IV
torien^ un admirateur qui insultât jusqu'au divin sourire de Marie- Antoinette.
Au simple point dé vue littéraire, ces œuvres sont déjà un malheur; tout ce qui bouleverse la vérité afflige les esprits graves; mais ce qui est plus déplorable encore, c'est le mal profond, irrémédiable, que ces productions préparent et développait dans la société.
Je sais qu'on dit à cela : La génération est tellement blasée, tellement saturée, que ces œuvres de fantaisie sont lues par curiosité, comme des poèmes épiques ou des romans; elle accueille en souriant ces œuvres d'artistes ni plus ni moins que les Mys-ter es de Paris ou le Juif errant. Je réponds que, si cette observation est vraie pour la partie éclairée et sérieuse de la société, qui prend ces ouvrages pour ce qu'ils sont, il n'en est pas ainsi des masses. A ce peuple, quelle éducation lui faites-vous? Vous
rendez aimables les hommes de massacre et de sang, vous faites des bergeries avec les annales dé la terrem* dans cette fatale réhabilitation du passé révolutionnaire. Ces éloges donnés at^ physiono^ mies sombres de Tépoque r^ublicaine ne lats«seront-ils pas dans les ccBurs des souvenirs que les partis sauront bien retrouver dans les jours difficiles? Ainsi la famille est attaquée dans les romans, la vérité historique par les travaux d'une école colorée, spirituelle, mais épouvantable dans l'éducation qu'(dle prépare au peuple. 11 y a de quoi s'inquiéter.
Que faire? dit-on. Je le sais, les lois sont impuissantes pour arrêter le mal; il est dans la malice de l'esprit humain et dans la liberté de la presse dle-même, question qui n'est pas encore jugée. Un travail communiste profond et redoutable se produit et se développe partout; il est né dans
la prease; ks cooservafeiin eux-mêines n'oat d'éloges, en litlérature, qae pour les Kyks qui le profMgent; ib n'osmit prodatner les idées qui pourraient nras sauver; ils ont des préventions et de petites craintes devant de grands dangers; oeuxla qui ont préservé Feiistratie malérîdle de la société n'osent pas, ne veulent pas s'inquiéter de ce mal, qui marche tête levée! Les hardies et perv^ses doctrines philosophiques dû xtui* siècle ont produit k terrible révolution de i708, et il a Mu un siècle pour œla. Les étroites doctrines de k petite opposition contre la restauration a produit la révolaliw si limitée de 1830. Ces faits, désormais accomplis, ont miné longtemps k société avant leur triomphe.
Maintenant c'est le tour des dûotrines oom«^ munistes; elles s'infiltrent^ ae populariseitt, s'or^ gaiiisent( avant de passer dans les laits, elles vei^
kùt déminer lai eâ^rits. Ge travail teiti loitg) et Diea selil peut fwéserver la sçdété des ttialhetil^ qui la menacent ! le dk Dieu^ patee qot les poi>^ voirs huthàiflB craigœat de œvin m qnl attaqne kpn^iaié, iafankilli^ eat iin!dél|t'poutnant que iouieg les légîalaiiDBs fuUi^uaSidohretrt nlprttner. Tetlf ert k m&OTaisff ÉanUanèf , qà'^n voitô ré^ pond : «Le jiury. imixnidannera pàtt » H ne con^ damnera pais^ ^'eit poéableV^ni^ firemière ^û^ une fiefxAde, nuîa legmwtàetiïeàk^WBL fâii«dh devidir; pus h néprei^ien vmàdtiaky car det ^ètM de.famiUe ne peuvent vouloir l(^ii||Mnp(B le déswdradesidéâiiet rîmmorriitéfuiîl^ue, et^ s'il etl était autrement^ il âusdrait cpie la lai y pourvâtv ear fe ayatème serdt jngéu
Diana le vâlime qaa je publie^ je persiste enoera dans la voie hi^hin^ue <)ue' je me mm im-* poséa^ yeat^dHËre danà i'jétttdet ées. pièces wip^
mi»f afin à^mmertk ntfÊi^Q^ii»4^npatiaàmrkth ■é'ii detSiS, «nr k» eaHMCs et k» RHiltali de ca tnilé^ Mon lw( Cit de noMacr la fink iknr sBoérilé h plK «Mine ^ kl paUealioo da doeuDink, afin fK derant les dnmbies et le pays ces questions faistoriques ne soieot i^os dénatoiées. L'œuvre que je me propose est difficile, je m'en fins un devoir de oonramoe, et je désimais sf^ortor la oonvieliMi dans les esprits et les oœnrs comme dk est née dans le mien. Llilstmre est pour moi une région. C'est surtout pour la pditique étrangère que les busses notions Ustcviques ont un dmgcr sérieux. Rien de (dus respectable que la dignité nationale; un gouvernement doit mettre tous ises efforts à la maintenir, mais il ne font pas que, •OUI prétexte de cette dignité, on exagère outre mesure les reisouroei et les forces du peuple, en
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abaissant celles des étrangers, de manière qu'en excitsuit les haines ou en soulevant les obstacles on rende les négociations difficiles et les ruptures inévitables. Ce qui domine notre éducation, en France, par rapport a l'étranger, c'est Tignorance des lois, des mœurs, des forces respectives, le pra d'intelligence des traités. Le triste chiffre de 1815 pèse sur nous; incessamment invoqué à la tribune, on le jette comme une flétrissure aux uns et comme une gloire aux autres. H faut donc parfaitement distinguer où est la gloire, où est la flétrissure. Je dirai conune toujours les £sdts tels qu'ils srat, les vérités même les plus hardies, parce que, à mesure que rhist«Mre est plus altérée, il faut que quelquesuns se dévouât à les maintenir dans les conditions les i^us sincères de certitude.
Je n'ai pas la prétenticm de r^enttf le geare humain, de changer la face des choses; le but de
mnum ^muMm wxmA^f «à ha fma
^mi » fat immm êm à» IimuiIi iin
ii» rM dividé, ee Un$, en plnrinirs «01) «il» 6wf» J^ eiMiipteodiiif» b fînét»!
fdli dw £iili <^ dcff idée* uni oui hiimiw il« Iii4 «1 d^ iai5$ «• tnît» ne «ont iMMDt N^^Atanémwtf ik (atmt 1» «tifci d'^utni négaâ»' iknu ^j^knâiuftm^ «t Hirtoui ^'évèmneitts wà- \^{ém tirribk» «t déoiiiA»
/'«i «tenu pHi pfjur point de dép«rt la.ré&elioo (J« riiiuroiM dOAtn nom, m 1813» eifim la fetelo (^umpHgnu do Muncou, Alon» depiùs pbi« do viit^l Miii4o«i i)9Ui |)Mk)tii wr la moade pua lîesprU.de rt^viliilMii «t dt oonquéloi) vicWrimii^ nous m
Qoug étions rim éporgbéy ni h Vidl«nce dô h éf^ ffliofttkm^m te capHee d6i^ pftttagês, L'âmperoar JVapoléon avait déchîqq^ l'Europe du po^mmeau de sa grande épée; il coupait, tranchât |^ ierritoii'e& Nos génkann^ nos armées imprimaient les peuples y et ces sortes d'actions irrégulièros amènent nécesâftiremeot leur réaction*
Cette ]^retnièrè é^^oqùe commence au coi^rè^ de Prague, où l'Autrk^hQ dicte et impose ses co(i^ ditîons; Napoléon, qui est eiKore puissant^ à bi tèie de grandes armées, hésite; l'Europe, {urofon^ dttneat irritée^ M dos. maips, car rAulriche se décide pour la coalition, et alors éciat^t ks mpl- Iteurs de Leipsîek*
Après Leâpsick^ de nouvidl^ propositions arrivent, cdles de Frmofort Lçs limes n'en sont {dus las mêmes t il «'agit pour la premièpe fdî» des frofUéèrfs natyreUe^^ dont te wt|$ emfirça brisé
iei limites, c'ert-â-dire les Pyrénées, les Alpes, le Rhin. Nouvelle hésitation. Les allîés entrent en France, ^ akm se réunit le congrès de Ghà^ tiUon.
J'ai dû mettre un grand smn à rebaoer rhistoire de ce congrès, car il résulte des pièces que j'ai produites, de docummts incontestés, que Narpoiéon avait accepté : 1* les limites de l'ancienne France; 2* la cession de tout le matérid des places fortes situées hors des limites des frontières, et par conséquent de la flotte d'Anvers; S"" l'occupation de plusieurs places en France comme garantie des stipulations de ce traité.
Il résultera paiement de ce Kvre que la restauration nous donna des conditions meilleures, et que le traité signé par M. de Talleyrand le 30 mai 1814 fut une grande concession faite à la France que Ton dut au sentiment de paix et d'ordre qui
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dominait TËurope. Ce premier traité fut ensuite développé dans le congrès de Vienne.
Il résultera également de ces preuves qu'en arrivant dans les Gent-Jours Bonaparte accepta les traités de i 8i 4, les stipulations souscrites à Vienne, et qu'il le fît déclarer à tous les cabinets par Fwgane de M. de Gaulaincourt.
Les Gent-Jours passent rapidement et viennent s'abimer à Waterloo. Ici le présent livre donne une grande étendue aux négociations suivies par les patriotes de 1792 , qui renversèrent Napoléon d'une manière si odieuse» Il sera également constaté que la commission de gouv^nem^ composée de trois régicides, Foudié, Garnot et Quinette, offrait publiquement à l'étranger (avec les éloges pompeux donnés m duc de Wdlington) les conditions les plus pénibles, les plus hur milismtes, pourvu qu on ne donnât pas les Bour-
bonê à la Prdfiee. Le vénifiÀe parti national^ e'é-* tait alors celiH qoi^ sous U dîrecilion de MM. Roiy«iv Collard^ |^as(][uîer^lemarécl^Ma()doDaldetM^ S90t, voulait, par und proclamation de Lttiia XVf II et de la Cbarlo, éviter ht fotale invasion de Tétran* gen Enfin j'établirai que lei» traités signés^ an mois de novembre 4815 furent dondm à des oonditiona meill^ires que eetle^ que les plénipotentiaires, M. Lafayette en tète, auraient obtenues â Haguenau. Enfin j'ai montré qne la re^uration fit tous se* eflforls pour sortir des traités de 4815 sans manquer à la foi promise, et qtre le gouvernement adnèl, sous un roi de si grande intelligence, en secotiânf la propagande ef m assurant la paîi du monde, a rendu un pins noble service à Fbuma-» nîté e! à l'honneur de notre France que ne Taurait ja^Mêis fait le parti de la révolution et de la guerre.
le n''aî pas la prétention de cBarfger les conirîcl\om féritesi; de» qn'dllés sont des ecttYictions, je le» respecte; je prie les hommes hoticnrables qui ne sont pds dans mes idées de lire attentivement les documents historiques que je mets sous leurs yetnt. Nous appartenons tous à une même patrie; nous avons tous le même but, sa grandeur, sa gloire, et je suis convaincu que les esprits les plus prévenus gémissent comme moi de la triste tendance qu'a prise l'histoire dans ces derniers temps.
Ce travail, je l'ofifre donc comme un recueil de pièces. Quels que soient nos orgueils d'auteur, nous passerons tous, tous, avec nos amours-propres et nos prétentions plus ou moins grandes à la postérité. Ce qui restera de nos œuvres, ce sont les documents; conservons-les intacts pour les générations futures; n'ayons qu'une grande passion, l'amour de la France, de la couronne qui la pro-
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tége^ et de cette politique de restauration qui respecte le droit public européen afin que ce droit public, à son tour, nous respecte dans notre grandeur comme nation et notre destinée comme peuple.
Paris, mai 1847.
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Les traités de 1815 ou (pour parler plus exactemeiit la langue diplomatique) la convention du 20 novembre 1815 et les annexes qui l'accompagnèrent, excitent en ce moment une curiosité attentive, parce qu'ils se lient aux plus chers intérêts des gouvernements et des peuples.
L'Europe fonde son droit public sur ces traités en ce : qui touche ses rapports avec la France; et, puisqu'il faut ^ le dire, elle en fait la condition de la paix générale. Je ne crois pas qu'elle souffrit, sous un prétexte même sérieux, que les moindres clauses en fussent violée^, ou méconnues; tout vote hasardé sur ce point serait* une faute et un danger. La condition impérative de l'heureux état de paix maintenu en 1830 a été l'obli-^ gation de respecter les traités de 1815; toutes les con**
veDlions subséquentes ont eu pour base céd actes diplo-* maliques» et Ton espérerait en vain, par des parole» hautaines ou implidlinlef ,.^liCtieT |i| faisceau une des^^ puissances signataire àe ces traités. Toutes y sont également intéressées, aussi bien l'Angleterre que la Russie» les petifes puissandcs que léfi ^nantdfes» f£â;clauBeà ont été si parfaitement entendues contre le ré^^eil de notre fortune, que let» ÉtaU Hiterq^^^i^jB^ sont wiéme matériellement plus intéressés au maintien de ces traités que? les grandes puissances. Il suffit de jeter les yeux surune carie pour voir qu'on noufr a entourés d'États de second ordre que nous avons intérêt à ménager : au midi», le Piémont, la Suisse; au centre, Bade, le Wurtemberg,. 1* nvièvé) «Q nord; la Belgique et la IfoMntde. La stilè^Md^ naissance qui MU9 avotsine, c'est W Vtmsse, cMstitaéd^ itailittkirêMeWI tKmke nous et qu'à tcrttt prix OMIS dtevriotti» gutdtr neiitr^ dans un coiiflU européen; AjoiMi» 0^ polir riitstructîon de fous , que , par ripp^t à im tf^ailés exislanli^ et impérolirs, il ii*y: au- Ttià aocHHe éissideiice à l^H*anger ^ans lès dtrerMs opfH* v6&m qui partagent les classes et les partis : wlngs ou^ tories en Angleterre^ absolutistes ou patriotes eti Alle^ nUagne, prendraient égaleuteift fait et cause contre nous^ dans ie eas eu Ton en méconnaîtrait la moindre clause; alors ee sertît une Kgue de tous contre un, ligue sé>--' rîMse, sans aueum de ces dissidences qui factUtèreni nos triemphes^eimis 1792.
Ls gonwir fiQ i iQft ^ 4<ira^t toirt. aMamoîiis de ise d&ssittiiler 4»'*» »«M«9 1911e i^i^d^ irF^Ution se réyèle tMkmie^ fins fii« le» b^^té^ 4e ISi^ lopt rappelés dans kim cbiifltti fe(»l«s« Qui pç^^rruiln^w en faire un refiroche? Wt9k^e f#i» VeipresMoa d'un juste patriotisme, ttB ^dm da.CiB B^iiUmc^ de i»ation^ité, fw s^cré qu'un «pMiroir 4ei»t tet^jM? s p^peœ^? De ce que h fortune ttois iA Alofia défiaveï^e» il ne faut rien en conclure eoDlre Aetre glfûre; )i «e inéle uu frémissement général im somrettiir d€i 1^15, et te gouvernement» tout en sa- •ebanile rei|NMt qik'il doi^ i la foi jurée, n'est pas tourîotr» nàtlre de eentamir ees répulsions spontanées de tout un peuple.
Ansiî U jHtt^tiaB» en ce qui touche ces traités, est délicate, car elle tient à l'honneur, si l'on veut, à l'orgueil d'un f^mi peupte, et les homoies d'État de l'Europe doivent oae comprendra, Toubes les fois qu'un gouvernemeAi est fdecé dans l'alternative^ ou de violer la foi jurée, ou de déplaire à l'opinion nationale^ il est obligé de ménager chaque événement et de louvoyer entre toutes les situations: it ae faut pas qu'on le preseo trop dans ces étreintes.
Je me propose de définir et de pénétrer ^^^ ^'^^*"' Um en retrecaut l'histoire aulbeniiîne des traités de 1815, de leurs causes et des négocialions secrètes qui en préparèrent la signature. Je mdrais inspirer aux cabinets fkê de ménagemeiK^/'^"'- nos susceptibilités
nationales, ant partis ph» de tempénnee rar ce fii'on doit à l'Europe et an classes arrêtées. Nvl ne me que les traités de 1815 ne soient très-maiheiiresx; imposés par la Yictoire, ils pèsent encore sor nos sonrenirs; mais enfin y estp-ce la première fois qu'on peuple a en des crises et qu'il a subi des accidents cruds? Telle que la France existe, n'est^Ue pas une nation grande, forte, assez prépondérante pour inspirer la considération au dehors et le respect au dedans? Faut-il dierdier dans des complications et des incidents dont le résultat serait la guerre à secouer des traités qui, contractés avec TEurope, s'ils n'étaient pas exécutés, la soulèveraient tout entière contre nous?
Ce travail sera divisé en plusieurs parties, et je dois remonter dans les temps.
Il faudra étudier les causes premières de la réaction des cabinets contre nous en 1812, source des traités de 1815, et les propositions de paix qui furent successivement faites :
A Prague (juillet 1815);
A Francfort (novembre 1813);
A Chàtillon (février 1814);
A Paris (mai 1814).
Passant ensuite à l'époque des Cent-Jours, j'examinerai :
La déclaration des alliés (15 mars 1815);
Le mmorandum de l'Angleterre (mai 1815);
Le renouvellement des stipulations entre les alliés;
L'invasion après Waterloo;
La capitulation de Paris;
L'occupation militaire;
La première négociation avec le duc de Wellington et le feld-maréchal Blucher;
La seconde négociation du prince de Talieyrand;
La troisième négociation avec le duc de Richelieu;
Les conférences qui précédèrent le traité de Paris du 20 novembre 1815;
Les clauses secrètes pour l'occupation militaire et les indemnités en argent;
Les causes qui firent cesser l'occupation militaire au congrès d'Aix-'la-Chapelle.
Ces faits une fois exposés, il restera à examiner les engagements pris en 1850 à l'égard des traités de 1815, et enfin la question de savoir quel serait le moyen» tout en respectant ces traités, de donner une face nouvelle à notre diplomatie dans la large place qui lui reste encore en Europe.
Comme toujours, ce livre sera le résumé et l'analyse des documents historiques; je n'ai d'autre prétention que celle d'un collecteur exact. Le temps présent est si prétentieux en systèmes ! tout le monde croit remuer des idées à pleines mains : pauvres systèmes qui passent! Chaque génération n'a-t-elle pas ses fantaisies historiques?
NAPOLÉON ET LES ALLl£S.
(Juillet 1813.)
