‹ Histoire authentique et secrète des traités de 1815 dans leurs rapports avec la restauration etChapitre 3 sur 10 · SECONDE RESTAURATION DES BOURBONS · texte numérisé non relu

SECONDE RESTAURATION DES BOURBONS

Les deux armées prassienne et anglaise, après qne les portes de Paris leur eurent été ouvertes par les négociateurs du parti révolutionnaire, firent leur entrée dans notre capitale (1), et, comme la vérité historique doit être dite tout entière, ils s'y montrèrent en vainqueurs insolents. A cela le maréchal Blûcher disait : « Vous nous avez plus maltraités à Berlin ; c'est une revanche contre Timpérialisme. »

Paris fut donc occupé avec toute la rigueur militaire; l'armée de Napoléon , privée de son glorieux chef, s^ retirait au-delà de la Loire (2); les canons étaient

(1) Les 6 et 7 juillet 1815.

{%) On craignait qa*eUe ne se Unit à quelques mouvements : Tar* riéré de solde lui fut paye.

braqués sur toutes les places et même devant les Tuileries. Les Anglais étaient campés en masse dans les Champs-Elysées , jusqu'au bois de Boulogne; les Prussiens occupaient la rive gauche et se permettaient tous les excès. Louis XVIII, en entrant le 8 juillet à Paris (la capitulation était signée le 3), avait donc une immense tâche à remplir; c'était de réparer les malheurs de cette mauvaise situation, et d'intervenir comme mé-' diateur entre la révolution vaincue, proscrite, et l'étranger devenu si menaçant. On a corrompu l'histoire jusqu'à ce point de dire que les étrangers furent amenés par les Bqurbons, tandis que c'était la révolution seule et son fils le plus téméraire qui avaient livré la France aux étrangers et obligé Paris à une triste capitulation; elle fut depuis invoquée par le parti patriote comme une garantie (1), tandis que Louis XVIII répondait avec orgueil : « Ce n'est pas mon œuvre, ce n'est pas moi qui ai livré la capitale aux étrangers , mais la commission de gouvernement composée de trois régicides^ Carnot, Quinette, Fouché : elle a été signée, la cocarde tricolore au chapeau, par MM. Bignon, Guilleminot et de Bondy. »

Maintenant les Bourbons venaient pour préserver la France encore une fois. En 1814, ils avaient relevé la patrie après la grande ruine de Napoléon; en 1815, ils

(1) M. Dupin, dons le procès du maréchal Ney.

la relevaient encore après la grande ruine du parti patriote. Telle est la vérité seule et unique, ainsi que l'histoire la recueillera quand les passions politiques seront apaisées sur nos tombes.

Dès que les troupes anglaises et prussiennes eurent pris possession de Paris, en vertu de la convention du 3 juillet, le gouvernement, par le fait, tomba aux mains de l'étranger; il est difficile qu'un pouvoir, quel qu'il soit , s'exerce librement à la face d'une occupation militaire. Louis XVni était sans doute aux Tuileries; mais, partout où se portaient ses yeux et sa sollicitude, il ne rencontrait que l'autorité des généraux anglais et prussiens : des batteries d'artillerie se déployaient dans la cour des Tuileries, sans respect pour la majesté royale; les canonniers prussiens, mèches allumées, surveillaient attentivement les mouvements du peuple. Louis XVIII avait un caractère généreux , et aucun spectacle ne le frappa plus péniblement ; toutefois il fallut se résigner, et les exigences de l'étranger devinrent de plus en plus douloureuses.

Les sentiments des deux chefs qui commandaient les armées alliées à Paris étaient d'une nature bien différente. Le duc de Wellington, froid, méthodique, élevé à l'école des tories, jouait un rôle plus politique que militaire. Il avait des instructions précises de son gouvernement, et il les exécutait; les dépèches de lord Castlereagh meltaienl une grande importance à placer la

France dans tine position qui la réduisit au rôle d'aUiH liaire de la Grande-Bretagne dans toutes les luttes d'avenir, avec la Russie surtout , parce que cette lutte paraissait tôt ou tard inévitable; pour cela il lui fallait laisser tout juste la force nécessaire pour n*ètre jamais une rivale, mais à peu près Tégale de l'Espagne et un peu plus forte que le Portugal.

