LA SYMPHONIE DU MARCHK
gaie lumière du soleil levant, — et sur cette chaude introduction le concerto s'engage pour la fête de vos yeux.
Sur la basse continue du vert aux mille voix des herbages, — car selon la parole du maestro inimitable, '( le Vert chante partout la gloire du Rouge «, — le Rouge attaque largo sa fugue triomphale. Le ponceau des tomates, glacé de carmin, Técarlate des homards, le cramoisi exaspéré des piments, le cinabre des oranges, conduisent la mélodie, — soutenus en accord parfait dans le contrepoint par le rose vif des cerises, groseilles, radis et crevettes, et dans le mode mineur par le safran plus pâle du modeste Daucus Garota, — appuyés dans les basses sur les notes profondes du radis noir et du fidèle compagnon de la perdrix, le chou brun. — Cependant que vous
avancez toujours avec une savante lenteur, comme il convient à la majesté d^un andante, le jaune barytonnant des abricots, des citrons et des reinettes mûres, relevé par Faméthyste des aubergines, plaque çà et là ses diatoniques accords, que percent en haute-contre par trilles de cristal les argentures prismatiques du saumon et les nacres irisées de Téperlan....
Et les mille voix de la Symphonie du marché chantent :
a • — Bon jour, cœur joyeux, âme libre et surtout franc vouloir de Justice, nous te souhaitons, ô voyageur bienvenu, en présentant à tes regards charmés ce que produit pour toi Tobstiné labeur humain !... »