‹ Histoire artistique du métalChapitre 13 sur 120 · COUPE DU TRÉSOR DE HILDESHEIM (REPRODUITE PAR M. CHRISTOFLE · texte numérisé non relu

COUPE DU TRÉSOR DE HILDESHEIM (REPRODUITE PAR M. CHRISTOFLE

favori de la déesse, est placée en face d'elle, sur un rocher, avec une couronne d'olivier, l'arbre précieux dont elle a doté l'Attique. Cette gracieuse composition est encàdrée dans une élégante bordure de palmettes dont la sobriété de relief contraste avec la saillie très prononcée de la figure.

Cette saillie excessive est un des caractères de l'orfèvrerie romaine, mais la pureté du style annonce une bonne époque, où l'influence du goût grec était encore prépondérante, et les archéologues font remonter la date de cette coupe au siècle d'Auguste, sinon aux derniers temps de la République.

Le système de polychromie qui a prévalu dans tous les arts de l'antiquité se retrouve ici. Ainsi les draperies sont dorées, tandis que l'argent a été réservé dans les chairs et sur le lond. Les palmettes si légères qui décorent l'encadrement s'enlèvent aussi en or sur de l'argent mat. Cette alliance de tons produit le plus heureux effet, et elle paraît avoir été habituelle aux ciseleurs de l'antiquité. Pline assure que les ciseleurs célèbres négligeaient l'or pour travailler l'argent; il serait peut-être plus exact de dire qu'ils associaient volontiers les deux métaux, mais en faisant prédominer l'argent et en employant l'or pour rehausser certaines parties par une teinte différente.

Une autre patère, qui semble d'une époque postérieure à

celle qui contient la Minerve, et qui est d'un style moins pur, quoique d'une facture singulièrement robuste, nous montre un buste d'Hercule enfant, dont la saillie forme une ronde bosse complète. Le jeune héros écrase avec une force inconsciente et satisfaite les deux serpents, que la jalouse Junon a envoyés dans son berceau. Le besoin de rattacher tout à un souvenir historique a fait croire à des archéologues allemands que le musée de Berlin avait en sa possession la coupe offerte à l'acteur Roscius, dont il est question dans Cicéron, et qui représentait le même sujet. Mais le style de la coupe ne permet pas d'y voir une œuvre du temps de la République. La tête de l'enfant est au surplus d'un caractère tellement individuel qu'il est difficile de n'y pas voir un portrait.

Un grand cratère, en forme de cloche, est surtout remarquable par cette ornementation délicate et pleine de fantaisie, que les artistes de la Renaissance ont souvent empruntée à l'antiquité, et dont ils ont tiré un si heureux parti. La base du cratère est ornée de deux griffons ali'rontés d'où partent des tiges d'une extrême ténuité, qui s'enroulent tout autour du vase et s'épanouissent en fleurs et en feuillage. Sur ces tiges se jouent des petits enfants qui tiennent des tridents et poursuivent des crevettes ou des poissons, ou bien se reposent délicatement en em-

brassant la tige dans leurs petits bras. Il y a une parente' e'vidente entre cette décoration et celle des bains de Titus, dont Jean d'Udine a fait un si merveilleux emploi pour les peintures ornementales du Vatican. Cette troupe de ge'nies enfantins qui se marient aux arabesques, les rinceaux ciselés qui courent sur la panse du vase et l'enveloppent comme dans un filet, sont d'un goût exquis, dont certaines cuirasses italiennes de la Renaissance rappellent la tinesse et la légèreté.

TIQUITÉ CLASSIQUE.

Parmi les artistes qui s'étaient acquis une grande réputation en ciselant l'argent, Pline cite Pythéas et Acragas. Pythéas avait représenté sur un vase l'Enlèvement du Palladium et Acragas une composition sur les Bacchantes et les Centaures. Ces deux vases avaient une très grande célébrité : on croit en avoir une répétition dans deux très beaux vases qui faisaient partie du trésor de Bernay, et sont au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. On sait en effet que dans l'antiquité une œuvre

GRAND CRATÈRE DU TRÉSOR DE HILDESHEIM (REPRODUIT PAR M. CHRISTOFLe).

fameuse servait toujours de modèle à une foule d'artistes qui en faisaient des reproductions qu'ils livraient au commerce. C'est par suite de cet usage qu'on voit très souvent la même statue dans plusieurs musées. Le hasard qui a fait découvrir, près de Bernay, le trésor d'un temple de Mercure, a doté notre collection de plusieurs admirables pièces de style grec. Outre les deux vases dont nous avons parlé, qui sont des canthares bachiques, il y a deux autres superbes vases se faisant pendant et qui appartiennent à la classe des cenochés. Ils sont pourvus d'une seule anse, qui dépasse leur col allongé, et est séparée de la panse par une petite rangée d'oves et d'annelets ciselés dans la masse. Le pied est orné de fleurons et la panse est décorée de sujets empruntés à la guerre de Troie. Le premier, qui ne compte pas

moins de vingt-quatre figures, représente sur une de ses faces Achille pleurant sur le corps de Patrocle et sur l'autre le Rachat du corps d'Hector. Le second vase, qui compte vingt et une figures, représente d'un côté Achille traînant le corps de Patrocle et de l'autre la Mort d'Achille. Ils ont conservé des traces de dorure, et on voit que les vêtements et les accessoires, suivant un usage fréquent dans l'orfèvrerie antique, ont dû être entièrement dorés, tandis que les figures conservaient la couleur naturelle de l'argent.

« Les procédés de fabrication des monuments de Bernay, dit le catalogue du Cabinet des médailles, méritent de fixer l'attention; à l'exception de quelques anses des ustensiles et de parties accessoires, rien n'a été fondu; tout a été fait au marteau et

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