T. PERSONNE
DU
LUPÜLIN.
Le houblon, humulus Lupulus, plante dioïque de la famille des Cannabinées, fournit un produit très-important que la thérapeutique et surtout la fabrication de la bière consomment sous le nom commercial de Houblon, ou mieux, cônes de Houblon.
Ces cônes de houblon sont formés, par la réunion, sur un axe très-court, des fleurs de la plante femelle. Comme chacune de ces fleurs n’a qu’une écaille pour enveloppe florale, que cette écaille n’est pas caduque, mais qu’elle accompagne le fruit après avoir pris elle-même un certain accroissement, il s’ensuit que cette agrégation de fruits, munis de leur enveloppe écailleuse, offre la plus grande ressemblance avec les fruits agrégés des cônifères, d’où leur nom de Cônes ou Strobiles.
Les fruits et les écailles, qui constituent ces cônes, sont recouverts, les fruits à leur partie supérieure, et les écailles à la base de leur face externe, par une multitude de petits corpuscules jaunes, résineux et odorants, que l’on détache très-facilement en froissant les cônes murs et secs.
Cette matière qui a été désignée tour à tour sous les noms de Lupulin, Lupuline et Lupulite, est la partie la plus importante du houblon. C’est à elle seule, en effet, que l’on doit rapporter les propriétés, c’est-à-dire, la saveur amère et aromatique de cette
plante ; car, si on dépouille les écailles et le fruit de cette poudre jaune, on les prive complètement de toute saveur.
L’importance de cette matière comme agent spécial a été reconnue depuis longtemps. Dès 1821, en effet, le docteur Ives de New-York essaya de déterminer ses principes constituants et de l’introduire dans la thérapeutique sous le nom de Lupulin ; en France, à peu près à la même époque, M. Planche la prit pour un principe immédiat et la désigna sous le nom de Lupuline; car, disait-il, « cette substance est au Houblon ce que la Quinine est au Quinquina, la Strychnine à la Noix vomique. »
En 1822, MM. Payen et Chevallier firent l’analyse chimique la plus complète que nous ayons sur cette substance. Dans ce travail, ils démontrèrent la nature complexe du Lupulin, et par conséquent, l’erreur de M. Planche; mais la petite quantité de matière sur laquelle ces chimistes ont opéré ne leur a pas permis d’étudier les corps qu’ils ont obtenus.
Plus tard, en 1827, M. Raspail publia sur Yorganisation de la Lupuline l’unique travail qui existe sur ce sujet. Dans ce travail, M. Raspail cherche à démontrer l’analogie complète de ce corps avec le pollen, tant sous le rapport de son organisation que sous celui de l’action des divers dissolvants et réactifs chimiques, Il le désigne sous le nom de pollen des organes foliacés, car son rôle, dit-il : « Est de féconder le bourgeon comme celui du pollen des fleurs est de féconder l’ovaire. »
Le rôle que M. Raspail assigne à ce corps, paraît si singulier; d’un autre côté, l’accroissement que prend de jour en jour la fabrication de la bière, m’ont fait penser qu’il serait d’une certaine utilité de reprendre cette étude dans le but de fixer d’abord nettement les idées sur l’organisation de ce corps, ensuite, par l’étude de ses produits immédiats, d’éclairer la thérapeutique et d’apporter quelques perfectionnements dans la fabrication de la bière, dont l’importance est destinée à devenir considérable, si l’oïdium continue ses ravages dans nos vignobles,
Je diviserai ce travail en trois parties : dans la première, je traiterai de la structure et de l’accroissement du Lupulin; la
seconde sera consacrée à l’étude chimique des divers corps que j’ai pu en isoler; enfin, la troisième sera réservée à la pharmacologie du houblon.
Je dois dire, avant d’aller plus loin, que je conserye à ce corps le nom de Lupulin; car, c’est un véritable organe , comme je le démontrerai, et comme l’a déjà fait voir M Raspail, bien qu’il se soit trompé sur sa véritable nature.