‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 2 sur 11 · CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

Service chirurgical de Varmèe.

L’organisation du service chirurgical de l’armée était en rapport avec le nombre de ses divisions; savoir : un corps d’avant-garde, quatre divisions d’infanterie active, une division d’infanterie de réserve, deux divisions de cavalerie , et les différentes troupes réunies du génie, de l’artillerie, du train et des équipages. A chacune de ces divisions, comme au corps d’avant-garde , était attachée une ambulance, composée d’un chirurgien-major, d’un aide-major et de quatre sous-aides. Chaque régiment avait, comme dans tous les temps, son chirurgien-major etsesdeux aides-majors. Notreexcellent et digne maître, M.Zinck, était chirurgien principal de l’armée; sa longue expérience datait de l’expédition d’Égypte, et s’était agrandie successivement à travers les grandes batailles de l’Empire : c’est lui qui dirigeait , à Berchem , le service chirurgical de l’ambulance du quartier général, dont M. Forget se trouvait le chirurgienmajor.

Deux aides-majors , M. Corbin et moi , et douze sous-aides, complétaient le personnel chirurgical de cette ambulance. Le nombre des officiers de santé aurait été insuffisant plus tard, sans les mesures qu’avait prises le chirurgien en chef.

Notreservice actif, commencé le 3o novembre, presqu’en même temps que l'ouverture de la tranchée, a cessé le 24 décembre, le lendemain de la prise de la citadelle.

Nous avons encore passé quelque temps en Belgique pour accompagner les premières évacuations des blessés sur la France, et puis nous y sommes rentrés à notre tour.

M. le chirurgien-major Forget est resté à Anvers avec deux sous-aides, MM. Thomassin et Périer, jusqu'à ce que le plus grand nombre des blessés fût entièrement évacué sur la France , c’est à dire jusqu’à la fin du mois d’avril i853.

Pendant ce long séjour, ils se sont adjoints aux chirurgiens belges, et ont essentiellement contribué avec eux au soulagement des blessés, qui n’étaient plus entièrement séparés de leurs compatriotes. M. Forget a partagé la direction du service chirurgical avec MM. Seutin et Gouzé; il les a même remplacés seul assez long-temps, tandis que MM. Thomassin et Périer ont continué de montrer le zèle et l’acti-

vite dont ils avaient fait preuve aux ambulances.

Indépendamment du personnel chirurgical officiellement organisé pour les ambulances , plusieurs de nos collègues des régimens nous ont prêté leur aide. J’ai regret de ne pouvoir les nommer tous ; mais je citerai spécialement l’aide-major du icr régiment du génie, AI. Brouillard , qui a bien voulu faire avec nous le service de l’ambulance de tranchée ; son exemple a été suivi par M. Sousselier, médecinadjoint, qui avait auparavant été aide-major : merci à eux bien cordialement d’avoir diminué nos fatigues, en les partageant.

Si 1 es opérations stratégiques ont entraîné un grand nombre de curieux vers Anvers, les opérations de la chirurgie militaire ont aussi attiré quelques jeunes praticiens français ou étrangers; mais presque tous sont arrivés à la fin du siège, comptant sans doute qu'il se prolongerait plus long-temps : ils ont pu du moins suivre Fétat des blessés à l’hôpital d’Anvers , et assister aux opérations consécutives. Ainsi sont venus nos compatriotes, MM. Delattre et Paillard; quatre jeunes chirurgiens anglais, recommandés par le célèbre Astley Cooper, et deux chirurgiens - majors de l’armée prussienne , adressés par l'inspecteur général ,

M. Wiebel, à son collègue de Belgique, M. Wlemincks.

Ambulances.

Il serait peut-être peu convenable à moi de vanter l’institution des ambulances volantes et ses avantages si multipliés; je ne dirai que ce qui a trait aux ambulances de l’armée du Nord.

L’intendant général, M. de Delaneuville , l’administrateur principal , M. Dubois, et le chirurgien en chef, M. Zinck, ont dirigé, avec une surveillance habile, l’organisation des ambulances, dans leur ensemble et dans leurs détails.

Outre l’ambulance générale, deux ambulances secondaires, dépendant, l’une du quartier général, l’autre de la quatrième division , devaient former les ambulances de tranchée.

Les ambulances actives ont été celles du quartier général et de la quatrième division, et les deux ambulances de tranchée. Des officiers d’administration dirigeaient les infirmiers

dans leur service.

Bien ne manquait à l’approvisionnement nécessaire pour les pansemens et les opérations chi rurgicales. Lorsque des dons de linge ou de charpie nous étaient adressés , on délivrait un bonde remerchnens , formulé ainsi par le chi-

rurgien en chef : «Bien que les ambulances de l’armée soient abondamment pourvues de tout ce qui leur est nécessaire , nous ne recevons pas moins avec plaisir et reconnaissance les dons offerts pour les blessés. »

Le local était une maison autant spacieuse et commode que possible , avec des lits de paille et des couvertures; des matelas avaient été fournis par l’hôpital d’Anvers pour l’ambulance du quartier général. Un nombre proportionné de brancards avait été réparti à chaque ambulance. Enfin, tout le matériel nécessaire avait été convenablement disposé , et les autorités belges , administratives ou chirurgicales, ont contribué par leur empressement à rendre l’organisation de nos ambulances aussi parfaite que possible, et à y assurer plusieurs parties du service.