Le prince Blûcher avait un caractère tout opposé ; vif, emporté , vindicatif comme toute la vieille école allemande, il s'occupait peu de politique; il avait quelque chose du Suwarow russe; il était raide en ses paroles, impétueux dans le commandement, et, comme tous les hommes à passions vives, il n'avait ni tenue ni soin de sa propre personne; il gardait les habitudes allemandes des bords du Rhin et de l'Elbe : il aimait le jeu, les tabagies, et il ne conservait pas toujours ce calme de tête si nécessaire dans un vaste commandement comme celui de Paris; expression d'ailleurs des sociétés secrètes allemandes, il avait bien des vengeances à exercer contre Bonaparte et ses partisans.

L'esprit des deux armées se ressentait dé celui de leurs chefs. Les Anglais, régis par une discipline sévère, remplissaient froidement leurs devoirs; ces troupes, exigeantes pour la nourriture et les liqueurs fortes, n'avaient rien d'oppressif et d'irrégulier dans leurs rapports avec les habitants. L'officier anglais était poli, sans passion de pillage ou de désordre , un gentleman

dans la force du mot. Le dac de WelliDgtoo avait fait camper ses troupes aa bois de Boulogne (i), de manière qn'on les Toyait très peu à Pdris. Il n'en était pas de même des Prussiens; bivouaques sur les places publiques, soldats des universités et de la landwehr, avec la patrie allemande au ccmr, ils se montraient insolents. Le prince Blucher avait placé au gouvernement de Paris le baron de Miiflling, officier plein d'instruction et de convenance (2); mais comment arrêter ces impétueuses réactions qui marquent le triomphe des armées? Dès les premiers temps de l'occupation , Paris put comprendre qu'il avait des vainqueurs dans son sein, et que Louis XVIII n'était pas maître de son gouvernement.

Je dois rappeler que le jour même de l'entrée des Prussiens à Paris, Blucher s'était rendu à la commission de gouvernement pour imposer une contribution de guerre immédiate de 100 millions, destinée à la solde de ses troupes. Quand on voulut faire la moindre observation, il répondit « que Bonaparte en avait usé ainsi à Berlin, avec des formes mêmes plus militaires. i> Bientôt ces exigences devinrent plus actives : les officiers prussiens, en passant devant la colonne de la place Vendôme, avaient demandé quelle était la signification

(1) Ils 7 commirent de grandes dévastations de gibier et de bois de chanlbge.

(2) Le baron de Mûffling vit encore à Berlin.

de ce monument, et on leur avait répondu qu'il racon* tait pour la postérité les victoires de l'empereur sur la nation prussienne après la bataille d'Iéna, ce bronze provenant des canons ennemis pris dans celte belle campagne. Aussitôt des cris se font entendre dans la landwehr : « Il faut détruire ce monument , comme les Français ont abattu la colonne de Rosbach en passant à travers l'Allemagne! »

Pour empêcher cette destruction , il y eut de longs pourparlers, et ici il faut rendre justice au duc de Wellington : il fit comprendre au général prussien que ces vengeances ne serviraient qu'à exciter les esprits sans profit pour la cause commune. Il en fut de même quand on voulut faire sauter le pont d'Iéna, monument qui attestait une victoire sur les armées prussiennes, et le duc de Wellington intervint encore en plaçant une sentinelle anglaise sur le pont; une sentinelle, c'était la nation britannique, et, si le maréchal Bliicher avait fait sauter le pont d'Iéna, c'était une rupture avec la Grande- Bretagne.

