‹ Histoire chimique et naturelle du lupulinChapitre 6 sur 7 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

PHARMACOLOGIE DU HOUBLON.

Le houblon est un des agents thérapeutiques dont l’emploi est journalier, sans être cependant de premier ordre. Malgré la fréquence et l’ancienneté de son usage en médecine, les thérapeutistes ne sont pas tous d’accord sur ses propriétés. Ainsi, le Lupulin a été préconisé, en Amérique, comme un narcotique pouvant remplacer l’opium dans certains cas ; c’est, dit le docteur Ives, « la seule substance qui réunisse la propriété d’être aromatique, tonique et narcotique à la fois. » On a dit aussi que la matière amère diminuait les facultés digestives, etc., etc.

Il ne m’appartient pas de discuter ici les propriétés médicales de cet agent, mais je crois devoir dire que, pendant le cours de la longue étude à laquelle je me suis livré , je n’ai observé aucune action narcotique aux produits volatils, quoique je me sois souvent trouvé soumis à l’action de leurs vapeurs. La matière amère, que j’ai ingérée très-souvent, n’a jamais diminué ni apporté le moindre trouble dans mes fonctions digestives ; cette expérience , répétée sur un grand nombre de sujets , a toujours donné les mêmes résultats ; j’ai vu plusieurs personnes ingérer par jour, depuis 1, 2 et jusqu’à 12 grammes de Lupulin , entier ou trituré avec du sucre, sans qu’elles aient ressenti de dérangement sensible dans leurs fonctions vitales. Le seul effet que j’ai bien constaté, était produit par l’odeur repoussante

de l’acide valérianique impur, odeur tellement adhérente aux doigts sur lesquels on a le malheur d’en répandre, qu’elle peut provoquer des nausées, qui ont été pour moi quelquefois , la cause d’insomnies très-désagréables.

Je crois donc qu’il faut tout simplement considérer le houblon comme un puissant antispasmodique, et le ranger à côté de la valériane , sur laquelle il possède l’avantage d’être tonique et antispasmodique à la fois.

Appliquons maintenant les connaissances acquises par ce travail, à la préparation de diverses formules médicamenteuses qui ont pour base le houblon ou le Lupulin.

La plus ancienne de ces préparations , et la seule employée, à peu près , jusqu’ici, est la tisane de houblon ; elle s’obtient par l’infusion de 16 grammes de cônes de houblon dans un 1 kilogramme d’eau bouillante.

Je n’ai pas la prétention de changer cette formule, mais il est une recommandation que je crois devoir faire au médecin aussi bien qu’au pharmacien : le médecin a l’habitude de prescrire, et le pharmacien, par conséquent, celle de délivrer du houblon mondé : ce mode est vicieux ; car, il a pour but de perdre la presque totalité du Lupulin , qui est, comme il a été démontré, la partie du houblon qui renferme seule le principe actif. Il faut donc avoir le soin de ne prescrire et de n’employer que les cônes entiers de houblon, et encore doit-on préférer les cônes que le commerce destine spécialement à la fabrication de la bière (1), à celui qui croît naturellement aux environs de Paris.

Cette tisane doit se préparer avec :

Cônes entiers de houblon cultivé. i5 grammes.

. Eau bouillante. tooo —

Faites infuser pendant deux heures et filtrez.

Cette infusion est claire , aromatique et amère. Elle contient en même temps le principe amer [Lupulin^et les principes liui-

( t ) Les brasseurs ont depuis longtemps reconnu la nécessité de retenir le Lupulin dans les cônes de houblon, aussi ces cônes sont-ils conservés de manière à ce que les écailles qui les composent ne se désagrègent pas.

leux aromatiques qui s’y trouvent dissous à la faveur d’une certaine quantité de résine.

Il faut éviter la décoction, qui donne un liquide trouble impossible à éclaircir par la filtration , à cause de la grande quantité de matière résineuse qu’il renferme en suspension.

