SIRE
Il faut premièrement établir les éventaiies qui peuvent résulter du passage du détroit d’Anian à la mer du sud.
Ayant bien considéré la route qu’on a suivie jusqu'ici pour aller aux Philippines, à la Chine, au Japon ét aux autres parties de cette mer, on voit, d’après des cartes exactes, que le voyage sera abrégé presque de moitié en passant par ce détroit. On s’en
‘ con
glob
au c sur u degr large cons.
ne pa théôr tion , il suft
niañs Ferrer lle on on du .
fortisage »
n n'en
‘ onvaincra aisément par l'inspection d’un
glabe terrestre ou'd’une carie ayant le pôle au centre, quoique ce soit moins évident sur une. carte ordinaire qui représente le degré du méridien au pôle comme aussi large que sur la ligne équinoriale , et pat conséquent ; sur une telle carte, une route ne paraîtra pas plus courte que l’autre. Cette théôrie a peut-être besoin de démonstration , mais il est inutile de s’en occuper ici ; il sufit de dire qu’en passant paf ce détroit, on épargne à peu près la moitié du chemin.
: Outre cet avantage, cette ronte en offre un beaucoup plus grand; c'est qu'après avoir mis en mer, un vaisseau pent aller directement d’Espagne aux Philippines ; maison n’abrège certainement pas le voyage quand il est nécessaire de débarquer dans la Nouvelle-Espagné , et de faire cent cinquante lieues par terre. Il arrive de là que le plus grand nombre de ceux qu’on envoie comme récrues dans ces îles , resient dans la Nouvelle-Espagne, soit épuisés par les fatignes dû ‘voyage, soit attirés par va peser mes de ce pays.
Un autre grand avantage encore, c'est ‘que Votre Majesté, commerçant avec toutes les épiceries des Moluques , de l’Archipel et autres endroits, pourrait , par le moyen de ce détroit, avoir, le plus facilement possible, la possession exclusive de ce commerce ; et, en en renfermant les produits dans les magasins de Séville , il rapporterait plus de cinq millions par an, en obligeant beaucoup de nations à venir en Espagne pour se pro- -curer ces dénrées, en retour desquelles elles apporteraient en abondance tout ce qui peut être nécessaire à votre royaume, et l'on ne serait plus forcé à éxporter l’ ‘argent qui vient * tousles ans de l'Inde, ce qui rend le numéraire si rare en Espagne. de
Il faut songer aussi qu’en passant par ce détroit, il est en notre pouvoir d'empêcher le commerce entre la Chine :et l'Inde, et de le faire passer entre nos mains, ce qui s’étendrait aussi aux Philippines et aux autres: régions de cette partie du monde; car le commerce de la Chine avec l'Inde a été trèsdésavantageux à l'Espagne, puisqu’il a obstrué une grande partie du commerce que
‘c'est
outes pel et en de sible, érce ; ns les lus de ucoup > proes elles di peut l'on ne
pi vient
car le étresa obse que
autres
Cs8)
sous avions coutume de fuire. Il est démon-
. tréque c’estla cause qui a'tellement diminué
le commerce de Votre Mujesté, que, tant que la Chine et les Philippines feront avec l'Inde un commerce si étendu , il nous est impossible de maintenir nos possessions dans ce dernier pays , comme il faudrait le faire pour: résister à nos ennemis qui sont nombreux; d’où il résulte qu’elles doivent décroître et se réduire à rien. Au contraîre , en ouvrant la navigation par ce détroit , elles augmenteraient tellement èn population, en richèsse et en puissance, qu’elles attireraient des flottes de bâtimens marchands en aussi .
grand nombre que celles qui vont dans l'Inde , -et ces flottes rapporteraient en Espagne, en grande abondance et à un prix
… fort modique , les productions de la Chine,
de la Tartarie et d’autres pays. En or seul, nous pourrions obtenir deux millions par an, dont nous retirerions un grand profit, puisqüe l'or, en Chine, a une valeur moindre de moitié qu'en Espagne. Ajoutez à cela que nous pourrions nous procurer beaucoup d'autres objets utiles qui nous sont fournis
waiotenant par nosennemis même; qui pardk | s’enrichissent à;nos dépens, et puisent dans
notre sein des forces pour: nous faire, Ja guerre. :
IL est aussi. d'une grande intel de garnir Ces.possessions de soldats pour les défendre. Nous, pouvons le faire avec une
grande facilité par le moyeu de ce détroit;
et empêcher nos ennemis:de s’en rendre
maîtres comme ils pourraient le faire si elles: manquaient de forces et de secours. Eufin , Dieu ayant bien voulu. nous offrie ;..par la:
découverte de ce: détroit, une occasion de:
convertir les habitans de cette contrée, pour. les ames desquels il Jui a plu de mourir , cet. avantage , s’il n’est le plus grand de. tous; n’est certainement pas le moindre.
. On pourrait. présenter encore bien d'au-.
tres raisonsen faveur de la navigation par:
ce passage; mais le plus- essentiel est de.
démontrer lesinçonvéniens qui résulteraient, si nous négligions de reconnaître et de ‘or.
tifier le détroit d’Anian; car son existence ne peut plus être révoquée en doute , puisque je certifie l'avoir vu moi-même, Or, on
est tell
pas ass
un par IT.