Pour expliquer Tetpf it et Hs clauses des irtités de 1815, it faut remonter jasqii'fiiut négoc4âtimwdel815, parce qae c*esl de celte é(H)qtte que dHleniks jpremtèrès propositions des alliés; elles grandirent a?ee nos reirert^ du désastre de Moscou jusqu'à Waterloo, il y a «n esn pace immense dans l'histoire, mais les «Hiés y gardent contre nous une unité de sy^stème*
Les traités de 1815 farent une véritable réaction; nous avions été yiolents, désordonnés sous la répu«* blique et l'empire; nos conqu^es s'étaieat empreintes de quelque chose de sauvage; nou& étions redeveaus les Francs du v* siède, dépouillant les TiUes de leurs mu-* sées^ de leurs chefs^-d'œuvre; les peuplés^ 4e iMia
KiMrté» et ée leurs fortunes. La réptibitqiie et Ntp<Hléon ftvaiefit ftiçonné leurs réseant de despêlfsme jus^ qtt^mi eilrémités les |)tQS éloignées ée TEur o{ré; comme Qiarleaiagney Bonaparte prépara la réaction dû nord contre le miâî (1).
An commencettent de 18tfi, Tempire français s'é«* tendait de Hambourg aux rives du Cattaro; ce groupe de peuple» et de nationalités était régi par une admints-* tratfon une, Torte, bizarre. Sous le directoire, nous envoyions au dehors des espèces de commissaires, phi-^ losophes régicides, prêtres mariés, qui insultaient la retigion, la nationalité des peuples; sous Napoléon, des sous-préfets imberbes, des généraux impérieux régïaUèttt au loin avee aotre drapeau. Contre la puissance accabkiute et metisongère de cet empire colossal, après les levers de 18IB ^ cette campagne de glace, il dut s'opérer vne réaction naturelle Ae gouvernement et dé peuple. An réveil, nul ne manqua.
Dans la campagne de Moscou, presque toute l'Europe mardhail avec nous : les Prussiens, les Autricbiens, la confédération du Kbin , les llaftens, les Hollandais. Ces masses confuses de peuples que Kapoléon menait comme Attila à la dévastation du monde durent se tourner presque immêdii^ement contre nous, parce que ce qui est en d^ors de la nature des faits n'a pas de durée.
(i) J'ai développé cette ûfce dans moa travail $ur l'Europe iPKf I4 cônft/M €t rempire 4e ffapoléon.
Afwès ee graad reten, duMvi fc ces j et de ces peuples Toahii donc reprendre sa IHé» ei c'est i œ mcMBOii que FAni^elcm «pparail sur le cootioeoi arec une babîlelé sans ^le ei des res-r sources qni dépasseoi loole proporlioD* Les diplonales qai agissent le plus à cette épo^ie sur les destinées de l'Europe sont Iwd CasUerea^, le comte d'Aberdeen, les lords Stewart et Catbcart; ils sont partout, a Vienne, à Pétersbonrgy à Berlin; ils se multiplient ayec leors ot* fres de subsides et de traités spédanx. L'Angleterre est la puissance la plus active dans le congrès de Prague* qui fut le point d'arrêt à l'esprit de conquête de Napo* léon«
Je considère donc ce congrès de Prague comme la première réaction diplomatique essayée contre la prépondérance exclusive que la France voulait exercer sur l'Europe. Il est donc important d'en expliquer les détails, comme point de départ des autres négocia-* tions«
On était après les batailles de Lutzen et de Bautzen, sanglantes rencontres qui n'avaient rien décidé sur la question européenne. La Prusse marchait déjà avec les Russes contre nous, et rAutriche, presque entièrement dessinée pour la coaliliont offrit néanmoins de se poser en médiatrice, afin d'amener une paix au moins continentale. C'était dirTicile, et voici pourquoi :
Il est des existences phénoménales ou providentielles
qoi ne peuvent ni 'S*arrèter ni reculer dans leur oenrre* Caressées par la gloire ou entraînées de conquête en conquête, elles marchent en atani sans détourner les yeux de ce temple d'immortalité qui brille comme uii soleil devant elles. Tout temps d'arrêt est pour elles un éobec si profond qu'elles ne peuvent y consentir sans SQ perdre. Une de ces existences était celle de Napoléon; pour lui, tout devait être prodige et fable; le jour où l'on ne croirait plus à sa fortune, il était perdu. Tel est le sort de ceux qui se posent en dieux.
C'est à ce point de vue qu'il faut expliquer l'attitude de l'empereur au congrès de Prague, ses emportements, ses maladresses, ses fautes. Pourquoi blesser rAutiiehé et insulter le prince de Metternich? Pourquoi ne pas céder quelques points pour en sauver d'autres, et in**cessamment tout jouer sur une seule carte?
A cette époque, qne demandait l'Europe pour con^ dure la paix? M. de Metternich, qui s^^it feit l'ex-* pression, au congrès de Prague, d'un système mixte,; disait dans une note intime : « Le seul avantage que l'empereur François II , mon mattre, soit jaloux d'ac^ quérir, c'est l'influence qui communiquerait aux cabinets de l'Europe l'esprit de modération , le respect pour les droits et les possessions des États indépendants, qui l'animent lui^^méme. L'Autriche veut établir un ordre de choses qui, par une sage répartition de forces, place la garantie de la paix sous Kégide d'une association
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daigné pour le congrès. M. de Narbonne était amba»^ sadeur à Vienne; M. de Caulaincourt» seul plénipoten* tiaire dans le congrès, fut désigné parce qu'il plaisait à l'empereur Alexandre. M. de Metiernich, comme le représentant de la puissance médiatrice, devait néces«« sairement prendre à Prague une haute influence; tous Fentouraient, parce qu'on savait la force que l'Autriche pouvait apporter dans la coalition. Pour qui se dessinerait-elle? La Prusse y députa M. de Humboldt et la Bussie M. d'Anstett (1). Tout se passa en négociations sur des préliminaires; l'armistice s'écoulait ainsi. Quelle serait l'attitude de l'Autriche dans la médiation? On voyait bien que le dessein de M. de Metternich était de prolonger les questions et de gagner du temps; pressé enfin de s'expliquer sur les conditions qui paraissaient satisfaire l'Europe entière pour amener la paix générale, M. de Metternich les résuma dans la formule qu'on va lire :
c< La dissolution du duché de Varsovie, qui serait partagé entre la Russie, la Prusse et l'Autriche (Dantzickà la Prusse);
a Le rétablissement des villes de Hambourg, de Lubcck, etc., dans leur indépendance;
c< La reconstruction de la Prusse avec une frontière sur l'Elbe;
(t) M. d'Ânslett c^it émi^é français, faommê (riufiuimcnt d'cspHt.
« La cession à l'Autriche de toutes les provinces îlly-> riennes, y compris Trieste;
« Et la garantie réciproque que l'état des puissances» grandes et petites» tel qu'il se trouverait fixé par la paix» ne pourrait plus être changé ni altéré que d'un commun accord« »
La question de l'indépendance de la Hollande et de l'Ei^pagne (1) avait également été posée; mais on n'avait pas paru éloigné de l'ajourner à la paix générale» afin d'y comprendre l'Angleterre» qui n'aurait jamais coih senti à traiter» tant qu'Anvers et la Corogne auraient été placés sous la prépondérance maritime de la France.
D'après cet fdtimalum, d'autant plus sérieux que le désir sincère de l'Autriche était alors la paix , l'empire français n'était pas entamé» si ce n'est aux deux extrémités, Hambourg, Lubeck et les provinces illyriennes. Il ne s'agissait pas encore de le réduire aux provinces du Rhin; cet empire gardait l'Italie» une fraction de l'AlIemagne » et cependant Vullmalum ne fut point accepté. Comment expliquer cela dans la situation difficile où se trouvait Napoléon? Rien de plus simple; c'est que l'empereur espérait toujours prendre sa revanche* Sa destinée ne pouvait pas déchoir; un pouce de terrain perdu » son épopée était compromise.
(1) Voyez pour les détails mon livre sur la Diplomatie de la France 0i é9 l'Eipagnâ 4epuk VaviMment dû la maison d9 Bofutlon* .
pftofotiîlom ms alliés a piahcpomt.
(Norembre tglt^
Ce fat une terrible campagne que celle de 1813 en Allemagne. Après les champs de bataille de Lutzen et de Bautzen si vivement disputés , après le beau fait d'armes de Dresde» ob le génie de Napoléon se déploya splendide dans cette belle sortie en éventail de feu et d'acier sur les alliés réunis, vint le désastre de Leipsick, la bataille des nations; puis, après ce désastre qu'une grande imprévoyance et l'incurie des chefs avaient amené, après la fuite trop précipitée de l'empereur quittant le champ de bataille pour gagner Paris, comme il avait fui d'Egypte et de Moscou, les armées alliées se trouvèrent sur le Rhin h la veille de franchir le grand fleuve.
On était donc inquiet en France, Topinion publique atterrée» l'esprit public anéanti; il arriva à cette époque un épisode assez curieux et peu connu qui prépara de nouvelles et immédiates négociations et fit connaître la pensée des alliés. M. de Saint-Aignan, parent de M. de Caulaincourt, était ministre de France à Weimar. Lors du passage des empereurs d'Autriche et de Russie» M. de Saint-Aignan fut pris et enlevé par un parti comme prisonnier de guerre destiné à être envoyé en Bohême. M. de Saint-Aignan, invoquant la sainteté de son caractère» écrivit au prince de Schwartzenberg et au comte de Metternich pour réclamer contre ce procédé tellement contraire au droit des gens. Immédiatement le prince de Schwartzenberg répondit à M. de Saint-Aignan par le comte de Parr» en l'invitant à se rendre chez M. de Metternich. M. de Saint-Aignan y vint en effet; le ministre autrichien montra un grand empressement; il répéta plusieurs fois que a tous les alliés voulaient la paix avec l'empeitur Napoléon» sans intrigue» sans arrière-pensée; mais» franchement» plus de ruses» plus de faux-fuyants; il fallait s'expliquer avec sincérité. » Quelques jours après, M. de Saint-Aignan» mandé à Francfort, lieu des conférences entre les plénipotentiaires, put voir M. de Metternich» qui lui répéta les mêmes paroles dans des termes aussi pacifiques : « Tout le monde veut la paix; personne n'attaque ni ne veut ébranler la dynastie de l'empereur; la coalition n'a pour but que de
rétablir un équilibré profoiid et durable entre les grandes puissances. »
Le 9 novembre, â dit hènrés Aa soir, Sï. 3e Saint- Aignan était chez M. de Mellernich; quelques instants après arrive le comte de Nesselrode, qui liiî exprime des opinions très -pacifiques en termes bienveillants pour Napoléon. M. de Metternîch ajoute : « Voiis pou-vez consiilérér ceci Comme commuh â M. dfe Hârdehberg, qiii le ratifié pleiriement. » Alors partit Ibrd Àfcér-* deeri, et, en le présentant â M, de Saint-Aignâii, M. de Metlernicii ajouta : « Vous pouvez cônlinuër â vous expliquer devant milord. » Tout cela se fit dans les liieiU leurs termes. De cette conférence résulta une iioté écrite, pour ainsi dire, àoùs la dictée de Sf . de MellerhicH, avec i'approbalion des autres plénipotëriliaires, el concile dans des termes arrêtés entre les liiiriîstres dès tabihels. tbi commence à se révéler d'une imànièrë invariable là pensée des alliés (i*agir en commuifi , sans 'qii'ii fût possible dé séparer un seul des membres dé la coalition. Il ne s'agit plus d'une médiation el d'un médiateur comme k Prague; il n'y â plus que l'Europe d'une part, et la France de l'autre, qui dôivièht, ou traiter dé la paix, ou vider leurs querelles par les armes.
Cette situation résulte de la faot'e même dé M. de Saint-Aignan, écrite sous là dictée dû pirincè de iSletternich :
a Le comte de Mellernich m^â dit que là circohstàiico
qui tn'à àmeitù M qtiàHîèf général Bë l^nSperénr d'Autriche ^oiivâil rèridte côhtéhàBle de ffië charger déport tferà Sa MajèsiïrèiripefétiHa réponse éfttx pWposiiiôhs ^ti*éliè à féîl faire par M. le Cdiiilé dé Mérrelot. En fcoriiêqiièaté, M. le comte dé MètlëfhlcH et Èf. le comté dé NéàSÉÎlfédë to'oht dfeMéhdé de rSp^^eff téi* S Si Mà^
i< Oné léi lifl&aîrcéy édmi^eS Slâiflft engagées pài des liens indissoliJMës; c(a\ mmbntmr^ Kicéë- a doiît èliërfiê dë^rer&îént }fimàls\-
« Qtté lés en^geniêtits réciproques qu'elles avaient feontracl^ leur i\iM\ fait prendre ft résolùtlBn de ne fdire ^ti'linë pàii géniiralé; qtiè, Ibrs du congrès àe Pra-^ ^ëi on àvâil fit penser â iinè^âix cbiitînentalej parce que lés circohSlànces n'auraient |iâs dbnné Ife temps dé s'enlehdire jpour thàiler autrement, mais que dépilià les ihieritlôiià de toutes les puîssâtices èl celles de l'Angle-^ terre étaient connues; qu'ainsi if était inutile de pensèt Sbft S ûti iàfmisllcte, soit i iiiife hêgbcratidh qui n*eût pék fèût prémiét- j)!- înbipé une paît géiiéràliè; ' cr Qfié les souverains coalisés étaient unanimemerit d'accord sur la puîssanfcè et la Jîfépôrrdérante que la f ràîicè doit tortSérrlir d^hè soh intégrité et en se ren- Ifermàfatdané^é^ liMiléà natbiièllës, qui sont le Ëhin, les Alpes et lès ÎPylrMës;
' tt Qbfe lé pifliicipè dé l'indépéftdaiide de rÂllëmûgné MitA% èmicIi^H Hàe ^ûà mn; qii^âi^stia Fi^l^éé <îé^
gages de paix» Tempere^^r l^ve (Iç aojifvef}^^ tfp^e$. A Francfort, l^ ^\ié? /^r^enf de ppH^ attjf p^o de Napoléoû, qu'ils jcppfi4ère»(. dé^ovpv^s çffm^ fio pffftT cipe dp guerre éf^pcnplj ïjs^edefpapjjpfi^siiç'esll^rexr pression ré^U^ 4e? opinloifs pp F^'^ppe ; laudjri^-r|,Ti|l unir h palion et rprappr^ur ^ «g poin| (iif'^Jej ^^t ié&orpm^ insépar^blçfTPç bAutes poflifi^ratwffs içfh" tjyent la déclaratif «fjfv^iiji^ :
La gouverneiaéQt fhuiçais >ieûi .d'anéter um^ qsfoell»
Iqvôb (te trois Ci^pt ^ille cooscriU, If^ fpofif^ .di^ s^ôd^r consulte renferment june provocation aux puis^nçes alliées. Elles se trouvent appelées à promulguer de nouveau à la face du nionde les vu6s<rui les guident dané la présente fiiertii, Ms principes qui fooï la bê$ê 4^ kw cooduîtQ, ieurl vqm^ içt iiMif^ déterminations.
Leç puissances ciliées ne font pas la gyerre à la fi'anjce,^ mais à cette prépondérance hautement annoncée, à cette prépondérance que^ pour le maiheur de iï|p\opë et de la FiàocB^ Tempereur Napolépn ^ trop lopgte^a^^çKei^ l^or^ deis ^w^ de son empire.
La victoire a conduit les armées alliées sur leRtiin. Le premier usage que Leurs Majestés ImpértaW et Royales en ont fait a été d'iOffrir.lfipaiic 4 Sa lij(s^te^tr.mpère(iAr d^s Fraotfi^is. Une attitude renforcée p^ raccessiou de tous les sçuyer^ins.çt princes d'Allemagne n'a paç eu dMntJuçnce sur les condition^ de la paix. Ces oondîtions sont fondées surPindépendance' def Vempire français comme sur rindépeudance des autres États de TEurope. Les vues des puissances sont j)^i^t^^.d|u^ leur
rr ^ -r
objet, j^énéreuses et libérales dans leur a]^]^i(^tipa, ra^urant^g . pou/ tous, honorables pour chacun.
'' téssoùverkiiis alliés désirèïït que la France soît grande, forte et b«ura)Q9« infce que la pûissattoe française, grande et' forte, est une des bases |bpdamentales de Tédi^ce social. }is désirent que la France soit heureuse, que le commercé français renaisse, que les arts, les bienfaits de là paix, refleurissent, pàix^ qu'iin grand peuple né saurait être tranquille qu'autant qu'il est heui|BQi:. Les p^i$$alices oQQâroieot h rempirè français une étendue de tenltoireque n'a jamais connue la France sous ses anciens rois, parce qu- ufne nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, ^irouvé des revers dans une lutte opiniâtre et saof^aat0 où elle a combatta avec son audace accoulumée.
Mais les puissances aussi veulent être libres, heureuses et tranquilles. Biles veulent un état de paix qui , par une sage lépartiiioil des forces, par un ju6te équilibre, préserve désorraaïs les peuples des comités sans nombre qui, depuis vingt aoë, ont ^sé mr r£i3à*ope.
Les puissances aJtiéei ne poseront pas les armes sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat, ce noble objet de leurs efforts. Elles ne puiseront pas les armes avant que l'état politique de l'Europe soit de nouveau raiTermi, avant que des principes immuabies 'n'aient repris leurs droits sur de vaines prétentions; avaût que )a sainteté des traités n'ait enfin assuré une psÀt véritable à l'Europe (i).