Ambulance de tranchée.

La nuit du 29 novembre venait de présider en silence aux travaux mémorables du génie ; l’ouverture de la tranchée avait été faite, et les manœuvres habiles de nos troupes avaient déjoué la surveillance des Hollandais. Nous pouvions perdre dans cette nuit beaueoupde monde, et pas un seul homme n’a été tué, pas un seul

( iS )

n’a été blessé. La journée du lendemain ne pouvait finir avec autant de sécurité ; il fallait prévoir les dangers, hâter les secours. L’ambulance de réserve n’était pas assez près du centre des opérations; une autre ambulance plus directe était indispensable, pour recevoir les blessés sur le terrain : cette ambulance fut improvisée aussitôt , dans la matinée du oo. On avait choisi l’emplacement où se réunissait l’état major du général de brigade commandant la tranchée : c’était en arrière de la petite église Saint-Laurent , adossée elle-même aux batteries de la première parallèle, à une petite distance du fort. Le service chirurgical de cette ambulance devait être fait par un aide-major et deux sous-aides , pendant vingt quatre heures , et renouvelé à tour de rôle : on m’avait désigné pour la près mière garde. Le canon se fait entendre vers midi et donne le signal de l’attaque; cependant le feu ménagé des Hollandais n’atteint pas un seul homme de notre côté. Nous manquions d’abri pour recevoir et panser les blessés; l’église Saint-Laurent était là , mais close et déserte. Le soir était venu , et nos feux de bivouac à demi éteints par la pluie , conservaient assez de lueurs au milieu de l’obscurité pour attirer l’inquiétude et le canon des Hollandais ; déjà deux boulets avaient fait brèche à la petite

église : l’ordre fut donné d’éteindre aussitôt les feux. Comment les blessés auraient-ils été pansés dans une position si peu favorable ? J’obtins du général commandant la tranchée l’autorisation de faire enfoncer la porte : nous voilà bientôt à l'abri dans l’église Saint-Laurent , qui devint dès lors l’emplacement de l’ambulance de tranchée : cette ambulance, que l’on pourrait appeler aussi ambulance des premiers secours, n’avait effectivement d’autre destination que d’apporter aux blessés les secours d’urgence, arrêter les hémorrhagies , extraire les corps étrangers mobiles, et appliquer des appareils d’attente aux blessures les plus graves.

Il était expressément convenu que l'on ne ferait à l’ambulance de tranchée aucune opération majeure , susceptible d’être ajournée Donc aucune amputation n’a été faite là, lors même que les membres étaient complètement mutilés ou emportés en totalité. La grande chirurgie était réservée pour l’ambulance générale.

On a fait observer que cette mesure devait multiplier les opérations chirurgicales, et par conséquent les souffrances des blessés. Oui, sans doute, si l’on ne considère pas quel était le seul but qu’on s’était proposé, savoir de ne donner absolument que les secours d’urgence

à la tranchée; car, sans cette disposition sage, combien d’accidens funestes auraient résulté du transport direct à Bercliem ou à Anvers, assez éloignés, pour qu’une hémorrhagie, par exemple, put devenir mortelle dans le trajet , tandis qu’elle pouvait être arretée sur-le-champ.

Néanmoins, il me semble que l’on aurait bien fait de réunir l’ambulance de Berchem à celle de l’église Saint-Laurent , et de n’en former qu’une seule, rapprochée du centre des opérations du siège, et qui aurait permis de pratiquer toutes les opérations chirurgicales avec plus de facilité, parce que le local était vaste ; mais ce local était aussi exposé au feu de la citadelle, et les voûtes de l’église , en grossissant le bruit des pièces d’artillerie, auraient troublé davantage les premiers iustans de repos si nécessaires aux blessés.

Une seconde ambulance de tranchée fut organisée un peu plus tard à Oboken , située à l’extrême gauche et en arrière de la première parallèle. M. Letulle , chirurgien-major, et son aide-major, M. Montcourrier, furent attachés à cette ambulance, qui ne reçut qu’une soixantaine d’hommes.

Avant même que les premiers soins pussent être donnés à l’ambulance de tranchée, il fallait les secours du moment, il fallait des mains pour

relever les blessés, pour les placer sur des brancards et les aider à faire quelques pas jusqu’à nous : des infirmiers étaient chargés de ce service périlleux ; deux d’entr’eux y ont été blessés et lin autre tué. Je n’ai pas besoin d’en dire davantage pour faire l’éloge de leur dévouement.

