‹ Histoire chronologique des voyages vers le pôle arctique [microforme]Chapitre 7 sur 43 · CA · texte numérisé non relu

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( 55 ) pour faire des découvertes dans le: nord. Le vaisseau choisi pour ce voyage avait, navigué pendant plusieurs centaines de lieues

au nord-est de la Nouvelle-Zemble, entre -

les parallèles de 70° et 80° ; il avait trouvé

la mer parfaitement ouverte. Voyant donc

que la navigation était si facile dans cette partie de la mer de Tartarie, et que, par cette route, le passage par le nord-est à la Chine était presque certain , ces négocians avaient sollicité des. Etats - Généraux une charte qui leur assurât exclusivement les avantages qui résulteraient de la découverte d’un passage au nord-estconduisantaux mers de l'Inde ; charte qui leur fut cependant refusée, parsuite des intrigues et des représen-

‘tations de;la compagnie hollanduise des Indes orientales , à laquelle une charte exclu- .sive avait déjà été accordée (1).

. Vers ce temps , le bruit courut aussi que

plusieurs vaisseaux hollandais avaient fait le tour du Spitzherg ,et que partout ils avaient

LA

(1) Mémoires philosophiques de la Société royale de Londres, 1675.

trouvé la mer ouverte. Suivant un autre bruit, non moins accrédité, on avait découvert, d’après les journaux, plusieu navires danois occupés à la pêche de la baleine, qu’en 1655, un bâtiment s'était avancé jusqu’à un degré du pôle arctique, et trois journaux différens, tenus à bord du même navire, attestaient qu'une observation, faite: par le “capitaine, le 1.* août 1655, avait déterminé sa latitude à 88° 56 ; on assurait encore que tous ces journaux s’accordaient à dire que celte mer, bien loin d’être encombrée de glaces, était profonde, et roulait des vagues comme celle de la baie de Biscaye.

Il parut aussi, vers la même époque , un ouvrage intitulé : Rémarques succinctes par Joseph Moxon, membre de la Société royale.

Cet écrivain. ingénieux soutient fortement que très-prohablement il existe un passage par le pôle arctique pour aller au Japon; et il ajoute : « Je ne doute pas qu'il ne soit praticable , parce que nous ne connaissons aucune :terre à huit degrés autour du pôle, et parce que j'ai ‘des raisons de croire, aa

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que , un ctes par royale. rtement passage pon; et oit praons aupôle, ire » Aa

(57) sontraire , qu'il'‘y a une mer libre et ouverte sous le pôle même. » Pour motiver cette conjecture , il cite la circonstance suivante: «Me trouvant à Amsterdam, il: y a vingtdeux ans, j’entrai dans un cabaret, et je m'assis au coia du feu au milieu de plusieurs autres personnes. Il entra dans cet instant un matelotqui, voyant un de ses amis qu'il croyait dans le Groënland, lui témoigaa sa surprise, et, calculant qu'il étaitimpossible quela flotte du Groënland fût déjà de retour, lui demanda quel malheur l'avait fait revenir si promptement. Son ami, qui était le timonier d’un havire qui était allé cet été au Groënland, lui dit que leur bâtiment n'avait pas été envoyé pour faire la pêche de la baleine, mais seulement pour prendre à bord la cargaison de toute la flotte, et la rapporter pour qu’elle arrivât plus tôt; mais, dit-il, avant que la flotte eût pris assez de baleines pour compléter notre chargement , nous avancâmes, par ordre de la compagnie du Groënland, jusqu'au pôle arctique, et revinmes ensuite.

La relation de ce marin étant toute nouvelle pour moi, j'entrai en conversatiôn avec lui;

et, comme j'avais l'air de douter de la vérité de ce qu'il disait, il m’assura que rien n’était plus vrai, et que le vaisseau était alors à Amsterdam, avec la plupart des matelots qui formaient l'équipage, et qui pouvaient . me le confirmer. Il ajouta qu’ils avaient navigué jusqu'à deux degrés au-delà du pôle, Je lui demandai s’il n'avait pas trouvé, vers le pôle, des îles ou un continent ?-Il me répondit que la mer y était entièrement libre et ouverte. Je m’informai s'ils n'avaient point trouvé deglaces.Ilrépliqua qu’ilsn’enavaient point vu. Je lui: demandai quel temps ils y avaient eu? Un temps superbe, aussi beau qu’en plein-été à Amsterdam, et tout aussi chaud. J'aurais voulu lui adresser d’autres questions; mais il était occupé avec son ami, et je ne pouvais pas, sans indiscrélion, les interrompre plus long-temps (1). »

- De pareilles relations étaient suflisantes

(1) Remarques succinctes, etc., par Joseph Moxon. aie d’Harris.—Possibilité- d'approcher du pôle arctique , démontrée par Fhonorahèe docteur Meur rington.