L'objet de cette déclAi'atîoii arrêtée par les alliés à Francfort est ifacile à saisir; elle était destinée à plu- §ieur^ buts. Lp preflîvpr de .tçus était de préciser les Q0Bdilioiis défifiilives qu'Ain affrait à Tenipereur Napo«-
(1) Cette déclaration fut répandue partont; elle est Tœuvre de M. de Gentz. M. Benjamin Constant publia pour la soutenir et la développer sa brochure sur YEsprit d'usurpation et de conq^éU. .
léon 9 afin que la France pût bien comprendre qu'il y avait un certain esprit de modération dans les cabinets de l'Europe qui faisaient de concert un appel aui sentiments pacifiques. Les alliés savaient que la France, Fatiguée de guerre, était prête à se séparer de son empereur, et Napoléon semble le compreadre lorsqu'il écrit à M. de Caulaincourt, le 4 janvier 1814 :
Je pense qa'il est douteax que les alliés soient de bonne foi et que l'Angleterre veuille la paix : moi , je la veax, mais solide, honorable. La France, sans ses limites naturdles, sans Ostende, sans Anvers, ne serait plus en rappcxt avec les autres États de l'Europe. L'Angleterre et toutes les puissances ont reconnu ces limites à Francfort. Les conquêtes de la France en deçà du Rhin et des Alpes ne peuvent compensa ce que TAutriche, la Russie, la Prusse, ont acquis en Pologne, en Finlande, ce que l'Angleterre a envalii en Asie. La politique de TAngleterre, la haine de Tempereur de Russie, entraîneront TA utriche. J'ai accepté les bases de Francfort, mais il est plus que probable que les alliés ont d'autres idées : leurs propositions n'ont été qu'un masque. Les négociations une fois placées sous Tinfluence des événements miUtaires, on ne peut prévoir les conséquences d'un tel système. Il faut tout écouler, tout observer. Il n'est pas certain qu'on vous reçoive au quartier général : les Russes et les Anglais voudront écarter d'avance tous les moyens de conciliation et d'explication avec l'empereur d'Autriche. Il faut tâcher de connaître les vues des alliés, et me ftiire connaître jour par jour ce que vous apprendrez, afln de me mettre dans le cas de vous donner des instructions que je ne saurais sur quoi baser aujourd'hui. VeutK)n réduire la France à ses anciennes Uoiites? c'est l'avilir (i).
(l) Kote originale.
Il faut bien remarquer la date de cette lettre, qui n'est que du 4 janvier 1814 , tandis que la déclaration de Francfort est du 1®' décembre 1815. Ainsi plus d'un mois s'est écoulé entre les deux actes, et ce mois a été un siècle pour la politique : lord Castlereagh va partir pour le continent; l'Angleterre s'est montrée plus exigeante, et le Rhin est franchi.
Dans la déclaration du 1^*^ décembre, les alliés constatent qu'ils ont offert la paix à Napoléon et qu'ils veulent maintenir l'indépendance de l'Europe; ils désirent que la France soit grande, forte et heureuse, dans ses limites naturelles des Pyrénées^ des Alpes et du Rhin. Ce n'est plus autant sans doute que ce qui a été proposé à Prague; mais entre ces deux congrès il y a eu le sou-* lèvement de l'Allemagne et la terrible bataille de Leipsick. Il y a plus encore : l'Angleterre veut intervenir d'une façon plus active. Quoique le comte d'Aberdeen ait assisté aux propositions de Francfort, le cabinet anglais juge indispensable d'envoyer sur le continent lord Castlereagh, le chef même du ministère, A6n de donner une empreinte plus britannique à la négociation, car les Kmites du Rhin laissent encore Anvers à la France, et TAngleterre ne le veut pas; c'est alors que Napoléon écrit sa lettre du 4 janvier 1814. Il est trop tard.
magné en armes, la Hollande en insurrection , tes Français rejetés en deçà des Pyrénées par Tannée da duc de Wellington. Les négociations avaient pris une autre tendance depuis l'arrivée sur le continent de lord Gastlereagh, amené par le comte Pozzo di Borgo, Tennemi personnel de Bonaparte. Jusqu'à Francfort, l'esprit des propositions était resté russe et autrichien, et par conséquent conforme à la déclaration faite à M. de Saint* Aignan; depuis l'arrivée de lord Castlereagb, les négociations devenaient anglaises et prussiennes, ce qui leur donnait un nouvel esprit, une tendance toul^à-fait hostile; on ne pouvait plus avoir les mêmes espérances d'un résultat pacifique et modéré.
Si la Russie et l'Autriche admettaient une France dans les limites naturelles (et telle était alors l'opinion du prince de Metternich), il n'en était pas ainsi des cabinets de Londres et de Berlin : il faut en dire la raison.
Du c6té du midi, l'Angleterre voulait une Espagne et un Portugal sous son influence; au nord, elle ne pouvait souffrir qu'Anvers demeurât dans les mains de la France. Son but était de constituer un grand État, formé de la Belgique et de la Hollande, au profit de la maison d'Orange, qui lui était unie par tant de liens. Cet Étal, qui lui servirait de garantie pour empèdier la prépondérance de la France, deviendrait un lieu de dépAt et de transit pour le commerce anglais dans l'Allemagne. On
cepterait pas les limites du Rhin, qae les alliés avaient offertes encore le 1^' décembre.
Toutefois le prince régent, dans le discours de la couronne (novembre 1813), avait dit, pour rassurer les esprits, « qu'il n'était ni dans l'intention de l'Angleterre ni dans celle des puissances alliées de demander à la France aucun sacrifice incompatible avec son honneur et ses justes droits. »
. Cette phrase, très-vague, ne fixait aucune limite dé« terminée : quelle serait la nature des sacrifices et la somme qui serait imposée? L'opinion de TÂngleterre était déjà «c qu'il fallait arriver à ce point inflexible, i savoir : l'ancien territoire de la monarchie, telle qu'elle existait en 1792 , sans agrandissement; » opinion soutenue au reste par la Prusse, qui voulait chercher jusqu'à la Sarre et à la Moselle une indemnité pour les der^ niers efforts de la guerre continentale. La Prusse, qui avait beaucoup souffert, voulait beaucoup gagner.
C'est à M. de Metternich que toutes les dépèches des ministres de Napoléon sont adressées; lui seul peut amener une négociation sérieuse, parce qu'il est calme, modéré, et, afin de la rendre plus facile, M. Maret, esprit sans portée et qui avait été sans ménagement aux époques de prospérité, fut remplacé par M. de Caulain* court , caractère aimé des alliés à cause de sa tempérance et de sa loyauté. La situation, hélas! était bien triste, bien désolée; la bataille de Brienne avait montré
— Sade possemon analogue an rang qu'elle a tonjonrs occupé dans le système politique, et considérant la situation dans laquelle TEurope se trouYO placée à l'égard de la France à la suite des succès obtenus par leurs armes» les plénipotentiaires des cours alliées ont ordre de de^ mander :
« Que la France rentre dans les limites qu'elle avait avant la révolution, sauf des arrangements d'une con- Tenance réciproque sur des portions de territoire au delà des limites de part et d'autre, et sauf des restitutions que l'Angleterre est prèle à faire pour l'intérêt général de TEurope, contre les rétrocessions demandées à lu France, lesquelles restitutions seront prises sur les conquêtes que r Angleterre a faites pendant la guerre; qu'en conséquence, la France abandonne toute influence directe hors de ses limites futures, et que la renonciation à tous les titres qui ressortent des rapports de souveraineté et de protectorat sur l'Italie, l'Allemagne et la Suisse, soit une suite immédiate de cet arrangement. »
C'était donc la vieille France que l'Europe voulait imposer à Napoléon avec son titre d'empereur; c'est l'aigle dont on veut couper la vaste envergure; seulement l'Angleterre, qui intervient, offre de restituer quelques-unes des colonies que la guerre maritime a mises dans ses mains. Le traité devait donc devenir général, et la paii conclue non*seulement avec le continent, mais encore avec l'Angleterre.
, Sur ce projet nouveau, M. de Caùlaiticôurt répond par uue note : « Le plénipotentiaire de France renouvelle encore rengagement déjà pris par sa cour de faire pour la paix les plus grands sacrifices, quelque éloignée que la demande faite dans la séance d'aujourd'hui au nom des puissances alliées sott des basés proposées par elle à Francfort, et fondées sur ce que les alliés eux-mêmes ont appelé les limites naturelles de la France; quelque éloignée qu'elle soit des déclarations que toutes les cours n^ont cessé de faire à la face de l'Europe; quelque éloignée que soit même leur proposition d'un état de possession analogue au rang que la France a toujours occupé dans le système politique, bases que les plénipotentiaires des puissances alliées rappellent encore dans leur proposition de ce jour. Enfin, quoique le résultat dç cette proposition soit d'ap[iliquer à la France seule un principe que les puissances alliées ne parlent point d'adopter pour elles-mêmes, et dont cependant l'application ne peut être juste, si eîle n'est point réciproque et impartiale, le plénipotentiaire français n'hésiterait pas à s'expliquer sans retard de la manière la plus po« silive sur cette demande, si chaque sacrifice qui peut être fait, et le degré dans lequel il peut l'être, ne dépendaient pas nécessairement de l'espèce et du nombre de ceux qui seront demandés, comme la somme des sacrifices dépend aussi nécessairement de celle des compensations. Toutes les questions d'une telle négociation
soDt (éliraient liées et subordooséet Jes unes aux antres, qo'oo ne peut prendre de parti sur ancime ayant de les Gonnatire toutes. D ne peut être indiffèrent k edm à fui on demande des sacrifiées de sayoir m profit de qui i} les failf et quel emploi on veut en faire, enfin si, en les faisant, on peut mettre tout de suite un terme aux malheurs de la guerre. Un projet qui développerait les vues des alliés dans tout leur ensemble remplirait ce but. »
Dans le sens absolu, la note de M* de Caulaincourt disait vrai; en diplomatie, il ne suffit pas de laisser un État dans ses anciennes limites pour rétablir réquiKbre, il faut encore qu'il ait l'influence suffisante au dehors, et que les autres États ne se soient pas relativement agrandis. Mais, dans les malheurs de 1814, il n'y avait plus à discuter, et c'était une faute que de ne pas s'expliquer d'une manière plus nette sur les propositions faites par l'Europe d'une façon impérative. Il y avait alors au cœv de Napoléon l'espérance d'obtenir un succès décisif sur les alliés, de nature à donner une plus large chance à sa fortune abaissée. L'influence fatale, implacable de lord Gastlereagh se faisait sentir sur toute les négociations, Pf zxo di Borgo^ qui l'avait conduit sur le continent, avait alors assez de crédit sur l'empereur Alexandre pour lui faire accepter, d'accord avec l'Angleterre, les projets définitifs de l'invasion qui devait entraîner la chute de Bonapaile»
La politique de lord Castlereagh se résama dans les trois points suivans : 1^ II faut que la France sache à ne plus en douter que toute l'Europe marche contre elle, et que dès-lors ce qu'on va lui proposer est l'expression de la volonté de tous; il faut aussi qu'elle l'accepte ou qu'elle le refuse d'une manière absolue. 2^ A cet effet, on rédigera une formule de traité in-* flexible dans son ensemble et dans ses conditions : ce traité sera censé l'œuvre de l'Europe entière, et il sera impossible d'en modifier les conditions. 5^Enfin^ comme il faut à tout système un principe de coercition, une puissance armée, comme il est urgent en outre que la France sache bien que les alliés ne veulent se départir en rien de ce qui a été arrêté, il sera conclu un traité d'alliance offensive et défensive avec stipulation de contingents de troupes et de subsides de la part de l'Angleterre, et ce traité tracera le devoir militaire de l'Europe, au cas où l'application d'un système répressif serait dé* claré nécessaire.
La formule du traité imposé à la France par le congrès de Chàtillon fut arrêtée le même jour et envoyée par M. de Metternich à M. de Caulaincourt. Ce traité est rigoureux et hautain , le voici :
Au nom de la très-sainte et indivisibk Trinité.
Leurs Majestés Impériales d'Autriche et de Russie, Sa Majesté le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et de rirlande, et Sa Majesté le roi de Prusse, agissant au nom de tous leurs
dans le continent des Indes et dans les limites des possessions britanniques que sous la condition qu'elle les possédera uniquement à titre d'établissements commerciaux, et elle promet, en conséquence, de n'y point faire construire de fortifications et de n'y point entretenir de garnisons ni forces militaires quelconques au-^elà de ce qui est nécessaire pour maintenir la police dans lesdits établissements.
Les restitutions ci-dessus mentionnées en Asie, en Afrique et en Amérique, ne s'étendront à aucune possession qui n'était point effectivement au pouvoir de la France avant le commencement de la guerre de 1792.
Le gouvernement français s'engage à prohiber l'importation des esclaves dans toutes les colonies et possessions restituées par le présent traité, et à défendre à ses sujets, de la manière la plus efficace, le trafic des nègres en général.
L'île de Malte, avec ses dépendances, restera en pleine souveraineté à Sa Majesté britannique.
VI. — Sa Majesté l'empereur des Français remettra, aussitôt après la ratification du présent traité préliminaire, les forteresses et forts des pays cédés et ceux qui sont encore occupés par ses troupes en Allemagne, sans exception, et notamment la place de Mayence, dans six jours; celles de Hambourg, Anvers, Berg-op-Zoom , dans l'espace de six jours; Mantoue, Palma- Nuova, Venise et Peschiera, les places de l'Oder et de l'Elbe, dans quinze jours, et les autres places et forts dans le plus court délai possible, qui ne pourra excéder celui de quinze jours. Ces places et forts seront remis dans l'état où ils se trouvent présentement, avec toute leur artillerie, munitions de guerre et de bouche, archives, etc.; les garnisons françaises de ces places sortiront avec armes, bagages et avec leurs propriétés pai'ticulières.
Sa Majesté l'empereur des Français fera également remettre dans l'espace de quatre jours aux armées alliées les places de Besançon, Béfort et Uuningue, qui rest^ont en dépôt jusqu'à la ratification de la paix définitive, et qui seront remises dans
Tétai dans lequel elles auront été cédées, à mesure que léîs ar^ mées alliées évacueront le territoire français.
VII. — Les généraux commandant en chef nommeront sans délai des commissaires chargés de déterminer la ligne de démarcation entre les armées réciproques.
VIII. — Aussitôt que le présent traité préliminaire aura été accepté et ratifié de part et d'autre, les hostilités cesseroQt sur terre et sur mer.
IX. — Le présent traité préliminaire sera suivi , dans le plus eourt d^ai possible, par la signature d'un traité de paix définitif.
X. — Les ratifications du traité préliminaire seront échangées dans quatre jours ou plus tôt, si faire se peut (1).
Ainsi on impose à Napoléon les limites anciennes de 1792 (ce qui n'est plus le Rhin ni les Alpes); il n'aura rien que le royaume de Louis XVI, faiblement agrandi : toute influence au dehors lui sera interdite; il doit tout céder en Italie, en Allemagne, en Suisse; l'Europe reste indépendante , et l'empereur n'aura rien à voir dans les arrangements ultérieurs que feraient les cabinets entre eux; l'Angleterre restitue ses conquêtes coloniales, en retenant les lies de France et de Bourbon; plus de forteresses hors de France; et enfin, comme couronnement, l'occupation par les alliés de plusieurs des places fortes de la frontière : Besançon, Béfort, Huningue.
Cette formule une fois arrêtée, et, pour en assurer
(1) ProtooolA onginiL
l'exécution» les plénipotentiaires se réunirent de nou-^ veau; lord Castlereagh exposa que toute précaution devait être prise contre la France et son chef actuel, qu'on devait toujours être ]irêt et armé^ car en toute circonstance il devait y avoir permanence dans les moyens d'exécution avec les subsides et les contingents fixés. Ce dernier traité était la conséquence du premier» le moyen d'action après le principe posé; à Trachenberg déjà on avait essayé une première formule d'armement général; à Chaumont» ce fut un traité impératif d'autant plus important, qu'il a été plus d'une fois renouvelé comme une menace. Ce traité, le voici :
Les hautes parties contractantes ayant fait parvenir au gouvernement français des propositions pour la conclusion d'une paix générale, et désirant, au cas que la France refusât les conditions de cette paix, resserrer les liens qui les unissent pour la présente guerre, entreprise dans le but salutaire de mettre fin aux malheurs de TEurope, elles sont convenues de tenir chacune cent cinquante mille hommes en campagne contre l'ennemi commun , que la Grande-Bretagne fournira à cet effet un subside de 5 millions do livres sterling .(lâO millions de francs), répartis également entre les trois grandes puissances continentales; que chaque puissance aura un commissaire près des généraux des diverses armées; que si" Tune d'elles était menacée d'attaque par hx France, chacune des autres volera à son secours avec soixante mille hommes, dont ^ix mille de cavalerie, et que l'on conviendra d'un secours additionnel , s'il y a lieu; que l'Ançletérre fournira son contingent en troupes étrangères à sa solde, lixéc annuellement à vingt livres sterling par fantassin et à trente par cavalier; qu^ôn piarta^ra les tro-
pliées; qu'on ne fera la paix que d'un îicœrd commun ; qu'on ne pourra pr^idre d'engagements avec d*autre8 États que dans le même but; enfin que ce traité, couda pour vingt ans, pourni être renouvelé avant son expiration.
Les articles secrets de ce même traité portaient : « Reconstitution de rAllemagne, composée des princes souverains unis par un lien fédératif ; la confédération suisse indépendante et conservant ses anciennes limites sous la garantie des puissances de l'Europe; l'Italie par«tagée en États indépendants; TEspagne rendue à la souveraineté de Ferdinand VII; la Hollande accrue de territoire et formant un royaume pour le prince d*Orange; droits réservés à l'Espagne, au Portugal, à la Suède et au prince d'Orange d'accéder à ce traité. »
L'article 3 disait : « Considérant la nécessité qui peut exister après la conclusion d'un traité de paix définitif de retenir en campagne, pendant un certain temps, des forces suffisantes afin de protéger les arrangements que les alliés devront faire entre eux pour le raffermissement de l'état de l'Europe, les hautes puissances contractantes sont décidées à se concerter entre elles, nonseulement sur la nécessité, mais sur l'importance et la distribution des forces à tenir sur pied, conformément à l'exigence des cas. Aucune des hautes puissances ne sera tenue de fournir des forces pour le btii ci-dessus énoncé pendant plus d'une année sans son çop^ep.tçfnent exprès et volontaire. 7> * *
La situation derenait ainsi bi» triste, bien iatale pour la France et son emperenr. Un traité inflexible Ini était imposé; FEnrope, sans exception d'ancnne des puissances réunies militairement, s'armait pour nous placer .dans cette alternative inexorable : Acceptez nos conditions ou la guerre. En vain M. de Gaulaincourt, dans une note du 10 mars^ invoque encore les propositions faites par la déclaration de Francfort : c Les souverains alliés avaient demandé que la France se renfermât dans les limites formées par les Pyrénées, les Alpes et le Khin , et la France j avait acquiescé. HM. leurs plénipotentiaires ont au contraire, et par leur note du 7 février et par le projet d'articles qu'ils ont remis le 17, demandé qu'elle rentrât dans ses anciennes limites. Comment, sans cesser d'invoqner le même principe, a--t-on pu et en si peu de temps passer de l'une de ces demandes à l'autre? Qu'est-il survenu depuis la première qui puisse motiver la seconde? » Pourquoi? demandait M. de Gaulaincourt, et ceci était facile à dire : c'est que la victoire n'était plus pour nous et que l'Europe prenait sa revanche.