Quelques pharmacopées contiennent la formule d’une teinture et d’un extrait de houblon : la première, préparée avec les cônes et l’alcool à 56° cent. ; la seconde, en traitant les cônes réduits en poudre grossière, par lixiviation au moyen de l’alcool au même degré. Ces préparations me paraissent peu rationnelles ; car il est démontré, par des expériences antérieures aux miennes, que tous les houblons du commerce ne contiennent pas la même quantité de Lupulin , et de plus, une lixiviation n’est pas suffi santé pour pénétrer les grains de Lupulin et en dissoudre les principes.

Je propose de les remplacer par d’autres préparations qui ont pour base le Lupulin. Ce moyen permet d’obtenir des médicaments , sur la valeur desquels on peut sûrement compter, puisque la base en est toujours fixe.

Occupons-nous d’abord de l’extraction et des moyens proposés pour purifier le Lupulin. On l’obtient facilement en froissant les cônes entiers de houblon sur un tamis de crin ; en le faisant ensuite passer, à plusieurs reprises, à travers un tamis de soie, on le sépare des débris d’écailles et des fruits qui l’accompagnent. Ainsi obtenu, ce lupulin contient une assez grande quantité de sable fin, transporté sur les cônes par le vent. Je me suis assuré , par plusieurs dosages, que ce sable s’y trouve dans la proportion de 8 à 10 p. 100 en moyenne.

M. Planche propose de séparer ce sable par l’immersion du Lupulin dans l’eau ; la pesanteur spécifiqqe différente de ces deux corps permet, selon lui, d’obtenir cette séparation complète. Mais ce mode doit être rejeté, d’abord, comme insuffisant; ensuite, parce que l’eau altère toujours le Lupulin. Le sable siliceux qui accompagne le lupulin ne nuit en rien aux préparations auxquelles il peut être employé; il suffit de purifier le Lupulin par des tamisages successifs, et de le renfermer ensuite dans des flacons bien bouchés pour éviter une oxydation ultérieure.

Comme il est impossible de séparer tout le Lupulin renfermé

dans les cônes de houblon , et que ceux-ci en retiennent encore une assez grande quantité, on peut les destiner à la préparation de l’acide valérianique et d’un extrait hydro-alcoolique.

Extrait hydro-alcoolique de houblon.

Pr ; Cônes désagrégés de houblon. ... Q. V.

Placez ces cônes dans la cucurbite d’un alambic avec une suffisante quantité d’eau, et distillez. Séparez l’huile essentielle de l’eau acide à l’aide du récipient florentin. Cette eau acide pourra servir à l’obtention de l’acide valérianique, en la saturant par le carbonate de soude, évaporant à siccité et traitant le sel par l’acide sulfurique dans un appareil dislillatoire.

Evaporez au bain-marie le décoctum, après l’avoir filtré sur un tamis, traitez l’extrait obtenu par l’alcool à 91 centésimaux qui sépare une grande quantité de matière extractives insolubles ainsi que des sels. La solution alcoolique filtrée, après refroidissement, pour éliminer la matière cireuse qu’elle peut renfermer, est ensuite soumise à la distillation pour retirer la majeure partie de l’alcool, puis évaporée en consistance d’extrait.

Cet extrait est aromatique et très-amer, il renferme une grande quantité de matière résineuse, et n’est, par conséquent, pas entièrement soluble dans l’eau. Il peut, je crois, être substitué avec avantage à l’extrait de valériane dans le cas où cet extrait est employé comme antispasmodique associé à d’autres médicaments, comme dans les pilules de Méglin, etc.

Préparations de Lupulin.

J'ai eu pour but d’obtenir, par les formules suivantes, des médicaments dans lesquels les principes médicamenteux sont toujours dans des rapports simples et parfaitement connus; afin que le praticien puisse se rendre facilement compte de la dose de médicament réelle qu’il veut prescrire.

