LE PROGRAMME DE L'INTERNATIONALE
M. Jules Favre a parlé dans sa circulaire du programme de r internationale. Le voici tel qu'il fut formulé dans une petite brochure publiée à Londres en 1867, sous ce titre : le Droit des Travailleurs.
«Chaque homme a droit à l'existence, et par là droit au travail.
Le droit au travail est imprescriptible , et par cela même doit être accompagné du droit à l'instruction et à la liberté d'action.
Telle qu'elle est , la société ne peut offrir aucune garantie réelle au travailleur.
En effet, devant lui se dresse un premier obstacle : le capital.
De quelque façon que le travailleur s'y prenne, il ne peut lutter contre celte force inerte, l'argent doublé et appuyé d'une force intelligente, le capitaliste.
Pour résoudre le problème, les uns ont essayé de l'association, les autres du mutualisme.
Ils croyaient résoudre, ils n'ont fait qu'embrouiller la question.
Ils ne s'apercevaient pas que tant que le capital resterait intact, les bras ne suffiraient pas pour s'associer, qu'il fallait un capital, et un capital d'autant plus important que les capitalistes s'opposeraient de toute leur force à la révolte du travail contre leur tyrannie.
Par ce seul fait, l'association ouvrière se trouve jugée.
Parle mutualisme, l'ouvrier, ou pour mieux dire le travailleur, reste plus que jamais sous la domination de l'argent.
De ce côté encore point d'issue.
Mais ce n'est pas seulement le capital qui enchaîne le travailleur.
Emmaillotté dès sa naissance dans les triples langes de la famille, la patrie, la religion, bercé dan-^ le respect de la propriété quelle qu'elle soit, le prolétaire ne peut devenir quelque chose qu'à la condition d'anéantir tout cela et de rejeter bien loin de lui ces vieilles défroques de la barbarie paternelle. (Séculaire probablement.)
L'Association internationale n'a et ne peut avoir d'autre but que d'aider à l'extinction de tous ces monstrueux préjugés.
Elle doit, en donnant aux travailleurs de tous les pays un lien commun, un centre d'action, une direction énergique, leur montrer ce qu'ils peuvent.
Seule elle a assez de pouvoir pour leur apprendre à agir avec ensemble; seule aussi elle a le pouvoir et le droit de discipliner les masses pour les lancer sur leurs oppresseurs, qui tomberont écrasés sous le choc.
Pour cela son programme doit être :
L'abolition de toutes les religions,
— de la propriété,
— de la famille,
— de l'hérédité,
— de la nation.
Lorsque la Société Internationale des travailleurs aura éteint chez tous les travailleurs le germe de ces préjugés, le capital sera mort.
Alors la société sera fondée sur des bases indestructibles.
Alors le travailleur aura réellement droit au travail; alors la femme sera libre; l'enfant aura réellement droit de vivre sous Tégide de la société qui ne sera plus marâtre.
Mais que l'on ne s'abuse pas, que les rêveurs ne cherchent pas de système pour arriver à une solution que la force seule peut donner.
La force, voilà ce qui donnera aux travitilleurs le sceptre du monde; hors de là, rien ne peut les tirer de l'ornière de la routine et de la civilisation moderne.
Lorsque deux puissances contraires sont vis-à-vis l'une de l'autre, il faut sous peine de se neutraliser que l'une des deux soit anéantie.
Aux armes, travailleurs, le progrès et l'humanité comptent sur vous.
Edwards Su.nnee, Secrétaire de l Internationale. »