Ce qu'on appelait les anciennes limites pour la France la plaçait matériellement au-dessous de ce qu'elle avait été dans tous les temps : « L'Europe, continuait M. de Gaulaincourt , ne ressemble plus à ce qu'elle était il y a vingt ans; à cette époque, le royaume de Pologne, déjà morcelé, disparut entièrement, l'immense territoire de
la Russie s'accrut de Yas(e9 et riches proyiaces; six tmU lions d'hommes furent ajoutés à une population déjà plus grande que celle d'aucun État européen; neuf millions devinrent le partage de la Prusse et de TAutriche. Bientôt TÂllemagne changea de face. Les États ecclésiastiques et le plus grand nombre des villes libres germaniques furent répartis entre les princes séculiers; la Prusse et l'Autriche en reçurent la meilleure part. L'antique république de Venise devint une province de la monarchie autrichienne; deux nouveaux millions de sujets» avec de nouveaux territoires et de nouvelles ressources, ont été donnés depuis à la Russie par le traité de Tilsilt, par le traité de Vienne, par celui d'Yassi et par celui d'Abo. De son côté et dans le même intervalle de temps, l'Angleterre a non-seulement acquis, par le traité d'Amiens, les possessions hollandaises de Ceyian et de Tile de la Trinité, mais elle a doublé ses possessions de rinde, et en a fait un empire que deux des plus grandes monarchies égaleraient à peine. Si la population de cet empire ne peut être considérée comme un accroissement de la population britannique, en revanche l'Angleterre n'en tire-t-elle pas, et par la souveraineté et par le commerce, un accroissement immense de sa richesse, cet autre élément de la puissance? La Russie, l'Angleterre, ont conservé tout ce qu'elles ont acquis. L'Autriche et la Prusse ont, à la vérité, fait des pertes; mais renoncent-elles à les réparer et se con-
(euteni-elles aujourd'hui de l'état de possession dans lequel la guerre présente les a trouvées? Il diffère cependant peu de celui qu'elles avaient il y a vingt ans (1). »
M. de Caulaincourt raisonnait juste; notre fatale révolution de 1789, en nous plaçant en dehors des intérêts et des doctrines de TEurope, avait doublé les forces contre nous, brisé tous les rapports, altéré toutes les alliances. Il était effrayant de voirie petit coin que nous tenions sur la carte; l'équilibre était rompu à la face des autres puissances réunies !
A ces observations très-sensées de M. de Caulaincourt, mais malheureusement sans crédit, les alliés répondent avec une résolution ineiorable « que les notes des plénipotentiaires de Napoléon ne contiennent pas une déclaration distincte et explicite du gouvernement français sur le projet présenté par eux dans la séance du 17 février, et par conséquent ne répondent pas à la demande que les plénipotentiaires des cours alliées avaient formée dans la conférence du 28 février, d'obtenir une réponse distincte et explicite dans le terme de dix jours, duquel ils étaient mutuellement convenus avec M. le plénipotentiaire de France. »
Était-ce une position assez dure? L'Europe nous disait : Point d'observations ; acceptez ou refusez. A ce moment, Napoléon, qui venait de remporter de bril-
(!) »t0 orisritiâlc.
lants succès, fil proposer par M. de Gaulaiiicoart un contre-projet qui acceptait pour la France la ligne des Alpes et du Rhin , pourvu qu'on laissât la couronne d'Italie à Eugène Beauharnais, les duchés de Lucques et de Piombino à Elisa, la principauté de Neufcbàtel à Berthier, le grand-duché de Berg à Murât» les ties Ioniennes au royaume d'Italie.
N'était-ce pas folie que de tant demander, lorsque les alliés nous abreuvaient de leur fier dédain? Ce projet fut repoussé tout d'une voix par les plénipo-* tentiaires de ChAtillon. c< La France, dirent-ils, en rentrant dans les dimensions qu'elle avait en 1792, reste, par la centralité de sa position, sa population, les richesses de son sol, la nature de ses frontières, le nombre et la distribution de ses places de guerre, sur la ligne des puissances les plus fortes du continent; les autres grands corps politiques, en visant à leur reconstruction sur une échelle de proportion conforme à l'établissement d'un juste équilibre, en assurant aux États intermédiaires une existence indépendante, prouvent par le fait quels sont les principes qui les animent. Il restait cependant une condition essentielle au bienêtre de la France à régler : l'étendue de ses côtes donne à ce pays le droit de jouir de tous les bienfaits du corn* merce maritime. L'Angleterre lui rend ses colonies, et avec elles son commerce et sa marine; l'Angleterre feit plus : loin de prétendre à une domination exclusive 4^9
mers, incompatible avec un système d^éqtiilibre poIitt«» que» elle se dépouille de la presque totalité des conquêtes que la politique suivie depuis tant d'années par le gouvernement français lui a valu. Animée d'un esprit de justice et de libéralité digne d'un grand peuple, FAngleterre met dans la balance de l'Europe des pos^ sessions dont la conservation lui assurerait, pour long-* temps encore, cette domination exclusive. En rendant à la France ses colonies, en faisant de grands sacrifices pour ta reconstruction de la Hollande, que l'élan national de ses pépies rend digne de reprendre sa place parmi les puissances de l'Europe, elle ne met qu'une condition à ces sacrifices; elle ne se dépouillera de tant de gages qu'en faveur du rétablissement d'un véritable système d'équilibre politique; elle ne s'en dépouillera qu'autant que l'Europe sera véritablement pacifiée, qu'autant que l'état politique du continent lui offrira la garantie qu'elle ne fait pas d'aussi importantes cessions è pure perte, et que ses sacrifices ne tourneront pas contre l'Europe et contre elie-mème. x>
L'empereur Napoléon jusqu'ici ne veut pas accepter le principe d'une reconstitution générale de l'Europe. Il temporise; chaque petit succès qu'il obtient lui donne ^occasion d'un retard ou d'un refus. On se leurre mutuellement au congrès de Chfttillon; nul n'a confiance, et pendant ce temps la formidable coalition se déploie. M. de Metternich exprime partout un grand regret de
la tournure que prend la négociation; il écrit à M. de Caulaincourt une lettre dont je certifie Tauthenticité, et qui dit bien Tétat des esprits :
Du 11 mm*
Les affaires tournent bien mal , monsieur le duc. Le jour où on sera tout à fait décidé pour la paix avec les sacrifices indis* pensables, venez pour la faire, mais non pour être l'interprète de projets inadmissibles. Les questions sont trop fortement placées pour qu'il soit possible de continuer à écrire des romans sans de grands dangers pour Tempereur Napoléon. Que risquent les alliés? En dernier résultat, après de grands revers, on peut être forcé à quitter le territoire de la vieille France? Qu'aura gagné l'empereur Napoléon? Les peuples de la Belgique font d'énormes efforts dans le moment actuel. On va placer toute la rive gauche du Rhin sôus les armes. La Savoie, ménagée jusqu'à cette heure pour la laisser à toute disposition, va être soulevée, et il y aura des attaques très-personnelles contre l'empereur Napoléon, qu'on n'est plus maître d'arrêté*.
Vous voyez que je vous parle avec franchise, comme à J'homme de la paix. Je serai toujours sur la même ligne. Vous ^ devez connaître nos vues, nos principes, nos voeux. Les premières sont toutes européennes, et par conséquent françaises; les seconds portent à avoir l'Autriche comme intéressée au bien-être de la France; les troisièmes sont en faveur d'une dynastie si intimement liée à la sienne.
Je vous ai voué, mon cher duc, la confiance la plus entière; pour mettre un terme aux dangers qui menacent la France, il dépend encore de votre maître de faire la paix; le fait ne dépendra peut-être plus de lui sous peu. Le trône de Louis XIV, avec les ajoutés de Louis XV, offre d'assez belles chances pour ne pas devoir être mis sur une seule carte. Je ferai tout ce que
je pourrai pour retenir, lord Castlereagh quelques jours. Co ministre parti , on né fera plus la paix.
Le prince de Metternich.
Cette lettre est précieuse; elle montre bien la position de TÂutriche dans la coalition. M. de Metternich ne peut plus rester seul* La coalition marche sur Paris; le traité de Chaumont est signé. Alors seulement Napoléon se décide à accepter les conditions inflexibles pro-* posées par les alliés. On a nié le fait de l'acceptation^ on a dit que l'empereur avait repoussé le traité humiliant proposé par les alliés. C'est inexact : il l'accepta tard, mais il l'occepta. Voici la lettre de M. deCaulaincourt , adressée au prince de Metternich , et qui fut expédiée de Doulevent, le 25 mars, par M. de Gallebois, officier d'ordonnance du maréchal Berthier :
Arrivé celte nuit seulement près de rempereur. Sa Majesté m*a sur-le-champ donné ses derniers ordres pour la conclusion de la paix. Elle m'a remis en même temps tous les pouvoirs nécessaires pour la négocier et la signer avec les ministres des cours alliées, cette voie pouvant réellement mieux que toute autre en assurer le prompt rétablissement. Je me hâte donc de vous prévenir que je suis prêt à me rendre à votre quartier général, et j'attends aux avant-postes la réponse de Votre Excellence. Notre empressement prouvera aux souverains alliés combien les intentions de re«A)pereur sont pacifiques et que, de la part de la France, aucun retard ne s'opposera à la conclusion de Tœuvre salutaire qui doit assurer le repos du monde.
Caulaihcourt, duc de Vicence.
. Celte lettfe eat datée du 25 març^ un mois après Tm/tùmtitm àè^ allies. Une seconde lettre, également de M. de Caulaihcdurt au prince de Metternich, fut expédiée le même jour;, elle acceptait tout :
Moti prince, je ne fais que d'arriver, et je ne perds pas un moment pour exécuter les ordres de Tempereur et pour joindre QP^fidentiellement à malettre tout ce que je dois à la confiance que vous m'avez lémoignée.
' L'empereur me met à même de renouer les négociations, et de la manière -la plus franche et la plus positive. Je réclame doqc:le$ focilités que vqus m'avjBz Mi espérer, afin ;que je IRiiase arriver., et le plus tôt possible. Ne laissez pas à d'autre, mon prince, le soin de rendre la paix au monde. Il n'y a pas de raison pour qu'elle ne soit pas faite daite -Quatre jours, si votre bon eèpdt y pDés&le, si dn là veut; aussi frakîcbement que nous. Saisissons i'ooçasion, çt Jbien des faMtes et des malheurs seront réparés. Votre tâche,. mon prince, est glorieuse;. la mienne sera Irès-pénible; mais, puisque le repos et ïè bonbear de tant de peaples en pèuvient résulter, je n'y appcM^terai pas moins de zèle.et dedéyouement que vous.
- >* ; CALXàwdôwTf duc de Vicénce.
Voilà donc ce qui est positif et constaté par les pièces : Napoléon acceptait à la fin de mars la frontière de Vqï^ eienne monarchie avec toutes les conditions rigoureuses que lui faisaient les alliés; il cédait les citadelles^ la flotte d'Anvers (ce que l'on reprocha tant depuis à M. le comte d'Artois) ; il donnait en dépôt les places de Besançon f de Béfort et d'Huningue, ce que ne firent pas
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PREMIÈRE RESTAURATION. — NÉGÔCUTI0K9 DU TRAITi DU 50 MAI i8i4.
La restauration de la maison de Bourbon ne fut qu'un fait accidentel dans la campagne de 1814 et dans les négociations avec l'étranger qui L'accompagnèrent. A considérer même les affaires au point de vue sérieux et dans les céalités de l'histoire» les étrangers avaient peu souci de rétablir la maison de Bourbon : à Prague» à Francfort» à Chfttillon même» les alliés étaient sincères lorsqu'ils voulaient traiter avec Bonaparte et sa famille; leur but était de comprimer la prépondérance française. Le seul lord Castlereagh, encore fort timide^ ment et dans l'intimité » répétait cet axiome inspiré par Pozzo di Borgo : « L'ancien territoire et l'ancienne dynastie. » Le duc d'Ângouléme avaità peine la permissioq de paraître sur les Pyrénées^ lorsque le duc de Wel-
linglon et le duc de Beresford les avaient traversées; c'est à la dérobée et sans l'assentiment des alliés que le comte d'Artois se montrait à Vesoul.
Il faut donc historiquement considérer le retour des Bourbons comme un simple accident , un épisode dans la marche et la négociation des traités discutés à Chàtillon en février et en mars 1814. On doit remarquer la similitude presque textuelle du projet de traité définitivement accepté par M. de Caulaincourt , rédigé par les alliés à Châtillon, avec ce même projet que la restauration discute, par Torganede M. de Talleyrand, au mois de mai 1814. C'est à ce point qu'on pourrait dire que les conférences de Paris à cette époque ne sont que la suite des séances du congrès de Châtillon. M. de Talleyrand se fait le continuateur de M. de Cau-* laincourt» et Louis XYIII est substitué à Bonapaiie dans les protocoles.
Que porte en effet le traité accepté par l'empereur Napoléon le 25 mars 1814? Que la France reprend les anciennes limites telles qu'elles existaient avant la guerre de 1792. Le traité du 50 mai conclu avec les Bourbons porte la même clause; seulement les frontières sont agrandies, au profit de Sa Majesté trè&*ohrétienne, de plusieurs territoires qu'on n'accordait point à Napoléon. Ainsi nous gagnions matériellement av«c Louis XVIIL '• Dans le traité de Châtillon , Napoléon recoimatt le lien fédératif de rAllemagne, l'indépendance dç Tltalie,
la souveraineté de la maiison d'Orange svï la Hollande» la liberté de la Suisse» la maison de Bourbon en Es-* pagne.
Dans le traité du 30 mai » ces mêmes stipulations sont répétées mot à mot. Rien de changé, tout est textuel; on efface même la clause humiliante par laquelle la ' France ne pouvait pas se mêler des traités que feraient les puissances entre elles pour se partager les pays conquis.
Dans le traité de ChAtillon» l'Angleterre garde les ties nommées les Saintes, Tabago, non-seulement l'tle de France, mais encore l'Ile Bourbon. Dans l'Inde, aucune fortification ne pourra être élevée; il n'y aura que de simples factoreries.
Dans le traité du 30 mai 1814, la France conserve de plus rtle Bourbon.
Dans les conditions du congrès de ChAtillon, il est dit « que toutes les munitions des places fortes, les arsenaux de Hambourg, Anvers, Berg-op-Zoom, seront remis aux alliés ; » et la convention du 30 avril , conclue avec M. le comte d'Artois, si longtemps reprochée aux Bourbons , obtient' que lés flottes et les arsenaux seront partagés par tiers.
Avec Napoléon , les alliés demandent en dépôt Besançon, Béforl, Huningue.
Avec la restauration (et ici je parle de 1814 et non de 1815), aucune garantie n'est, imposée.
Qae faatr-il conclure de ces différences? C'est cpie. la restauration, an point de vue des relations diplomatiqneSy fut un immense bien pour la France. La maison de Bourbon nous rendit de grands services à nous, peuple de France, accablé sous les baïonnettes de TEurope ; non-seulement elle nous donna la paix, mais encore elle nous assura une prépondérance dans les relations diplomatiques. Une vieille dynastie arrivait avec son blason antique, une noblesse incontestée; elle aiarchait immédiatement de pair avec toutes les monarchies; et ces situations-là se comptent dans la marche des traités. Napoléon n*avait-il pas dit : Que ne suis-je mon petit-fils!
J'ai dit dans un livre spécial combien tout cela fut utile -^u congrès de Vienne sous la main habile de M. de Talleyrand (1). Au commencement de 1815, la France était replacée non-seulement dans une bonne attitude de frontières militaires par son territoire, mais encore par sa prépondérance sur les destinées de TEurope. On la comptait comme puissance alliée et protectrice; elle avait des volontés et des préférences, des situations qu'elle acceptait ou qu'elle imposait. Déjà même la maison de Bourbon excitait des jalousies; on en était au regret de l'avoir restaurée. L'union d'une antique
(1) Lé Congrès de Vienne dam see rapporte eteee la eireoneerip" tion aetueUe de PSmtepe.
dynastie et d'nae natioQ nonydle jurépar^t un long avenir de gloire et de force.
Le traité du 30 mai 1814 était donc ce gu'on pou^ vaU espérer de plus avantageux f de plus favorable daqs Tétat abaissé où nous avait placés; le copgrès de Ch&tillon. Lorsque M* de Talleyrand commença ses négociations de Paris, les plénipotentiaires 3e hfttérent de lui dire : a Voici Vultmaltm accepté par Bonaparte : pourquoi Louis XVIII ne Taccepterait-il pas lui-même? M. de Cai^laincourt y adhérait; il est logique que vous Tacceptie^ vou^mèuie et que vous le fassiez accepter par la maison de Bourbon reconnaissante de son miraculeux retour. »
A cela M. de TaHejrand répondait : « Cest précisément parce que la restauration est un gouvernement nouveau et faible encore qu'il faut lui faire une position douce , populaire, comme pour dire au pays : Voyez tout ce que vous avez gagné avec moi. Rien ne serait plus triste, plus maladroit que de restaurer une famille en lui faisant des conditions de telle nature qu'elle fut un poids pour une nation, une sorte d'outrage à sa gloire et à sa prépondérance. »
Ce raisonnement diplomatique fut compris, en 1814, avec quelques restrictions et beaucoup d'exigences. Les concessions du traité de Paris furent déterminées par ce mobile. J'ajoute même que, dans l'opinion de M. de Talleyrand y ce n'est pas toujours exclusivement par
VéHeoàae de ses frootières ipi*un peuple exerce de l'inflaeooe» inais encore par ses alliances ou rattitnde fu'il sait prendre, par la protection qu^il accorde aux uns, par les eoncesaons qu^il sait (aire aux autres. M. de Tallejrand disait : c L'invasion est un grand malhrar; mais il y a dans notre nation menreill^ise tant de ressources » tant d'éléments de progrès , qu'avec elle on peut toujours se tirer de la position la plus périlleuse. D'ailleurs, immanquablement l'Europe se dirisera; dès qu'elle cessera de craindre Napoléon , elle reviendra à ses vieux intérêts* â ses rivalités traditionnelles. Avec les Bourbons, l'Europe n'aura plus peur d'un mouvement terrible de conquête, ou d'une agitation révolutionnaire. Napoléon et la révolution étaient les deux idées qui avaient réuni les cabinets contre nous; toutes les deux offraient le même péril et devaient amener la même répression. Sans elles, la France aurait dés alliés, des amis; elle protégerait, elle teqdrait la maia. Napoléon, c'était la conquête ;. la révolution, la propagande. » Propagande et conquête , voilà les deux périls, qui armeront toujours l'Europe contre nous ; et ceci se reproduit encore dans les Cent-Jours. '
LES CENT- JOURS. —ACCEPTATION PAR NAl^LÉON DES TRAITÉS P£ 1814.