Si les infirmiers d’ambulances n’arrivaient pas à temps pour transporter les blessés jusqu’à nous, leurs plus proches camarades s’empressaient de les relever et de les mettre à l’abri. Soldats , officiers , tous voulaient seconder les chirurgiens de l’ambulance : c’est par un semblable dévouement que quelques vivandières se sont distinguées , comme Antoinette Morand, qui parcourait sans cesse les tranchées , la tête haute et d’un pas joyeux : ni les bombes, ni les boulets, ni les avertissemens , ni les ov~ dres mêmes, rien ne pouvait l’arrêter; elle allait toujours au secours des blessés, offrant à chacun l’exemple du courage et le petit verre d’eau de vie. Un des plus fidèles soldats de la tranchée , c’était la vivandière.

Ambulance de réserve.

Située d’abord à l’extrémité du long village de Berchem , près du camp , l’ambulance de réserve, ou ambulance générale, n’était autre chose

qu’une assez petite maison à deux étages, pouvant contenir tout au plus une centaine de blessés ; l’entassement y était néanmoins difficile, à raison des évacuations successives à Anvers ou à Malines. Les blessés les plus graves, et surtout ceux des membres inférieurs, étaient placés en bas; une chambre, pourvue de tous les appareils et instrumens nécessaires, était consacrée aux amputations.

Les autres opérations étaient pratiquées sans déplacement des blessés, c’est à dire sur leurs lits, terre-à-terre et bien à l’étroit : cette position était quelquefois excessivement pénible pour nous.

Le médecin-bourguemestre de Berchem, toujours empressé à être utile aux Français, nous procura, après quelque temps, un local plus commode pour l’ambulance générale : c’était la première maison à l’entrée du village, tout près de l’ouverture de la tranchée. On épargnait ainsi aux blessés, ainsi qu’à leurs porteurs, le long trajet qu’il fallait faire auparavant : c’était également rapprocher d’Anvers ceux que leurs blessures graves devaient y faire conduire.

Évacuations des blessés.

La chirurgie militaire n’a pas seulement pour tâche de donner aux blessés les secours de l’art, quel que soit le genre de guerre, quel que soit le champ de bataille; elle doit encore les préserver de nouvelles blessures , les mettre à l’abri du danger, surveiller leur transport, assurer leur retraite, surtout en pays ennemi. L’empereur, dont l’immense génie veillait partout, s’assurait toujours par lui-même du sort des blessés, à la fin d’un combat; il leur aurait donné ses équipages , si les moyens de transport leur avaient manqué ; mais les ambulances volantes n’étaient jamais en retard.

Dans un siège, les ambulances volantes sont remplacées sur le terrain par des brancards à bras : c’est de cette manière qu’à Anvers les blessés étaient rapportés des tranchées aux ambulances; les distances étaient si rapprochées de l’ambulance de tranchée à celle du quartier général, qu’il n était pas besoin d’un officier de santé pour accompagner chaque homme; et , d’ailleurs, il aurait fallu en multiplier beaucoup trop le nombre. Pour y suppléer en quelque sorte, nous avions l’habitude d’écrire sur un billet : pansement définitif ou pansement provi-

soire ; c’était indiquer s’il était nécessaire ou non de le renouveler à l’ambulance générale : là, on savait ainsi à quoi s’en tenir, sans renseignement verbal de la part des chirurgiens de la tranchée.

Les blessés, une fois reçus à l’ambulance générale, n’y restaient jamais plus de douze heures; ce temps, à peu près, leur était accordé pour prendre un peu de repos à la suite des différentes opérations : c’est alors que les blessés les plus graves avaient pour destination Anvers et les autres Mali nés seulement , car boom n’était pas dans la direction de Berchem. Deux évacuations par jour avaient lieu pour chaque hôpital, l’une le matin, l’autre le soir. La dis» tance de Berchem à MaÜnes exigeait toujours des voitures, tantôt de simples carrioles, tan» tôt des fourgons d’ambulance.

La plupart des blessés dirigés sur Anvers étaient portés sur des brancards ou sur des litières recouvertes; car, indépendamment des moyens de transport propres aux ambulances , d'autres avaient été fournis par le bourguemestre d’Anvers, M. Legrèle, et par l’inspecteur général, M. Wlemiucks.

Quatre infirmiers d’ambulance portaient un brancard deux à deux , en se relayant ; leur nombre, insuffisant pour ce double service, fut

augmenté de plusieurs infirmiers de l’hôpital militaire, et d’hommes de corvée envoyés par la ville. Quelquefois, les soldats eux-mêmes étaient chargés de porter leurs camarades ; souvent aussi des habitans de Berchem ont servi aux transports.

■ Un ou deux chirurgiens-sous-aides, munis de quelques appareils de pansemens, dirigeaient chaque évacuation , selon quelle comprenait plus ou moins de blessés , afin de leur administrer les secours qui pouvaient devenir nécessaires pendant le trajet. Je dirai, à cette occasion , que mes jeunes camarades ont fait courageusement leur devoir, sans jamais reculer, alors que des boulets de canon traversaient souvent la route de Berchem à Anvers; toutes les maisons en étaient criblées, du côté des deux moulins: c’est par là que plusieurs hommes ont été blessés et qu’une femme a été tuée.

