AVANT-PROPOS
La moitié d’une année laisse en arrière de nous le siège de la citadelle d’Anvers, et cet épisode militaire d’une grande action politique est déjà enregistré dans l’histoire. C’est pour compléter ce qui a été fait, sous le rapport chirurgical, que j’ai entrepris de publier cette relation : je m’y étais décidé dès le commencement du siège; j’en avais pris ensuite l’engagement formel, d'après l’invitation de M. le chirurgien en chef de l’armée; et c’est cet engagement que j’accomplis aujourd’hui. Les six mois qui viennent de s’écouler semblaient m’accorder largement le temps nécessaire à
l’exéculion fie ce travail : oui, sans doute, s’il n’avait fallu qu’un choix d’observations ; mais il s’agissait pour moi d’obtenir un ensemble complet , des conclusions générales et autant de résultats partiels, définitifs, que de faits isolés; tel était, du moins, mon but. Je n’ai négligé aucun moyen d’y parvenir; j’ai pris note une à une des blessures, pendant toute la durée du siège , soit à l’ambulance de tranchée, soit à l’ambulance générale ou à l’hôpital d’Anvers. Je dois de vraies obligations à deux de nos sous -aides, MM. Thomassin et Périer, qui ont consacré à ces recherches une grande partie de leur séjour en Belgique : ce ne serait pas assez pour moi de le dire en termes simples, comme un remercîment, si je savais le dire en termes relevés , comme un témoignage public d’estime pour M. Périer, que son activité de tous les jours et ses veilles de toutes les nuits ont fait tomber dangereusement malade; je désire que ces quelques mots lui prouvent le souvenir d’un camarade et d’un ami . qui sait l’apprécier.
Le chirurgien en chef, M. Zinck , et le chirurgien-major, M. Forget , ont bien voulu me donner quelques conseils; ainsi que mon père , mon premier maître. Plusieurs de nos confrères , MM. Letulle , Petitot , Montcour-
rier, Michel Levy et d’autres, m'ont communiqué des observations intéressantes. Des offi ciers de santé belges, M . Limauge de Br uxelles, et MM. Decondé, Molitor, Soulikowski et Corbisier d’Anvers, m’ont fourni des notes; mon collègue et ami de l’hôpital de Lille, M. Léonard fils, m’a rendu compte enfin de l'état consécutif de quelques uns de nos blessés.
Je n’ai pas assez de termes à ma disposition pour adresser à chacun une part de remercîmens ; et malgré cet espace de six mois, malgré tous ces documens , quelques observations restent incomplètes dans leurs résultats, tant parce que je n’ai pu me les procurer tous, que parce qu’ils ne sont pas encore parvenus à leur fin. Mais j’ai dû hâter la publication de ce travail, pour qu’il ait encore de l à-propos et pour satisfaire à certaines exigences : si c’est à refaire plus tard , je n’aurai plus autant de droits à l’indulgence que je réclame aujourd’hui.
Avant dénoncer une seule proposition ou un seul fait, je dois dire quelque chose de la relation qui a été publiée sur le meme sujet par mon collègue et ami le docteur Paillard, un des élèves distingués du professeur Dupuytren. Je me lais un plaisir de rappeler que mon
père a fait à l’Institut un rapport très favorable sur ce livre, que j’ai consulté avec profit. M. Paillard , entraîné vers nous par un zèle d’observation chirurgicale, n’est arrivé que la veille de la capitulation ; et s’il n’a pas assisté, sur le ter rain, aux premiers effets des grandes blessures et à la chirurgie îles ambulances, il en a étudié les suites, à l’hôpital d’Anvers, avec soin et habitude de discernement : c’était pourM. Paillard une occasion de reproduire quelques unes des théories de nos grands-maîtres modernes sur les plaies d’armes à feu ou sur les faits de leur pratique; il s’est adressé plus spécialement à l’expérience de MM. Dupuytren et Larrey-
J’ai cru devoir suivre un tout autre plan que celui deM. Paillard;c’està dire faire l'histoire chirurgicale du siège de la citadelle , dans son ensemble, dans ses détails, abstraction faite de tout ce qui s’est passé ailleurs qu’à Anvers. Je ne conteste point pour cela l’intérêt d’analogie que certaines blessures du siège peuvent présenter avec d’autres; mais cette œuvreserait longue, difficile, imparfaite, et les recherches de compilation nuiraient peut-être aux recherches d’observations nouvelles.
C’est pour ce motif que je n’emprunterai
rien, par exemple, à l’ouvrage récent de M. Jobert sur les plaies d’armes à feu (1) : je n’ai pas la moindre prétention de faire, comme on dit, delà science; je veux simplement faire de l’histoire , et déjà cette tâche est assez difficile.
fl y aurait mauvaise grâce de ma part à relever quelques erreurs de faits dans la relation de M. Paillard , parce qu’il n’a pu , comme nous, observer la plupart des blessures à l instant même , en constater exactement les causes et les effets, en connaître tous les résultats.
La précision et la clarté sont les seules qualités de style que j’aie ambitionnées en racontant les observations ;j’at exposé celles ci avec toutes les abréviations dont elles étaient susceptibles.
Voici l’ordre des matières :
Considérations historiques : organisation chirurgicale de l’armée, ambulances, évacuations de blessés, hôpitaux belges, chirurgiens belges, blessés belges, blessés hollandais , blessés français et pertes de l’armée, maladies, état moral des blessés.
(0 On ne pourrait rien ajouter à l’analyse exacte, ou plutôt à la critique si bien raisonnée que M, Bégin a faite de ce livre, dans le Journal hebdomadaire de médecine.
Considérations chirurgicales : blessures du siège en général; blessures d’armes à feu , mutilations, blessures multiples , complications graves, projectiles, débridemens , opérations chi- . rurgicales , pansemens , traitement général.
Observations :
Blessures de la tête : contusions , plaies simples ou compliquées de la face et du crâne.
Blessures du cou.
Blessures de la poitrine : contusions , plaies superficielles ou pénétrantes.
Blessures de V abdomen : contusions , plaies superficielles ou pénétrantes.
Blessures de la partie postérieure du tronc: contusions , plaies.
Blessures des membres : contusions , luxations, plaies simples ou compliquées, fractures simples ou compliquées , des membres supérieurs , des membres inférieurs , des articulations.
Amputations en général :
Amputations scapulo- humérales ;
humérales ;
radio-cubitales ;
carpiennes;
Amputations coxo-fémorales ;
fémorales;
tibio-péronières ;
— — tarsiennes.
Résections.
Résumé.
Cette méthode descriptive est à peu près la même que celle de notre Relation chirurgicale (les blessés de juillet.