eoncoit aisément combie" il serait malhewreux qu'il fût découvert et fortifié par sos énnemis, qui font les plus grands efforts pour y parvenir; car noussavons que, l'année . dernière (1608), les Anglais ont envoyé un vaisseau pour le chercher. Si nos ennemis venaient à s'emparer de ce détroit, le tort qu'ils nous feraient serait d'autant plus grand que ce détroit, étant plus près d’eux que de nous, ils pourraient plus aisément y faire passer leursflottes qui, se divisant par escadre de trente voiles, se rendraient maîtresses de nos possessions de la Nouvelle-Espagne et du Pérou, où, annonçant aux Indiens qu'ils jouiront de la libérté de conscience et de la liberté civile, il est probable que tous, ou du moins la plus grande partie d’entre eux , se déclareraient en leur faveur. Par là, ils se fortifieraient dans ces mers à un tel point que, ne pouvant y envoyer de prompts secours , nous pourrions être privés à jamais de nos possessions. Ce danger est tellementà craindre que, si nous n’étions pas assurés par nos propres yeux qu'il existé un pareil détroit pour conduire dans la mer il. 19
| ( 290 ) | du sud, nous devrions le chercher avec grand soin, afin de le fortifier , ou bien pour
nous assurer positivement qu'il n’en existe
point, et être bien certains que nous ne devons pas craindre un tel danger. Au reste, qu'il me soit permis d’ajouter ici que, si nos ennemis ne nqus ont pas occasionné de grandes pertes dans la mer du sud, c’est parce qu'ils ne possèdent pas un port d’une telle importance que celui du détroit d’Aniañ. | |
Maintenant que j'ai recu ordre de Votre Majesté et du conseil d’état, de rendre compte de ce voyage, et de la manière de fortifier te détroit, il convient aussi d’indiquer la route qu’il faut suivre, ainsi que la situation de ce passage avec toutes les circonstances de mon voyage, en commencant par la navigation. Tout bon marin , en faisant attention à la relation qui va suivre, sera en état de trouver aisément ce détroit.
En partant d'Espagne , supposons de Lis- Honne, il faut se diriger vers le nord-ouest pendant quatre cent cinquante lieues. Lors-
situé.
qu’el mer ouve ouest dans
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avec
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ns ne reste, ue, Si né de c'est d’une
Votre rendre ère de lindique la es Cirencant en faiuivre ,
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1e Lis- -ouest Lors-
Csgr ) que le vaisseau sera arrivé sous le 6n.e degré de latitude, il trouvera l'ile de Frislande, autrefois appelée File ou Fule. C'est une île ua peu moins grande que l'Islande. De kR il faut gouverner à l'ouest, en suivant une ligne parallèle au 60.° degré, pendant cent quatre-vingts lieues, ce qui conduira le navigateur à la terre du Labrador, où commence le détroit de ce nom, ou détroit de Davis. L'entrée en est fort large, d’un peu plus de trente lieues sur la côte du Labrador, qui est à l’ouest. La terre est fort basse ; mais, du côté opposé, on voit de treshautes montagnes à l’embouchure du détroit. Là, on verra deux ouvertures entre lesquelles sont ces montagnes élevées. L’une se dirige à l’est-nord-est, et l’autre au nordouest. Il faut laisser la première. qui est située à droite, et tournée au nord, parce qu’elle conduit au Groënland , et de là à la mer de Frislande. Entrant donc par l’autre ouverture , et tournant la proue au nordouest, après avoir fait quatre-vingts lieues dans cette direction , le vaisseau se trouvera par 64° de latitude. Là, le détroitse dé- Ga
(29) tourne au nord pendant cent vingt lieues jusqu’à 70°. Alors il se dirige de nouveau vers le nord-ouest, et continue dans cette direction pendant quatre-vingt-dix lieues, après lesquelles le vaisseau sera par 75°. EL aura alors traversé presque tout le détroit de Labrador, qui commence au 60.° degré ét finit au 75°, ayant deux cent quatre-
vingt-dix lieues de longueur, et faisant trois.
détours, le premier et lé dernier du sud-est au nord-ouest, et celui du milieu du sud au nord. Dans quelques endroits il n’a pas vingt lieues de largeur, et dans d’autres il en a plus de quarante. Il #’y trouve desports, des baïes et des havres qui peuvent être utiles
en cas de besoin. Les côtes paraissent habi: :
iées jusqu’au 73.° degré, car nous vimes de la fümée de différens côtés.
Quelques personnes ont pensé qu'il est impossible de naviguer aussi près du pôle.
A cela on peut répondre que les Anséatiques vivent sous le 72°: de latitude, que près de mille bâtimens marchands entrent tousles ans dans leur port, c’est-à-dire celui ‘de Saint-Michel, et dans toùte la baie de
que
penc arriv quel que land pour les p
‘quai
Saint-Nicolas, et que, pour entrer dans la mer de Flandres, il faut nécessairement qu'ils remontent jusqu’au 75". degré. En sortant du détroit de Labrador, nous commencames à redescendre faisant route à l’ouestsud-ouest au sud-ouest pendant trois cent cinquante lieues, après quoi nous arrivâmes sous 71° de latitude, et nous aperçümes une côte fort élevée sans pouvoir découyrir si elle faisait partie du continent ou si c'était une île; mais nous remarquâmes que, si c’était le continent, il devait être “en face de la côte de la Nouvelle Espagne.
De cette terre, vue sous 71°, nous conlinuâmes notre course à l’ouest-sud-ouest pendant quatre cent quarante lieues, et nous arrivâmes au 60°. degré, latitude sous laquelle nous découvrimes le détroit d’Anian,
IL faut donc se conformer à la marche que j'ai suivie, au moins jusqu'à la Frislande; car je mis à la voile de Baccalaos pour chercher cette île, afin de me procurer les provisions et les choses qui me manquaient et que nous obtinmes dans quelques îles qui en sont voisines, et qu'on
‘nomme Zélandillas. Elles sont au'nombre de trois. Une seule est habitée; les autres servent pour faire pâturer les bestiaux des habitans du pays qui sont presque sauvages, quoiqu’ils paraissent catholiques, ou du moins chrétiens.
Pour en revenir à notre voyage, je dirai
qu'à mon avis il serait plus prudent, après
être sorti :'u détroit de Labrador , de suivre la côte opposée à la Nouvelle Espagne; et -cela pour deux raisons : d'abord pour découvrir la population qu’elle contient, et ensuite pour chercher les provisions et tout ce qui peut être nécessaire aux vaisseaux qui feront ce voyage.
. D’après le récit que je viens de faire, on voit que la distance d’Espagne en Frislande est de quatre cent cinquante lieues ; de là au Labrador, cent quatre-vingts, et, jusqu’à la fin de ce détroit, deux cent quatre-vingtdix, ce qui fait au total neuf cent vingt lieues; et, en y ajoutant les sept cent quatre-vingt- “dix que nous trouvâmes être la distance depuis le nord du détroit de Labrador jusqu'au détroit d'Anian, on aura dix-sept
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e, on lande > là. au u’à la ingtieues; ingte de- .jus- -sept
( 295 ) cent dix lieues pour la distance qui sépare l'Espagne de ce dernier détroit.
