OSTENSOIR EN ARGENT DORT
Je ne crois que d'une façon restreinte aux transformations subites du goût public et aux résolutions instantanées d'un artiste en quête de la voie qu'il doit suivre. Les transformations du goût public se font en général petit à petit, et un artiste n'adopte une manière de voir que par une série de réflexions qui se déduisent l'une de l'autre. Si on n'avait pas eu déjà le goût des ouvrages antiques, on n'en aurait pas employé pour la décoration d'un monument nouveau, et il est permis de douter que Nicolas de Pise, seul parmi les sculpteurs de son temps, eût songé à les étudier pour se perfectionner dans son art. Seulement il a mieux su que les autres en profiter, et comme son nom est devenu illustre, on a concentré en lui tous les efforts d'un siècle dont il n'était que la plus haute expression.
Il ne nous est pas resté de pièces d'orfèvrerie de Nicolas de Pise, qui est surtout célèbre par ses sculptures monumentales;
mais il avait associé à ses travaux son frère Jean de Pise qui s'acquit une grande réputation pour ses ouvrages en métal. Jean fut chargé en 1286 de faire pour la cathédrale d'Arezzo un parement d'autel en orfèvrerie dont la partie centrale représentait la Vierge ; un bijou, que les inventaires du temps évaluent à trente mille florins, brillait sur la poitrine de cette Vierge, et les pierres précieuses enrichissaient en maint endroit ce précieux travail. Pour l'aider dans les nombreuses commandes qu'il recevait, l'artiste s'associa deux sculpteurs siennois, Agostino et Agnolo, et le sculpteur San Andréa. Ce groupe d'artistes forma une école qui fut la souche d'où sont sortis la plupart des maîtres qui ont donné l'impulsion à la grande Renaissance italienne. A Pise, à Sienne, à Florence, les artistes dans tous les genres se forment dans la boutique d'un orfèvre, et l'éducation qu'on y recevait était tellement solide, que non seulement les apprentis
ITALIE
en sortaient capables de faire à volonté des statues ou des vases, des bijoux ou des médailles, mais encore un grand nombre d'entre eux ont pu joindre à leur titre d'orfèvre-sculpteur celui de peintre et même d'architecte.
Les ouvrages qui sont reste's de cette e'poque sont assez nombreux, car l'Italie, qui n'a pas e'té de'chire'e comme la France par les guerres religieuses, a pu conserver intact le trésor de ses églises. Venise, Vérone, Milan, Monza, Pordenone, dans le nord de l'Italie ; Florence, Pise, Sienne, Pistoia, Arezzo,
Pérouse, Orvieto, dans le centre, montrent avec orgueil d'admirables pièces d'orfèvrerie religieuse, se rattachant aux xn", xni° et xive siècles.
Les ouvrages de cette époque se ressentent un peu, comme style, du goût de la période précédente. Dans la figure humaine par exemple, les formes sont toujours osseuses, la barbe et les cheveux sont traités avec le plus grand soin et d'un travail souvent minutieux; l'ensemble est généralement expressif, et l'exécution parfois maigrelette. Tous ces traits sont parfaitement caracté-