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BYZANTINS

Héritiers naturels des Grecs et des Romains, les Byzantins, qui mettaient leur travail au service d'un culte [nouveau, durent transformer du tout au tout les traditions qu'ils avaient reçues. Toutes les églises recevaient de la munificence des empereurs, ou des personnages de leur suite, de magnifiques présents en orfèvrerie, mais les vases sacrés n'étaient plus les mêmes qu'autrefois, et il fallait, pour tous les objets du culte, abandonner les anciens types pour se conformer à ceux que la liturgie commandait. Il fallait maintenant des châsses, des croix, des calices, et sur les objets qui appartiennent à tous les temps, comme les lampes ou les candélabres, il fallait substituer les symboles chrétiens aux anciennes décorations puisées dans les légendes païennes Mais, en dehors même des transformations nécessitées par l'usage même des objets, il s'était opéré dans le goût public un changement radical, sous l'influence des idées orientales devenues prédominantes.

Pour les anciens Grecs, la forme primait tout le reste, et la première qualité qu'on demandait à un bijou aussi bien qu'à une statue, c'était la grâce et la délicatesse du contour. Aussi le métal, qu'on coule, qu'on frappe, qu'on coupe, qu'on cisèle à volonté, auquel l'artiste peut donner toutes les lormes qui se présentent à son esprit, faisait-il tous les frais de l'orfèvrerie et de la bijouterie. Quand les perles ou les pierres précieuses apparaissaient, c'était d'une façon modeste et à titre accessoire. Le contraire arriva chez les Byzantins : sacrifiant tout à l'éclat et au brio de la couleur, recherchant par-dessus toute chose la diversité en même temps que l'harmonie des teintes, ils firent des pierres précieuses l'objet principal et employèrent le métal pour les faire valoir en leur servant de repoussoir. Non seulement les perles fines, les camées, les pierres de toutes couleurs furent employés à profusion, mais on incrusta dans le métal des pâtes de verres colorées, et l'émail, que les anciens n'avaient pas connu, devint une des parties les plus importantes de l'orfèvrerie

byzantine. L'emploi de l'émail paraît être une importation de l'extrême Orient, où il a été employé dès une haute antiquité. Dans tous les cas, le procédé des Byzantins ne diffère pas essentiellement de celui des Chinois. Il consiste à appliquer sur la surface du métal une matière vitreuse qu'on fixe par la fusion et qui s'y maintient par un léger cloisonnage métallique. Ces petites cloisons ont pour but d'accuser nettement les traits du dessin, ; en même temps qu'elles relient les couleurs diverses dans une harmonie charmante. Les couleurs de l'émail sont généralement translucides et ont la propriété d'être inaltérables. Selon M. Labarte, c'est au temps de Justinien, c'est-à-dire au vie siècle de notre ère, que l'emploi de l'émail a commencé à Byzance.

Quoique l'orfèvrerie byzantine soit surtout religieuse, elle s'est appliquée également à tous les usages de la vie civile. Constantin est le premier empereur qui ait porté des pierreries et des perles sur sa couronne, et ses successeurs y ajoutèrent des pendeloques en pierres fines, que des petites chaînettes rattachaient au diadème d'or. Au lieu de la toge que les empereurs romains avaient toujours portée comme costume civil, les Byzantins adoptèrent la robe de soie tissée d'or et ruisselante de pierres précieuses. Avec de telles mœurs, que toute la partie opulente de la nation suivait avec empressement, on comprend que la profession d'orfèvre ait pu être très lucrative à Constantinople, et que saint Jean Chrysostome se soit plaint que l'attention publique lut tout à fait captivée par ces futilités. Cette passion, du reste, était générale à cette époque et les objets byzantins s'exportaient partout.

Les statues de bronze étaient devenues tellement communes que, pour se distinguer, les membres de la famille impériale faisaient souvent faire la leur en argent. Au reste, les descriptions données par les écrivains byzantins sur le luxe des appartements impériaux sont tellement pompeuses que l'on aurait peine à y croire, si l'on ne savait qu'à cette époque tous les trésors de l'univers étaient en quelque sorte concentrés à Constantinople. Il faut ajouter que toute l'Europe étant à cette époque sous la domination des barbares, les Byzantins, qui avaient à peu

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près seuls une industrie florissante, en tiraient un profit considérable et suffisaient à satisfaire les besoins des peuples étrangers.

