SAINT-LAZARE
Cette prison , réservée jusqu'ici aux femmes publiques et aux condamnées pour délit commun, vient de refermer ses portes sur les religieuses de Picpus, arrêtées la semaine dernière par l'ordre de la sûreté générale.
J'ai voulu me rendre compte de la situation de ces détenues politiques, et m'étant présenté au directeur delà prison, j'ai reçu de la part de ce fonctionnaire toutes les facilités possibles pour visiter en détail cet établissement pénitenciaire.
Le personnel des gardiens a été conservé intact ; celui des femmes a subi une modification beureuse, en ce sens que le monopole de ces fonctions jusqu'ici, réservé aux religieuses, a été brisé en faveur des femmes du peuple.
Notons en passant que l'un comme l'autre m'ont paru insuffisants eu égard aux exigences du service.
Les salles, les dortoirs, l'infirmerie et les cours sont d'une propreté extrême.
Le médecin de la prison m'a assuré que Télat sanilaire n'avait jamais été plus satisfaisant.
En effet, j'ai remarqué sur la physionomie des détenues un air de santé que je ne m'attendais pas à trouver dans une prison.
Les religieuses enlevées au couvent de Picpus sont au nombre de quatre-vingt-quatre ; elles sont isolées des autres détenues, ont un dortoir particulier et une cour spéciale.
Interrogées par moi, elles m'ont paru résignées ; elles se louent de la bienveillance de leurs gardiens et du directeur de la prison, M. Moulon, qui a su concilier les exigences de la situation avec les égards que l'on doit à des femmes âgées.
La supérieure , l'économe et la sous-supérieure habitent chacune une cellule particulière.
Je conclus, de leur conversation à toutes, qu'elles seraient désireuses qu'on leur permît d'avoir quelques objets de piété, quelques vêtements plus chauds et la faculté de pouvoir, avec leurs deniers, se procurer quelques suppléments à la nourriture de la prison.
Je serais heureux que ces lignes, tombant sous les yeux de l'autoi'ité supérieure, puissent l'amener à faire quelques concessions à ces prisonnières qui , toutes pour la pluj-art, sont d'un certain âge.
Je ne sortirai pas de cette prison sans rendre hommage au zèle et à l'intelligence qu'apporte le citoyen directeur Mouton, dans l'accomplissement de sa tâche difficile.