Par le fait , le gouvernement de Paris et de la France était donc aux mains du duc de Wellington. Louis XVIII, qui montrait des sentiments tout français, défendait avec une fermeté digne son autorité méconnue; il ordonnait même à ses préfets de résister jusqu'à se faire jeter dans les forteresses prussiennes. La réaction de l'Europe était violente, et nul n'avait la main assez ferme pour h

retenir. Léâ dcpÔ(Ae* flii comte PBzio dî M¥§6h VM^ pereur Alexandre tel ânnotiCâiëiil l^étàt tM ûei àffeîtéS de France, et le caractère surtout que J)retiàil rbctjnfpày. tion de Paris (1) i « Le czâr devait se hât^et *è ftirë mardier les Russes , 15*3 Toulaîl peser encore dàfts h balance d'un traité définitif; les Prussiens et leà AnglaK s'emparaient de tout le gouvernement dé t*aris. » Sht ces dépêches, l'ordre fut donné d'accélérer les mouvements, et 250,000 baïonnettes russes vinrent camper dans la plaine des Vertus. 200,000 Atitrichieùs se dé^* ployèrent depuis les AFpes, les Cévennes, jusqu'à lai Bourgogne, et, ainfsi appuyés sur ces mdsses, les ètu-^ pereurs de Russie et d'Autridhe ôi'rivèrôrit prëliflrd pkû aux négociations et balancer l'influeuce àlisorbauté flîï duc dé Wellington et de Blûchér. Ainfeî, daiis rorigine de l'occupation, Tinflûence est tofùt àùglàise et prm^ sienne ; maintenant elle tend à devenir hii^së et autrichienne , ce qui changera d'une façon presque absdkô les intérêts et la Situation jpolitîqueâ. fl faut reiharqueir toutes ces nuances avant de s'engager dans li question des traités du 20 novembre; îl faut voir quelle était la nature des intérêts de chaque puissance, les forces dont elles pouvaient disposer, afin de décider ensuite s*il élaîl possible de les diviser.

(1) Le comte Poztù en était fort inquiet^ fàrcé qu'il étaigiliH que la restauration ne se Ht anglaise.

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Voici âtt comitiënceineilit du tbOiS d'dOU 1815 quelle était la répartition des 850,000 hommes de troupes éU liée^ qui occupaient la France :

Le quartier général de l'armée prussienne était àCaeti; cette armée de 180,000 hommes devait occuper le Finish tëre, le Morbihan, les Côtes-du-Nord, la Manche, l'Ille-* et-Yilaine, le Galfados^ TOrne, la Mayenne, la Sarthe, l*Ettre-et-Loire, la Seine-Inférieûre, l'Eure, Loir-et- Cber^ rindre-et-Loîrej Maine-et-Loire^ la Lôire-Iûférieurfe, jusqu'à là rite droite de lA Lolte; elle faièôît sa jonction avec l'armée anglaise dans le département de Seine-el-Oise.

Le quartier général du duc de Wellington était à Paris; l'armée anglo-bataye occupait une portion de la Seine-Inférieure, sur la rire droite de la JSeine, Seineet-Marne, rOiàe, le Nord, la Somme, le Fas-de- Calais.

La grande armée russe, sous ki atit^i du feld-màréchal comte de Barclay de Tolly, avait èon quartiel* général à Meltih; elle devait occuper Seine-et-Marne pour se joindre à Tatmée anglaise^ et de plus TAisne, les Ardennes, la Marne, la Meuse, la llloselle, la Haute- Marne et l'Aube.

Âuxerre était le quartier général du prîhce de Wrède; Tarmée bavaroise occupait le Loiret, TYonne, la Nièvre, les Vosges, et se réunissait par la Haute-Mame aux Russes de Barclay de Tolly,

Les Wurtembergeois devaient s'éleodre dans le Payde-DAme.

Le prince de Schwarizenberg avait établi son quartier général à Fontainebleau ; ses deux puissantes armées étaient ainsi divisées : celle du Haut-Rhin devait occuper le Cantal, la Lozère, le Gard, la Loire, la Haute- Loire, les Bouches-du-Rhône, Vaucluse, les Basses- Alpes et le Var; Tarmée d'Italie, les départements de la CAte-d'Or, Haute-Saône, Saône-et-Loire , Jura, Doubs, Rhône, Ain, Montblanc, Isère, Ardèdie, Drôme, Hautes-Alpes.

