‹ Histoire authentique de la Commune de Paris en 1871; ses origines, son règne, sa chuteChapitre 29 sur 40 · MAZAS · texte numérisé non relu

MAZAS

En arrivant à Mazas, la pensée se reporte aussitôt au plus marquant des prisonniers de cet établissement. Je veux parler de Mgr Darboy, archevêque de Paris.

Grâce à l'obligeance du citoyen Michel, inspecteur général

NOTES ET PIÈCES JUSTIFIC\TIVES. 285

des prisons de la Seine , et du citoyen Gareau, direcleur de la prison , j'ai pu pénétrer dans la cellule de l'archevêque.

Le primat des Gaules occupe la cellule n° 44.

Le geôlier fait grincer les clefs dans la serrure, la porte tourne sur ses gonds et je me trouve en présence de l'Iiôte illustre de Mazas.

L'inspecteur général me précédait : c'est un homme jeune, à la physionomie énergique, au regard intelligent, à la parole convaincue :

(( Citoyen Darboy, dit-il d'une voix timbrée, j'ai l'honneur « de vous présenter... »

Le prisonnier se lève , nous salue , nous offre les deux seules chaises à sa disposition et s'assied sur son lit.

Sa cellule est comme toutes les autres : quelques pieds carrés.

Sur les murs se trouve ce que l'on pourrait appeler, en termes militaires, l'état de casernement. Je le livre tout entier à la curiosité des lecteurs :

Un petit lit en bois noir.

Une paillasse,

Un matelas ,

Deux couvertures laine beige,

Deux draps de toile grise.

Un gobelet ,

Une cuillère en bois,

Une gamelle,

Un bidon.

Un balai en bouleau.

Un en chiendent,

Une table à tiroir,

Deux chaises ordinaires,

Trois tablettes de bois blanc,

Un crachoir.

Le prisonnier se trouvait tout aussi à l'aise dans ce réduit qu'il l'était autrefois dans les salons du palais archiépiscopal.

Mgr Darboy est âgé de soixante ans environ ; depuis son entrée à Mazas, il a laissé pousser sa barbe, dont la couleur est presque blanche. Il porte le costume d'évêque, soutane violette, croix d'or au cou, anneau épiscopal à la main gauche.

La conversation a roulé d'abord sur l'état de sa santé, puis n'a pas tardé à prendre une tournure politique.

L'archevêque de Paris désapprouve vivement la conduite de son grand vicaire , Tabbé Lagarde , qui, relâché sur parole, il y a environ un mois, pour alltr en mission à Versailles, n'est pas revenu. Toutefois, on s'aperçoit qu'il voudrait trouver des circonstances atténuantes, mais il ne peut parvenir à en établir.

Nous avons fait ensuite avec le prélat un parallèle entre la révolution actuelle et celle de 95 ; il nous a avoué qu'il reconnaissait la modération des révolutionnaires d'aujourd'hui, a prétendu ensuite qu'il n'y avait tout simplement entre le clergé et la Commune qu'un immense malentendu dont le résultat était de les diviser.

Il lui est arrivé une fois de prononcer le mot démocrate, mais il a paru aussitôt se raviser, et un sourire a éclairé sa physionomie.

L'archevêque se loue beaucoup des égards qu'ont pour lui le directeur et l'inspecteur général.

Du reste , ces messieurs lui ont déclaré devant moi qu'il n'était prisonnier qu'à titre d'otage , et qu'ils ne demanderaient pas mieux de le mettre en liberté si la situation parvenait à s'éclaircir,

Mgr Darboy reçoit tous les journaux du dehors ; lorsque je lui ai offert un journal que je tenais à la main, il me l'a refusé en me disant qu'il l'avait déjà lu.

On apporte à Sa Grandeur sa nourriture d'un restaurant de la ville et ou lui accorde le droit de demander tout ce qui peut lui être agréable.

Monseigneur m'a dit que la veille il avait reçu la visite de sir Narkot, délégué du lord maire de Londres, pour la distribution à Paris des dons anglais. Ce gentleman lui avait apporté , m'a-t-il dit , une foule de ces provisions de bouclie telles que seuls les Anglais savent en trouver.

En résumé , l'archevêque de Paris , quoique légèrement fatigué, par suite du manque d'exercice, paraît en assez bonne santé et appelle de tous ses vœux la fui de la guerre civile qui contribuera à lui rendre la liberté.

Que les âmes pieuses se rassurent donc sur la position faite par la Commune à M. Darboy !

Comme à Saint-Lazare, j'ai été frappé de la bonne tenue, de la propreté et de l'ordre qui régnent dans cette prison, où se trouvent encore un certain nombre de détenus célèbres parmi lesquels on remarque le sénateur Bonjean, l'abbé Deguerry, etc.

Notons, avant de finir, que la semaine dernière, le directeur Gareaui a été assez liabile pour ouvrir dans son persoiniel ((jui n'a pas été presque modifié) une souscription en faveur des veuves et des orphelins de la guerre civile, qui a produit une somme de 109 francs,

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