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M LÉOPOLD II, ROI DES BELGES

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

Les perfectionnements amenés par l'adresse des orfèvres n'ont introduit dans ce procédé d'autre variété que le plus ou moins d'importance donnée au métal : tantôt les traits du dessin seulement sont épargnés en relief, et les figures sont 'rendues par l'émail en se détachant sur le fond uni et doré du métal; tantôt ce sont desj silhouettes entières de personnages qu'on réserve dans le métal, et elles se détachent sur un fond d'émail. »

Nous avons vu déjà que ce genre d'émail a été connu [des Gaulois et pratiqué pendant tout le moyen âge. La ville de Limoges a donné son nom aux émaux sortis de ses ateliers et qui ont eu longtemps une grande supériorité sur les autres, mais par extension, le nom d'émail de Limoges est aujourd'hui donné par les amateurs à tous les émaux sur cuivre, dont la provenance est indécise. Ce titre n'implique pas nécessairement une fabri-

cation limousine, il veut simplement dire fait dans le genre et par les procédés employés à Limoges. Le Louvre et le musée de Cluny sont très riches en émaux de ce genre, dont on trouve aussi de très remarquables échantillons dans le trésor de plusieurs églises.

Comme exemple des émaux champlevés, on peut citer un reliquaire du xme siècle, de fabrication allemande, qui a figuré à l'exposition rétrospective du Trocadéro en 1878, et qui fait partie de la collection de M. Odiot

M. Delaborde définit ainsi le procédé qu'on emploie pour les émaux cloisonnés. « On prend, dit-il, une mince feuille de

métal sur laquelle on trace à la pointe le dessin; on^déeoupe des lames du même métal d'une hauteur proportionnée à la grandeur de la pièce (de 1 à 4 millimètres), et l'on fait suivre à ces lames tous les contours du dessin en les arrêtant avec de la cire; puis quand le dessin est ainsi hérissé de ce relief en traits déliés, on soude à la plaque toutes ces lames. De ce moment, la plaque est cloisonnée, c'est-à-dire qu'elle présente un réseau, et dans ce réseau autant de cloisons qu'en exigeaient le dessin et les nuances d'émaux dont on disposait. On distribue dans chacune de ces cloisons de la poudre d'émail, je veux dire le fondant et les oxydes métalliques colorants pulvérisés ensemble; on passe la

L'ÉMAIL

plaque dans le four pour obtenir la fusion, et quand elle est refroidie, au moven du polissage on unit le tout comme une glace mosaïque dans laquelle les cloisons viennent affleurer en traits effilés et brillants, de manière à tracer les limites des émaux en même temps que les contours du dessin. La dorure donne plus d'éclat à ces traits du visage, à ces plis de vêtements,

à ces fines inscriptions, qui ressortent en or brillant au milieu des vives couleurs d'un émail translucide. »

Les Chinois, les Japonais, les Indous, nous ont laissé d'admirables modèles d'émaux cloisonnés.

Des petites fleurs, des papillons, des plantes aquatiques jetées sur un fond habituellement clair et d'un ton laiteux

PAR LEONARD I.IMOS1N.

ou nacré, produisent des colorations riches et harmonieuses tout à la fois.

Les brûle-parfums chinois, si recherchés aujourd'hui des amateurs, présentent presque toujours certaines parties en bronze dont la teinte assombrie contraste avec les teintes brillantes de L'émail. Presque toujours le couvercle est percé à jour pour laisser passer la fumée du parfum qui brûle dans l'intérieur. Souvent aussi une ceinture de bronze entoure le brûle-parfum à l'endroit où repose le couvercle. Des dragons étranges comme les Chinois savent en inventer s'agitent au milieu des flots gravés sur la ceinture, ou bien s'enroulent dans des mouvements bizarres

pour former les anses. Le récipient repose soit sur des tètes d'éléphant, décor emprunté à l'Indoustan mais très commun dans tout l'extrême Orient, soit sur des oiseaux qui tournent la tête en allongeant leur cou, comme on le voit sur un superbe brûle-parfum qui appartient au roi des Belges.

Les grandes fleurs émaillées qui décorent la panse des vases chinois produisent les effets décoratifs les plus riches et les plus brillants que l'œil puisse rêver.

