DE NORMANDIE
De touttes les provinces qui servirent de théâtre aux horreurs de la guerre^ aucune n^en offrit un plus sanglant que la Normandie. Son nom a autant varié que ses limites, et elle est cette mesme province, qui étoit connue des Romains ' sous la dénomination de Seconde Lyonnoise, faisant partie de la Gaule celtique, qui s'étendoit depuis la Seine jusqu^à la Garonne.
Année 910. — Le pays de Caux et le Vexîn, qui sont aujourd'huy de son enceinte, étoient de la Gaule-Belgique. La zone tempérée, oti elle se trouve, étant dans le huitième et le neuvième climat et entre le quarante-huitième degré vingt-cinq minutes, et le cinquantième degré huit minutes de latitude^ la rend une des plus florissantes et une des plus riches provinces. Sa longueur est^e 80 lieues, et sa largeur quoyqu'inégale, est fixée en général à 3o lieues. Les Normands, ainsy nommés du Dannemarck, pays du Nord, d'oîi ils venoient, après y avoir fait plusieurs incursions, Pobtin-
rent en fief ^ sous la conduite de Raoul^ de Charles III^ Roy de France, à qui cette cession fit donner le surnom de Simple et changèrent le nom de Neustrie, ou plus tôt de . Westrie, que luy donnoit sa situation à la partie occidentale de la France, qui le porta aussy jusqu^à Tinvasion des Francs, en celuy qu'elle retient aujourd'huy. L'époque de la conversion de cette province ne doit pas estre obmise icy, et ce fut sous saint Exupëre, saint Taurin et saint Nicaise qu'elle sortit des ténèbres du paganisme, en Tannée 25o. Ce dernier se fixa dans le diocèse de Rouen, dont il fut le premier archevêque, et Ton compte pour compagnons de ses travaux saint Quirin, prêtre, et saint Scuvicule, diacre ».
Après la décadence de l'empire romain, et l'établissement de la monarchie française, en 418, cette province changea souvent de souverain, selon les partages des enfans de France, qui possédoient chacun leur Etat, à titre de Royaume.
Année 912. Premier Duc. — Raoul ou Robert, selon le nom qui luy fut donné à son baptême, doit être regardé
1 « Ce fief, dit le président Fauchet, ne s'étendoit que depuis la rivière d*Epte jusqu'en Caux à la mer, » suivant le traité fait à Saint- Clair-sur-Epte, en 912. Note du ms. — Le texte du président porte : « Charles semble auoir esté lors appelle Simple (c'est-à-dire sot) pour auoir quitté tout le pays de Neustrie, assis entre la riuière de Seine, d'Epteet la mer. » Les Antiqvités et Histoires gavloises et françaises , édit. de 161 1, p. 842. La part qui revient à la Normandie dans ce sobriquet d'un roi de France n'est pas généralement indiquée par les historiens.
2 « Martyrologium cisterciense, i la die octobris sic est : « In pago Vilcassino, dans le Vexin, fêtes Sancti Nicasii, Quirini, Piantice et Scuviculi, De saint Nicaise, saint Serin (sic), sainte Piance et sainte Egobille. » Addition marginale du manuscrit. — Le Martyrologe uni" versel dit : « Au Pays-Vexin, le supplice des SS. Martyrs, Nigaise (évêque de Rouen), Cerin, pr5tre, Egobille, diacre, et Pienche, vierge, sous le président Fescennin. »
comme le premier duc de cette province », quoy que les gouverneurs eussent auparavant usurpé ce titre; il fit succéder, après sa conversion à la foy^ une paix qui le fit chérir de ses sujets. Son équité le rendit si recommandable et luy attira tant de vénération, que, sur Tinvocation et le cry de son nom, on traduisoit devant les juges, sur le champ, ceux dont on avoit reçu quelque préjudice, et de là vient, en cette province, Tusage de la clameur de haro. Ce prince mourut à Rouen, et est inhumé dans la chappelle de saint Romain de la cathédrale de la mesme ville, où est son épitaphe ».
