ROSE EN BRILLANTS, PAR BOUCHERON
lors prirent plus de valeur parce qu'ils pouvaient déjà produire des reflets irisés. Aussi n'est-ce qu'à dater du xiv° siècle que les diamants paraissent estimés et qu'ils figurent dans les bijoux. Cependant on donne comme ayant appartenu à saint Louis un diamant en pointe. Il est donc à croire que les joailliers se contentaient de polir les faces naturelles du diamant tel qu'on le trouvait. Ce qui est certain, c'est que Louis de Berquem n'a pas été, comme le prétend l'un de ses descendants, Robert de Berquem, en 1669, l'inventeur de la taille du diamant, puisque les Romains avaient trouvé déjà le moyen de le percer à l'aide de sa propre poussière, et que les comptes et inventaires, dès le xive siècle, signalent quantité de diamants en table, en pointe, en rose.
« Jusqu'à l'époque de la Renaissance, on continua néanmoins de tailler les pierres fines, autres que le diamant, en cabochon, et encore aujourd'hui ce genre de taille est conservé pour les rubis, les opales et calcédoines. »
Peu d'arts offrent autant de difficultés de fabrication et laissent aussi peu de champ à l'imagination de l'artiste que la joaillerie. Il faut en effet que la joaillerie tienne compte des
! qualités d'éclat, de taille, de dureté et de transparence du diamant. Elle a à ménager les oppositions de valeur enfantées par le
j dessin, à éviter l'uniformité, la monotonie et les discordances.
! Puis viennent les difficultés qui naissent de la taille; il faut rendre harmonieux un ensemble de pierres dures dont on ne peut modifier ni la forme, ni la silhouette.
La joaillerie est presque sans histoire et sans tradition, parce que ses productions sont fatalement vouées à une destruction dont la richesse des matériaux employés est la cause principale. Aussi combien les collections de joyaux sont-elles rares ! A part les quelques collections appartenant à des États puissants connues sous le nom de Diamants de la couronne et plus riches que vraiment artistiques, à part quelques menus objets des xvnc et xvnic siècles répandus dans le commerce de la curiosité, à part quelques gravures de maîtres anciens, — rien ne vient en aide à l'artiste avide de s'instruire à l'école du passé.
La couronne qui a servi au sacre de Louis XV, couronne possédée par le musée du Louvre, nous permet de nous faire une idée du développement de l'art de la joaillerie sous ce monarque
j et de la valeur de Rondi le fils. Les pierres précieuses qui
LA JOAILLERIE
l'ornaient ont été remplacées par des strass, et il serait à sou- f haiter que l'on nous eût conservé, par le même procédé, de nombreux spécimens du travail ancien.
Sous Louis XVI, les deux fameux joailliers Bœhmer et Bossange n'ont survécu à leur œuvre que par le scandale du collier de la reine (1786).
A la suite de cette affaire M. Ménière était nommé joaillier j de la couronne, titre qui passa ensuite à son gendre Ebrard Bapst, et qui depuis s'est toujours perpétué dans cette famille, j dont le représentant actuel est M. Germain Bapst.
La Révolution fit partager à l'art de la joaillerie le sort qu'elle faisait subir aux autres arts industriels; l'Empire lui redonna