La saison dans laquelle nous quittâmes le détroit. de Labrador était fort rigoureuse ; c'était au commencement de mars; et, comme nous avions navigué dans ce détroit pendant la dernière partie de février, nous souffrimes beaucoup du froid, de l’obscurité'et des tempêtes. Les jours étaient alors fort courts , et le froid si piquant, que les vagues de la mer , qui se brisaient contre le vaisseau, s’y attachaient de telle manière en se gelant , que le navire semblait être une masse de cristal ; nous fûmes même obligés de briser la ghce, car elle s’accrut tellement, que nous la trouvâmes, en quelques endroits ,; de l'épaisseur de plus d’une palme. | sd
-C’est une grande etreur que de croire que cette mer puisse se geler entièrement.
Comme elle est spacieuse, et qu’il se trouve toujours des courans rapides dans tout le détroit, ces causes, jointes aux grandes vagues qu'accasionne son agitation continuelle, ne permettent pas qu’elle se gèle en
‘entier. Elle peut se geler sur les bords de la mer et dans les endroits où elle est tran- ‘quille, etnous remarquâmes que l’eau qui battait contre le rivage se gelait. La seule chose que je sache ,et on nous l'avait dit en Islande , c'est qu'un détroit de mer qui sépare la Frislande du Groënland, est gelé pendant la plus grande partie de l’année, parce qu’il*est couvert de hautes terres et de montagnes du côté de la Frislande, ce qui * empêche les rayons du soleil d’y tomber, et, étant en outre entouré de montagnes très-
‘élevées, il est à l'abri des vents qui pourraient en'agiter les eaux; en conséquence le caline continuel qui ‘y règne est cause qu'il gèle , et empêche les bâtimens d’y naviguer. La même chose arrive dans les mers dont j'ai parlé ci-dessus.
Mais lorsque nous retournâmes par ce détroit de Labrador dans le mois de juin et ‘partie de celui de juillet , nous y trouvâmes un jour perpétuel; de sorte que, quand nous arrivâmes au cercle arctique, c’est-àdire sous la latitude de 66° ?, nous ne perdimes pas la vue du soleil , et nous ne com-
de la jran- | qui seule it en i ségelé née , et de e qui Tr, et, trespour - Jence cause y na-
(297 ) mençâmes à avoir de nuit que vers le milieu du détroit de Labrador; et, ainsi le soleil restant toujours sur l'horizon , l'air était si chaud , que nous éprouvions plus de chaleur même. que dans les parties centrales d’'Espagne. Cependant, quand nous nous exposiens aux rayons du soleil , nous ne nousen trouvions pas incommodés ; et, comme on trouve-toujours dans le détroit de Labrador de forts courans , et que les vents y soufflent constamment du nord, ilest facile d’en sortir promptement. Les courans rapides, oc- Casionnés par le flux et le reflux , aident beaucoup à entrer dans le détroit et à en sortir, même quand on a le vent contraire; et, comme ils soufflent constamment du mord, il est nécessaire, en partant d'Espagne pour Anian, de ss *araniage de la
| marée. {59 ?
Nous terminerons ce sndiians la description dela marche de notre bâtiment, et dés
incidens de notre voyage. tag
Nous découvrimes ce détroit par 60° de
‘latitude , à la distance de mille sept cent dix lieues de l'Espagne, Il paraît, d'après les
anciennes traditions ; que c’est le même que les géographes nomment dans leurs cartes détroit d’Anian; et, si cela est, il faut que ce détroit soit bordé, d’un côté, par l’Asie, et, de l’autre, par l'Amérique; ce qui paraît être, comme on en jugera par la relation suivante.
Dès que nous fûmes sortis du détroit, nous suivimes les côtes d'Amérique pendant plus de cent lieues, la proue du vaisseau étant tournée vers le sud-ouest, et nous arrivâmes au 55.° degré de latitude. Nous ne vimes pas d’habitaus sur cette côte , et nous ne trouvâmes aucune ouverture qui indiquât le voisinage d’un autre détroit par lequel la mer du sud, coulant dans celle du nord, pourrait isoler cette partie. Nous en conclûmes que toute cette côte appartenait à l'Amérique, et qu'en continuant à la
suivre, noûs arriverions bientôt à Quivira
et au cap Mendocino. Nous quittâmes cette côte dont, comme je l'ai dit, noùs connaissions la continuité; et, faisant voile vers l’ouest, nous navigâmes quatre jours ayant le vent arrière , de sorte que nous faisions
terr Côte con tou) tant etq que dirig püm attei gion aflir:
trèsnous Cep à la lieue ville En côte, mêm jours
que rites que sie , araît tion
roit, dant seat nous us ne
( 299 ) trente lieues par jour. Après en avoir fait cent vingt, suivant ce calcul, et au point marqué sur la carte, nous découvrimes une terre fort élevée; et, continuant à suivre la côte dant nous nous tenions à une distance convenable pour remplir notre objet, et toujours én pleine mer, nous faisions route tantôt au nord-est , tantôt au nord-nord-est, et quelquefois au nord ; d'où il nous parut . que, pour la plus grande partie, la côte se dirigeait du nord-est au sud-ouest. Nous ne
-pûmes marquer aucun point particulier,
attendu , comme je l'ai dit, que nous voyagions en pleine mer. Tout ce que je puis affirmer, c’est donc que le pays est habité très-près de l'entrée du détroit, attendu que nous y vimes de la fumée en divers endroits.
-Ce pays, suivant les cartes, doit appartenir
à la Tartarie ou au Cathay, et à quelques lieues de la côte doit être située la fameuse ville de Cambalu, capitale de la Tartarie.
Enfin, ayant suivi la direction de cette côte, nous nous trouvâmes à l'entrée du même détroit d'Anian , par lequel, quinze jours auparavant, nous avions passé pour
entrer dans une grande mer que nous sa-
vions être la mer du sud , où sont situés le Japon, la Chine, les Moluques, l'Inde, la Nouvelle-Guinée et la terre découverte par le capitaine Quiros, avec toutes les côtes de la Nouvelle-Espagne et du Pérou.