917. Deuxième Duc, — Guillaume premier, son fils, sur* nommé Longue épée, fit revivre la valleur de son père par ses actions mémorables ; il sçut par son courage triompher de ses ennemis domestiques et étrangers ^ Le pays de Caux, sous son règne, ne fut point exempt de ravages, et Thistoire fait mention d'un siège de la ville d'Eu par Arnoult^ comte de Flandre, allié de Raoul de Bourgogne, nouvel usurpateur de la couronne de France. Sa piété luy fit prendre la résolution de se faire relligieux^ ce qu'il eût effectué, si la noire trahison de ce même Arnoult, qui le fit assassiner, dans une entrevue devant Piquigny, sur la rivière de Somme, n'en eût empêché l'exécution. Il fit le bonheur de ses sujets, qui, à sa mort, le regrettèrent comme leur père. Son corps fut apporté à Rouen (942) et inhumé en la chappelle de sainte Anne, en la cathédralle, où on lit son épitaphe 4.
1 « Il épousa Giste ou Giselle, fille dudit Charles, Roy de France. » Addition marginale. — One dissertation de M. Licquet a démontré la fausseté de cette tradition. — Voir les Mémoires de la Société des Anti" quaires de Normandie, 1827, pages 258-272.
2 Voir les Tombeaux de la cathédrale de Rouen, par M. Deville, 3eédit., 13-19.
î « Il épousa Sporte, fille de Hébert, comte de Senlis, autant sage que belle. » — Addition marginale.
4 M. Deville, Ibid., 23-28.
Troisième Duc. — Richard premier, surnommé Sans peur ou aux longues jambes, succéda à son père. Louis IV, du nom, dit d'Outremer, Roy de France, n'oublia rien pour envahir les Etats de ce jeune prince. Sous prétexte de venir luy offrir son bras pour venger la mort de Guillaume, son père, il vint à Rouen, oîi le jeune duc Tétant venu saluer, il commença par s'assurer de sa personne. Les citoyens, entièrement dévoués à leur souverain, prirent les armes; Eu, Aumale, et Neufchâtel, alors nommé Drincourt, se liguèrent aussy et vinrent assiéger le Roy dans Rouen. Ce prince investi mit tout en œuvre pour se disculper, et protesta contre les soupçons que sa conduite avoit fait naître; ce qu'il fit avec tant d'adresse qu'on ne regarda ce soulèvement que comme une vaine alarme. De plus même il obtint d'envoyer le jeune Richard à Laon, pour le faire instruire avec son fils; mais Louis fit voir que toutes ses protestations n'avoient pas été sincères. En effet, le jeune duc eût éprouvé, entre ses mains, une dure captivité, si le stratagème de son gouverneur, qui l'enveloppa dans un faisceau d'herbes, ne luy eût procuré une subtile évasion.
Le Roy, voyant sa proie échappée, leva le masque et vint assiéger Rouen, quelque temps après, avec l'Empereur » et Arnoult, comte de Flandres, à qui le mariage de Richard avec la fille de Hugues, comte de Paris, portoit ombrage. En vain la victoire d' Arnoult, qui défit à son arrivée une troupe de Normands, auprès d'Arqués, les flatta de réussite : leurs efforts furent inutiles et le Flamand prit le parti de décamper, pendant la nuit; les habitants, sur la nouvelle de sa retraite, s'acharnèrent si furieusement contre luy qu'ils le menèrent battant jusques à Amiens. Les troupes de ce perfide furent très maltraitées, et reçurent un grand échec dans cette poursuite (946);
I En 946, Othon n'était que roi d'Allemagne, et empereur en 962.
Les habitants de Drincourt, aujourd'huy Neufchâtel, qui avoient marqué un si grand attachement pour le duc Richard, ne furent pas les derniers à donner des marques de leur intrépidité au passage de ce cruel ennemy (954). Le Roy et rEmpereur furent aussy contraints de se retirer de Jeur côté, et la mort du premier suivit cette expédition de si près qu'on Tattribua au chagrin qu'elle luy causa.