Je n'examine point les causes qui firent tomber, au 20 mars 1815, la maison de Bourbon. Certes, si cette grande lignée avait commis des fautes dans son premier gouvernement, il y eut aussi autour d'elle des défections inouïes : Tarmée trahit ses serments à la royauté; elle passa d'un drapeau à un autre avec une déplorable facilité et un étrange oubli de sa parole ; spectacle bien triste dans l'histoire que ces adresses de dévouement envoyées la veille à Louis XVIII , et le lendemain à Napoléon, sans pudeur, sans transition! La lecture du JUanùeur à cette époque fait mal !
Il m'importe seulement, dans ce livre, d'établir que le premier acte de Napoléon en mettant le pied sur le sol de la France , ce fui d'accepter les conditions de la paix telle que les Bourbons l'avaient conclue, pèjf son
passage à Lyon » Tempereor avait écrit à son frère Joseph Bonaparte, alors en Suisse, pour qu'il eût à s'ou-* vrir confidentiellement aux ministres autrichien, russe, anglais et prussien, accrédités à Berne. Il laisait annoncer par Joseph sa volonté formelle de maintenir en tout son contenu le traité de Paris et les stipulations du congrès de Vienne (1). «U tie venait pas, disait-il, pour renouveler les époques de guerre ou de conquêtes, mais seulemeot pour répiuidre w^ vœui: de la nation qui repoussait le gouvernement de Louis XVIII comme incapable de la conduire à ses destinées. »
Ainsi Tempereur, librement, spontanément, acceptait l'état de choses que les Bourbons avaient fait. Ce qui n'était encore qu'une communication confidentielle devint un fait public par la lettre autographe que voici, adressée par l'empereur Napoléon aux souverains qu'il traitait selon les anciennes formules , comme si l'abdication de Fontainebleau était nulle :
Monsieur mon frère, vous aurez appris dans le cours du mois damier mon retour sur les o6(es de France, mon entrée à Paris et le départ de la ûtmille des Bourbons. La vikitaUe nature de ces événements doit maintenant être connue de Votre Majesté. Hs sont Touvrage d^une irrésistible puissance, Touvrage de la volonté unanime d'une graâde nation qui tonaalt ses devoirs et ses droits. La dynasUe que la force avait
(t) V<0ir te tnité de Paris à Ift fin de 6e volBiiie; le telle et les «no du Confrtft de F^enne ont été Jolies en leur entier en 184a. t
rendue au peuple français n'était plus faite pour lui ; les Bourbons n'ont voulu s'associer ni à ses sentiments ni à ses mœurs; la France a dû se séparer d'eux. Sa voix appelait un libéra* leur; l'attente qui m'avait décidé au plus grand des sacrifices avait été trompée. Je suis venu, et , du point où j'ai touché le rivage, l'amour de mes peuples m'a porté jusqu'au sein de ma capitale. Le premier besoin de mon cœur est de payer tant d'afîection par le maintien d'une bonorable tranquillité : le rétablissement du trône impérial était nécessaire au bonheur des Français; ma plus douce pensée est de le rendre en même temps utile à l'affranchissement du repos de l'Europe. Assez de glmre a illustré tour à tour les drapeaux des diverses naiions, les vicissitudes du sort ont assez fait succéder de grands revers et de grands succès. Une plus belle arène est aujourd'hui ou* verte aux souverains, et je suis le premier à y descendre. Après avoir présenté au monde le spectacle de grands combats, il sera plus doux de ne connaître désormais d'autre rivalité que celle des avantages de la paix, d'autre lutte que la lutte sainte de la félicité des peuples. La France se plaît à proclamer avec franchise le noble but de tous ses vœux. Jalouse de son indépendance, le principe invariable de sa politique sera le respect le plus absolu pour Tindépendance des autres nations. Si tels sont, comme j'en ai l'heureuse confiance, les sentiments personnels de Votre Majesté, le calme général est assuré pour longtemps, et la justice, assise aux confins des divers ^ts, suilQra seule pour en garder les frontières.
Je saisis avec empressement, etc.
Signé : NÀPOLtoN (1).
Qui aurait pu reconnaître dans celte lettre si soumise» si modeste, le domptrar de l'Europe I Napoléon ae faisait bien petit pour être accepté pu les cabinets; et,
(t) Lettre autographe.
. i^omme si cette déclaration n'était pas sufHsante encore» ' M. de Caolainconrt s'adressait à lord Castlereagh dans une dépêche particulière dont le dernier mot était toujours le maintien des traités de 1814 dans tout leur contenu. Ceci est & remarquer : « Le second avènement de l'empereur à la couronne de France, disait le ministre , est pour lui le plus beau de ses triomphes; Sa Majesté s'honore surtout de le devoir uniquement à l'amour du peuple français, et elle ne forme plus qu'on désir , c'est de payer tant d'affection » non plus par des trophées d'une trop infructueuse grandeur, mais par tous les avantages d'un honorable repos , par tous les bienfaits d'une heureuse tranquillité. C'est à la durée de la paix que tient l'accomplissement des plus nobles vœux de l'empereur. Disposée à respecter les droits des autres nations. Sa Majesté a la douce confiance que ceux de la nation française sont au-dessus de toute atteinte. La conservation de ce précieux dépôt est le premier comme le plus cher de ses devoirs. Le calme du monde est pour longtemps assuré, si tous les autres souverains s'attadient comme Sa Majesté à faire consister l'honneur dans le maintien de la paix sous la sauvegarde de l'honneur. Tels sont , milord , les sentiments dont Sa Majesté est sincèrement animée et dont elle m'ordonne d'être l'interprète auprès de voire cabinet (!)• »
(t) Pièce originale.
M. de;Gaulâinçouil ^ cj^^fit ess^tftiellament qfiodéii,: n'avait voulu accepter le département dps affaires étran^ gères qu'à celle condition du maintien de la paix européenne par Texéculion des Irailés de 1814, plus favorables au resle que les conditions acceptées par lui au, congrès de jChâtillon. Ç'élail mal connallre l'idée qu'on se faisait de Napoléon en Europe; aussi ces pacifiques paroles furent-elles repoussées par lord Casllereagh avec quelque dédain. L'Europe élait alors décidée à la guerre et s'y préparait fermement. Rien de plus laconique que la réponse du ministre anglais aux ouvertures de M. de Gaulaincourt :
Downing-Strcct, 8 avril 1815.
■ Monsieur, jMi été honoré de deux lettres de Votre Excellence, datées de Paris le 4 de ce mois, dont une reofermait une lettre adressée à Son Altesse Royale le prince régent. Je dois informer Votre Excellence que le prince régent a refusé de recevoir la lettre à lui adressée, et qu'il m'a en même temps donné Tordre d'envoyer, à Vienne les lettres que Votre Excellence m'a fait parvenir, pour élre portées à la connaissance des souverains alliés et des plénipotentiaires qui y sont assemblés.
CASTLEREACn (1).
C'était en effet à Vienne que toutes ces questions devaient se traiter; et siir ce point la déclaration, du
(1) Pîèee origipAle lue a« parleraeot. • .\ , • ^
15 mars 1815 ne défait laisser aneiin doute am fhas chauds amis de l'empereur. Cette déelaratien , on ne saurait trop la méditer dans ses deux parties bien distinctes : Tune est une protestation tout entière dirigée contre Napoléon et qui doit lui enlever toute espérance d'être reconnu par les cabinets; Pautre est Tobligalion pour l'Europe, et sur sa parole, de maintenir intact le traité de Paris du 50 mai 1814 tel que la maison de Bourbon rayait conclu. Il est important de rappeler cea derniers engagements, parce que les alliés vainqueurs vont bientôt les oublier.
a Les puissances qui ont signé le traité de Paris, est-il dit dans la déclaration du 13 mars, réunies en congrès à Vienne , informées de l'évasion de Napoléon Bonaparte et de son entrée à main armée en France, doivent à leur propre dignité et à l'intérêt de l'ordre social une déclaration solennelle des sentiments que cet événement leur a fait éprouver.
c En rompant ainsi la convention qui l'avait étdili à rtle d'Elbe, Bonaparte détruit le seul titre légal auqud ' son existence se trouvait attachée. En reparaissant en France avec des projets de trouble et de bouleversement, il s'est priyé lui-même de la protection des lois et a manifesté à la face de l'univers qu'il ne saurait y avoir ni paix ni trêve avec lui. »
Les puissances déclarent en conséquence que Napo*léon Bonaparte s'est placé hors des relations civiles et
sociales, et q[ue, comme emiemi et perturbateur du repos du monde, il s'est livré à la vindicte publique.
c Elles déclarent en même temps que, fermement résolues de maintenir intact le traité de Paris du 30 mai 1814 (1) et les dispositions sanctionnées par ce traité, et celles qu'elles ont arrêtées ou qu'elles arrêteront en*core pour le compléter ou le consolider, elles emploieront tous leurs moyens et réuniront tous leurs efforts pour que la pavi ^énérale^ objet des vcbux de l'Europe et but constant de leurs travaux > ne soit pas troublée de nouveau, et pour la garantir de tout attentat qui menacerait de replonger les peuples dans les désordres des révolutions.
c Et, quoique intimement persuadés que la France entière , se ralliant autour de son souverain légitime » fera incessamment rentrer dans le néant cette dernière tentative d'un délire criminel et impuissant, tous les souverains de l'Europe , animés des mêmes sentiments et guidés par les mêmes principes, déclarent que si» contre tout calcul # il pouvait résulter de cet événement un danger réel quelconque» ils seraient prêts à donner au roi de France et & la nation française, ou à tout autre gouvernement attaqué, dès que la demande en serait formée, les secours nécessaires pow rétablir la tranquillité publique» et i faire cause commune contre
(1) Cette phnse esta remarquer et i retenir dons lliiftoiie.
tous ccu\ jqui entreprj3ndraient de la coroprometlre. La présente déclaration , insérée au protocole du congrès réuni à Vienne dans sa séance du ÎS^mars 1815, sera rendue publique. »
Lorsque de sang-froid on examine la forme et le texte de cette déclaration, on doit voir que l'Europe entière est soulevée contre Napoléon avec un tel acharnement, qu'elle oublie à son égard et la justice et la vérité. C'est une sorte de mise hors la loi prononcée contre le graiid empereur qui naguère faisait trembler le monde. Mais en cd moment l'Europe veut en finir; elle est résolue de combattre à outrance le principe bonapartiste dans la personne de Napoléon et le principe révolutionnaire dans le parti jacobin qui le seconde alors. Toutefois on doit le remarquer, malgré la colère qui ne laisse pas un calme suffisant, toutes les puissances de l'Europe se rattachent à l'exécution pleine et entière du traité de Paris; il n'y avait qu*uh seul ennemi, et cet ennemi, ce n'était pas la' France, mais Bonaparte. Une fois l'empereur abattu , quelle devait être la conséquence nécessaire de; la déclaration du 13 roak*g? Le maintien et Kaccomplissenient du traité de Paris. Il n'y avait aucun motif pour nous imposer des conditions plus dures et des humiliations plus grandes. Après le 20 ttiars, tout fut a la guerre en Europe : aux manifestes dès princes adressés aux armées russes 01) allemandes succédèrent les levées et l'organisation
des corps. D'après les tableaux détaillés qui furent mis sous les yeux du congrès dans les séances secrètes, l'Europe pourrait disposer dans la seconde quinzaine de juin d'un effectif de 986,000 hommes (1), sans comprendre Félat militaire des petites principautés d'Allemagne, telles que la Hesse-Darmstadt, le Hanovre, la Belgique, les troupes du Piémont, de Gènes, de Toscane, dont on n'avait pu encore fixer les contingents. La Russie était portée pour un chiffre de 300,000 hommes, qui seraient sur le Rhin vers le milieu de juin; on ne comptait l'Autriche que pour 150,000, parce qu'elle réservait l'armée du maréchal de Bellegarde qui devait opérer sur Naples et l'Italie. La Prusse offrait d'employer 200,000 hommes; la Bavière 60,000; le Wurtemberg 40,000; le grand-duc de Bade 20,000. L'armée espagnole n'était comptée que pour 36,000, et l'Angleterre prenait à sa solde, en troupes allemandes, écossaises ou anglaises, 80,000 hommes.
Dans le protocole d'une conférence militaire tenue à Vienne, un plan offensif fut immédiatement adopté. On dut organiser trois grandes armées : celle du Haut- Rhin, sous le prince de Schwartzenberg, qui devait se composer de 150,000 Autrichiens, 60,000 Bavarois, 25,000 Wurtembergeois, 16,000 Badois et8,000 Hes-
(1) On Terra qa*au 15 octobre 1S15 il y avait 1,180,000 baïonnettes étrangères en France et 3,500 pièces attelées.
^ Wf —
séis de Dhrmslâdt. É'atih^e et îfas-iRMh prtasîeûne s'élèverait à f 55,000 hommes, é< Partnée arnglâ-lielge serait portée à un pareH' cQAtingént.
B' fui eriiieridti par les' coittihissâîres affiés: a ((a^on reriforcenrit iihmédiatement le duc de WèTîîhgtorf èh Belgique. )i On île devait opérei* que sînniftaùément; tous lés câritoniiements étaient fixés à Ma^ence, f*rancfort et Kanheim; lé maréchal de ^rède ferait construire des têtes de pont; la grande artoée russe, s*àtançant à marches forcées, trouverait ses cantonnements à Nuremberg él à Wurtzbourg, sous le général Barclay dé Tdlly. La garti^àSon de Mayence devait être portée à 20,000 hommfjs.
Avec de tel'ies masses, qui pouvaient être augmentées «dMn tiers dans trois mois, avec une artillerie de mille tiriq cents pièces attelées et une cavalerie de huit cent ciaquanté escadrons, A n'y avait nul moyen de résistance pour notre grande et malheureuse patrie; et cette opinion devait porter le découragement dans les esprits en ï'rànce. ï)epuis l'année l8!5 et le traité de Chaumonl, en 1814, les allîés étaient toujours paHis d'une idée fixé dans leurs rapports hostiles dvec Napoléon; c'est que, comriie on faisait une guerre de principes plus encore que d'intérêts, ce qu*il fallait surtout, c'était un concours de volontés puissant et continu, une simultanéité de forces qui ne laisserait pas à la France les moyens de respirer; on devait î'accsèler par des masses,
rétotlffer sotLS le nombre t ce ti'était pas généreui pour des soùveraihs ({ai se glorifiaieiit de leur esprit cbeyâ-^ leresque, niais cela paraissait indispensable an snccès; malbeùreusemênt le succès justifie tout en politique.
A ces immenseï^ préparatifs militaires » l'Europe ajoutait des manifôsted pour démotitrer qu'avec Bonaparte les idées de petit étaient iujpossibles. L'Europe avait organisé i Tienne une commission spéciale pour examiner toutes le^ questions de guerre et de diplomatie; elle demahda un exposé de ses principes à M. de Getitz (1), afin de justifier les motifs qui empêchaient leg alliés d'accepter les propositions pacifiques de la France. c< L'homme qui^en offrant aujourd'hui de sanctionner lé traité de ^aris, prétend substituer sa garantie à celle d'ùh souverain dont la loyauté était sans tache et là bienveillance sans mesure, disait M. de Gentz, est le même qui, pendant quin^se ans, a ravagé et bouleversé la terre pour trouver de quoi satisfaire son ambition; qui a sacrifié des millions de victimes et le bonheur d'une génération entière à un système de conquêtes; que des trêves, peu dignes du nom de paix, n'ont rendu que plus accablant et plus odieux; qui, après avoir, par des en^ tfeprises insensées, fatigué la fortune, armé toute l'Europe contre lui et épuisé toutes les ressources de la
(1) M. de Geiitz publia une série d^articles dans VObtervattur attfricÀ«n, journal habituellement silencieux.
France» a été forcé d'abandonner ses projets et a abdiqué le pouvoir pour sauver quelques débris de son existence; qui, dans un moment où les nations de l'Europe se livraient à l'espoir d'une tranquillité durable, a médité de nouvelles catastrophes, et, par une double perfidie envers les puissances qui l'avaient trop généreusement épargné et envers un gouvernement qu'il ne pouvait atteindre que par les plus noires trahisons, a usurpé un trône auquel il avait renoncé, et qu'il n'avait jamais occupé que pour le malheur de la France et du monde. Cet homme n'a d'autre garantie à proposer à l'Europe que sa parole. Après une cruelle expérience de quinze années, qui aurait le courage d'accepter cette garantie? Et si la nation française a réellement embrassé sa cause, qui respecterait davantage la caution qu'elle pourrai offrir? L'opinion de l'Europe s'est énoncée dans cette grande occasion d'une manière bien positive et bien solennelle; jamais les vrais sentiments des peuples n'ont pu être plus exactement connus et plus fidèlement inter-* prêtés que dans un moment où les représentants de toutes les puissances se trouvaient réunis pour consolider la paix du monde. »
Tous les gouvernements se trouvaient ici dans la même situation, avec le même besoin de justifier comment, en présence des offres de paix émanées de Napoléon, on marchait à la guerre avec une si grande unanimité; le ministère anglais surtout, en face du parlement, ex-*
posa toute sa conduite. Lord Gastlereagh» en présentant un bill de subsides, annonçait « que lord Clancarty avait conclu à Vienne, au nom de son gouvernement, une convention par laquelle l'Angleterre, d'après les bases des traités existants, s'engageait à fournir des subsides fixés sur le pied des arrangements de Ghaumont, à savoir : 50,000 livres sterling par 1,000 hommes, et, comme l'objet commun était ici du plus haut intérêt, lord Castlereagh déclarait au parlement que les puissances ne se borneraient pas seulement à mettre sur pied les troupes stipulées par le traité de Ghaumont; 250,000 Russes devaient être à Nuremberg à la fin de juillet; la Prusse aurait 200,000 hommes sous les armes, l'Autriche 300,000, et les subsides ne seraient pas donnés en rapport avec ces masses d'hommes, mais dans les proportions limitées par les traités antérieurs à raison de 150,000 hommes par puissance; le reste serait à la charge de chacun des gouvernements engagés. »
L'opposition de la chambre des lords, par l'organe de lord Grey, demanda quel était le but de la guerre et si un seul homme devait nécessiter de si grands armements. « Quel droit avait-on de se mêler du gouvernement de la France? » Et il ajouta avec un ton railleur : « Que s'il prenait fantaisie à cette nation d'élire Barrère, Fouché, Gaulaincourt ou Çarnot pour empereur, l'Angleterre n'avait rien à y voir, puisque la France offrait de maintenir le traité de Paris. » Lord Liverpool répon-
dit « que les éTépements réoenmieiit arrivé^ ep Fcaqce avaient para à toute l'Europe en oppositipp directe avec les stipulations signées à Paris au mois de mai 1814, et que rAngleterre» de concert avec ses alliés» avait cm iodispepsable de prendre des mesures contre Tenpemi du monde. »
Aux communes, lord Castlereagb emporta le vote à une majorité de 258 voix contre 39. Toutefois, lorsque des subsides eur^it été votés avec une grande largesse, et qu'il s'agit de ratifier les conventions sigpées k Vienne contre Bonaparte, lord Castlereagb, pour se conformer à l'esprit de la constitution anglaise de 1688, fit suivre l'acte de ratification du traité de subsides d'un meouhrandum farès-significatif qui expUipait la s^ns fi la portée de la guerre.
