A VICTOR HUGO
Ta cime est si haute , si^ haute , que pour elle le Soleil ne se couche jamais et , ponant ou levant, la baigne d'une lumière éternelle. Tu renvoies cette lumière bienfaisante aux deux hémisphères qui par toi ne connaissent plus la nuit.
184 HISTOIRES BUISSONNIERES.
Respectueusement à tes pieds, les forêts de chênes altiers, les baobabs monstrueux, Tinvraisemblable Eucalyptus et ce fantastique figuier des légendes Indiennes dont un cavalier au galop ne saurait faire le tour en une seule journée, s'étendent comme un tapis d'herbe rasé par un parc de moutons affamés. Sous ton ombrage sans fin, les peuples unis s'assemblent et méditent: fruits et fleurs, tu leur répands libéralement ce qui nourrit et ce qui charme.
Et moi, l'imperceptible, qui t'aime et te bénis pour le bien que tu fais à tous, pendant que le sycophante use sa vie à glaner stérilement sous tes prodigieuses frondaisons quelque pousse tombée, je pense à l'heure suprê-
l'arbre. i85
me de la Mort où tout s'anéantit, et, sentant mon cœur et mon pied manquer à la fois sous le soleil éteint, — je recule avec épouvante devant l'immensité du trou que laissera aux siècles éperdus ton Génie déraciné...