Lothaire, son fils, succéda à la couronne. Le duc de Normandie auroit aussy succombé à ses embûches, si sa valleur, jointe à sa prudence, ne l'en eût fait triompher. Le combat qui se donna entre Dieppe et Eu (9 5 5) mit le Roy dans la nécessité d'en venir à une négociation. Les Danois et les Norvégiens, qui étoient venus au secours de leurs compatriotes, avec qui ils avoient toujours entretenu une étroite alliance, eurent de la peine à consentir à la paix : mais le dédommagement de leur voyage et les présens que leur firent les François servirent à les appaiser. Un grand nombre d'eux resta en Normandie, et les autres s'embarquèrent pour aller en Espagne contre les Sarrazins. Cette paix fut de longue durée et assura à Richard la paisible possession de la Normandie.
Lothaire, que la Reine son épouse empoisonna, laissa héritier de son royaume Louis V, son fils, dit le Fainéant, dont la mort, qui arriva un an après, causa de grandes révolutions dans la France. Ce prince mourut sans enfants et son royaume échut au comte de Paris >, en qui commença la troisième race de nos Roi^, aujourd'huy régnant. Le duc Richard appuia, dans ses droits, le jeune comte, son beaufrère, dont le père en mourant Tavoît établi tuteur. Le gouvernement de ce prince, nommé Hugues Capet, faisoîtespé-
I « Hugue Capet, ainsy nommé parce qu'il avait une belle tête, qui régna depuis 987 jusqu^en 997. » — Addition marginale* — L'explication du surnom s'ajoute aux trois ou quatre autres explications qu'on en donne. La fin de son règne est en 996.
rer à Richard que cette race pourroît se départir de ses prétentions sur la Normandie; mais les intérêts de la couronne, ^omme nous le verrons dans la suite de cette histoire) font la loy chez les Roys.
Richard h^ finit sa carrière paisiblement, et son fils du même nom^ surnommé le Bon^ qu^il avoit eu de la belle Gonnor, sœur de la femme d'un forestier d'Arqués, dont il fut épris, à la chasse, luy succéda K
996. Quatrième Duc. — ^ Richard I^r fut inhumé à Fécamp, 'dans la chapelle de saint Thomas, dans le cimetière. Le duc son fils ^, par ses impositions à son avènement, fit soulever ses sujets. Cette révolte appaisée, il luy survint des démêlés avec les princes ses voisins, qui ne se terminèrent point sans causer de grands malheurs à la Normandie^ qui le perdit enfin : il fut enterré auprès de son père (1026). Cependant Robert étoit monté sur le thrône de France, après la mort de Hugues Capet, son père.
Cinquième Duc. — Le règne de Richard III, qui avoit été déclaré duc, à la mort de Richard II, son père, n'ayant été que deux ans, mit fin à l'inimitié qui étoit entr e Uiy et son frère Robert, comte d'Hyemes, qui fut son successeur. II fut enterré dans le chœur de Notre-Dame de Rouen K
1 « Dumoulin dit, page 88, qu'il fut loger chez Son forestier, à Sargeville près Arques, » — Addition marginale. — Histoire générale de Normandie (i63i), titre III. — Dumoulin appelle la femme de ce forestier « Sainfrie, » et la Chronique de Normandie de Le Mesgissier, « Sebise. » — Il n'y a pas de « Sargeville » près Arques ; ne serait-ce pas « Sauqueville? »
2 « Richard II épousa en 10 17 Judith, fille ou sœur du duc de Bretagne, et (ils) eurent pour fils Richard et Robert, qui furent successivement ducs, et il eut de Paphie ou Pappie, sa deuxième femme, Manger, archevêque de Rouen, et Guillaume» comte d'Arqués ou de Talou. » Addition marginale.
5 « Dumoulm, Histoire de Normandie, 107, dit : « Dans l'église de Saint-Ouen devant le grand autel. 1» Liv. V. — a II laissa d'une courti-
1028. Sixième Duc. — La mort du Roy Robert donna occasion à notre duc, premier du même nom, de se signaler, en assurant le sceptre à Henry premier, son successeur, lequel en reconnaissance annexa à la province de Normandie, Pontoiseet tout le Vexin françois (io3i).