Bureau 4es ajEures étrangleras, 2ji avril iptS.
11 a été ordonné de ratifier le traité dont la substance est ci -jointe, et il a été notifié, de la part du prince régent aux hantes parties contractâmes, que tdle était la volonté de Son Altesse Royale, agissant pour et au nom de Sa Majesté, que lesdites ratifications soient échangées en due forme contre les actes semblables de la part des puissances respectives, sous une déclsuration explicite de la teneur suivante, quant à Tart. 8 dudittraâté.
DécUaratwn. — Le soussigné^ en échangeant les ratifications du traité du 25 mars dernier de la part de sa cour, en a reçu Tordre de déclarer que Tarticle 8 dudit traité, par lequel Sa
Majesté lcèsrcI;kcéttoiQ^ qst ûavit^ ^ j ^acc^ef 8<2^ iqei;taiQe$ stipulations, doit être entendu comme liant les parties contractantes, sous des principes de sécurité mutuelle, à un commun ^ort contre la puissance de Napoléon ^naparte, en «xécutiqpa .4e rartide 3 dudi|t iraité; mais Qu'il ne 4oit pas être étendu comme obligedjit ga Majesté ibritannigue à poursuivDe la guerre dans la vue d'imposer à la France .aucun gouvernement particulier. Quelque sollicitude que le prince régent doive apporter à voir Sa Majesté ti3è&-ch£étieime roidue au tcône, et guelqjue iésk qu'il ait de contribuer, cqnloiiiteaikei^t ,^6c le^ alliés, à un événement aussi heureux, il se CKoit néanmoins appelé à faire cette déclaration au moment de réchange des ratifical^OBS, tant par considération de ce qui est dû aux intérêts de Sa Majesté très-chrétienne en France qjge conformément au^ pi^ncipes sur lesquejis }e gouverji^eme^t anglais a réglé invariablement sa conduite.
Signé : le yicoflite de Ca$t^wbii^<îh 0.),
Il e3t }^on de remarquer que VAn^if^rid déclarait i^auteiifieiit qu'elle nVinaUpas pcrarla maison de BoutbQUp maî$ seulemeut pour renverser Sonaiwie.
Le (NTÎnce de MeUieruicb eni^-a ioi^i a £»îl d^m ces oonsidératiei^; i) soutînt q«^ la giiierr« devait être faite poujT le malati^ du traité de Paris, eoutre l'empereur Napoléoi»» aaus peudre rengageaient positif de resrlaurer Ja vieille dynastie. Ce n'était pli^s qu'une que^
(1) Akisi TAngleterre, en déclarant que la restauration de LouîsXVni n'était pas me nécessité, permettait toute autre combinaison, et eq particulier c^Ue de la maison d'Orléans (ce |ui eipU<|(i^e lS9p)»
lion diplomatique qu'on laisserait au temps seul le soin de résoudre.
(c Le soussigné ministre d'État et des affaires étranpères de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, disait H. de Mettemich, ayant informé son auguste maître des communications à lui faites par lord Castlereagh, concernant le VHP article du traité du 25 mars dernier, a reçu l'ordre de Sa Majesté de déclarer que l'interprétation donnée à cet article par le gouvernement britannique est entièrement conforme aux principes sur lesquels Sa Majesté Impériale se propose de régler sa politique dans le cours de la guerre actuelle. L'empereur, quoique irrévocablement résolu à diriger tous ses efforts contre l'usurpation de Napoléon Bonaparte, ainsi que cet objet a été exprimé dans le 3® article dudit traité, et à agir avec ses alliés dans le plus parfait concert, est néanmoins convaincu que le devoir qui lui est imposé par l'intérêt de ses sujets et par ses propres principes ne lui permettra pas de poursuivre la guerre pour imposer à la France un gouvernement quelconque; quel que soit le vœu que forme Sa Majesté Impériale l'empereur pour voir replacer sur le trône Sa Majesté trèschrétienne, et quel que soit son constant désir de contribuer, conjointement avec ses alliés, à atteindre un but aussi désirable, Sa Majesté a cru juste de répondre par cet éclaircissement à la déclaration que Son Excellence lord Castlereagh a remise lors de l'échange des
ratifications du traité» laquelle déelaratioo le soussigné est pleinement autorisé à accepter. (Signé : le prince de Metternich.) »
J'ai donné ces pièces m exteMo, parce qu'il était bien essentiel d'établir quelques points de fait relativement à toutes les transactions européennes qui préparèrent les traités de 1815» et la lecture de ces pièces a, je crois» démontré les vérités suivantes :
1^ A Prague Napoléon pouvait faire la paix» en cédant rillyrie» les Villes Anséatiques» avec l'indépendance de l'Allemagne et de l'Espagne.
2® A Francfort» il pouvait aussi faire la paix en gardant les frontières naturelles des Alpes» des Pyrénées et du Rhin.
3® A Chètillon» dans nos malheurs» il avait accepté cette paix aux conditions humbles et soumises des anciennes frontières; la cession de presque toutes nos colonies; l'occupation par l'ennemi de Besançon , Béfort et Huningue; la cession de la flotte d'Anvers et de toutes les munitions de guerre des places fortes.
4^ Par le traité du 30 mai 1814» les Bourbons firent gagner à la France une plus grande frontière» de plus nombreuses colonies» et au congrès de Vienne M. de Talleyrand sut reconquérir la prépondérance de la France sur l'Europe.
5^ Enfin, par la déclaration du 13 mars» l'Europe» réunie en congrès» avait déclaré qu'elle ne faisait la
0B0rre ifii'à BoM|Nu1^ lA f^m le mainiien da tnilé ^ P^rây en Dopis b|îfif9irt. les fireotières qae oe traité ayait fixées. Cette promesse, quelles eauses ameoèreDi legaUîésàiN^pjii^Ja twîr? C'est use cpestioB^ae bous dlepis ewpiper «voc te m^iip orfme pm* l'étade des événeuieBlfi politiqpes dan» }a Irisle et fioéale époque des Cept-Jovis*
flÉCieCIATIOlfS BB fÀHTI FATRIOn ATSC L^TRA!|€iER.
Waterloo fut un ehmp glorieux pour no» soMato» nul ii*9D doQle; ealboiinasie ie nos in^rveîUei^fles btfr^ laiUeSf je le prockiBe avec ns» trâtette mêlée i*or-^ gaeH» ï ir eiB^ d'hénoïques faite d'aroMB, des dévouenenis et des iouiiolalions antiques; eomiae le g^adiateor iai ci^pe» les soldats toipbènenl ^wc grÂee en saloant £àgar; mais Waterloo, on ae peat k oier^ fiât aussi «ne mm^ise défaite. Daoa la retraite, il y ^ «a maoïiBe ahso|n de disdpliiie» on «anxe qui peut général» et une terraiir si grande, que les soldais épacpittés enrèro«t sans guides dans les campagnes (1). Les contempafains
tf) rair«ar4»|^lat1eli«rsMs-pcaji»peiftde]i.FleQi7te
de bonne foi ne peuvent nier cette fatale situation de l'année en juillet 1815. Je sais qu'il y a une école assez étrange aujourd'hui qui brode des histoires fantastiques; vous êtes un ennemi de la patrie, si vous refusez de dire qu'après Waterloo la France pouvait résister encore à l'Europe victorieuse; on lit même dans un récent écrit qu'il y avait 106,000 hommes autour de Paris, et que l'ennemi était perdu, si la France n'avait pas été trahie, tandis qu'il n'y avait d'intacts, après cette fatale ruine, que le corps du général Grouchy resté ferme, quelques régiments de nouvelle formation , les fédérés pillards et la bourgeoisie tremblante devant l'idée de la dévastation et de l'anarchie. Waterloo fut non-seulement un grand deuil pour la patrie, ce fut un dé ces événements qui décident des destinées d'un empire.
Autour de la France était donc le grand cercle de fer de toute l'Europe en armes; les Russes, les Autrichiens, étaient à peine arrivés sur le Rhin; on n'avait à leur opposer que des corps épars, des armées incomplètes; les alliés, sous le duc de Wellington et le maréchal Blftcher, étaient sur les frontières nord, et c'était folie, dans l'état de désorganisation où se farouvait le pays, que de vouloir résister à tout cela I Nul ne le croyaR sérieusemeut.
Quelle ressource restait-il donc après Waterloo? Traiter le plus vite possible avec l'Europe. Gomment et avec quelles conditions? Pour résoudre ce terrible pro-
blème, il fallait d'abord examiaer d'une manière sérieuse les termes de la déclaration des alliés signée à Vienne le 13 mars : qu'avaientr-ils promis et comment s'étaient-ils exprimés? D'après cette déclaration, la guerre qu'ils faisaient ayait pour but lerenversemenldela puissance de Bonaparte et l'exécution du traité du 50 mai 1814. Après Waterloo, moralement le pouvoir de Na** poléon n'existait plus. Sons l'influence du parti de M. de Lafayette, il s'était fait parmi les représentants un mouvement contre l'empereur; sa dictature était anéaiAie* Ces hommes à vue courte et à passions rétrospectives, qui composaient la chambre, avaient brisé l'épée glo-* rieuse de Napoléon et humilié son front assombri par le malheur. Le premier but des alliés était atteint; ils n'avaient précisément plus de motifs pour justifier leur invasion; et ce fut alors que se dessinèrent deux écoles bien différentes, dont l'une malheureusement fut vain«eue et, qui plus est, odieusement calomniée.
Des h^nmes qui aimaient la France par-dessus tout, tels que le maréchal Macdonald, M. Royer-CoUard, M. Pasqnier, et avec eux MM. de Rayneval, Meunier, Guizot (1), avaient voulu réaliser un projet qui aurait empêché les alliés de franchir les frontières, et par ce moyen on évitait l'occupation de la France.
(1) C'étaient ceux-ci qui, par leur résistance, empêchèrent les desseins de la réaction royaliste en iS15.
étfirtèdt fillëà oti levalëfli «Hër ft Gahd pdTlf éife an toi tonk XVni : ^ Eô 1814, ioire gbôvèrbeAeM 8 fait des fautes; il ti^a {loînt sisset grandi ieis libertés an (^ays; il H'a point satisfait cothplétemefil tes iotérèis, tes vk-nités, ie principe d'égalité dévorante; le vieuï fégioie s*ési trop mohttéf unie secondé restauration se prépare, feites une pins Idfge part aui idées modetiies. Utiissëii tes deux pouvoirs du passé et du présent; votre gouvernement ne sera ferme, sûr, uationâl, (fu'à cette coHdHion. »
Les attrëà^ festé^ à Përi« au centré niêluè dès évéae- Hfetits et coUvaincns ^'aprés te désastre de Waterfoo ft ii*y avait de salut qu'avec les Bourbons, voulaient éthe-^ net les deux cttaMbres, pal* uù Uiottvètuent spohtatié, i ffroeteoier Louis XVIII et è rétablir la dynastie dès Bourbons sdr le trôtie atèc la dlàrle, eft^ à cette proclaiiiatiou faite par les ebanftbrès, les aHiés se seraient uécesssiirë^ fldent arrêtés aux frotitlères .' quel prétexte aurâieutr^ils fil douifer dés(»*mi[is pour justifier Utie inva^n du tèr-^ ritoirè? Le but qtt'tîs si'étirieîit proposé par lai gttérre à qu'ils aVëieM avodê par la déclëri^tioéi dti tS ^ars ft'é^ tftit-lt pas atteint? Bonaparte fMii renversé, LoufsXYIII rappelé sponla«féfnèut. Lé déolaratron diplonMiqUe dtf 15 mars devenait ainsi un fait acquis, et, moyennant une indemnité de guerre convenue, on se serait présené d'une seconde invasion qui n'avait plus de aiotif. Tel
étAit le pmiî ^éritableniMi ÂatioMal ^ itù^iHÎ à Gàtta M. de Talleyrand pour éxpressidn et péttr symbole; et ft Paris le conritd da marëciwl Haedonald et de H. Rof ei*« Golldrd. Voilà pourtaiH le projet qu'od a dénoncé tdttiffie une trdliison ei les homniea qu'on a signalés comme des traîtres àlapabîel
La seconde école» composée de cent qui s'appelàietlt exclusivement patriotes, compromit par ses répugnances^ ses terreurs on ses niaiseries, ce plan si parfaitement conçu* Les représentants soulevés contre l'empereur avalent d'dbord brisé son épée et livré la France à l'invasion; mats, la couronne fane fois en pièces, la chambre eomprendrait-elle enfin qu'il n'y avait pas de tiers^parti entre l'empereur et les Bourbons au mîKeu des périls de la patrœ 7 Elle imagina des projets personnels de né^ gociations avec l'étranger» en créant un gouvernement de son cboii qui serait chargé de pressentir les alliés. Après avoit renversé Napoléon^ elle nobma une commission de gouvernement avec Foucbé^ Garnot, Q\A^ nette et M. de Gaulaincourt. Getté èommission constituée, la chartibre créa un ministèfé i M. de Gaulaineourt faisant partie de ta cofuifission du gouvernement, on dut lui donner uii succei^setir aux affaires étrangères» et Ton jeta les yeux sur M. Btgtion, bhoit évideidment mal combiné. M. Bignon avait laissé de fAcheux souvenirs en Allemagne et à Wilna» et» dans tous les cas» il n'avait pas assez d'importauce pour traiter atee les iti^
W&M. livre* M* t^lBHr^QHIB^ BMB lOKBBBK
UtifèbiL$ÊÊtetmt'. «Ceôfiânfvi
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ché déâ^a cMMBe aÎMlre ^ h pdke M. Pdd ( A»
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et Deorès, fiveal coMenrés; fMHt à h
d'État, coMM M ■'élnl p« ste ^ M. Maret. M hi
espèce Je diiedoire, aioft ÎMlaHé, Yoahft parier mde Fnucais daw œ prodaMatm; dmpK povfoir Gûsait foo nanîfefle. Boiiaperle s'éUni adressé aox Français n 18 limnaire pour dénoneer le Direclobe; n noofeam directoire amiemait la dmie de Napdéon. Cëlaieal encore de belles phrases» des pnmiesBes de coii9titali0D, œmrre DatoreUemeDt sage^ snbliine; on infitail h raison et le génie à se ré? éier; des plénipotentiaires partaient pour traiter arec Tétrang^; on reconmiandait Tonion
(1) V. deCaiÉbieMf, esprit trtf-<6r et trèf-nootfdûqiie, ne s'ëfait ié noiC ê M J o ui t ^'syccrépagatace^
et la concorde comme le meilleur gage de la sécarité de tous.
Le premier soin de la commission avait été de dé* signer une députation chargée de se rendre au quartier général des alliés pour traiter avec eux sur les bases d'une paix solide et examiner avec le czar Alexandre, Tempereur d'Autriche et le roi de Prusse, quelle forme de gouyernement leur conviendrait le mieux dans leurs rapports avec la France. Tous les membres de cette députation furent choisis dans le parti de 1791» MM. de Lafayette, Sébastian! , d'Argenson, de Pontécoulant , de Laforest; M. Benjamin Constant devait tenir la plume comme secrétaire. Accourir devant l'étranger, solliciter un gouvernement de ses mains était plus qu'une faute pour les patriotes, c'était trahison; car évidemment les Prussiens et les Anglais imposeraient aux représentants des conditions humiliantes, l'abandon peut-être d'une ou deux provinces, la réalisation d'un morcellement. Mais en temps de partis les haines sont si vives, que l'on préfère squvent l'étranger à un pouvoir que l'on déleste; les ligueurs appelaient les Espagnols à leur aide, les huguenots invoquaient les Suisses et les Allemands, qu'ils plaçaient au-dessus d'un gouvernement opposé à leur principe. La chambre des représentants était tellement exaltée contre les Bourbons, qu'elle aurait reçu des Prussiens ou des Anglais un prince de la maison de Brunswick, de Hanovre ou de Saxe, plutôt
ifmitéléatr fiallbXViHM AecMstitaer ne fnte didaliiie impériale; de sorte fw le parti et Télfaiiger élail alafs daaa 1 es raagi des révohtioiiiiaiics.
HfiMtiMUre SMS les ww des ledem les ittsinioliaHdipfeBaiiqiiif^ dénuées par h cooMnissiaD du gon- TenHflW«l am pjtflipotenfiaires emriiTés anpiès k Tétnaïf er, ^in- de nrMtrer la mesme des petites mes elrèmfm4*ifÂelBS%enc^'t <pe low «s gei»4à aTaienlde rSorope^de ses desse.'vs :
€ I/dhjet de la misBinr de 1». les pKmpoieiilittres didr^ àe se rendre auprès des souieiains alliés, di- «aieiit les instracUons, n'^pï» I«om» à'è^ développé; a-est èAm teur coeor, oomine dans tons les oinrs français; il- s'agît de sairrcr b patrie.
« Le salut de la patrie est attedhé à deux qœsUons essentielles : findépcndancc nationale cl Pîntégralité de
notre territoire.
a L'indépendance nationale ne peirt être cxmiplète cjn'aatant que les principes consfituliii de Forganisatîon de la Fiance seront àTAri de toute attente étrangère. L'un des principes de cette organisation est Thérédité dtt trône dans la femîlle impériale. L'empereur ayant abdiqué, ses droits sont dévolus à son fils. Les poi^nces ùc peuvent porter la moindre atteinte à ce principe dliérédité, établi par nos constitutions, sans rioler notre indépendance.