« L'art japonais, dit M. Burty (les Émaux cloisonnés anciens et modernes), diffère de nos données occidentales par des points essentiels. Les principes qui s'en dégagent sont très curieux.

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

Dans la composition, il évite la symétrie des parallèles; il joue toujours sur des quantités impaires, trois, cinq, sept, lorsque au contraire nous procédons par deux, quatre, huit. Dans le dessin, il accentue la silhouette et s'arrête lorsqu'il a rencontré le caractère typique d'un personnage, d'un objet inanimé, d'un grand effet de la nature. Dans les colorations, il aborde les tons les plus francs, il les pose sans mélange, mais il les relie entre eux et en atténue la radiation trop intense par des tons intermédiaires d'une finesse surprenante; par exemple, dans un bijou où dominent le bleu vif et le rouge, il ne manquera pas d'intro-

duire des passages de lilas. L'originalité et la fermeté de son style tiennent à ce qu'un épisode naturel, étudié de plus près, est toujours habilement disposé dans un centre tout à fait fantaisiste et de convention; les yeux sont ainsi intéressés au même degré que l'esprit est piqué. »

A une époque inconnue, les arts de l'extrême Orient paraissent s'être répandus dans les contrées de l'Europe qui avoisinent l'Asie. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on retrouve dans les émaux byzantins du xne siècle des procédés analogues et une gamme de couleurs à peu près identique à celle des Chinois. Suivant

M. Delaborde, la transmission, quoique n'étant pas encore démontrée historiquement, est incontestable.

Nous avons dit que les émaux de basse taille étaient des petits bas-reliefs en métal, ayant une saillie extrêmement minime et recouverts par des émaux de différentes couleurs et toujours transparents. Ce genre d'émail était un simple coloriage, dans lequel la couleur était plus ou moins foncée suivant qu'elle s'accumulait en plus grande quantité dans une partie creuse, et dans lequel par conséquent l'expression du modelé venait de la ciselure et non de la peinture qui n'était qu'une teinte posée sans préoccupation de l'ombre et de la lumière. Ce procédé, qui nous a été apporté de Venise, fut pratiqué dans toute la France et même dans toute l'Europe, depuis le xive siècle jusqu'à la fin du xvi9.

Les émaux de basse taille étaient des bijoux précieux qui

' s'exécutaient généralement sur or et sur argent, et la vogue ; qu'ils acquirent fit le plus grand tort à la fabrication de Limoges qui travaillait principalement sur le cuivre. Cette fabrication j d'ailleurs était en pleine décadence dès le xve siècle et, comme elle était presque exclusivement religieuse et que le zèle pour les reliques s'était beaucoup refroidi, elle ne pouvait soutenir la concurrence avec un procédé qui s'appliquait surtout à la bijouterie.

Ce ne furent pas les orfèvres, mais bien les peintres verriers de Limoges qui firent les premiers émaux de peintres, et, en créant la seconde école de Limoges, assurèrent à l'industrieuse cité deux siècles de célébrité artistique. Au reste, ce ne fut nullement le désir de faire mieux qui fit rechercher des procédés nouveaux, et les véritables artistes ne sont venus qu'après les inventeurs; ce fut simplement la nécessité de créer une industrie

L'ÉM AI L

rivale, dont les produits imiteraient les émaux de basse taille et pourraient se vendre meilleur marché. Pour cela on peignait sur la plaque une espèce de camaïeu où les ombres seulement étaient indiquées, et on étendait ensuite des émaux colorés et transparents qui, rehaussés d'un travail d'or pour accuser les lumières, produisaient à peu près l'illusion des émaux de basse taille. Une fois que le procédé fut découvert et mis en pratique, de véritables artistes ne tardèrent pas à surgir et illustrèrent cette industrie dont l'origine est absolument française et limousine.