L’évacuation sur les hôpitaux de France a eu lieu à différentes époques, selon qu’il y avait un certain nombre de blessés parvenus à peu près en même temps au terme de la guérison. D’autres cependant demandaient à revenir en France, sans être guéris, tant ils avaient à cœur de se retrouver dans leur patrie.

C’était ordinairement par dix , douze, quinze hommes que les convois se faisaient, avec des

voitures louées aux frais de l’administration de l’armée. Il a fallu des voitures suspendues tout exprès, pour le transport de certains blessés encore éloignés de la guérison.

Les principales évacuations sur France ont été faites par des aides-majors. La dernière de toutes, comprenant le colonel Morlet , a été dirigée par le chirurgien-major M. Forget, qui ne laissait plus un seul blessé à Anvers vers la fin d’avril.

Il est inutile de dire que l’on a fait séjourner les blessés dans les principales villes de Belgique et de France, depuis Anvers jusqu’à Paris, et que dans chacun des hôpitaux ils ont retrouvé les soins les plus empressés, à Bruxelles et à Lille notamment.

Hôpitaux belges.

Si un acte des conditions établies entre les deux Gouvernemens n’avait pas spécifié que les hôpitaux belges donneraient asile à nos blessés, on aurait sans doute suivi la mesure proposée par notre Conseil de santé, c’est à dire l’évacuation directe sur les hôpitaux de France, ou bien on aurait pu improviser en Belgique même un grand hôpital français. Plus de dix-huit cents lits étaient en réserve à cet effet par les

soins prévoyants de l’intendant en chef M. De- Janenville.

Mais il en fut autrement : l’inspecteur général du service de santé de l’armée belge , M. Wlemincks, fit disposer, avec un louable empressement , tout le matériel nécessaire à l’admission de nos blessés dans les hôpitaux d’Anvers, de Malines, et il pourvut ensuite à leur évacuation sur les hôpitaux de Bruxelles, de Gand, de Louvain : M. Wlemincks a exercé partout la surveillance la plus active.

Le médecin principal de l’hôpital militaire d’Anvers, M. Gouzé, quoique très jeune, a donné des preuves d’expérience : il était parfaitement guidé lui- même par le médecin en chef de l’armée, M. Seutin, qui a pratiqué la plus grande partie des opérations consécutives.

Le service s’est fait à l’hôpital d’Anvers à peu près comme dans nos hôpitaux militaires, avec zèle et précision de la part des jeunes chirurgiens belges chargés des pansemens de nos blessés. Je n’entrerai, du reste, dans aucun des détails du service, d’autant que quelques uns trouveront place ailleurs.

Je dois dire deux mots sur l'hôpital civil d’Anvers, dont on aurait pu, au besoin, faire une succursale de l’hôpital militaire; le bourguemestre avait déjà proposé aux officiers de santé

en chef de notre armée cTy organiser une centaine de lits à cet effet. Un riche propriétaire des environs, et ancien militaire de l’empire, avait offert toute sa maison pour y recevoir des blessés; mais la place ne leur manquait pas encore, et le maréchal remercia dignement celui qui, en lui adressant celte offre généreuse, s’était réservé l’anonyme. Le chirurgien en chef de l’hôpital civil, M. Sommé, est un homme de beaucoup de mérite et très en réputation dans toute la Belgique (i); c’est à ses soins qu’ont été confiés les deux malheureux ouvriers belges, amputés à la suite de mutilations par des boulets.

Que seraient devenus, cependant, l’hôpital militaire et les blessés, s’il avait pris fantaisie au général Chassé de tirer sur la ville? Je m'arrête à cette simple question.

L’hôpital de Malines a reçu la plupart des blessés dont l’état n’était pas inquiétant : contusions, plaies simples, etc. Le chirurgien-major français de la 5e division , M. Lefebvre, était chargé de la surveillance du service chirurgical, confié à ses aides. Même mesure avait été prise à Boom.

(i) M. Sommé a publié une Notice sur les blessés de la révolution belge.

Le chirurgien-major , M. Petitot, avait pour aide-major M. Michel Lévy, un des jeunes officiers de santé les plus distingués de l’armée.

Ainsi, on n’avait pas réservé exclusivement aux chirurgiens belges le traitement consécutif des blessures, et je suis bien aise d’en faire la remarque.

Chirurgiens belges.

Ce fut d’abord un sentiment pénible de songer que tous les blessés français, une fois pansés ou opérés par nous, allaient appartenir en quelque sorte aux chirurgiens belges, comme propriété domiciliaire. Oui, je l’avoue pour ma part, et ma franchise dût-elle déplaire à quelques susceptibilités, j’ai éprouvé une véritable peine à me séparer de nos premiers blessés; quelques uns déjà venaient d’être amputés par moi : je m’étais tout de suite attaché à eux, et les quitter, c’était comme une séparation d’amis, c’était comme un adieu pour long-temps, comme un adieu pour toujours peut-être.

