AIGUIÈRE PERSANE. EXPOSITION DE
d'assez grande dimension. Les lettres arabes ont par ellesmêmes un caractère ornemental très décidé, et leurs lignes impérieuses contrastent d'une manière souvent très heureuse avec le semis de fleurs sur lequel elles se détachent. C'est ce genre de décoration qu'on rencontre le plus souvent sur ces
beaux flambeaux en cuivre dont l'exposition rétrospective du Trocadéro, en 1878, nous a montré de si merveilleux modèles.
Nous pourrions citer comme exemple deux superbes flambeaux arabes, appartenant à M. le baron Gustave de Rothschild et qui ont figuré à cette exposition. Ces flambeaux, qui datent du xve siècle, sont en cuivre incrusté d'argent. Leur forme est celle d'un vase renversé, d'où s'échappe la tige destinée à porter le luminaire. Dans l'un des deux, la décoration est formée par de grands caractères d'écriture qui se succèdent tout autour de la pièce, sur laquelle les incrustations d'argent dessinent les plus gracieux entrelacs. L'autre est orné de médaillons polylobés, formés par une double corde qui passe de l'un à l'autre en s'enroulant sur elle-même et dans lesquels sont des cavaliers. On sait en effet que la prescription d'après laquelle les musulmans ne doivent pas représenter d'êtres animés n'a jamais été observée bien rigoureusement par les Arabes, qui, dans maintes occasions, ont fait entrer des animaux et des figures dans leur système ornemental.
C'est à Damas que l'on fabriquait ces belles lampes de mosquées, si recherchées aujourd'hui par les amateurs et dont nous avons vu à l'exposition rétrospective du Trocadéro de si merveilleux échantillons. Des inscriptions circulaires en grands caractères portent les titres des sultans qui ont consacré la mosquée, et s'encadrent dans de gracieuses arabesques rehaussées d'or. « La Perse, l'Asie Mineure, et même la Turquie, dit A. Jacquemart, sont les contrées privilégiées pour le travail du métal repoussé; c'est de là, on le sait, qu'est venu chez nous l'emploi de la bouilloire et de ces cafetières appelées d'abord du Levant. Nous avons vu des buires persanes élégantes avec leur plateau, où les godrons, les palmes saillantes avaient reçu le rehaut de touches d'émail bleu pâle imitant un semé de turquoises; d'autres, où le rôle de l'émaillerie, plus important encore, complétait la décoration délicate faite au marteau par l'artiste. De grands bassins, analogues aux braseros de l'Europe, servent à contenir le feu sur lequel le café est entretenu constamment chaud pour le service des visiteurs. C'est dans les buires à bassin couvert d'un obturateur et qui servent pour les ablutions avant et après le repas, qu'on rencontre les merveilles du genre ; il en est qui, encadrées de godrons dans leurs parties principales, ornées de bandes spirales, offrent dans chacune de ces divisions des sujets de la plus fine exécution, alternant avec des ornements mêlés d'animaux et d'oiseaux d'un travail microscopique ; souvent alors les scènes représentées sont empruntées aux légendes sacrées et offrent les combats des héros contre les monstres ; alors encore les anses se contournent en dragons effrayants, le goulot effilé se termine lui-même en tête menaçante aux yeux de rubis, aux crêtes relevées de perles d'émail. »
Dans la fabrication persane, les objets de la vie courante, narguilés, gourdes à vin, seaux à glace, tasses à sorbets, soucoupes à confitures, plats à viande, à fruits ou à légumes, sont généralement décorés, soit avec des scènes de chasse, soit avec des fleurs. La tulipe, fleur mystique, la rose pourpre, la jacinthe, le chèvrefeuille, l'œillet d'Inde, l'œillet à longue tige, sont représentés quelquefois au naturel, mais plus souvent encore sous une forme ornementale.
L'ÉMAIL
L'ÉMAIL
L'émail est un verre coloré, tantôt opaque, tantôt transparent, qui s'applique sur le métal de plusieurs manières. Quand il est introduit dans les parties creuses d'une plaque de métal gravé, c'est un émail champlevé ou [à taille d'épargne. S'il est
fondu dans les compartiments formés par des petites lames métalliques rapportées une à une et soudées sur la plaque, de manière à produire des petites cloisons, c'est un émail cloisonné. Quand le métal est ciselé en creux, de manière à former un
petit bas-relief sur lequel on coule de l'émail translucide, qui prend'une teinte plus ou moins foncée suivant qu'il recouvre une partie plus ou moins creuse, c'est un émail de basse-taille. Enfin les émaux des peintres sont ceux dans lesquels la plaque métallique est entièrement recouverte par un sujet peint en émail. Tels sont les quatre principaux genres d'émail employés
par les orfèvres et les bijoutiers : on comprend qu'il y a aussi des émaux mixtes, c'est-à-dire dans lesquels des procédés différents ont été appliqués sur une même pièce, mais nous devons surtout nous préoccuper ici des procédés typiques.
Voici d'abord le procédé employé pour les émaux en taille d'épargne. « On décalque, dit M. Delaborde, un dessin sur la