Dans nos vieilles industries, le fils suivait toujours la carrière de son père, c'est ce qui explique pourquoi dans la liste des peintres-émailleurs de Limoges nous voyons toujours plusieurs artistes porter le même nom. La plus ancienne famille qui s'est fait connaître dans cette industrie est celle des Penicaud; et Nardon Penicaud est le plus fameux. « Tous les émaux que l'on peut certainement attribuer à Nardon Penicaud, dit Alfred Darcel, sont exécutés par apprêt sur fond blanc, c'est-à-dire que les traits principaux du dessin sont largement appliqués au pinceau en bistre sur fond blanc, excepté pour les bleus turquoise et pour les carnations. Les premiers sont appliqués avant les traits du dessin; les secondes sont modelées en blanc sur un fond violet bleuâtre, qui donne à toutes carnations des émaux de Nardon Penicaud un ton caractéristique et facile à reconnaître. Parfois un trait en bistre noir opaque donne plus de force aux contours dans l'ombre. Des émaux translucides recouvrent le fond, sur lesquels des rehauts d'or sont appliqués au pinceau avec une grande habileté et souvent avec une grande abondance, afin d'accentuer les lumières. »

Léonard Limosin est le plus illustre parmi les peintres émailleurs de cette période. La notice des émaux du Louvre apprécie ainsi sa manière. « Dans une même composition il réunit tous les genres et sait les fondre, avec une adresse qui révèle un praticien consommé et un savant coloriste. Ainsi la peinture en apprêt sur fond blanc, sur le métal lui-même et sur paillons, se marie, dans certaines de ses pièces, avec la grisaille dessinée et modelée par enlevage et avec le modelé par hachures ou au pointillé plus spécial au portrait. Mais les couleurs des émaux sont choisies, suivant la nature du fond, de façon à former une gamme continue, qui ménage les transitions entre les tons les plus éclatants et les ombres les plus intenses. Ainsi, ce sont les bleus, les verts et les pourpres des draperies qui recouvrent d'habitude les paillons, lesquels en avivent l'éclat, tandis que les bruns de diverses nuances et les violets reçoivent un éclat moindre du métal ou du fond blanc sous-jacent. Puis, dans ces couleurs transparentes flottent quelques nuages d'émail blanc, qui forment les lumières et qui ont leur écho dans les carnations, les animaux et les accessoires, modelés par les procédés ordinaires de la grisaille. De telle sorte que ce sont les couleurs intermédiaires, couchées sur le métal ou le fond blanc, qui d'un côté se lient, par leur transparence, avec les vives clartés des émaux sur paillons, et de l'autre avec les grisailles par les touches d'émail blanc qui y sont parfondues. Enfin quelques portraits, ceux des donateurs par exemple, où la ressemblance doit être cherchée, sont modelés au pointillé. Les tableaux de la Sainte- Chapelle présentent l'exemple le plus magnifique et le plus complet de la réunion de tous ces genres. »

Léonard Limosin est représenté au musée du Louvre par de superbes émaux qui sont tous placés dans la galerie d'Apollon. Le fameux tableau votif, dit de la Sainte Chapelle, est un assem-

blage de vingt-trois plaques d'émail réunies dans une monture en bois. Il y en a deux qui se font pendant et qui représentent tous deux des sujets religieux, avec le portrait en pied des donataires qui sont, pour le premier, le roi François Ior et sa femme Eléonore; pour le second, le roi Henri II avec la reine Catherine de Médicis : ces donataires sont agenouillés devant un prie-Dieu. Les émaux sont colorés en partie sur paillons. Les carnations sont modelées par des hachures enlevées sur une préparation bleue et glacées de bistre dans les ombres. Le musée possède aussi plusieurs plaques représentant des sujets mythologiques, comme Neptune et Doride, d'après une composition du Rosso, Vénus et

BUIRE EN ÉMAIL DE LIMOGES, PAR PIERRE RAYMOND. (MUSÉE NATIONAL DE MUNICH.)

l'Amour, où l'on a cru longtemps reconnaître une image de Diane de Poitiers, qui serait également représentée, mais à côté de Henri II, dans une jolie plaque représentant un seigneur en costume du xvi° siècle, monté sur un cheval blanc et tenant une femme en croupe. Enfin nous avons d'admirables portraits, entre autres ceux d'Anne de Montmorency, de François de Lorraine, duc de Guise, de Henri II, de François II, de Catherine de Médicis, etc.

L'histoire des émaux peints était figurée d'une manière bien complète dans l'exposition rétrospective du Trocadéro. Les beaux portraits de Léonard Limosin qui font partie de la collection de M. le baron Gustave de Rothschild peuvent être comptés parmi les chefs d'œuvre du maître. Ces portraits, comme tous ceux du maître, sont exécutés sur apprêt; les traits du visage sont dessinés au pinceau et quelquefois modelés par le moyen des hachures.