Notre Conseil de santé voulut bientôt après modifier cette mesure; il demandait, ou l’admission dausles hôpitaux belges de chirurgiens français en nombre convenable, ou bien la trans-

lation immédiate des blessés sur les hôpitaux de France; mais des dispositions contraires étaient déjà arrêtées entre les autorités supérieures des deux gouvernemens : il fallut s’y soumettre.

Si la première impression morale fut triste pour nous, elle s’effaça peu à peu par la certitude que les chirurgiens belges donnaient à nos blessés tous les soins possibles et toutes les marques d’intérêt. Nous allions souvent à Anvers pour nous en assurer; et si quelques braves regrettaient encore de nous avoir quittés , ou de n’ètre pas retournés de suite en France, c’était par un sentiment national, par un souvenir de la patrie; car presque tous étaient contens de leur bien-être en Belgique.

Nous devons nous-mêmes, chirurgiens français , reconnaissance et fraternité aux chirurgiens belges pour le zèle aussi persévérantqu’empresséavec lequel ils ont concouru à la guérison de la plupart de nos blessés. Je ne puis mieux témoigner à tous l’expression de ce sentiment de notre part qu’en reproduisant la lettre suivante :

Le chirurgien principal de V aimée française du Nord , à M. Seutin, médecin en chef de l armée belge, à Bruxelles.

Mon cher camarade ,

Au moment de rentrer en France avec l’armée , il me reste un devoir bien doux à remplir, c’est celui de vous offrir mes remercîmens pour l’empressement avec lequel vous êtes accouru nous prêter les secours de votre talent et de votre expérience. Nos blessés de l'hôpital d’Anvers n’oublieront pas plus que moi les soins assidus et affectueux que vous leur avez prodigués, M. l’intendant de notre armée, notre Conseil de santé savent déjà quelle part active vous avez prise à nos pénibles travaux , et en les en informant, je n’ai été que juste à votre égard.

Veuillez, mon cher camarade, recevoir, avec mes adieux, l’expression de mes sentimens de reconnaissance, d’estime et d’attachement.

ZlNCK.

Blessés belges.

Les Belges, ne pouvant prendre part aux opérations du siège, ne s’exposaient pas non plus

au feu des Hollandais; aucun militaire, parmi eux, ne reçut la moindre atteinte : quelques citoyens cependant furent blessés, par leur imprudence, ou par un funeste hasard. Des habitans d’Anvers, soit dans les rues, soit dans leurs maisons, reçurent des ricochets d’éclats de bombes ou d’obus. Un pauvre marchand, assis à son comptoir, fut tué de celte manière ; une femme aussi fut tuée sur la route , tout près des deux moulins, par le boulet; un ouvrier eut la cuisse arrachée, sur la même route de Berchem à Anvers, à côté de l’ambulance générale; et sur le chemin de Berchem à Saint-Laurent, tout près de l’ambulance de tranchée, un boulet encore emporta la jambe d’un autre ouvrier. Tous ces blessés ont été reçus à l’hôpital civil.

Blessés hollandais .

Les Hollandais, d’après les rapports du général Chassé, ont eu plus d’hommes tués que les Français, mais moins de blessés, en proportion.

Pendant toute la durée du siège, une centaine de Hollandais de la citadelle ont été tués, quatre cents à peu près ont été blessés ; plus de cent hommes encore ont été tués au combat de l)oël, et parmi eux l'officier supérieur qui commandait le débarquement sur la plage, l’amiral

Leuvve Van Auduward : sa mort est une véritable perte pour la Hollande.

La plus grande partie des blessés transportables pendant le siège étaient transférés de la citadelle à la Tête de Flandre, et de là , successivement, dans l’intérieur de la Hollande, à Berg-op-Zoom. Du linge et de la charpie avaient été demandés par le général Chassé au maréchal Gérard, qui s’empressa d’envoyer ce secours matériel aux blessés hollandais : c’était un don généreux et digne des sentimens nobles du maréchal.

L’entassement des hommes dans les casemates, les intempéries de l’air, la fatigue excessive, les privations de tout genre, devaient être autant de causes morbides pour ces malheureux, et cependant il y a eu peu de malades : c’est un rapprochement à faire avec la position

de nos soldats au milieu des tranchées rem-

plies de boue, car parmi eux aussi très peu de maladies sont survenues.

Mais des influences pernicieuses paraissent s’être ajoutées aux blessures graves chez les Hollandais; les amputations, par exemple, ont eu des résultats funestes, dont nous allons, du reste, analyser les causes : le S janvier, dixhuit amputés de la citadelle avaient déjà succombé, à Anvers. Il est hors de doute que le

mauvais état de leurs moignons ne fut pas la seule cause de ces déplorables résultats: la réaction morale y eut une grande part.