« La dédaratîon du IS et le traité du 15 mars ont
re(« uM ieÊfmBjOé moiÈÊmiêÊ par V^Aiék Hn^ relif qii« le OÉbfiiei briMiBMqae à ymi à U ivtMkatioii de ee traité; «ettC' ifl0di0€«tiM a Aé adoptée pav leci
# CeM: cÉf grand fi»iiie%e Decmiim par te» pmpnoipaij^ que MII^ I^ pl^fiipi^^Miiaire» daîvteal sartcAit «woqttea;^
qti€» !9s ptti9am@0s m » ef oicnl pkid Nées aiijMF^kiip par )e$ ^daralioM^'cllia wî lii|e»a^ntla mnmanM (Miaiit à^ hMittité».
a Bttas nemnfBevafil paa à'^miat i
€ Ogni fli a^atit la guerre elk» <^ établi mie dîalkicMi' iiOA alitn^ la Mtieti et l'etfip^reifry <;eCle dMlvaeimv n'existe phis, lorsqttetai fialiati, en rétMfiissaol looteasesr forces dans les mains de ^ prifiee, a ani de ftaliMi dea» linéa è la aienae^
a Qae ^ a?ant ta guerre elles étaient mieèrea dans^ rtntatttion de ne point se mdicr des aiftiirea intérietn'e» de la IVatiee» elles sont forcées die s'en mêler anjew^ d^bai, précisément poar prérenir tout retoar semblable^ de guerre et assar^ le repos de Payeair.
« Il serait superfla d^indiqner à MM. les plénipo^ teatiaires les réponses cjoi peuvent être faites à ces objeetions; 9s en puiseront la meilleure réfbtatton dans iei sentiment d^onneur national qui, après que ta nation entière s'était ralliée à l'empereur, a dû combattre avec lui et pour lui, et qui ne pourrait s'en séparer qu'au*
tant qu'on acte, tel que celui d'une abdication» vien* drait rompre les liens de la nation et de son souverain. Il lenr sera facile de démontrer que, si ce devoir sacré de rtionneur a forcé la nation française à la guerre pour sa propre défense, jointe à celle du chef qu'on voulait lui enlever» l'abdication de ce dief replace la nation dans l'état de paix avec toutes les puissances, puisque c'était ce chef seul qu'elles voulaient renverser; que si la déclaration faite par les puissances de ne pas prétendre imposer à la France un gouv^nement particulier était franche et sincère, cette sincérité et cette franchise devraient se manifester aujourd'hui par leur respect pour l'indépendance nationale, lorsque les circonstances nouvelles ont fait disparaître le seul grief dont elles se crus* sent autorisées à se plaindre (1). »
Ainsi MM. de Lafayette, Sébastiani, d'Argenson, tous ces nom3 alors les idoles du parti national, ceux qui disaient avoir tant de répugnance pour les étrangers, allaient solliciter la plus grande intervention qui pût exister de la part de l'ennemi , c'est-à-dire faire décider par la coalition quel serait le roi ou le gouvernement qui conviendrait le mieux à la France.
Les plénipotentiaires, en effet, partirent de Paris pour le quartier général des souverains alliés. Et comme avant tout ils devaient demander des passe-ports, dans une
conférence qu'ils eurent à ce sujet avec le chef d'étatmajor prussien M. de Zieten» les plénipotentiaires furent très-heureux d'apprendre « que la Prusse ne portait pas un grand intérêt aux Bourbons. » Ils Tannonçaient avec enthousiasme dans une dépêche adressée à M. Bignon, ministre des relations extérieures. Par contre, le maréchal Blucher demandait, en échange d'un armistice, les places de Maubeuge» de Thionville, de Metz, de Mézières et de Sarrebourg, la lisière que l'Allemagne et la Belgique convoitaient» et, avec ce petit sacrifice, la France pourrait choisir, si elle le voulait, M. de Lafayette même pour président de la république; ceci importait peu aux puissances. Les plénipotentiaires avaient demandé un armistice de cinq jours; le duc de Wellington avait fait répondre «c qu'il recevrait sur ce point des commissaires spéciaux désignés par M. Fouché et par la commission de gouvernement. » Ce qui signifiait que l'on ne voulait pas avoir de rapports directs avec les plénipotentiaires de la chambre. C'était un peu humiliant; mais, pour se consoler, les plénipotentiaires répétèrent ces paroles qui les comblaient de joie : « Les alliés ne tiennent pas aux Bourbons. x> Là seulement leur paraissait le salut de la France, qu'ils confondaient avec le salut de leur personne , car tous craignaient la réaction. Le duc de Wellington et Bliicher semblaient surtout insister sur le départ immédiat de Napoléon; ils savaient qu'en loi était la force nationale.
Voici ce i|M ki pléwpofoitiake» écrivaient encore : € KwÊSvmam ewfia Je wceroirpoe page-ports poor BOOi iCMire an qurtier gbaéai âm aovreraiiis alliés, ifà doit io InNnrer a ^eidettierg oa i Manbrâi* Le prisée de S AflMJwug^f aide de caaip da omédial Blor- Boof aecoflipag^. La nNte de Meta eit celle ^pie I aloM «oivre; ootie départ aaia Uea dans ave keiire. Le maiécU Biidier MM a bit déclver par le pr✠de Si hwaiwig et le cmâe de Nodfta, phs spéo^eawit ciiuigéde ses powNiin, foe la FiasDe ne serait e& a»- «floe BMdère g^iée dans le dioîx de soa goBFeriieineiit. Mais, daMTenattlice qn^il proposait, il dmaiidait pour alMlé de mm amée les places de Thionville, de Xaiibeage» deSandbMrg et aatres. D part dai principe ^*il doit èire nuti coatre les eOorts ^pie powrait feater le parti fi*|l sqipwe à r^toperev (1). a
Les raawiiriirfi dliés diaigés d^écoater les propoailîou des patriotes fineat le comUb de Wahnoden pour rAatrîAe, le eoflUe Capo dlslrias poar la ftassie, le génial Eaesehedk pow la Fiasse* Loid Stewart asaisla i cette ceaféceace aa aoia de TAi^eleire; il ae prit ^ae le rftie de ipecUleart et toat oect par fonae; les aHiéB a'araieat aalk iolealioa de tiailer a?ec des p Wa ipat f a i ie i ias doat ils aa ree a nnirTs i c at pas la ^palilè; aa les arit ea ra^ort Of ec doa d^loaates de seooad
let de 4»Qttièin •Mfa« AoMi ta HMllainStie, flMif lord Aie- Wart, qui devait écoxrtefr plutôt comme officier géttéral que comme plénipotentiaire.
L'aire aîiin engagée^ i n'y mmfi Ml e^^r d^ttne pacification» alors même que les plénipotentiâiifés faisaient k» offleS'ici» ptoB dMisàéen fes commissaires des puissances, sans exprimer trtie opinion sur ce point, se bornèrent à écouter ce que proposaient les plénipoteniiti{k*ei9 fhnçais; seulement lord Stewarl jetait de temps i autre-^élqttes paroles eti termes cavaliers ou fàifleurs. Les plrttises que Ton pouvait obteiiir de MM. de Walmoden^ Gtpo d'Istrias on du g^énérâl iLnésebeck, se t^umanent aih^ : «c H vaudlrait mietix ne pas démander cela, it feiiijirait remettre ceci à un autre moment; je VoUîi pitè de me permettre de feîre cette question. » Et il faut remarquer que ces phrases insignifiantes étaient dites à h suite des ouvertures les plus sérieuses, les plus iitaportantes, les plus graves.
Appètéï enfin à s'expliquer, ta réponse officielle des alliée sût {riénipotentiaires des représentants fût celle-ci :
Hagnénaa , t»' Juiltet.
D'après la stipulation du traité d'alliance qui porte qu'aucuue des parties ôtmtractantes ne pourra traiter de paix où d'armistice qoe d'6n cOmmmi acoord , tes trois coufd qui se trouvent réunies, l'Autriche, la Russie et la Prusse, déclarent ne pouvoir entrer présentement dans aucune négociation. Les cabinets se réuniront aussitôt qu'il sera possible. *
Les trois iHiissanees regarderont oonuneeofidition esseoiielie
de la paix et d*ane véritable tranquillité que Napoléon fionaparte soit hors d'état de troubler le repos de la France et de l'Europe; et, d'après les événements survenus au mois de mars dernier, les poissanoes doivent exiger que Napoléon B(»aparte soit mis à leur garde.
Signé : Wàlhod» , Gafo dIbtius»
Knssebbck (1).
Les plénipotentiaires patriotes en forent donc pour leurs frais de complaisance et d'abaissement envers l'étranger. Que n'avaient-ils pas fait pourtant pour obtenir un résultat! ils prenaient à part, l'un après l'autre» les commissaires alliés : « Pourquoi ne donnerailr-on pas pour roi à la France un prince de la maison de Brunswick ou d'Orange? Tout, excepté un Bourbon. » Les commissaires recueillirent toutes ces confidences avec la volonté de n'en tenir aucun compte. M. Capo d'Istrias aimait à dire qu'il n'avait jamais trouvé de spectacle plus misérable que celui de ces plénipotentiaires de la chambre des représentants, qui ofiDraient la France en holocauste de leur sûreté personnelle; c'étaient des vaincus apportant leurs peurs, leurs répugnances et leurs haines.
Toute possibilité de traiter avec l'étranger sur les bases générales d'une paix européenne dut élre aban-
(I) Pièce wîgiiMas.
donnée par les patriotes; les plénipotentiaires de la chambre des représentants et de la commission gouvernementale faisaient bon marché des questions de teiiritoire et de la France; ils concédaient tout, même la personne de Napoléon » pourvu qu'ils n'eussent pas les Bourbons; qu'on leur donnât^ je le r^te, un prince de Prusse» un duc de Brunswick, un prinœ d'Orange, et^vec cela ils mettaient en dépôt toutes les places fortes; qui sait? au besoin même, ils auraient cédé l'Alsace et la Lorraine. Au reste, ceci s'explique : ils avaient peur que les Bourbons, à leur retour, ne vengeass^t la grande trahison des Cent^Jours, et il était fort naturel qu'ils prissent leur précaution même aux dépens du pays.
Aussi l'ennemi, qui se serait arrêté sur les frontières, si le système de M. de Talleyrand avait prévalu (c'està-dire le rappel spontané de Louis XVIII par les chambres) , se hàta-t-il de marcher sur Paris. JBlûcher et le duc de Wellington d'un côté, les Russes et les Autrichiens de l'autre, s'avancèrent avec précipitation. A la fin de juillet 1815, plus de huit cent mille hommes envahissaient notre patrie, tandis que Paris était livré aux niaises déclamations de la chambre, aux discours de tribune, aux faiseurs de constitutions.
Quel spectacle ! ici , le maréchal Davoust menaçait de mettre la main sur Bonaparte, son ancien souverain; là, M* de Lafayette poursuivait avec acharnement cet em-
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petmif ipi Tataît pMrtailt tifé dés prisons 4'OlfMls; Fraohé, le §tmà railleur d'opintens^ se moquait de Mb de Lafaj^te et et Carnet» esprit séf ère, mail borné. A la chambré des pfcirs, le knarédial Ney tenait dine i|be tout étaîl perdu» A. celle des repn^ntaiits^ on pM^olwnait NapcdèoQ il eèiperenr^ et » en goa^maln 4 on . préparait k républiqua 00 d'entre» mmbfiiaisiQms mi^ tejrednes; onftisaildeseotistUillionl, dés déelaratioiis deprincipeSi Aa milieu de ce chaos populaire, le Mémardchal Bliicher et le duc 4e WelHngtoR iiiarchaietlt sa#Parts%
CAÏ»ltirLATION nt PARIS SÎGNÊB PkK LtS iPATHlOtÉS AVEd
D'après les dépêches des pténipotentiaires envoyés par le parti patriote à Hagnenâu, il était trèaHX)nstaté que l'ennemi hé voulait à aucun prix traiter des bases de la paix générale avec le gouvernement révolutionnaire de Paris. En vain M. de Lafayette et ses amis avaient fait lès offres les pltu séduinantes) ils étaient repoussés sans espérance d'obtenir un traité de pait, ce ^ui était le dernier but de leur mission.
Cependant le duc de Wellington ei Bfôdtor «llaiwt en aftant^ enseigâm déployées » *v^ nne hardiesse qui ne pemiettait pas dé retard : que leur opposer dans Tétat de désorganisation des esqprits , lorsqu'il y avait éparpillement de forces » découragement dans toutes les Ames? (}aU» «iktiobrci 4^ repré^çutasto si dé^lar
matoire (1)» si en dehors des affaires sérieuses, disputait sur la constitution » tandis que la France enya* hie élevait ses mains au ciel pour éviter une grande catastrophe. Dans les périls de la patrie, lorsque la confusion était partout, la commission de gouvernement, où siégeaient en majorité trois conventionnels, Carnot, Quinette, Fouché, résolu! de s'adresser en suppliante au duc de Wellington. Ce n'est point ici une assertion hasardée; les pièces originales existent , et voici en quels termes le président de la commission écrivait au chef de l'armée anglaise. Je prie qu'on y apporte quelque attention pour qu'on juge si jamais il y eut un plus grand abaissement :
Milord, vous venez d'agrandir votre nom par de nouvelles victoires remportées sur les Fraoçais; c'est donc par vous surtout que les Français sont connus et appréciés. Vous voterez pour leurs droits au milieu des puissances de TEurope.
Dans ce conseil de souverains, votre crédit et votre influence ne peuvent pas être moindres que votre gloire.
Les vœux des nations, qui ne calomnient ni ne flattent, ont fait connaître votre caractère. Dans toutes vos conquêtes, votre droit des gens a été la justice, et votre politique a paru la voix de votre consdence.
Tous les regards en France sont fixés sur la coqstitutîon de TAngleterre; nous ne prétendons pas être plus libres qu'elle, nous ne consentirons pas à Têtre moins.
Les représentants du peuple français travaillent à son pacte
' (I) Il ftut lire lès maces du 35 /ik aii'l Juillet iai6;
social : les pouvoirs seront dispersés» mais noa divisés. (Test de leur séparation même qu'on veut faire nattre leur harmonie.
Dès que ce traité aura reçu la signature du souverain qui sera appelé à gouverner la France, ce souverain recevra le sceptre et la couronne des mains de la nation.
Je prie Votre Excellence d'agréer Tassurance de ma plus haute considération.
Paris, le S7 juin 1815,
Le président du gouvernement provisoire.
Signé : Duc d'Othartb.
Qu'on examine ce langage de courtisan abaissé devant le chef ennemi, c'est presque du madrigal; cette lettre est lue au sein de la commission, approuvée par tous , et portée par ses ordres au duc de Wellington » qui la garde aujourd'hui dans ses archives. C'est bien autre chose que le compliment grave et sérieux que Louis Xym adressait au prince régent de l'Angleterre en 1814 et qui lui fut tant reproché. Aucune flatterie n'était épargnée au chef de l'armée anglaise; les pa-^ triotes se mettaient à ses pieds pour solliciter un roi et une constitution ; ils l'appelaient comme arbitre, ils le désignaient comme juge suprême.
Afin d'obtenir un armistice, la commission de gouvernement députa auprès du maréchal Biiicher et du duc de Wellington lé général Andréossy, M. de Valence, M. Boissy-d'Anglas et M. Flangergues. C'étaient
de§ hommes ({ttf avatent tous pris part à ta l'Svotittiott et formaient encore ce qu'on appelait Ilionneur du parti patrioia.
Ces eommissaires étaienl chargés de demandtf' des modifications ant conditions imposées par le maréchal Blucher, qui , avant tout, voulait qu'on lui livrât $ix de nos grandes places de guerre. Or, il est dit dans leurs instructions datées de Paris (27 juin 1815) : (x Quoique ta commission de gouvernement soit bien éloignée de vouloir Aivoriser les cessions qu'on exige, elle ne se retrancherait pas dans un refus absolu d'entrer en discussion sur un arrangement dont les conditions ne dépasseraient pas les bornes (racées par te véritable inté-^ rêt public. Si, peur arriver à un résultat, il fallait se résoudre à ta cession d'une place , il est bien entendu que cette cession ne devrait avoir lieu qu'autant qu'eHi? garantirait un armistice qui se prolongerait jusqu'à tâf conclusion de la paix. On se dispense d'ajouter que hi remise de cette place ne devrait s'effectuer qu'après là ratification de l'armistice par les gouvernements res-* pedtifc... Si l'ennemi était plus exigeant encore, et qu'enfin on tdi condamné à plus de condescendance, il faudrait que la ligne qui était tracée entre la Somme et l*Oisê ne le laissât point approcher de Paris à plus de vingt lieues. On pourrait prendre la ligne qui sépare le département de ta Somme du département de l'Aisne^ eft de )è une ligne droite à travers lé département ies
Ardennes, qui irait joindre la Meuse auprès de Mézières,.. »
Yoijn Goipiiie Iq parti patriote m (ait kuuiUe ël coflime il accorde des concessions à Tennemi ! Il cédera, s'il le faut y la ligne de la Somme; il acceptera une France sans la Flandre, sans l'Alsace, sans la Lorraine; (ju'on lui laisse Paris» la tribune» lea journaux; il ys^ut mieux le partage de la patrie qu'une restauration. Eh bien! tout cela, Tennemi le répoussé encore :
Au quartier général du prince BiûCher, le 20 juin 1S15, on» liennoi et ^m& 4& Il mit.
Messieurs, j'ai l'honneur de vous ftiîre savoir qu*ayant consumé te nuwéeh^ prinee Btûdi^ mt votre pfeposilîon peur uâ E^rmi^iGe, Son AU^gse eut convepue avec tnoi que, 4aQ$ les circonstances actuelles, aucun armistice ne peut se faire tant que Napoléon Bonaparte est à Paris et en liberté, et que les opératk)ûs seul en tel état qu^ ne peut les arrêtar.
WteLmotON (1).