Teinture alcoolique de Lupulin.

Pr. : Lupulin. i partie.

Alcool à 36° ou gi cent. . ■ 4 —

Faites digérer pendant dix jours dans un vase clos : une température de -f- 30 à -|-40° favorise l’action dissolvante de l’alcool; passez avec expression, filtrez et conservez pour l’usage.

Cette teinture contient exactement 15,12 p. 100 de matière dissoute (1); par conséquent, 5 grammes représentent 18 r ,07 de Lupulin, rapport très-simple.

Extrait alcoolique de Lupulin.

On l’obtient facilement en évaporant à une douce chaleur la teinture alcoolique de Lupulin. 50 grammes de Lupulin donnent 358 r -,60 de matière dissoute, par conséquent, 0,70 centigrammes de cet extrait représentent 1 gramme de Lupulin. Cet extrait est très-résineux, très-aromatique et amer. Il peut s’administrer en pilules, et doit être substitué au Lupulin entier dont il contient tous les principes actifs. Il faut le conserver en vase clos pour éviter son altération.

Sirop de Lupulin.

Fr. Sucre blanc. 333 grammes.

Teinture de Lupulin. ... a5 —

Eau. 180 —

Concassez le sucre, mêlez-le bien avec la teinture, puis ajoutez l’eau peu à peu; portez le tout jusqu’à l’ébullition, puis filtrez et conservez pour l’usage. Ce sirop est un peu trouble, sa saveur est amère et aromatique; il n’est pas d’une amertume désagréable et peut être facilement administré aux enfants. 100 grammes de sirop représentent 1 gramme de Lupulin.

(i) 5 grammes de

teinture donnent ogr.,^56 d’extrait.

Saccharure de Lupulin.

Pr. : Sucre blanc eu poudre grossière. ioo grammes.

Teinture de Lupulin. .. 25 —

Mêlez par trituration la teinture au sucre ; faites ensuite évaporer l’alcool à l’étuve à une douce chaleur. 20 grammes de ce saccharure représentent 1 gramme de Lupulin.

1 En substituant ce saccharure au sucre dans la préparation de la gelée de grénétine, on peut préparer la gelée suivante :

Gelce de Lupulin.

Grénétine. 2gr.,5

Eau.fio

Saccharure de Lupulin. 4°

pour obtenir 100 grammes de gelée qui représentent 2 grammes de Lupulin.

Enfin, on a recommandé une pommade de Lupulin dont la formule a été donnée par M. Planche ; il obtenait cette préparation, en triturant une partie de Lupulin avec trois parties d’axonge, et faisant chauffer au bain-marie pendant six heures, etc., etc.

Ce procédé doit être tout à fait rejeté : 1° parce qu’il est trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, de déchirer les grains de Lupulin par la trituration ; 2° les corps gras pénètrent difficilement le Lupulin, même avec le secours de la chaleur. La formule suivante doit donner une préparation bien préférable :

Pommade de Lupulin.

Pr. Axonge. 3o grammes.

Extrait alcoolique de Lupulin. ... 3 —

On ramollit le Lupulin par une légère chaleur et quelques gouttes d’alcool, puis on le divise dans l’axonge. On comprend que cette pommade doit être légèrement excitante par les principes résineux odorants qu’elle renferme. Cette dose d’extrait alcoolique représente, à peu de chose près, 4 grammes de Lupulin.

Je dois ajouter en terminant, que je ne préjuge en rien la valeur médicale de ces préparations. Je n’ai eu d’autre but, après avoir soumis le Lupulin a une étude sérieuse, que celui de passer en revue les diverses préparations dont il avait été l’objet, et de présenter des formules plus rationnelles et basées sur les notions fournies par l’analyse des principes renfermés dans cette glande-

J’ai fait ce que j’ai pu , le reste est du domaine de la médecine.

Vu bon à imprimer :

Le Directeur,

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