Le duc Robert, surnommé le Libéral et le Magnifique, maintint ses Etats dans une grande tranquillité.
io35. Septième Duc. — Sa piété l'ayant porté à faire le voyage de la Terre sainte, où il mourut, il laissa pour successeur Guillaume ir>4u nom ', qu'il avoiteu d'une bourgeoise de Falaise, nomi^ée Ariette, que sa passion luy fit épouser. Le poison qu$ ses domestiques furent soupçonnés de hiy avoir donné, luy ravit la couronne par la même voye qu'il avoit été soupçonné luy même de Tavoir enlevée à son frère.
Si cette province fut exempte de troubles de la part des étrangers, la famine en occasionna, pendant quatre années, de si grands de si terribles que les hommes s'assassinoient pour se dévorer, et assouvir leur faim.
En ce même temps, les Normands se signalèrent beaucoup en Italie; leur piété, depuis leur conversion, leur faisoit entreprendre de fréquens voyages à la Terre sainte. Quarante, revenant de ce pèlerinage, passèrent par la ville de Salerne, que les Sàrrazins tenoient assi^ée.
sane un fils nommé Nicolas, qui fut abbé et moine de Saint-Ouen pendant 5o ans, et deux filles, Tune mariée au comte de Saint- Valéry et l'autre au vicomte de Bayeux. » — Addition marginale. — Dom Bodin copie Terreur de Farin dans l'édition de son Histoire de Rouen (1668), Ij 80, erreur rectifiée dans l'édition de 173 1, p. 53. On y lit : « G}mme il décéda à Rouen le 3* février 1028, il fut inhumé devant le grand autel de l'église Saint-Ouen. » T, I, prem. partie, 53.
« « Guillaume dit le Conquérant, fils de Robert, duc de Normandie, et de Harlette, fille d'un pelletier de Falaise, naquit dans cette ville de Falaise en ,1027. » Dictionnaire historique portatif. Addition marginale.
Bientôt le bruit de leur arrivée se répandit; les habitans mirent leur confiance dans leur courage, et les engagèrent à prendre les armes pour leur défense. Les sorties furieuses qu'ils firent contraignirent les infidelles de lever le siège après beaucoup de perte. En vain le gouverneur de la place, témoin de la valleur de ces guerriers intrépides, les sollicita de servir comme d'anges tutélaires à cette ville. L'amour de la patrie les rappella, et les riches présents dont ils revinrent chargés, firent naître à leurs compatriotes le désir de tenter de nouvelles conquêtes. Bientôt le royaume des deux Siciles se vit subjugué et asservi à leurs loix. Tancrède de Hauteville et ses six enfants aînés y firent leur établissement ».
Guillaume, à qui sa naissance avoit fait donner le nom de Bâtard, et à qui ses exploits méritèrent le nom de Conquérant, trouva son duché dans une triste situation. Outre la famine qui l'avoit désolé, comme nous venons de voir, ses seigneurs particuliers, qui s'étoient accoutumés à vivre en maîtres absolus dans leurs cantons, refusèrent de luy obéir, et se comportoient en petits tirans envers leurs vassaux. Chacun bâtissoit des forteresses sur son terrain et avoit ses troupes.
Hen ry 1*^ Roy de France, oubliant les services que luy avoit rendus le père du jeune duc, voulut profiter de ces désordres; il vint en Normandie et en ravagea la basse partie. Les seigneurs de la cour du duc le portèrent à demander la paix à Henry, et son secours contre ses oncles paternels, à qui sa naissance faisoit avoir des prétentions sur cette province, le Roy seconda Guillaume, et leurs armes unies mirent fin à ces troubles. Des motifs peu connus, peu de temps après, brouillèrent de rechef ces deux princes, et il s'éleva bientôt un nouveau prétendant au duché. Guil-
I H Voyés le poème du Tasse et Dumoulin, page 117. » Addition marginale. — Histoire générale de Normandie^ liv. VI.
laumc d^ Arques, comte de Tallou ou Tello ', prit les armes, après que le Roy Petit assuré qu'il le soutîendroit dans son entreprise.
Il étoit fils du second lit de Richard II, duc de Normandie, et, en cette qualité, il se porta héritier du duché, soutenant qu'étant fils légitime d'un duc, et le dernier étant mort sans enfans légitimes, il devoit être préféré à un bâtard. Mauger, archevêque de Rouen, son frère, étoit pour luy un appui considérable : comme cMtoit depuis longtemps qu'il méditoit Texécmion de son projet, il avoit fait élever un château très fort sur la montagne d'Arqués (1046).