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Moxon.

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pourréveiller l'esprit de découvertes, et faire renaître l'idée, négligée depuis si long-temps, qu’il existait un passage au nord-ouest. Or, il est genéralement arrivé dans ce pays que quelqu'un, vivement convaincu de la probabilité du succès d’un voyage ou d’une entreprise quelconque , a réussi, par ses connaissances supérieures, ses efforts réitérés et sa persévérance constante, à faire adopter un projet qui, autrement, serait tombé dans l'oubli. Le capitaine Jean Wood était, à ce qu’il paraît, un homme de ce caractère.C’était un marin actif et expérimenté qui avait accompagné sir John Narborough dans son voyage au détroit de Magellan; il soutint avec chaleur qu'il était possible d'aller, par le nord où par le nord-ouest, aux mers de l'Inde et à la Chine; opinion qu'il développa dans un mémoire adressé au roi , et dans lequel il démontrait ainsi l’existence de ce passage.

1.° Le capitaine Barentz pensait que la glace ne se prolongeait pas à plus de vingt lieues des côtes du Groënland et de la Nouvelle-Zemble, et que l’espace intermédiaire

de cent soixante lieues était mer ouverte; 2.° par une lettre écrite de Hollande, et publiée dans les Transactions philosophiques , il paraît que La mer est ouverte au nord de la Nouvelle-Zemble; 3.° d’après le rapport de quelques Hollandais qui ont fait naufrage « sur la côte de la Corée, il paraît qu'on a pris sur cette côte des baleines dont le corps -était percé de harpons anglais et hollandais ; 4.° l'histoire du Hollandais, racontée à M. Joseph Moxon ; 5.° l’histoire du vaisseau hollandais-qui avait approché jusqu’à un degré du pôle, histoire que Wood tenait luimême du capitaine Goulden; 6.° l'assurance donnée par le même capitaine, que tout le bois apporté par les vagues surles côtes du Groënland était rongé jusqu’au cœur par les vers de mer; 7.° la relation de deux navires qui avaient navigué pendanttrois cents lieues

à l’est de la Nouvelle-Zemble, publiées

| ‘dans les Transactions philosophiques. Wood ajoutait que la chaleur était tout aussi grande sous le pôle que sous le cercle arc-

tique,ceque prouvait l’expérience des Groënlandais , et que l'influence magnétique

ouverte ; le, et puphiques , nord de > rapport naufrage qu'on a | le corps landais ; ontée à | vaisseau là uu deenait luissurance > tout le côtes du r par les Navires ts lieues oubliées

Wood

(6: ) n’empécherait pas de traverser le pôle sans accident.

Ces raisonnemens , ainsi qu’une carte des régions polaires , furent présentés au roi et au duc d’York. Dans un conseil des lords de l'amirauté, où , suivant l'usage du temps, le roi était présent , il fut décidé que le Speedwell serait équipé sur-le-champ pour l'expédition au pôle ; et que le commande-

* ment en serait donné. au capitaine Wood.

. Comme les voyages de découvertes sont ex- © posés à divers accidens, le duc d'York et plusieurs seigneurs achetèrent une pinque de cent vingt tonneaux appelée la Prospère, pour qu’elle accompagnât le Speedwell. Le commandement en fut donné au capitaine Guillaume Flawes. Les deux bâtimens furent complétement équipés, approvisionnés pour seize mois , et chargés des marchandises qui pouvaient être les plus recherchées sur les côtes de la Tartarie et du Japon.

Ils partirent du Nore le 28 mai 1676, #!

paraissent avoir doublé le cap Nord vers le 19 juin ; mais le journal du capitaine Wood est si maigre que, sans ses latitnGes présu-

(63) mées et ses posiliüns approximatives, il ne serait pas facile de le suivre, où de découvrir où il était tel ou tel jour. Cependant, le 22 avril, ils avaient atteint le 75° 5g/ de latitude; ils virent alors des masses de glace à une liene de distance ; le temps était froid , et la neige tombait à gros flocons.

Wood trouva au milieu de la glace plusieurs ouvertures qui lui permirent d'avancer ; il vit aussi du bois flottant au milieu des gla:

cons. Le 26, il aperçut la terre qui était la,

côte occidentale de la Nouvelle-Zemble. La profondeur de la mer était de quatre-vingts brasses, ou de quatre cent quatre - vingts pieds; cependant l’eau était si claire et si transparente , qu’on pouvait tres-bien en dis tinguer le fond, et même y RAR des coquillages.