À l'ouverture du détroit par lequel nous
entrâmes dans la mer du sud, est un havre
situé sur la côte d'Amérique, capable de contenir cinq cents vaisseaux, quoiqu'il ne soit pas également bon dans toutes les parties , attendu les courans qui y entrentavec la marée ; et qui courent du nord au sud en battant violemment contre la partie située à droite, à pèu de distance de l'entrée. Il faut savoir que l'entrée de ce havre s'ouvre au nord et suit une direction oblique. Les rivages paraissaient n’avoir jamais été touchés par le pied des hommes. D’un côté est un étang d’eau stagnante, sur les bords duquel nous trouvâmes une immense quantité de coquilles d'œufs d'oiseaux de mer, qui les pondent ordinairement sur le rivage. Elles ‘paraissent y avoir été apportées par les ce: rans venant du nord, et étaient en :; g:anu
une le situati ment prése:
teress:
La agréal plaine un po
nombre, qu'elles formaient un mur haut d'une vare (1) et large de huit palmes. Nous trouvâmes dans ce havre une grande rivière d’eau douce, dont le lit était si profond, que’ nous pümes y entrer avec notre bâtiment pour y faire de l'eau. Je pense qu'un bâtiutent de cinq cents tonneaux pourrait y entrer, La plus grande partie de ce havre a un: fond de sable, surtout près de l'endroit où la rivière s'y jelte , et près de celui contre lequel battent les courans. Plus au nord, est un lieu abrité , formé par un rocher qui a plus de deux picas de hauteur en quelques endroits, et que la mer entoure, laissant uue langue de terre du côté de l’est. Cette situation serait favorable pour l’établissement d’une:grande colonie, et, quant à présent, on pourrail y construire une forteresse qui serait d’une grande utilité.
La terre qui entoure ce havre est fort agréable; ellé offre du côte de l'est des plaines étendués qui touchent au havre sur un point , et qui sont bornées par une mon-
(2) A peu près trois pieds.
( 302 ) tagne peu élevée, sur laquelle nous vimes des romarins. Ces plaines, étant défrichées,
formeraient de belles fermes et de beaux jardins, et leur situation en rendrait l’arro-
‘sement facile. Quoique cet endroit soit par 5° de latitude, la température y est douce, parce que les montagnes siluées au'nord abritent et protègent la terre placée au midi. Le climat est fort bon, car le froid de l’hiver n’y est pas excessif; mais, au contraire, il y est fort modéré, parce que le pays est toujours ouvert aux rayons du soleil, et qu’elle est à l'abri des vents du nord, ne pouvant receyoir.que ceux du sud qui sont toujours tempérés, qui le sont d’autant plus en ce lieu, qu'ils viennent de la mer-en ligne directe. La preuve en résultait des diverses espèces de fruits que nous y trouvâmes.
Quoique ce pays soit situé sous une latitude si élevée, il n’en est pas moins habitable, puisque d’autres pays situés sous le même parallèle sont habités, nommément Edimbourg en Ecosse, les principales villes de Suède, Hapsal et Riga, villes de la Livoaie, Dublin enlrlande, Nidrosie(Drontheim)
imes ées eaux Arrot par puce; nord midi.
elhiire, il st touqu’elle uvant ujours en ce ne di-
en.Norvège, une grande partie de la Moscovie , et beaucoup d’autres contrées agréables qui'sont bien connues, bien peuplées, où le commerce est florissant, où il fait assez froid , et où l’on n’éprouve pas les chaleurs de cette côte. Le plus long jour d'été, dans ce détroit, est de dix-huit heures et demie, de même que la plus longue nuit d'hiver.
Ainsi les nuits d’été sont de cinq heures et demie, et les jours d'hiver ont la même durée.
Sur les bords de la rivière qui se jette dans le havre, et sur ceux d'une autre qui est plus bas au sud-ouest, croissent de grands arbres, dont la plupart portent des fruits.
Nous en vimes quelques-uns semblables à ceux d'Espagne, comme des pommiers, des poiriers, des pruniers et d’autres dont les fruits de diverses formes nous étaient inconnus. Pour éviter les dangers qui pouvaient arriver, jé défendis aux gens de mon équipage d’en manger aucun qui n'eût été entamé par les oiseaux. Par ce moyen nous évitâmes ceux qui auraient pu être malfaisans. La plupart étaient des fruits de l’année
précédente, qui restaient encore sur les arbres, car ceux de l’année n'étaient pas encore mûrs, notre séjour dans cesenvirons n'ayant duré que depuis la fin d'avril jusqu’au commencement de juin. Le fruit s’é-
. tant conservé ainsi sur les arbres d’une année à l’autre, hous prouva que l'hiver ne pouvait avoir été bien rigoureux. Dans une vallée entourée par la rivière, et qui était évidemment fort tempérée , nous trouvâmes des raisins sauvages et des Zechias, excellent fruit des Indes que l’on trouve toujours dans les climats tempérés. À l'entrée du havre , entre le nord et l’est, et dans toute cette direction, on trouve des montagnes peu élevées, et qui seraient faciles à cultiver. Elles abondent en toutes sortes de gibier. Nous y trouvâmes des perdrix, des lapins , un peu différens de ceux d'Espagne; des daims dont la peau grise était marquée de taches noires et blanches, et dont les uns avaient de longs bois fourchus, tandis que les autres n’en avaient point.
- Nous vimes aussi deux espèces de cochons, l’une semblable à ceux des Indes, mais plus
r Les : pas
irons
‘just s'éinnée pouune était âmes excel- 1jours se du
- grands; l’autre ressemblant au javadis d’Espagne. Enfin nous y vimes des buffles et beaucoup d’autres animaux; mais nous n'y
aperçümes pas de bêtes carnassières. La mer . est très-poissonneuse ; tous les coquillages y sont fort bons et plus grands que nous n’en avions jamais vu. Nous y primes des crabes d’une demi-vare de largeur, tandis que ceux de nos côtes ne sont pas plus larges que la paume de la main.
La côte de l'Asie ou de la Tartarie est couverte de montagnes d’une telle éléva-
tion, que le sommet, jusqu’à une certaine “hauteur, en est couvert de neige toute l’ar-
née , particulièrement celles qui sont au
‘nord. Celles-ci sont si rocailleuses, qu’elles
ne paraissent pas susceptibles de culture.
