‹ Histoire artistique du métalChapitre 75 sur 120 · AMPF. MAURESQUE EN BRONZE. (MUSEE ARCHÉOLOGIQUE DE MADRID · texte numérisé non relu

AMPF. MAURESQUE EN BRONZE. (MUSEE ARCHÉOLOGIQUE DE MADRID

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

partie de la collection, mais dont nous n'avons pas à nous occuper maintenant, de superbes pièces d'argenterie, dans lesquelles les pierres précieuses et les perles fines se mêlent au filigrane, des sacs brode's d'or et de pierreries, des plateaux émaillés d'une incroyable richesse, montraient les productions de l'art ancien à côté de celles de l'art moderne. Les émaux de Jeypore sont particulièrement renommés. Quant aux filigranes,

on les trouve un peu partout et les ouvriers de l'Indoustan sont sous ce rapport d'une incroyable habileté.

L'art de l'orfèvre et du bijoutier remonte dans les Indes à la plus haute antiquité, et il serait assurément téméraire d'assigner une date à ses débuts. Mais la décoration des pièces d'orfèvrerie aussi bien que celle des bijoux s'exécute en quelque sorte machinalement et sans autre enseignement qu'une tradi-

I- LAMBEAU ARABE EN CUIVRE INCRUSTÉ D' ARGENT, XVe SIÈCLE. (COLLECTION DE H. LE BARON GUSTAVE DE ROTHSCHILD.)

tion transmise du plus vieux au plus jeune depuis un nombre indéfini de siècles. « Les annales les plus primitives, dit le Manuel de la section des Indes britanniques, les épopées nationales, les sculptures et les peintures anciennes représentent la bijouterie indoue, la vaisselle d'or et d'argent, la poterie commune et les instruments de musique, absolument sous les mêmes formes que nous les voyons à présent, et les descriptions qui en sont faites concordent exactement avec ce que nous possédons actuellement. Après la bijouterie archéologique d'Ahmedabad, les plus beaux bijoux de l'Indoustan, et du style indou le plus pur, sont les bijoux en or battu de Sawantwani, Mysore,

Vizianagrani et Visagapatam, qui font bien ressortir le caractère prédominant des ouvriers indigènes qui travaillent les métaux précieux ; ce qui les caractérise, c'est la manière dont ils travaillent un bloc de métal en apparence absolument insuffisant, et arrivent à le transformer en une surface étendue couverte d'ornements, par un battage qui donne au métal la ténuité d'un tissu de papier, sans pour cela diminuer en rien sa solidité effective. Par leur habileté consommée, par leur connaissance parfaite et leur exacte appréciation de l'ornementation conventionnelle des surfaces, ils savent donner au métal, sous le plus petit volume possible, et à des pierres absolument dénuées de

L'ORFÈVRERIE

valeur au point de vue commercial, la plus haute valeur artistique qu'il soit possible de leur donner, sans jamais violer, même dans les plus minutieux travaux de détail, les principes fondamentaux du dessin d'ornementation, et toujours ils arrivent à plaire, même par des effets d'un luxe quelquefois barbare et exagéré. »

Un des côtés les plus caractéristiques de l'orfèvrerie orientale c'est la damasquinure, qui est pratiquée dans la Turquie, la Perse, l'Inde, et même dans l'extrême Orient.

« Au Japon, dit A. Jacquemart, la damasquinure s'applique au fer fondu et forgé, au bronze, et concourt souvent à des travaux tellement fins qu'on les classerait bien plutôt parmi la bijouterie que dans les bronzes. Dans l'Inde il en est de même : la damasquinure et les nielles se réunissent pour l'embellissement des coupes élégantes, des boîtes à bétel et d'une foule d'autres produits rivaux des armes merveilleuses du même pays ; et cet art de damasquinure s'est maintenu avec une telle persistance, que les dernières expositions universelles nous ont montré des

coffrets variés de forme, en fer, entièrement couverts au dedans et en dehors de végétations multiples en or d'une incroyable richesse. Ce travail s'exécute à Kosli, au Bengale, et se vend à un prix incroyable de bon marché.

« Il est d'ailleurs un genre de damasquinure spécial à l'Inde et dont l'effet est des plus artistiques : nous voulons parler des incrustations d'argent sur un métal noir, mat, très cassant, qui paraît être composé en grande partie de nickel; sur ce fond absorbant les artistes jettent les réseaux arabesques, les fleurs ornemanisées, les frises du style le plus élevé ; souvent l'argent arase la surface et se détache par la seule puissance de son blanc

éclatant; d'autres fois il forme relief et se trouve ciselé avec une perfection inouïe; il arrive même que, sur ce travail distingué, l'artiste détache encore des alvéoles où viennent s'insérer des rubis en cabochons qui rehaussent le blanc de l'argent et rendent la damasquinure rivale de la plus belle orfèvrerie. On trouve ainsi des bouteilles, des aiguières, des coupes dont quelquesunes paraissent remonter à une époque ancienne.

« La damasquinure persane n'est pas moins riche que celle de l'Inde; comme elle, indépendamment des armes, on la trouve appliquée sur des objets en fer d'une extrême élégance ; mais où elle se montre sous ses formes les plus variées, c'est dans les

grands plats dits vases de Chine, dont il a été question déjà, et dans les flambeaux, porte-torches et autres ustensiles du culte, comme les lampes votives, ou encore dans les coupes à boire, miroirs et autres objets symboliques ou cabalistiques. »

La multiplication des ornements serrés et pressés les uns contre les autres est un des caractères de l'art décoratif des Arabes, mais si riche en détails que puisse être leur ornementation, elle ne présente pas le caractère de confusion qu'on a quelquefois reproché aux Indous. Les petits dessins tirés de la flore ou présentant des combinaisons géométriques sont assez généralement semés sur un fond, et ils servent la plupart du temps d'accompagnements pour des inscriptions en lettres arabes

Page 1