Ce procédé donna de la défiance au duc, qui, sur le refus d'hommage que luy fit le comte, marcha contre luy, et l'assiégea dans son château d'Arqués. Les généraux comprirent la difficulté qu'il y auroit à le forcer dans ce château ; c'est pourquoy ils résolurent de le prendre par famine. On éleva un grand fort au pied de la montagne, et on fit des lignes de circonvallation, afin d'empêcher qu'aucunes provisions n'y pussent entrer.
Dès que l'on sçut à la cour de France le siège d'Arqués, le Roy luy même partit à la teste d'une armée pour le secourir et vint camper à Saint- Aubin, assés près de là. Le comte luy fit sçavoir que les vivres commençoient à luy manquer et le pria instamment de jetter au moins un convoydans la place. Les généraux de l'armée, désespérant de pouvoir soutenir l'effort de l'armée royale, eurent recours au stratagème; ils choisirent un lieu propre à cacher des troupes, et y ayant disposé une embuscade, ils envoyèrent quelques escadrons escarmoucher autour du camp du Roy. Aussytot qu'ils parurent, on se mit en devoir de les charger. Les Normands lâchèrent pied et se retirèrent par la route de l'embuscade.
t « Nom que portoit alors une partie du pals de Caux, où sont Dieppe, Arques, Eu et ses environs. » — Note marginale de la même main que le manuscrit, qui n*est pas celle de Dom Bodin.
Les François y donnèrent étourdiment, et ceux qu'ils avoient poursuivis, se rallièrent .et revinrent à la charge. Le choc fut rude et la défaite des François fut entière. Cependant le Roy, qui avoit marché par un autre costé, avec un corps de Parmée, attaqua les lignes et les força; il fit entrer des vivres, et sans rien entreprendre davantage, il se retira vers Paris. Les assiégés, quelque temps après, furent enfin obligés par la nécessité des vivres de se rendre. Le comte ne put obtenir, par sa capitulation, que la vie et la liberté et il se retira chez le comte de Ponthieu >, où il passa tristement le reste de ses jours.
Neufchâtel, alors Drincourt, se trouvoit trop voisin pour ne point avoir essuyé des actes d'hostilité, que la guerre entraîne toujours avec elle, et une conjecture, qui n'est que trop constante, ne permet pas d'en douter, quoy que l'histoire n'en parle pas nommément. Peut estre même est-il compris dans le nombre des places dont elle dit que le Roy s'étoit emparé, et qui se remirent sous la domination du vainqueur. Les déportements scandaleux de l'archevêque *, frère du comte de Tallou, le firent déposer dans un concile provincial (io5o), que Guillaume, par ordre du pape, fit tenir à Lisieux, et il paroit que cette victoire mit fin aux révoltes des sujets du duc ^
Quelques années se passèrent, sans que Guillaume eût rien à démêler avec les François : mais par leurs soUicita-
I Guillaume d'Arqués se retira chez Enguerran, comte de Ponthieu, dont il avait épousé la sœur.
a « Un archevêque de Rouen, dit l'abbé Millot, avoit eu plusieurs fils, auxquels il donna des comtés, et ces exemples étoient communs. Histoire de France, tome 1er, 1049. P^g® 289. » — Addition au bas de la page.
5 Mauger, archevêque de Rouen, en loSy, déposé en io55, et relégué dans l'île de Guernesey. — Voir Farin, Histoire de Rouen, 17S1, t. I, 3e partie, 145.
lions auprès du Roy, quelques seigneurs de Normandie, qui, dans l'espérance de pouvoir secouer le joug d'une domination qui leur parois§pit trop dure, et qui ne désiroient que le trouble, afin de pouvoir se faire la guerre les uns aux autres comme auparavant, suscitèrent une nouvelle guerre entre le Roy et le duc Guillaume.