La plupart des arbres qui y croissent sont
de grands pins quis’avancent jusque sur le ‘rivage de la mer. Du même côté de l'Asie, -en face de, l'entrée du bavre , est un étang
d’eau de mer stagnante ; dans lequel croissent des roseaux. en grande quantité. Cet.
-endroit est favorable pour la pêche. Nous ÿ
primes des anguilles de mer, des soles et il, 20 |
‘d’autres poissons, beaucoup plus grands que ‘ceux que l’on trouve dans les autres parties de cétte imèr. Nous vimes passer près ‘dé nous ün ‘grand nombre d'énormes poissons qui se rendaient de la mer du sud dans celle du nord , eñitre autres des ba- ‘eines, des marsouins et d'autres monstres marins.
Le détroit d'Anian a quinze lieues de: lobgueur ; on peut le passer, avec une marée, ‘durant six heures , et ces marées sont très-rapides. Ce passage a six détours et deux entrées qui vont du.nord au sud; je veux “dire quélteur gisement est au nord'et au sud. E’entrée du mord, par laquelle nous pas- ‘sAmés} n'a pas um derni-quart de liene de larger, et de chaque côtécst une chaîne de montagnes. Mais celles du côté. de l'Asie Sont plus hautes et plus escarpées que des -aütres , et elles se rétrécissent à la base , :de manière que-.ce quitomberait du sommet ne pourait toucher au pied. L’entrée dahs lt/mer du sud, près du havre, a plus d’un qüart de lieue de largeur, et alors le détroit prend une direction oblique et s’élargit. Au
ands tres près nes 1 sud : ba- Istres
‘lonarée ;
tres
( 507 ) milieu du détroit, à la fin du troisième-détour, est une île formée. par un grand rocher, de trois estadas de hauteur plus ou moins ; et, comme il est de forme ronde, le .diamèétre doit en être de deux cents pas. Il est à peu de distance de la rive asiatique ; mais , de cé côlé , la mer est pleine d’écueils et de récifs, et n’est navigable que pour des barques. La distance entre cette île et le continent de l’Amérique est à peu près d’un quart de lieue. Lé canal est si profond en cet endroit, que deux ou même trois vaisseaux pourraient y naviguer de front. Mais la terre de l'autre rive forme, en face de île, un promontoire, de sorte.qu’on pourrait construire deux: bastions qui: mettraient le milieu du canal à portée du moûsquet, Sue cette île ou sur les rochers, et sur la rive opposée, on pourrait élever, comme je viens de le dire, deux bastions qui, avec le':secours de l'artillerie, défendraient:le passage du détroit de la mawière la plus certaine. Si les courans n'étaient pas si violens , on pourrait y. tendre une .chaîne qui serait d'uné grande utilité, et même, dans l’état des 20 *
( 308 ) choses, nous pourrions faire un ouvrage assez fort pour résister au courant.
La forme de ce détroit est telle, qu’au moyen de trois tours communiquant l’une avec l’autre , on pourrait voir jusqu’à trente, lieues dans la mer du nord; et, par des signaux, on donnerait avis aux bastions et aux forteresses du havre de l’approche des bâtimens quise présenteraient, de sorte qu’il serait facile de les empêcher u’entrer dans le détroit si c’étaient des vaisseaux ennemis. Il ne s'agirait que d’avoir toujours deux navires dans le havre pour croiser le chemin à tout bâtiment qui voudrait passer entre les deux bastions ; et s’il était obligé d'attendre la marée, ils pourraient le retarder et l'embarrasser, tandis que l'artillerie des forteresses le canonnerait et le coulerait à fond ; car il faut faire attention que, quoique plusieurs vaisseaux puissent se présenter en
. même temps , il n’en peut pas entrer plus de deux ou trois à la fois dans le détroit.
Si nous voulions exercer la même surveillance sur la mer du sud, ce que je ne crois pas nécessaire quant à présent, le détroi
offre deux. hautes montagnes, l’une sur la côte del’ Asie, l’autresur celle de l’ Amérique, qui ont vue l’une sur l’autre, et qui, joignant la forteresse et les tours, et commandant les deux côtes dans une direction opposée, pourraient donner connaissance de tous les bâtimens qui navigueraient dans la mer du sud. Par ce moyen, le détroit serait parfaitement défendu; les Espagnols seuls pourraient y passer, et jouiraient des grands avantages qu'il présente; car, bien certainement, je ne connais aucun endroit découvert jusqu’ à présent qui offre une communication si facile avec toutes les parties du monde; de ce détroit nous pouvons faire voile pour tous les pays, et par conséquent nous pouvons présumer qu'avec le temps eet établissement deviendrait riche et puissant.
L'entrée du détroit, de côté du nord, est très-diffcile à découvrir, parce que la côte va de l’est à l’ouest, et que les deux terres qui le forment , sont très-voisines l’une de l’autre ; et comme cette entrée et les détours que forme le détroit vont du nord-est au
Ps
| (310) sud-ouest, comme je l'ai déjà dit, on ne peut l'apercevoit du large, et, pour cette
raison, il n’est pas étonnant qu’ilait échappé
aux-recherches de ceux qui ont tâché de le découvrir, Quand nous: y arrivâmes, nous ne l’apercümes pas sur-le-champ; nous fûmes quelques jours à errer en montant et descendant le long de la côte ; sous la direction du pilote Juan Martinès , natif d’Algarve, vieillard plein d'expérience. Je vis cependant qu’il ne connaissait pas:ces mone tagnes (dont je fis un plan pour m'en servir
pour un antre voyage , si j'en entreprends un second , comme j'en ‘ai le projet.) ; car,
quoique nous sussions que ce détroit devait
se trouver par 60° de latitude, sur celte
côte étendue qui :va de l’est à l’ouest, nous conçûmes de grands doutes, attendu que ce pilote, d’après les calculs qu'il avait faits de la marche du vaisseau, croyait que nous en étions encore éloignés de cent lieues, tandis que je pensais que nous en. étions très-près, conime cela se trouva vrai; car, étant dans un-:canot, ei côtoyant le-rivage, le même courant m’entraina dans le détroit, et ce
carp maré pica troit
nn ne
cette
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nous s fànt et a dil’Al- > vis none ervir ends Car, evait celle
fnt ainsi que je le découvris. Ce qui me fit présumer que nous.en étions très-praches., ce fut la force des courans que nous rencontrâmes , qui .venaient de terre et qui y retournaient ; ils étaient si forts que, tantôt, lorsque nous étions en pleine mer, à quelque distance de la côte, ils nous entrainaient vers le rivage , et tantôt, lorsque nous rangions la terre de près, ils nous rejetaient en pleine mer.