S TEMPS MODERNES

Pierre Raymond prend place peu après Léonard Limosin, parmi les peintres émailleurs de Limoges. C'est un dessinateur correct, parfois un peu sec et dont les ouvrages présentent quelquefois plus de précision dans la forme que de charme dans l'aspect.

Pierre Raymond a été le plus fécond des émailleurs. Parmi les pièces capitales de ce maître il faut signaler au musée du Louvre plusieurs pièces représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, et des sujets tirés de la mythologie. Parmi les musées étrangers, les plus riches en ouvrages de Pierre Raymond, sont le South Kensington Muséum de Londres, et le Musée national bavarois de Munich. Nos grandes collections

particulières en possèdent aussi quelques-uns ; les plus importants d'entre eux ont figuré à l'exposition du Trocadéro en 1878 ; nous rappellerons un grand plat exposé par M. le baron Gustave de Rothschild, et décoré de sujets tirés de la Genèse et peints en grisaille sur fond noir, ainsi que la jolie aiguière provenant de la même collection.

Un hanap appartenant à M. le baron Alphonse de Rothschild et dû aussi à Pierre Raymond représente le dieu Mars avec des amours. Il est d'une forme extrêmement élégante, et le sujet principal qui décore la panse est séparé par un gros cordon de lauriers des deux frises supérieure et inférieure.

Dessinateur moins correct et d'un goût moins pur que ses

devanciers, Jean Courtois se préoccupe surtout de la couleur. Il n'a pourtant pas le charme et la suavité des maîtres qui l'ont précédé, quoique les teintes de ses émaux soient les plus scintillantes. Comme la plupart des émailleurs de Limoges, il est assez peu inventif, et son œuvre est presque toujours la reproduction d'un tableau ou d'une gravure célèbre, dont il modifie quelque peu la disposition, mais dont il transforme complètement la couleur, suivant les nécessités de la peinture en émail. Le Parnasse, d'après Raphaël, qui a figuré à l'exposition rétrospective du Trocadéro en 1878, est un des principaux ouvrages de cet émailleur. On voyait à la même exposition une grande plaque représentant Minerve, mère de tous les arts. Ces deux ouvrages, qui font partie de la collection de M. le baron Gustave de Rothschild, se rattachent à la plus brillante époque de Jean Courtois,

un des derniers émailleurs de Limoges qui aient mérité le titre de maîtres.

Les émaux de Petitot qui obtinrent un si légitime succès au xvne siècle ne se rattachent en aucune façon à l'école de Limoges, qui à ce moment ne vivait déjà plus que par le souvenir. Ce sont d'exquises miniatures, mais comme le métal ne joue aucun rôle dans leur exécution, il n'y a pas lieu de s'y arrêter ici. L'émail, tel que l'ont compris les orfèvres et les bijoutiers, a pour ainsi dire cessé d'exister pendant le xvme siècle et pendant la première partie duxix». Il était réservé à la période contemporaine de nous faire assister à cette résurrection dont l'honneur revient surtout à MM. Christofleet Falize. Seulement les recherches de M. Christofle le poussaient naturellement davantage du côté des pièces d'orfèvrerie, tandis que M. Falize a surtout appliqué l'émail à la

PLAQUE EN CUIVRE REPOUSSÉ, DÉCORÉ D'ÉMAUX COLORÉS ET SUR PAILLONS, PAR JEAN COURTOIS DE LIMOGES. (COLLECTION DE M. LE BARON GUSTAVE DE ROTHSCHILD. — EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878)

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

bijouterie. C'est principalement la ne'cessité de réparer des pièces anciennes, qui a fait renaître cette industrie depuis longtemps abandonnée dans nos ateliers, et notre goût immodéré du bricà-brac a bien été pour quelque chose dans les efforts qui ont été tentés dans ces dernières années. Mais c'est moins la cause que le résultat que nous devons examiner ici.