Les premiers blessés hollandais qui furent transportés a nos ambulances avaient été faits prisonniers dans le fort Saint- Laurent. Presque tous, très jeunes encore, faisaient peine à voir, tant leurs forces étaient épuisées : ils s’étaient endormis sur les brancards, et s’ils se réveillaient quelques instans , c’était plutôt pour nous demander de la nourriture ou du sommeil que du soulagement à leurs blessures. Ils supportaient ensuite toutes les opérations avec un courage impassible, comme s’ils n’avaient même plus assez de force pour sentir la douleur. J’ai cité l’observation si intéressante du Hollandais qui avait eu l’épaule droite et la main gauche fracassées par des coups de feu, et la poitrine, le ventre, le dos percés de plusieurs coups de baïonnette. Il n’exprima pas une seule plainte pendant la double amputation du poignet et du bras à l’épaule, et se rendormit après le pansement. Ce malheureux, atteint, en outre, d’une maladie de poitrine, a survécu à tant de complications.

Les quelques autres blessés du fort Saint- Laurent avaient reçu plus de coups de baïonnette que de coups de feu.

Tous nous témoignèrent une confiance absolue dans les soins que nous avions à leur donner. Deux nous intéressaient plus que les autres; ils étaient frères jumeaux et soldats du même régiment, décorés de la croix de bronze, blessés en même temps et couchés sur le même lit d’ambulance, ils s’étaient endormis dans les bras l’un de l’autre.

Dès la reddition de la citadelle, les chirurgiens en chef belge et français, MM. Seutin et Zinck, s’empressèrent d’envoyer des officiers de santé pour procéder à la translation des blessés hollandais à Anvers; mais la plupart devaient être transportés à Berg-op-Zoom, d’après un article de la capitulation. On avait organisé un vaste local , servant à l’école mutuelle , pour en faire la succursale de l’hôpital militaire.

Les blessés hollandais, transportés dès le a.f à Anvers, étaient au nombre de soixante environ , dans un état depuisement et de malpropreté extrêmes. Presque tous étaient amputés ; quelques uns même avaient subi de doubles amputations; mais ces opérations, ainsi que les pansemens, rappelaient à peine les principes de la chirurgie. J’avais obtenu du chef d’étatmajor, le général Saint-Cyr, la permission d'entrer dès le lendemain dans la citadelle, pour

( Si )

reconnaître clans quel état s’étaient trouvés les blessés hollandais, et obtenir de leurs chirurgiens les renseignemens que je pouvais désirer (i).

On sait l’aspect qu’offrait alors la citadelle en ruines : pas un seul bâtiment qui ne fut détruit de fond en comble ; pas un pan de muraille encore debout qui ne fût criblé de projectiles; partout des éboulemens et des toitures défoncées; plus de chemins praticables; tout le terrain jonché de balles et de boulets, d’éclats de bombes et d’obus, de poutres et de pierres, de cendres et de cadavres. Quelques feux de bivouac, épars çà et là, semblaient encore des foyers mal éteints de la ruine et de l’incendie.

En parcourant à pas lents cette scène de désastre, au milieu des soldats hollandais désarmés, amaigris , épuisés par la fatigue , mais courageusement résignés à leur sort, je rencontre enfin le chirurgien principal de la garnison , M. Croissant, qui autrefois avait servi dans les ambulances de la Garde impériale : il sait le

(i) Le malheureux colonel Deg*** m’avait prié de remettre en même temps une lettre au général Chassé : c’est la dernière qu’il avait pu dicter; car, la nuit suivante , il fut atteint de tétanos, à la suite de ses onze blessures, et il succomba le troisième jour.

sujet qui m’intéresse le plus dans la citadelle, et me conduit d’abord devant les ruines du grand hôpital, où les blessés n’avaient pu trouver un asile sûr; plusieurs même avaient été tués dans leurs lits par nos projectiles ou par des écroulemens de murs. On voyait encore au milieu de ces débris de pierres, des débris d’hommes putréfiés , des troncs sans têtes, ou plusieurs téies à côté d’un seul cadavre , et des membres épars. Nous allons à l’ambulance, qui avait remplacé l’hôpital; mais cette ambulance, quel triste aspect elle présente à son tour! Elle est reléguée dans des casemates étroites, basses, obscures et malsaines; la lumière du jour ai ’v pénètre pas, une ou deux lampes éclairent à demi des grabats resserrés les uns sur les autres et tout tachés de sang. C’est là que sont couchés encore des blessçs hollandais, c’est là que les chirurgiens ont dù accomplir leur pénible tâche, déplaçant un homme pour pouvoir approcher d’un autre, et obligés de se tenir courbés, à genoux parterre, et dans les positions les plus fatigantes. L’explosion des bombes et des obus tout autour des casemates d’ambulance et sur leurs blindages même, déjà défoncés dans plusieurs endroits; le sifflement et le choc des balles et des boulets, lancés de nos batteries; les décharges continuelles de l’artillerie

de la citadelle; l’encombrement, les craintes, l’anxiété des blessés; les mouvemens convulsifs des membres mutilés qu’il fallait couper ; le mauvais état ou la perte des instrumens de chirurgie, ainsi que des appareils de pansement; enfin les dangers de mort pour tous : telles étaient, en aperçu, les conditions déplorables où se trouvaient les chirurgiens hollandais, en présence de trois cent cinquante blessés entassés dans ces casemates d’ambulance.