Prèsdu détroit, sur la côte de l'Asie, est une montagne très-élevée , dont le pic est de couleur blanchâtre. Ce pic est escarpé et paraît inaccessible. Sur le sommet sont trois grands arbres bien séparés les uns des autrés, que l’on aperçoit très - distinctement quand on les voit du côté du nord. Des deux côtés de ce pic, les montagnes présentent l'apparence de deux ravines , et il est aisé de les distinguer. À une lieue de l'entrée du détroit , à l’ouest ; est un rocher haut et escarpé, qui est entouré par la mer; et, à la marée basse, je crois.qu’il peut être à quatre. picas de la côte, À l’est de. l'entrée du dé-troit, est une grande et belle rivière d’eau
( 312) douce, dont les rives sont garnies d'arbres , et où nous primes de l’eau pour notre vaisseau. Nous y trouvâmes aussi une bonne baie. Les montagnes qu'on voit au nord, sur la côte de l'Asie , sont très-élevées ; on peut les voir de la mer du nord; elles sont couvertes de grands arbres qui semblent être des pins pour la plus grande partie.
Celles qu’on voit sur la côte de l'Amérique sont moins hautes, et les arbres qui s’y trouvent sont moins grands ; mais d’auoun des deux côtés l’on ne voit d'arbres à fruit, Nous restâmes dans le havre, où nous jetâmes l'ancre, c’est-à-dire dans celui qui est situé a l’entrée sud du détroit, depuis le commencemént d'avril jusqu'au milieu de juin. Un grand bâtiment du port de huit cents tonneaux y arriva de la mer du sud, afin de passer le détroit, ce qui fit que nous. nous mimes sur nos gardes; mais nous finimes par nous entendre, le capitaine s'étant montré disposé à nous donner une partie des marchandises qui composaient sa cargaison, consistant principalement en objets semblables à ceux qu'on tire de. la
obl pag van cor thol qu'i était quoi men de blab avait | vière 4 Tarts qu'ils bâtin appre agiss:
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Chine , comme des brocards, de la soie , de la porcelaine , des plumes, des pierres précieuses et de l’or. Ces commerçaus paraissaient être hanséatiques, habitant la baie de Saint-Nicolas ou le port de Saint - Michel.
Pour pouvoir-nous entendre, nous fümes obligés de parler latin , ceux de notre équipage qui connaissaient cette langue s’en servant pour parler à ceux d’entre eux qui la comprenaient. Ils semblaient être non catholiques, mais luthériens. Ils nous dirent qu'ils venaient d’une très-grande ville qui était au moins à cent lieues du détroit; et, quoique je ne puisse m'en souvenir parfaitement, je crois qu'ils lui donnèrent le nom de Roëbr, ou quelque autre à peu près sem> blable. Ils nous dirent que cette ville avait un bon port, qu'il y passait une ‘rivière navigable, qu’elle faisait partie de la Tartarie et appartenait au grand Kan, et qu’ils avaient laissé dans ce port un autre bâtiment de leur pays. Nous ne pümés en apprendre davantage de ces- gens, car ils agissaient avec beaucoup de circonspection et peu de confiance, attendu que nous leur
inspirions des craintes. Nous nous séparâmes donc; et , les ayant laissés près du détroit, dans la mer du nord. nous mîmes à la voile pour l'Espagne. Notre motif pour les croire banséatiques fut que, comme ils demeurent sous le 72° de latitude , il leur est facile et fort avaniageux de passer par ce détroit.
Ayant ainsi détaillé toutes les particularités de notre voyage et les inconvéniens qui résulteraient si l’on n’y donnait aucune suite, il paraît convenable de donner une idée des choses qui'seraient nécessaires à quiconque voudrait entreprendre ce voyage, et des dépenses qu re ses préparatifs.
Etat des choses nécessaires pour le voyage, et des dépenses qu’il occasionnerait.
‘Al faut d’abord équiper trois vaisseaux, dont un de cent:cinquante ; ét les deux autres de cent tonneaux-chacun; il faut qu'ils! soient construits et que.le fond de cale en soit distribué conformément à un plan qui sera donné en temps convenable. Par ce
moyen onpeut empêcher un vaisseau: de couler à fond, quand même il aurait une voie d’eau dans ses fonds, parce que l’eau ne remplirait que la division dans laquelle cet accident seraitarrivé, sans que les autres s’en ressentissent, attendu que toutes seraient calfatées. En supposant même qu’il arrivât quelque dommage au corps du bâtiment, l'eau en sortira par où elle sera entrée , ce dont je suis convaincu , parce que j'en ai fait l'expérience sur le bâtiment dont je me suis servi pour mon voyage. Ces navires de:
vraient être à côtes croisées, doublés en plomb, garnis d’un grand nombre de vis et d'écrous, dont la tête serait enfoncéé au niveau du bois, à fond plat et bien lestés.
Ainsi construits, ces'bâtimens seraient bons voiliers ; et pourraient se‘trouvér sans péril près d’une côte sous le vent, ce qui est le plus grand danger auquel üun vaisseau puisse être exposé. Si par hasard ils viennent à toucher sur un banc de sable, ce qui peut arriver quand on parcourt des terres inconnues , ils se dégageront plus facilement que des vaisseaux ordinaires , parce qu’ayant le
fond plat , ils ne se renverseront pas et pourront espérer d’être secourus par leurs compagnons, qui seraient au large.