C'est en 1868 que M. Falize a réussi sa première pièce

d'émail cloisonné : des essais du même genre avaient été tentés l'année d'avant sur de grandes pièces par M. Christofle. C'est dans les albums japonais que M. Falize a puisé les éléments de l'ornementation, en même temps qu'il empruntait aux Chinois les principes de couleurs pour les émaux. La plus grande difficulté semblait être de pouvoir réduire aux proportions d'un bijou ce travail, déjà si délicat, lorsqu'on l'applique à de plus vastes

surfaces. Il fut aidé dans ses recherches par son coopérateur, M. Tard, qui est aujourd'hui un de nos émailleurs les plus distingués. C'est à leurs efforts qu'on doit de posséder aujourd'hui cette palette d'émaux aux tons rompus, mats et vibrants tout ensemble, dont chaque couleur est classée et numérotée et qui rend tant de services aux émailleurs.

Après l'émail cloisonné, à tons mats, à la surface lapidée aux cloisons soudées, il fallait chercher autre chose. Charles Lepec avait essayé d'employer le système du cloisonnage avec des couleurs transparentes posées sur paillons, et il en était encore à ses premières tentatives quand la guerre arriva. Falize profita de ces essais pour fondre les procédés de Lepec avec

les siens, et bientôt, renonçant à souder les cloisons pour maintenir sur l'émail le reflet vif des paillons, il mêla les émaux opaques et les émaux transparents, chargeant ceux-ci en gouttes et creusant les autres en alvéoles. Ce procédé bien simple constituait cependant une véritable innovation, puisqu'on n'en trouve d'exemple dans aucune pièce connue. Un très habile émailleur, M. Pye, qui fut longtemps collaborateur de Falize, a poussé ce genre à une perfection qui dépasse tout ce qu'on a fait jusqu'à ce jour. Les dessins indiens et persans occupent une place importante dans cette fabrication, mais ne l'absorbent pas complètement : en e'ffet, outre ses bijoux de style oriental, la maison Falize montre une prédilection marquée pour le moyen

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âge et surtout pour la Renaissance. Les jolies miniatures des missels sont pour ses dessinateurs une source intarissable d'inspirations : les entrelacs saxons, les animaux fantastiques des Scandinaves, les jolis feuillages multicolores du xve siècle, sont tour à tour étudiés, rajeunis, transformés, et servent à la déco-

procédé mécanique. Il y a tel bracelet, dont le cloisonné a réclamé deux mois de travail assidu. Il est bon d'ajouter du reste que l'émail cloisonné possède une force et une solidité qui défient tous les champlevés du monde.

Maintenant que nous avons vu quelle était la part de M. Falize, nous le laisserons apprécier lui-même les procédés employés par M. Christofie pour cette fabrication. « Parlons, dit-il, de ces procédés d'émail et de patine que j'ai cités déjà et qui ont puissamment aidé la maison à se transformer. Deux

ration des colliers, des boucles d'oreilles, des bagues, des broches, des bracelets, des bonbonnières, des flacons, etc.

Le plus grand défaut qu'on reproche à ce genre de bijoux c'est le prix très élevé auquel il monte assez souvent, et qui s'explique d'ailleurs par ce fait que ce ne comporte aucun

' précieux auxiliaires étaient trouvés : l'un, M. Tard, émailleur habile et indépendant; l'autre, M. Guignard, un des employés les plus anciens de l'usine, rompu à toutes les ressources du métal, initié à tous les mystères chimiques de la cuve, aux magies

: de la pile, et qui suivait d'un œil patient les dégradations des tons métalliques sous l'action des réactifs et du feu.

« M. Reiber, ce Japonais de Paris, en trouvant ces deux hommes, comprit qu'il allait enfin réaliser ses projets; c'est

' alors que nous vîmes naître cette profusion de vases, de coupes.

ciboire, par boucheron, décoré d'émaux, genre limoges, peints par a. meyer, et représentant des évangélistes, martyrs

ET FONDATEURS d' ORDRE S.

de tables, de plateaux aux décors inspirés d'Ok-Say qui, en peu d'années, égalèrent, puis surpassèrent les plus belles pièces de la Chine et du Japon. »

En effet, c'est en grande partie à M. Christofle qu'on doit d'avoir remis en usage chez nous le procédé employé par les Chinois pour faire leurs émaux cloisonnés sur cuivre. Ce procédé consiste à contourner à la main de petites bandelettes de cuivre mince et à les appliquer sur les formes à décorer, en remplissant ensuite les intervalles, c'est-à-dire les cloisons obtenues, avec de

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