Le 29, en voulant éviter la glace, le Speedwell alla donner sur des récis cachés sous l’eau. La pinque était tout auprès, quoiqu'il ne paraisse pas qu'elle ait pu lui prêter alors le moindre secours. À peine était-on parvenu à débarquer le pain et les outils du charpentier pour reconstruire la

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(63) chaloupe, au casque la Prospéré ne pütap:

procher à cause de la glace, que le bâtiment se brisa en mille pièces, et le brouillard empéchait de voir la Prospére. Cependant iout l'équipage parvint à aborder à terre, à l'exception de deux matelots qui se noyèrent. Le pain, la poudre et les provisions qui avaient été mises dans la chaloupe furent, ouendommagées, ou perdues; mais heureusement cette perte fut réparée en partie le lendemain, car la marée déposa sur le rivage plusieurs barils de provisions, ainsi que des pièces de bois, des planches et des voiles qui servirent à faire des tentes. On n’aperçut | aucun habitant das l’île. Un gros ours blanc se jeta sur le canonnier, qui n’échappa à la mort qu’en donnant l'alarme. Ses compagnons accoururent sur-le-champ , et le délivrérent en tuant l'ours.

Les Anglais restèrent neuf jours à terre, plongés dans une vive inquiétude, et assez .

mal pourvus de vivres, de munitions et de vêtemens, sans que les brouillards épais et continuels leur permissent d’apercevoir la

Prospère. Au bout de ce temps, qnelqw'’en fit la proposition de se diriger parterre vers le Waigaiz, dans l'espoir de rencon- trer quelque vaisseau russe qui püt les transporter sur le continent; mais, le 8 juillet; à leur joie inexprimable , ils découvrirent la Prospère. Ils allumèrent aussitôt un grand feu pour indiquer l'endroit où ils * se trouvaient , et lé même jour ils furent tous à bord de ce bâtiment. Depuis ce temps, le journal est continué par le capitaine Flawes.

Wood , après avoir ainsi fait naufrage, sans avoir effectué la plus petite découverte nouvelle, et sans avoir approché, de plusieurs degrés, soit én latitude , soit en longitude, des points où étaient déjà parvenus d’autres navigateurs, déci ie hardiment qu'il s'est laissé induire en erreur en suivant l'opinion de Barentz; que toutes les relations hollandaises et anglaises sont fausses ; que la Nouvellé-Zemble et le Groëuland (le Spitzberg ) ne sont qu'un seul et même continent, et qu ’on ne sait pas encore si la Nouvelle-Zemble est uneîle , ou bien si elle

juelqu'en par terre renconles trans:

e 8 juildécou-

aussitôt

Dit où ils ent tous emps, le Flawes.

naufrage,

ouverte !

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(65) touche aù continent de la grande Tartarie.

« Par justice pour la mémoire des naviga-

teurs anglais et hollandais, dit Barrington,

je ne puis. m’empècher de rapporter ces

réflexions aussi tranchantes que peu fondées, et qui semblent dictées uniquement par le dépit de n'avoir pu effectuer sa dé-

couverte (1) »

D'après un passage-du journal d'Evelyn, qui vient d'être récemment publié > l parattrait que, dans la même année que Wood partit pour le nord-est, un capitaine Baker avait été envoyé au nord-ouest pour faire des découvertes. Cependant il ne reste aucune trace de ce’ voyage; il ne paraît pas qu'aucune compagnie d'armateurs en ait entrepris à cette époque ; et il ‘est certain que Wood fut seul expédié par l’amirauté.

Il est donc probable que le passage du journal a rapport au voyage de Wood; et s'il en est ainsi, il contient des erreurs fort extraordinaires de la part pdd » Connu

a) Possibilité d'a subéicber du pôle arctique, etc: ar. 5

d'ailleurs par son excellent jugement et par son exactitude minutieuse. Voici le passage : « Le 26 juillet 1676, je vis, chez le grar.4 chambellan, le capitaine Baker, qui venait de faire une tentative pour trouver va passage au nord-ouest. Il parla de profondeurs immenses de glaces, bleues comme des saphirs, et aussi transparentes. Les brouillards épais furent le principal obstacle qu’il éprouva et la cause de son retour (1). »

I n’est guère possible de douter que cette complication singulière d'erreurs dans la date, les noms et les objets, n’ait rapport à l'expédition malheureuse de Wood; celuici, pour me servir des expressions d’un:

écrivain célèbre , semble avoir terminé la longue liste des voyages infructueux entrepris au nord pendant ce siècle; et si tant d'efforts inutilement réitérés ne firent pas désespérer entièrement du succès; ils refroi-

(1) Mémoires d'Evelyn, etc.—Journal, 26 juillet

ement et Voici le , chez le AKer , qui r trouver à de. pro- $s Comme tes. Les pal obs- ‘s0n re-

ue cette dans la pport à 3; celui- Ds d’un.

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5 juillet

dirent du moins considérablement oi pour cette grande découverte, » Qui, pen be nombre d'années, cessa entièrement de

l'attention G). »

a): Introduction au derniee voyage de Cook, par le docteur Douglas,

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