Il conviendrait aussi d’avoir deux chaloupes , dont une complétement équipée, et l’autre prête à l’être en cas de nécessité, si l'on venait à perdre la première. Elles devraient êtres munies de rames , afin de pouvoir plus aisément s'approcher des vaisseaux par tous les temps, et faire lout autre service qu'on pourrait attendre d'elles; car cette chaloupe doit côtoyer le rivage en vue des trois bâtimens, qui doivent toujours marcher à quatre lieues de distance l’un de l’autre ; elle est aussi destinée à leur donner avis de toutes les circonstances remarquables qui peuvent arriver sur la côte. Il est donc nécessaire que son commandant soit un homme intelligent , courageux, prudent et digne de confiance , et il faut qu’elle soit assez grande pour contenir, en cas. de besoin, vingt tonnes d’eau. L'équipement de ‘ces trois vaisseaux et des deux chaloupes prêts à mettre en mer, coûtera huit mille ducats: |
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. Je conseillerais aussi de placer sur ces bàtimens six grosses pièces de canon et douze petites ; car ces vaisseaux, devant être fortement construits, pourront les porter. Ces dix-huit pièces de canon, qu'il faudra répartir entre les trois vaisseaux, coûteront quinze cents ducats. Il-faut aussi deux cents mousquets à trois ducats pièce, ce qui fait six cents ducats. Plus, pour le cas d’un débarquement, cent cinquante arquebuses à deux ducats chacune , coûteraient trois cents ducats. Les piques, la poudre, les balles , les boulets , les cordes, les pompes et les autrès munitions reviendraient à sept cents ducats.
Il faudrait trois pilotes prudens, actifs et ‘espagnols, avec leurs aides et vingt-quatre bons marins qui seront répartis sur les trois vaisseaux, qui acquerront de l'expérience dans ce voyage, et qui pourront être ensuite employés comme pilotes de ce détroit.
Enfin il faudrait deux cents hommes, la plupart marins, s’il est possible, parce qu’un marin peut, au besoin, faire les fonctions de soldat, et que jamais un soldat ne peut s’acquitter du devoir d’un marin. La division en
serait faite ainsi qu'il suit: quatre-vingts pour le vaisseau.du capitaine, cinquante pour chacun des deux autres, et vingt pour la chaloupe , afin que, si l’on a besoin de se servir des rames, il se trouve des bras prêts à les. faire mouvoir. On peut les payer par année, les pilotes:à raison de mille ducats, et les deux cents hommes à raison de quurante-buit ;:ce qui ferait neuf mille six cents ducats pour un an. Et comme parmi cés deux cents hommes il doit se trouver desofliciers expérimentés, marins et militaires, il en ré- -sultera une dépense additionnelle de trois mille ducats par an:
Il faut aussi un approvisionnement de cables, d’ancres, de bois , de poix, dechanvre, de voiles, d'outils, de clous, de feuilles de plomb pour réparer les dommages qui peuvent être occasionnés par le canon des envemis, ce qui coûtera quinze cents ducats.
Il faudra encore pour deux cents ducats de bougies pour les lanternes des capitaines et du commodore. Cette quantitésuflira; car, dans ce voyage, les j jours sont longs et les nuits courtes, et il'n’y a nul doute que,
pour pour ur la le se prêts par iCals , quacents deux iciers n rétrois
pendant plusieurs jours, on ne perdra pas le soleil de vue.
Il faut distribuer sur les trois vaisseaux pour deux cents ducats de drogues; et,
‘<omme sur mer tout est incertitude, il sera .
bou d’emporter des provisions pour deux ans, Car le vin au moins-pourra servir au retour. Ainsi, comptant les rations sur le pied d'usage , il faudra, pour les trois vaisseaux, deux mille deux cents quintaux de biscuit, qui, à raison de quatre ducats le quintal, coûteront huit mille huit cents ducats; et, comme le biscuit peut se gâter, et que l'équipage souffrirait beaucoup s’il en
était privé, il sera bon d’emporter quatre
cents quintaux de farine qui , à deux ducais le quintal, coûteront huit cents ducats. Les
‘rations de vin pour deux ans monteront à
peufmille cent vingt-cinq mesures de trentedeux pintes, qui, à raison de six réaux la pinte, coûteront quatre mille neuf eent soixante-dix-sept ducats,
Bœuf salé, lard, poulets pour les malades , deux mille cinq cents ducats ; poisson sec, quatre cents; huile, vinaigre, légumes
‘( 320 ) secs, six cents; fromage, trois cents; sel, cent ; car il est important d'en emporter une
bonne quantité, attendu qu'il sera d’une. :
grande utilité ; Ÿ quand on aura du poisson en abondand®, soit quand on poufra se procurer de la viande fraiche, dont il sera possible de saler une partie pour la conserver.
Toutes ces dépglises monteront à gt rante-sépt mille soixante-dix-sépt ducats, et c'est la somme la plus haute à laquelle puisse monter l'éghlperient des trois vaisseaux ; quoiqu'il puisse y avoir bien d’autres petites choses qui sont absolument néeessaires ; mais; en y réfléchissant bien, on verra que c’est acheter à très ‘bon marché un sigrand avantage, un des a es qui puissent se présenter. :
Æo effet, c'est par ce moyen qu ‘on préviendra les gränds malheurs qui peuvent arriver aux royaumnés de Votre Majesté, si l’on néglige de se mettre en possession de -ce'détroit; car je ne sais quelle est la politique qui permettrait à d’autres de s'emparer
de ce que l'Espagne a découvert, surtout
toreri
huit
quand, èn agissant ainsi, il serait eh leur pouvoir de’ nôus nüire et de nous faire là guerre: et, ce qui est encore pire ; s'ils se rendaient maîtres de ce détroit , ils dévoueraient sans doute au diable lés meilleurs fruits de ce royaume, les ames des naturels, en disséminant' parmi eux leurs doctrines | perverses et cotrômpues. ”,
‘Nous courons tous ces risques en négligeant la navigation de ee détroit et en laissant ouvert à nos ennemis un passagé par ‘ où ils peuvent venir prendre possession de tous ces royäuines; ét ils peuvent le faire avec encore plus de facilité depuis la découverte récente de la terré australe; car - c’est ‘une contrée si vaste, s1 étendue ( suivant cé qu'ils disent eux-mêmes ), que qui- Corique en sera maître, le sera: aussi de
‘toute’ la mer du süd'-Or, si, malgré la lon- | gueur de la route qu ‘ils ont à parcourir en doublant le cap: de Bonne-Espérance, nos ennemis ont tfouvé moyen d'établir dans l'Inde et dans ces parties du monde'six factoreries, et, à ce qu’on dit, de construire huit forteresses dans l'île de Tirnati, au
Ii. 21
- :( 522°) grand préjudice des territoires de Votre Majesté, il est aisé de voir que s'ils découvraient un passage si court, un havre si commode, ils dt nous faire encore pis de mal.