Enfin, pour compléter cette vaste et douloureuse occupation, les Saxons et les Badois prenaient possession du Haut et du Bas-Rhin, avec des desseins de conquête et de réunion définitive. En septembre, les troupes étrangères s'élevèrent à 1,100,000 hommes, répartis sur le territoire français (elles sont ainsi portées sur les états de service); la seule cavalerie comptait 85,000 chevaux, et l'artillerie plus de 4,000 pièces attelées.

C'était donc en présence de cette immense force qu'il fallait traiter; aux yeux des diefs et des soldats étrangers, la France était un véritable pays conquis, divisé et sans ressource; le roi de France était à Paris, mais le prince Bliicher et le duc de Wellington étaient plus maîtres que le roi; ils imposaient des contributions de guerre; en province, ils déposaient même les préfets du roi. Par la convention de Paris, le gouvernement civil

de la capitale devait rester dans les mains des préfets de la Seine et de police. Un ordre du jour du duc de Wellington et du maréchal Bliicher porta « que, par suite de l'occupation, les commandants des troupes alliées s'empareraient des positions militaires, et que la garde na* tionale et la gendarmerie obéiraient, pour le service intérieur, au général baron de V iiffling, gouverneur de Paris. » En vertu de cet ordre, les places publiques furent converties en campements. Les étrangers se montraient en vainqueurs insolents au milieu de Paris humilié. Les généraux prussiens voulaient s'emparer des caisses, du trésor, de la Banque et des deux préfectures.

Dans les départements, d'ignobles excès marquaient surtout la présence des troupes prussiennes. Trois préfets furent enlevés pour avoir opposé quelque résistance aux vexations militaires : ce furent MM. le baron de Talleyrand, préfet du Loiret; Pasquier, préfet de la Sarthe, et de Gasville, préfet de l'Eure. Tous trois furent conduits en Prusse, et chose remarquable, qui indique jusqu'à quel point allait alors l'insolence étrangère, c'est que ces trois préfets tenaient par la plus étroite parenté à trois ministres de Louis XVIII : M. le baron de Talleyrand était cousin-germain du premier ministre; M. Pasquier, frère du garde-des-sceaux, et M. de Gasville, gendre du chancelier. Les plus fermes instances du conseil des ministres ne purent obtenir que plusieurs mois après la restitution des préfets enlevés.

L'arma kVmits caqmns it BMieetfJUtfkhe, de IIM* de Metternidi, de Xesebode, Gafo* d'Istrîas, de Hardeaberg et de loid Castlereagh» mA alEûbli riofloeiice Urate militaire dn doc de WdHngto», De la gnerre oa pasnil à la diplonatie, des batailles

; M^ocialioBS. Ea se reportant an dédantiops jndes alliés à Vieme, aux podamatioas des g»- : éCnngeis emahissaal le territoire, ces pégoda* tionf paiaissaientiadleSyCareUesdefaieiit toutes reposer sar ee prîadpe établi « ^pe les alliés faisaieat la goeore a Boaapaite et aoa k la Fraace, et poor Texéciition da traité de Paris. » L'adhésioii donaee par Lcnû X>|lt aa Irailé da 25 anrs fiûaît dn roi de Fran^ va 1 de h coafitioB. NiyoléoB était rearené, captif» Ta irantaiie diasoaie; les alliés araioit rétabli le priacqie fa'ib cioyaieat le pfais capable de garantir r<»dre et la iécarité. Qne poavaieat41s exiger de pins '1]?

La ipiestîon n'était pas ainsi envisagée* Les alliés rainqaears prétendaioit rester maîtres de lenr position; ils le montraient de tontes les maniées, par la riolenœ de leurs procédés» par le manqae de respect arecs la Buyesté rojde qne représentait Louis XVDI. Les pro- BÛères négodatioas avec les alliés pcMtèreat sqr la régalarîsati<Mi des services de Tannée envabissante dans les départeaients. Elles ne pouvaieat offinr de grandes dit-

(1) caaîtfelii«i«e*0(Mt«KlL4eTiaqT«aiaait«epa«y«a«-

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