L'emploi fréquent de l'émail et du filigrane a été de tout temps un des traits distinctifs du style byzantin. Unecroixqui faisait partie des collections de San Donato nous paraît marquer la

fin de cet art, qui garda jusqu'au bout ses traditions ornementales mais qui cessa d'être lui-même le jour où les orfèvres, suivant le courant général qui entraînait tous les artistes vers l'observation de la nature, s'avisèrent de vouloir donner quelque souplesse à leurs figures. La croix dont nous parlons est en argent

f repoussé, gravé et orné d'émaux translucides, et le Christ et les personnages qui en décorent les quatre extrémités se ressentent déjà tellement des recherches de la Renaissance, qu'on est tenté de les croire d'une époque postérieure à la croix sur laquelle ils se détachent.

ITALIE

ITALIE

Le changement de culte qui signala la dernière période de l'histoire romaine devait amener une transformation complète

dans tous les arts. Au point de vue technique, les procédés que les Romains avaient employés pour le travail des métaux continuèrent à être pratiqués par les ouvriers chrétiens, et le changement ne se fit sentir que dans la forme et la décoration des objets employés. Des candélabres, des lustres, des lampes en cuivre ou en bronze, ornèrent les églises chrétiennes comme ils avaient orné les temples païens. Dès que les chrétiens se sentireut

maîtres de la situation, ils apportèrent dans la décoration de leurs édifices religieux un luxe qui contraste avec la simplicité de l'époque précédente. La libéralité des empereurs, les richesses et la haute position des néophytes, la piété des fidèles, contribuaient également à développer ces magnificences.

Anastase le bibliothécaire a fait une histoire des papes où il décrit les libéralités de Constantin à l'égard des églises. Il cite

entre autres dix-huit statues en argent massif, savoir : « le Sauveur assis, pesant cent vingt livres; les douze apôtres, pesant chacun quatre-vingt-dix livres ; quatre anges, pesant chacun cent vingt livres, avec des pierres précieuses en guise d'yeux ; une lampe d'or avec cinquante dauphins pesant avec sa chaîne vingt-cinq livres... » On voit que les œuvres d'art s'estimaient alors suivant leur poids : la valeur du métal était la seule chose qui fût

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appréciée. L'art était en effet tombé au dernier degré de la décadence. Les peintures des catacombes, quelques sarcophages, les monnaies des derniers empereurs et celles des premiers rois barbares, attestent la grossièreté du goût pour ce qui concerne la forme et l'ornement. Depuis Constantin, la vie était en quelque sorte passée de Rome à Byzance, et tandis que le style byzantin se formait en Orient, l'Italie et tout l'Occident, vivant sur des traditions qu'on ne comprenait plus, et qui ne trouvaient pas dans ces temps de désordre extrême la tranquillité nécessaire pour se renouveler, ne conservaient du passé qu'un souvenir vague des procédés, sans que l'inspiration pût leur donner la vie. Aussi, quand nous lisons les descriptions pompeuses du temps, y voyons-nous la preuve d'un très grand luxe déployé dans les églises, mais nulle part la trace d'un style personnel et caractéristique.

Les trésors amoncelés dans les édifices religieux étaient une

tentation permanente pour les barbares qui de toutes parts envahissaient l'Italie, aussi les églises ont-elles été plusieurs fois dévastée*, notamment par les Vandales de Genséric, qui, dans le sac de Rome, n'épargnèrent rien. Des faits semblables se renouvelaient sans cesse dans les villes de l'Italie. Il est vrai que les barbares se convertissaient facilement, en sorte que leur piété rendait assez vite l'équivalent de ce que leur rapacité avait enlevé. Les églises pillées renouvelaient assez facilement leurs richesses, mais les objets d'art disparaissaient pour être remplacés par d'autres plus grossiers. Les palais n'étaient pas moins pillés que les églises; cependant les envahisseurs ne tardaient pas à vouloir jouir de leur conquête et vivre dans l'opulence, en sorte que le mobilier civil se renouvelait aussi promptement que le mobilier religieux et dans les mêmes conditions. En somme, il ne semble pas que le travail des objets de luxe en métal ait cessé un seul moment en Italie pendant les invasions, et les ouvriers

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