‘D'après ces motifs, il est de es raisonnable de faire attention aux pertes que nous pouvons essuyer, si nous. négligeons de nous emparer de ce détroit et de le fortifier, que de songer aux dépenses que ce. voyage occasionnerait; car quiconque désire exécuter un grand projet, doit se soumettre à de grandes dépenses ets’exposer à. de grands périls. Enfin, si Votre Majesté obtient la souveraineté des mers ;:elle obtiendra aussi celle de la terre , sinon il nous sera difficile dé conserver ce que nous possédons déjà.
Je parle de cela en homme.qui a beaucoup d'expérience dans les affaires navales ,. et qui sait apprécier toute la valeur de la souveraineté des mers, sans laquelle il est impros de s’assurer l'empire de la terre,
: Ces dernières raisons suñiront pour ceux
qui s'enténdent en'affaires d’état. S'il en est sg de qui négligent leurs or ;
( 323 ) qu’ils s'éveillent.et qu'ils se mettent sur leurs. gardes, car je soupçonne que. nous avons bien des ennemis secrets et déclarés qui ont plus d’un. motif. pour souhaiter des malheurs à l'Espagne. Et que personne ne dise, comme je sais qu’on l’a fait, qu'il n’y a point assez d’argent pour de telles entreprises , et que Votre Majesté est pauvre. Si quelqu’un peut alléguer de tels motifs, et qu'il voie son roi dans le besoin, qu'il lui fasse part de ses richesses, et qu'il n'oublie pas qu'il
vaut mieux en diposer de cette manière ,
que d'être privé de toutes ses possessions par l'ennemi dans quelque temps à venir.
Quelques sommes qu'il dépense de cette maniere , l’homme qui essäiera de mettre à exécution une entreprise si hasardeuse, risquera beaucoup davantage; car, moi qui suis marin, je n’ignore pas de combien de dangers elle sera accompagnée. Celui-là seul pourra en rendre témoignage, qui éprouvera la violence de la mer du nord et les tempêtes qui troublent ses eaux.
Sans doute, en. partant avec trois bons Ls ssl tels quil Jes faudra pour ce-
voyage, il n’y a pas de motifs pout'éraindré jel
la mer, quelqué orageuse qu'é ellé puiséé être, rési
Mais il faudra côtoyer le rivage pour les m'é
motifs que j'ai déjà déduits &i-dévant, ét 260
c'est ce qu'il y a de plus dangereux s sur unè æst :
1 pareille mer ; si dangereux, qu lil n'éxisté tal , pas un marin qui ne frémit en ÿ songéänt. Çan " Je pènse donc que s'il se trouve quélqu'on Ney
qui veuille l’entr eprendre, on fera bien dé pass
ne pas le perdre dé vue, ear on peut troù- Hon
ver un homme qui s’en chargé ; mais jé | 4e cr
doute qu il s’en présente deux. An, (
‘T1 faut aussi qu'on se souviénne que dé plus
tels voyagés ne s0nl d'aucun profit à celui côto]
qui les entreprend, et qu’au contraire ils né sont pour lui qu’une soürce de péines et dé désagrémens. Quant aux profits, je ne sais si le premier voyage pourra en produire , et nous ne pouvons être assurés Qué nos éñnemis n’aient pas découvért ce passage ou quelque aütre qui conduise dans [à mer du sud, parce que nous savons qu ls sont grands. marins , aussi enireprenars que moi, aussi disposés à se jeter tête baïssée au milieu des dangers. Je vous répête, Siré, CRE.
je l'ai appris du capitaine Baltk”. :r de Just. résidant à Foutarabie, par une lettre qu'il m'écriyit à ce sujet le 6 juillet de. cette année 2609, que le désir de découvrir. ce détroit æst si grand , que les Français ont formé un établissement sur les bords du fleuve du Ganada, qui està trois, cents lieues de Terre- Neuve, dans l'espoir de découvrir de LE un passage dans la mer du sud. Si je fais meption de cette circonstance , ce. n est pas que de croie vrkisemblable qu ñls en découvrent ap, çar il est impossible que ce flenve aille
plus loin qu’à cent lieues , puisque j'en ai côtoyé Ja plus grande partie en cherchant À découvrirla côtede l’ Amérique sur la mer du sud, et que je n’y ai aperçu. pi. détroit ni fleuve qui fût de quelque importance ; ; mais j'en parle pour que Votre Majesté voie avec.quel soin nos ennemis mettent en usage tous les moyens possibles pour découvrir An passage. |
Que. Votre Majesté me permette aussi de
hi conseiller , si elle voulait envoyer une expédition pour faire un autre voyage de découvertes, de le faire secrètement, et d’ar-
( 3:6 ) ranger les choses de manière que les capitaines eussent ordre de n’ouvrir lears instruclions que lorsqu'ils seraient à quarante lieues en mer. Au moyen de celte précaution , nous pourrions tromper l’espion , en supposant qu'on veuille pénétrer nos desseins; et, s’il plaît à Dien que nous rétrouvions ce détroit, il serait bon de le fortifier dès l’année suivante , parcezqu'il est impossible que , parini l’équipage nombreux qui estindispensable pour cette expélition , tous soient assez prudens, tous gardeui assez bién le silence pour que ce voyage ne soit pas bientôt rendu public, ainsi que les découvertes qui en auraient été la suite ; et si nos ‘ennemis viennent à l’apprendre , ils peuvent eux-mêmes chercher ce détroit , le trouver et le fortifier de manière qu'il faudrait des troupesnombreuses et des dépenses très-considérables pour le reprendre sur eux. Il serait donc convenable d’user de la plus grande circonspection, du- moment où l'expédition mettrait à la voile pour faire cette découverte.
Copié sur le manuscrit original in-4°,