Devra-t-on reprocher encore à nos malheureux camarades d’avoir fait une mauvaise chirurgie? Devra-t-on les accuser aussi impitoyablementd’unecoupable ignorance? Ce n’estplus à moi à répondre.

Pertes de l’armée.

Dans aucune guerre, peut-être, on ne fit moins de pertes, en proportion de la multitude de projectiles lancés par la poudre à canon; il faut en faire lionueur surtout à l’habileté des opérations du génie : c’est le génie , en effet, qui a écarté une des causes de pertes les plus redou* tables ; je veux parler de cette première nuit, qui pouvait devenir désastreuse pour nos travailleurs, tout à découvert, si l’ouverture de la tranchée n’avait pas été faite à l’insu des Hol-

landais. Deux autres circonstances de pertes pour l’armée étaient à craindre : d’abord le passage du fossé, dès que la brèche aurait été tout à fait praticable, et puis l’assaut. La capitulation a heureusement prévenu cette fin.

Il n’y a pas eu mille hommes tués ou blessés ; c’est un chiffre bien inférieur à celui qu’avaient donné quelques journaux mal informés. Le nombre des morts sur le terrain a été de cent six , celui des blessés de sept cents et quelques. D’après la moyenne proportionnelle , chaque journée mettait à peu près une trentaine d’hommes hors de combat. Il y a eu une centaine de morts et près de cinq cents blessés jusqu’au 20 décembre. Plus d’officiers ont été tués en proportion que de soldats, et plus d’officiers aussi ont été tués que blessés. MM. Grand**' , Gan***, Coût*** , Cor***, Gav*** et quelques autres ont éprouvé le funeste sort de la guerre.

Si le corps du génie a plus agi qu’aucun autre, c’est lui qui a essuyé aussi, portionnellement, le plus de pertes. Tous les régimens , du reste, qui ont pris part au siège, ont eu à souffrir plus ou moins.

Il faut compter pour très peu de chose les pertes de l’armée par les attaques des Hollandais; car la plus forte sortie d’une garnison, qui comptait près de cinq mille combatlans, ne

fut pas de cent hommes, et ces sorties n étaient jamais poussées loin. La journée du 4 décembre fut une des plus désastreuses pour nos soldats : la citadelle ne cessa, pendant dix heures consécutives, de lancer sur les ouvrages, mitraille, obus, bombes et boulets : c’était peut être pour les Hollandais une réjouissance militaire, afin de fêter l’anniversaire de la naissance du prince d’Orange.

Les deux journées qui suivirent l’assaut du fort Saint- Laurent furent également meurtrières de notre côté : il y eut plus de cinquante blessés graves, et parmi les morts deux officiers du génie.

Au combat de Doèl, nous eûmes une soixantaine de blessés, quelques uns très grièvement; cinq succombèrent peu d’instans après leur arrivée à l’ambulance de Béveren , et deux autres le lendemain. Plusieurs furent évacués de suite sur la France , et au bout de quelques jours on conduisit les autres à Anvers. Douze à quinze hommes de la division Sébastian i avaient été tués.

Inhumations .

Une mesure sage prescrivait d’apporter à l’ambulance de tranchée tous les hommes tués, pour que leur mort y fut constatée. Lesmèmes civières,

placées de distance en distance dans les tranchées pour le transport des blessés , servaient à l’enlèvement des cadavres ou des débris mutilés.

On procédait ensuite à l’inhumation : Un petit cimetière, adossé à l’église Saint-Laurent, était favorable à cet effet : c’est là qu’ont été déposés presque tous les cadavres des soldats tués sur le coup, et il arrivait qu’en creusant la terre pour placer ceux-ci , on trouvait souvent d’anciens cercueils en possession du terrain; et même l’ouverture de la tranchée, dans cet endroit, avait mis à découvert des crânes et d’autres portions de squelette.

Il n’était pas toujours possible de transporter au cimetière les cadavres des soldats tués très loin de là; on les enterrait alors dans les tranchées mêmes ou tout auprès.

Le réglement qui prescrivait d’apporter les cadavres àd’ambulance de tranchée refusait leur admission à l’ambulance générale.

Il serait à regretter que le temps et les localités ne nous aient point permis de faire les ouvertures cadavériques, si la nature des blessures n’avait pas suffi, généralement, pour expliquer la mort immédiate.

Mais, plus tard, à l’hôpital d'Anvers, on a peut-être négligé de faire les nécropsies dans

des cas qui pouvaient offrir beaucoup d’intérêt.

Maladies .