Snfi» » Q( coopipe €QmfMi9»t h tau^s «es («ibleasa^» I9 G^fWÛsiiop dea Vroi^ Q(M^v<iiilion«^l^^ voyant (pi^dte ne peut riep obteoii^i fait écfire p^ sq» pr4»d«inl aw pténipQteatiaUf;» lei petit })iU€A mm^^ i
Paris, le 98 juUi 1815, deui: heure» «tu matin. Messieurs, d'après les nouvelles que oie eoQupMaiqi)^ M« Ift
(1) Rèoe eHifiiiale.
ministre de la guerre, il paradt que rennemi s'avance à mardie forcée .sur Paris et que rien ne lui résiste. Je vous invite à conclure sur-le-champ un armistice avec M. le maréchal prince Blûcher. Il vaut mieux sacrifier quelques places, s'il est nécessaire, que de sacrifier Paris. Vous rendrez compte au gouvernement de ce que vous aurez pu faire à cet égard.
Signé : Duc d'Otiahtb.
Que deviennent les récits historiques de notre temps en présence de ces pièces? Eh bien! l'ennemi se refuse & entendre parler d'armistice; il a obtenu des avantages, il veut en profiter. Le maréchal Bliicher et le duc de Wellington s'avancent donc vers Paris sans perdre une minute. Le gouvernement est en déroute; les chambres font crouler la tribune sous le bruit de paroles vides. M. Bory Saint-Vincent essaie de petites processions de représentants du peuple dans les rangs de la malheureuse armée délabrée. On a beau écrire aujourd'hui dans les histoires gur une au deux restaurcuùms qu'il y avait un grand enthousiasme, qu'on se serait défendu à outrance, que le maréchal Blûcher et le duc de Wellington étaient perdus si l'armée française avait marché : à cela s'opposent encore des pièces aut^ientiques. Le maréchal Davoust commande l'armée sous Paris; il est le chef des opérations militaires, et lui-même s'adresse au duc de Wellington pour lui demander de suspendre sa marche, tant les périls sont grands!
Milord, vos mouvements hostiles continuent; quoique, sui-
vant leurs déclarations, les motifs de la guerre que nous font les souverains alliés n'existent plus, puisque Pempereur Napoléon a abdiqué. (Ici le maréchal Davoust parlait d'une convention conclue à Lyon avec Tannée autrichienne.) Milord Je garantis sur mon honneur cet armistice. Toutes les raisons que vous auriez de continuer les hostilités sont détruites, puisque vous ne pouvez pas avoir d'autres instructions de votre gouvernement que celles que les généraux autrichiens tenaient du leur. Je fais à Votre Seigneurie la demande formelle de cesser immédiatement toute espèce d'hostilité, et que l'on s'occupe d'un armistice en attendant la décision du congrès Je ne puis croire, milord , que ma demande restera sans efTel; vous prendriez sur vous une grande responsabilité aux yeux de vos compatriotes. Au reste, nul autre motif que celui de faire cesser l'effusion du sang et l'intérêt de ma patrie ne m'ont dicté cette lettre. Si je me présente sur le champ de bataille avec l'idée de vos talents, j'y porterai aussi la conviction d'y combattre pour la plus sainte des causes, celle de la défense et de l'indépendance de ma patrie, et, quel qu'en soit le résultat, je mériterai, milord, votre
estime.
Signé : Prince d'Eckmchl (1).
La même lettre fut envoyée au iharéchal Blûcher, qui répondit sur-le-champ au maréchal Davoust :
Si le maréchal de Friment (le chef de Tannée autrichienne) s'est cru autorisé de conclure un armistice, ce n'est pas pour nous un motif d'en faire autant; nous poursuivrons notre victoire : Dieu nous en a donné les moyens et la volonté.
Voyez ce que vous avez à faire : ne précipitez pas de nouveau une ville dans le malheur, car vous savez ce que le soldat irrité se permettrait si votre capitale était prise d'assaut. Voudriez-
(1) Pièce authentique»
vous attirer sur votre tète les malédictions de Paris comme celles de Hambourg?
Nous voulons pénétrer à Paris pour y mettre les honnêtes gens à Tabri du pillage qui les menace de la part de la populace. Ce n'est qu'à Paris que l'on peut conclure un armistice
assuré.
Blucher.
Cette r(5ponse du prince Blucher était profondément insolente ; rappeler au maréchal Davoust ses excès de Hambourg, c'était bien l'acte vindicatif d'un vieux patriote allemand, de l'homme des sociétés secrètes du Tugenbund, qui voulait venger les souvenirs de son pays. Il n'y avait plus donc à espérer ni traité ni armistice; le maréchal Bliicher et le duc de Wellington ne voulaient plus traiter qu'à Paris. Ici donc se présentait la question pure et simple de capitulation, d'autant plus grave» que les plénipotentiaires de la chambre écrivaient le billet suivant & la commission du gouverne* ment :
Lonvres, l^r juiUet, à huit heures et demie du soir.
Lord Wellington nous a donné connaissance d^une lettre de Hanheim, écrite au nom des empereurs de Russie et d'Autriche, par MM. de Nesselrode et de Metternich. Cette lettre presse vivement la poursuite des opérations, et déclare que, s'il était adopté quelque armistice par les généraux qui dans ce moment sont près de Paris, Leurs Majestés ne le regarderaient point comme devant arrêter leur marche, et qu'elles ordonneraient à leurs troupes de s'approcher de Paris.
M. Bignon, chef des relations extérieures» répondit immédiatement à cette communication :
Vous devez, messieurs, bien r^ter au duc de Wellington et au prince Bliicher que, si le gouvernement français insiste avec chaleur sur un armistice, c'est qu'il y voit la possibilité de s'entendre sur des points à l'égard desquels les opinions paraissent les plus divisées; c'est que les communications et les rapports qui s'établiront entre leurs quartiers généraux et nous les mettront en état de bien apprécier le véritable esprit de la France. Nous pensons particulièrement que le noble caractère du duc de Wellington et la sagesse des souverains alliés ne pourront les porter à vouloir forcer la nation française à se soumettre à un gouvernement que repousse le vœu bien réel de la grande majorité de la population (1).
Qu'on fasse bien attention à toutes ces flatteries humbles et empressées que les patriotes adressent au duc de Wellington, qu'ils ont depuis abreuvé d'outrages! Alors c'était le grand homme^ l'esprit immense» le vainqueur de l'Europe, le pacificateur, l'arbitre de nos intérêts. Dans cette conjoncture, il fallait pourtant se résoudre à prendre un parti , et la question de capitulation fut agitée. Le croirait-on? elle fut engagée par Carnot lui-même, qui exposa « que, si les fortifications élevées sur la rive droite de la Seine paraissaient suffisantes pour mettre Paris, de ce côté, à l'abri de toute insulte, la rive gauche se trouvait entièrement à découvert et
ti) Corrè^ndancô dès envoyés dd la commissimi da gcmvememeiit;
offrait un vaste champ aux entreprises Ae Tennemi ; que les généraux anglais et prussiens avaient porté impunément sur le point vulnérable la majeure partie de leurs armées ; qu'ils paraissaient disposés à tenter une attaque de vive force ; que , s'ils échouaient une première fois, ils pourraient revenir à la charge une seconde , et renouveler leurs tentatives jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à se rendre maitres de la capitale; qu'ils auraient sans cesse à nous opposer des troupes fraîches, tandis que les nôtres, forcées d'être constamment tenues en haleine, seraient bientôt excédées de fatigue; que l'arrivage des subsistances devenait difficile, et qu'un corps de soixante mille Bavarois paraissait devoir achever sous peu de jours le blocus entre la Seine et la Marne; que les ennemis, déjà maîtres des hauteurs de Meudon et des meilleures positions environnantes, pourraient s'y retrancher, nous fermer la retraite, et réduire Paris et l'armée à se rendre à discrétion. »
Ce rapport fut soumis à la commission spéciale de défense , composée des généraux chefs de corps, et le maréchal Davoust, qui la présidait, invita chacun des membres à émettre son opinion impartiale; il fut répondu « qu'avant toute chose» il paraissait nécessaire de faire connaître l'état actuel des négociations avec l'ennemi. » Fouché ne s'y refusa point; mais, cette communication ayant amené des discussions sur les Bour- .1>onSy la conunission rappela « qu'on devait se ren^
fermer dans le point militaire f et qu'il ne s'agissait purement et simplement que de décider s*il était convenable et possible de défendre Paris. » Le maréchal Masséna, interpellé, dit « que cette ville serait imprenable si les habitants voulaient en faire une seconde Saragosse 9 mais qu'il n'y avait point assez d'harmonie dans les volontés pour songer à une résistance soutenue, et que le parti le plus sage était d'obtenir à tout prix une suspension d'armes. » Le maréchal Lefebvre déclara et qu'il ne croyait pas impossible de prolonger la défense en activant rapidement les travaux commencés dans la plaine de Montrouge. » Le maréchal Soult soutint « que la rive gauche de la Seine n'était point tenable ; qu'il était même très-hasardeux , depuis l'occupation d'Âubervilliers, de tenir sur la rive droite; que, si la ligne du canal qui joint Saint-Denis à la Villette venait à être forcée , l'ennemi pourrait entrer pêle-mêle avec nos troupes par la barrière Saint-Denis. »
A la suite de cette conférence militaire, et, pour mieux couvrir encore sa responsabilité , la commission convoqua un véritable conseil de guerre au quartier général de la Villette dans la nuit du 1®' au 2 juillet, pour décider si Paris se défendrait, ou si la capitulation serait proposée; on y posa et on y résolut les questions suivantes :
« 1** Quel est l'état des retranchements élevés pour la défense de Paris? — Le conseil de guerre répondit :
L*état des retrandiements et de leur armement sur la rive droite de la Seine » qaoiqne incomplet, est en général assez satisfaisant; sur la rive gauche » les retranchemento peuvent être considérés comme nuls.
K 2^ L'armée pourrait-elle couvrir et défendre Paris? — Elle le peut, mais non pas indéfiniment; elle ne doit pas s'exposer à manquer de vivres et de retraite.
« 3^ Si l'armée était attaquée sur tous les points, pourraitr-elle empêcher l'ennemi de pénétrer dans Paris d'un côté ou d'un autre? — Il est difficile que l'armée soit attaquée sur tous les points à la fois; mais, si cela arrivait, il y aurait peu d'espoir de résistance.
€ 4^ En cas de revers, le général en chef pourraitr-il réserver ou recueillir assez de moyens pour s'opposer à l'entrée de vive force? — Aucun général ne peut répondre des suites d'une bataille perdue.
c 5^ Existe-t-il des munitions suffisantes pour plusieurs combats? — Oui.
c 6^ Enfin peut-on répondre du sort de la capitale, et pour combien de temps? — Il n'y a aucune garantie à cet égard. »
Cet avis du conseil de défense de Paris fut signé à la Villette, le 2 juillet, à trois heures du matin, et le système de la capitulation parut ainsi prévaloir parmi les généraux. Dans cet abaissement de toutes les âmes, on ne pouvait rien oser d'énergique, et la commission de gouvernement dédara c qu'en conséquence de cet avis.
une proposition officielle de capitulation serait adressée directement au prince Blûcher, parce que le duc de Wellington paraissait trop lié au parti des Bourbons. » Les patriotes aimaient mieux subir les coups de botte des Prussiens que d'entendre parler d\i pelit-fils de Louis XIV. Le maréchal Davoust écrivit donc au général Ziéten , alors aux avant-postes; militaire fort distinguéy voué aux idées réactionnaires et vindicatives de l'Allemagne, le général Ziéten répondit d'une manière laconique et hautain^ :
Monsieur le maréchal, le général Revost nVa communiqué verbalement que vous demandiez un armistice pour traiter de la reddition de la ville de Paris, ie n'ose même point annoncer cette demande à Son Altesse le maréchal prince BlQcher; mais cependant, si les députés du gouvernement déclarent à mon aide de camp, le comte Westphalen, qu'ils veulent rendre la ville et que Tarmée veut se rendre aussi , j'accepterai une suspension d'armes.
J'en ferai part alors à Son Altesse le prince Blûcher pour
traiter sur les autres articles.
Signé ; Ziéten.
Quelle humiliation pour notre pays ! Voilà la position que les Cent-Jours lui avaient faite; sa capitale et son armée devaient se rendre avant d'obtenir un armistice! Et c'étaient trois régicides, Carnot, Fouché et Quinette, qui dirigeaient les affaires !
La capitulation fut signée le 3 juillet dans la nuit. Fouché, à qui le projet fat immédiatement porté, sub-
siitaa le mot convention à celui de capùvJatùm, qui présentait un sens plus humiliant pour le peuple. Il faut éviter aux nations ces mots qui les blessent et restent sur leur cœur jusqu'au jour de la vengeance; c'est ce que Fouché comprenait bien. Cette convention se résumait en quelques dispositions clairement exprimées; en voici le texte :
Aujourd'hui trois juillet mil huit cent quinze, les commissaires nommés par les commandants en chef des armées respectives, savoir:
M. le baron Bignon, chaîné du portefeuille des affaires étrangères; M. le comte Guilleminot, chef de l'état-major général de l'armée française; M. le comte de Bondy, préfet du département de la Seine, munis dés pleins pouvoirs de Son Excellence M. le maréchal prince d'Eckmûhl, commandant en chef l'armée française, d'une part;
M. le général baron Mufifling, muni des pleins pouvoirs de Son Altesse M. le maréchal prince Blûcher, commandant en chef l'armée prussienne; M. le colonel Hervey, muni des pleins pouvoirs de Son Excellence le duc de Wellington , commandant en chef l'armée anglaise, de l'autre;
Sont convenus des articles suivants :
Art. 1«'. — Il y aura une suspension d'armes entre les armées alliées, commandées par Son Altesse le prince Blûcher et Son Excellence le duc de Wellington, et l'armée française sous les murs de Paris.
2. — Demain, l'armée française commencera à se mettre en marche pour se porter derrière la Loire.
3. — L'armée française emmènera avec elle tout son matériel, artillerie de campagne, convois militaires, chevaux et propriétés des régiments, sans aucune exception. Il en sera de
môme pour le personnel des dépôts et pour le personnel des diverses branches d'administration qui appartiennent à Tarmée.
4. — Les malades et les blessés, ainsi que les officiers de santé qu'il serait nécessaire de laisser près d'eux, sont sous la protection spéciale de MM. les commandants en chef des armées anglaise et prussienne.
5. — Les militaires et employés dont il est question dans l'article précédent pourront, aussitôt après leur rétablissement, rejoindre le corps auquel ils appartiennent.
6. — Les femmes et les enfants de tous les individus qui appartiennent à l'armée française auront la faculté de rester à Paris.
7. — Les officiers de ligne employés avec les fédérés ou avec les tirailleurs de la garde nationale pourront, ou se réunir à l'armée, ou retourner dans leur domicile, ou dans le lieu de leur naissance.
8. —Demain, 4 juillet, à midi, on remettra Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy et Neuilly. Après-demain, 5 juillet, à la même heure, on remettra Montmartre. Le troisième jour, 6 juillet, toutes les barrières seront remises.
9. — Le service intérieur de Paris continuera à être fait par la garde nationale et par le corps de gendarmerie municipale.
' 10. — Les commandants en chef des armées anglaise et prussienne s'engagent à respecter et à faire respecter par leurs subordonnés les autorités actuelles, tant qu'elles existeront.
11. —Les propriétés pubhques, à l'exception de celles qui ont rapport à la guerre, soit qu'elles appartiennent" au gouvernement, soit qu'elles dépendent de l'autorité municipale, seront respectées, et les puissances alliées n'interviendront en aucune manière dans leur gestion.
12. — Seront pareillement respectées les personnes et les propriétés particulières. Les habitants, et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale, continueront à jouir de leurs droits et libertés, sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien relativement aux fonctions qu'ils occupent
ou auraient occupées, à leur conduite ou à leurs opinions po* litiques.
i 3. — Les troupes étrangères n'apporteront aucun obstacle à rapprovisionnement de la capitale, et protégeront au contraire l'arrivage et la libre circulation des objets qui y sont destinés.
i4."-- La présente convention sera obsenée et servira de règle pour les rapports mutuels jusqu'à la conclusion de la paix.
15. — S'il survient des difficultés sur l'exécution de quelqu'un des articles de la présente convention, l'interprétation en sera faite en faveur de l'armée française et de la ville de Paris,
16. — La présente convention est déclarée commune à toutes les armées alliées, sauf la ratification des puissances dont ces armées dépendent.
17. — Les ratifications en seront échangées demain 4 juillet, à six heures du matin, au pont de Neuilly.
18. — Il sera nommé des commissaires par les parties respectives pour veiller à l'exécution de la présente convention.
Fait et signé à Saint-Gloud, en triple expédition, par les commissaires susnommés, les jour et an ci-dessus.
Signé : le baron Bignon, le comte Gijillbhinot, le comte db Bondt, le baron de Muffling, T.-B. Hervet, colonel.
Approuvé et ratifié la présente suspension d'armes, à Paris, le 3 juillet 1815. — Signé : le maréchal prince d'Eckmdhl. — Signé : Wellington. — Blucher.
Telle fut la capitulation de Paris, signée par les patriotes et que leur conduite insensée avait seule nécessitée. Il est donc bien entendu que les Bourbons ne parurent pas dans ces tristes événements ; il y a même plus 9 car on peat considérer la capitulation de Paris
— IW —
comme un acte dirigé contre le retour de Louis XVIII par trois régicides. C'est parce que les patriotes ne voulaient pas la restauration qu'ils s'adressaient avec tant de ferveur d'abord au duc de Wellington, puis au prince Blûcher; c'est parce qu'ils voulaient éviter Louis XVIII qu'ils livrèrent Paris à l'étranger. S'ils avaient accepté le plan de ceux qu'ils accusent aujourd'hui d'être allés à Gand ou d'y avoir envoyé, tels que MM. de Talleyrand, Pasquier, le maréchal Macdonald, Royer-Collard, Guizot, les chambres, après Waterloo, auraient proclamé Louis XVIII avec la charte , et , par ce moyen , auraient empêché la marche des ennemis sur Paris. On ne voulut pas cela; de petites haines surgirent; on substitua les déclamations de tribune à ce que la politique et la na^ tionaUté commandaient. On préféra l'étranger aux Bourbons, comme on avait préféré M. de Lafayette et Fouché à l'empereur Napoléon.
J'ose croire que les pièces produites l'ont suffisamment constaté. Les Cent-Jours étaient un complot de vieux jacobins et de caporaux mécontents. A Waterloo, ils avaient joué leur va-tout ; après cette triste et fatale journée, il n'y avait plus que deux partis à prendre : se rallier à Napoléon pour soutenir sa dictature, ou proclamer les Bourbons et par conséquent arrêter la marche de l'ennemi. Les représentants ne prirent ni l'une ni l'autre de ces résolutions; ils préparèrent ainsi les traités de 1815.