAPI. ES.
tige d'une plante ou d'un roseau, qu'on entrait dans la terre et en haut de laquelle on mettait un plateau pour y poser une lampe. On fit plus tard de ces tiges des imitations en métal, dans lesquelles le plateau prit bientôt la forme d'une fleur ou d'un vase, tandis que la base fut formée de pieds d'animaux et plus spécialement des griffes d'un lion. La plupart des tiges des candélabres sont de longues colonnettes cannelées; quelques-unes pourtant appartiennent au style rustique et affectent d'imiter un tronc d'arbre ou un roseau, mais celles-ci ne sont pas pour cela d'une date plus ancienne, seulement elles montrent une fois de plus le penchant qu'avaient les anciens à revenir aux formes primitives. Pour décorer les candélabres, on employait généra-
lement des feuillages rameux ou des arabesques de différentes couleurs, résultant de l'emploi accessoire des métaux * dont la teinte contraste avec celle du fond. La plupart des candélabres sont en bronze, et paraissent être sortis du moule entièrement terminés, car s'il en était autrement, on verrait la trace du burin. La damasquinure s'exécutait en creusant le métal principal, de sorte que les côtés du creux soient en biais et qu'il aille en s'élargissant vers le fond comme une espèce de mortaise. Quand on a introduit dans ces sillons le second métal, on polit soigneusement la surface entière de l'ouvrage, de manière que le fond et les métaux enchâssés paraissent être d'une seule pièce.
Quelquefois la tige du candélabre se transforme en un per-
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sonnage qui fait ainsi l'office de porte-lumière. Le Silène candélabre du muse'e de Naples peut être regardé comme un des modèles les plus exquis que nous ait 'laissés l'antiquité dans les applications de l'art à l'industrie. Silène qui, dans la mythologie, personnifie l'outre dans laquelle le vin était enfermé, n'est pas par lui-même un type bien gracieux. Le père nourricier de Bacchus est représenté vieux, et presque toujours obèse et caractérisé par la saillie énorme de son ventre. C'est en quelque sorte
sentent des animaux, chevaux, boeufs, chiens, cerfs, oiseaux, reptiles et jusqu'à des colimaçons.
Les grands meubles tels que les coffres pour resserrer les vêtements, les lits, les chaises, les tables, étaient très souvent en métal. Il y a au musée de Naples une belle table en bronze dont le pied unique est formé par une Victoire ailée qui porte un trophée.
Chez les Grecs, le travail de l'ivoire était considéré comme une branche du travail des métaux, et on associait l'ivoire et l'or, non seulement dans une foule d'objets mobiliers, mais encore dans des statues de grande dimension. L'ivoire venait de
une caricature, mais l'art a su en tirer le plus heureux parti, surtout dans les objets mobiliers, où, malgré son allure chancelante, Silène est souvent employé comme support.
On donne le nom de lampadaires à des candélabres auxquels les lampes sont suspendues par des petites chaînes au lieu d'être simplement posées sur la tige. On trouve à Pompéi plusieurs lampadaires dont la décoration est très remarquable. Les lampes ont quelquefois des formes assez bizarres : il y en a qui repré-
l'Inde et surtout de la Libye : les morceaux d'ivoire étaient assemblés sur une âme de bois soutenue par des barres de fer, au moyen de la colle de poisson. L'or qu'on employait était travaillé au repoussé, et se composait de lames généralement très minces. Les statuaires les plus illustres se livraient à ce genre de travail : le Jupiter, que Phidias avait fait pour le temple d'Olympie, et sa fameuse Minerve qui était placée dans le Parthénon étaient en ivoire et en or. En général, le visage, les mains, et les parties nues étaient exécutés en ivoire, et on réservait l'or pour les draperies et les accessoires.
La bijouterie et l'orfèvrerie sont les annexes naturels de la