Un fait très important à noter, c’est que, pendant toute la durée du siège, il n’y a eu que fort peu demalades:excepté desfièvres intermittentes, nous n’observâmes point de maladies de poitrine ou autres. On pouvait craindre l’ophthalmie, puisqu’elle est généralement considérée comme endémique dans les Pays-Bas (i); mais il n’en fut rien, et néanmoins les travailleurs avaient presque continuellement les pieds dans l’eau et dans la boue. Si le siège s’était prolongé davantage avec les fatigues, les privations et la mauvaise nourriture, on aurait peut-être eu à redouter des épidémies de fièvres graves, ou de dyssenterie; la division Sébastiani, sur la rive gauche de l’Escaut , aurait pu souffrir plus qu’une autre par l’inondation des polders, et quelles conséquences graves n’auraient pas résulté de là!

On n’a compté que mille seize malades dans toute l’armée, dont trois cent cinq fiévreux.

(i) J’ai recueilli sur cette maladie des observations tjue je publierai plus tard.

Etat moral des blessés.

Une des causes qui contribuent essentiellement à la terminaison heureuse ou funeste des blessures, c’est sans contredit l’influence morale : ses effets ont été très remarquables parmi les blessés d’Anvers. Tout le monde a parlé du courage de cette jeune armée, mise à l'épreuve par un genre de guerre inaccoutumé : eh bien ! ce courage, qui faisait face au danger, en soutetenait aussi bien les conséquences. Combien j’aurais à citer d’exemples de force d’ame et de brave résignation! Combien d'hommes ont subi les opérations chirurgicales les plus douloureuses avec un calme impassible, et quelquefois avec une gaîté à faire peine! Je me rappelle un canonnier, qui se mit à chanter la Parisienne au moment de se faire couper la jambe. Un autre soldat, auquel nous venions de couper la cuisse, s’étonnait ensuite que cela ne fît pas plus de mal. Ceux-ci causaient avec nous pendant l'amputation , ceux-là nous demandaient pardon décrier; presque tous, enfin, ont montré du courage à leur manière, du courage d'exaltation, ou du courage muet, résigné : celui-ci valait mieux. Les officiers , d’après leur plus haute intelligence, calculaient davantage les chances

de leur position , et se soumettaient avec plus de regret aux grandes opérations chirurgicales.

Une circonstance rare dans les combats, et qui a influé favorablement sur le moral des blessés, c’était la proximité des secours. J’ai vu à l’ambulance de tranchée beaucoup de soldats atteints de blessures légères, et qui nous demandaient l’autorisation de retourner à leurs batteries aussitôt après le pansement ; plusieurs même refusaient de venir à l’ambulance pour continuer leur service de tranchée. Sch***, sergent île grenadiers au i8°, n’a pas voulu abandonner son poste , quoique blessé successivement au bras gauche et au bras droit. SchF** , grenadier du 25e, a persévéré aussi à ne pas quitter la place, malgré une blessure grave, et la veille il avait eu son frère tué à côté de lui dans la tranchée. D’antres fois, les blessures les plus désespérées semblaient même exalter le courage de ces braves. Un jeune soldat est atteint d’un éclat de bombe, qui luidéchire le ventre ; il va expirer, et trouve assez de force pour faire entendre ces mots : « Je regrette mon vieux père, mes cama-

» rades et mon capitaine Je meurs ! Vive

» la France! .... » Un autre du i 8° avait eu la cuisse emportée jusqu’au bas-ventre par un boulet ; il comprend sa position désespérée , donne la main à un de ses camarades, et s’ap-

prête à expirer, en s’écriant : « C’est de i’hon- » neur d’être blessé comme moi ! » On retrouve encore toute cette énergie morale chez la plupart des vieux soldats invalides.

Quelques causes secondaires ont influé favorablement sur l’état moral des blessés : les dons de toute espèce, qui ont eu un mérite double de la part des anonymes , les récompenses, les pensions , les croix, les mentions honorables dans les ordres du jour. On avait promis officiellement les Invalides à tous les amputés ; mais la plupart ont préféré des pensions, parce qu’ils sont jeunes et tiennent à ne pas se séparer de leurs pays, ou de leurs affections de familles.

Il est une cause qui a produit des influences diverses sur l’état moral des blessés; je veux parler des différentes visites qui leur ont été faites, soit aux ambulances, soit aux hôpitaux, et plus particulièrement à Anvers. Ces visites furent quelquefois trop nombreuses ou trop fréquentes : c’était une cause de gêne et de dérangement continuels pour les blessés. MM. les officiers s’en sont plaints ; et il a fallu une consigne sévère pour éloigner les indiscrets.

Les visites du roi des Belges, des princes français, du maréchal Gérard et de tous les officiers généraux , apportèrent constamment aux

blessés des encouragemens, des consolations ou îles récompenses. Ces visites solennelles furent parfois suivies d’émotions vives ; mais c’étaient des émotions de plaisir et de reconnaissance.

Ce n’est pas à nous de dire que les visites des chirurgiens français étaient toujours bien accueillies par les blessés. Le séjour de MM. Forget , Thomassin et Périer à Anvers a produit l’influence morale la plus heureuse comme la plus salutaire sur l’état des blessures, sans rien diminuer pour cela de la part l’honorable et bienfaisante qui revient à MM. les officiers de santé belges.

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