Le duc de Guyenne et le comte d'Anjou se joignirent à Henry (1054), qui avoit toujours conservé la mémoire de l'affront qu'il avoit reçu à Arques, et s'avancèrent vers Evreux. Eudes, comte de Bourgogne, frère du Roy, qui étoit rentré en grâce avec luy, eut ordre de passer, avec une seconde armée, la rivière d'Epte, et de ravager le pays de Bray et le pays de Caux jusques aux portes de Rouen. Guillaume, sans s'étonner, partagea aussy son armée en deux; il alla au devant du Roy avec une partie, et mit l'autre sous la conduite de Robert, comte d'Eu, spn frère, et de Roger de Mortemer, pour faire teste au frère du Roy. Dans l'armée du duc étoit encore Hugues de Goumay, Hugues de Montfort, et plusieurs autres seigneurs de nom. Le duc côtoya toujours la Seine, qu'il avoit à sa gauche, et se contenta de couvrir le pays, pour empêcher les troupes du Roy de s'y répandre. Il eut presque toujours l'avantage dans les combats légers qui se donnèrent entre les parties des deux armées : mais Eudes et le comte d'Eu en vinrent à une bataille à Mortemer, proche Neufchâtel, dans le petit Caux ; elle fut très sanglante par la valleur respective des combattans. Cependant, après six heures de carnage, la victoire resta aux Normands. Le comte de Ponthieu et Raoul de Montdidier furent faits prisonniers; mais Roger de Mortemer, amy de Raoul, et dont il s'étoit rendu vassal, peu de temps auparavant, le retira dans son château de Mortemer, et le fit conduire en sûreté, trois jours après, à Montdidier. Roger, par ce ménagement, encourut la disgrâce du duc, et il luy en coûta son château, oîi il avoit donné retraite au
comte de Montdidier. Cette bataille se donna un peu avant le carême; elle commença au point du jour et dix mille François restèrent sur le champ de bataille (1054).
Le Roy, sur la nouvelle qu'il en reçut, décampa et résolut de faire la paix avec Guillaume, qui se vit de plus en plus confirmé dans l'esprit de ses sujets. Henry, au contraire, en eut tant de chagrin, qu'il fit couronner son fils Philippe, {io56) premier du nom, qu'il laissa peu de tçmps aprèç, à sa mort, héritier de tous ses états {1060).
Guillaume, après cette glorieuse expédition, eut encore à signaler sa valleur. Saint Edouard, troisième du nom ', Roy d'Angleterre, qui avoit remonté sur le trône ^y et à qui le duc avoit donné une honorable retraite en Normandie, Tavoit déclaré son héritier et son successeur ?. Un fier compétiteur osa luy disputer cette couronne, et luy fournit par là un moien de s'immortaliser par la conqueste de cette isle.
Haralde, frère de la rein^, malgré la renonciation qu'il en avoit faite entre lès mains du duc luy mesme, lorsqu'il étoit en sa disposition, se fit proclaflfier Roy. Guillaume, dont les obstacles ranimoient le courage, fit équipper une flotte pour se rendre en Angleterre. Ses forces supérieures luy prpnjettoient une victoire certaine.
t « Dit le Confesseur ou le Débonnaire. Dans la première généalogie ou chronologie, il est dit que S. Edouard, Roy d'Angleterre, marié à une des plus belles femmes de son temps, s'étoit cru devoir de ne point user du mariage. Ce vœu indiscret de virginité entraîna une fatale révolution avant sa mort. Edouard avoit désigné pour successeur Guillaume, duc de Normandie, au moins Guillaume Tassura, et fonda ses droits sur les dispositions réelles ou supposées de ce testament, dit Tabbé Millot, Histoire de France, tome 1, 249. » — « Il avoit épousé la fille du comte Godwin, son général, qui gouverna avec sagesse l'État d'Angleterre. » Addition marginale.
a « Depuis 1043, mort le 5 janvier 1066. » — Addition marginale. ^- Il était monté sur le trône, la première fois, en 1041.
I « Far son testament en 1066. » Addition m^ginale.
Autant les seigneurs Normands avoient trouvé sa domination trop impérieuse, autant se virent«>ils disposés à iuy sacrifier leurs biens et leur vie pour le soutenir dans une si juste prétention (1066). Le sieur de Drincourt^ aujourd^huy Neufchâtel, fut un des principaux seigneurs qui raccompagnèrent dans cette entreprise. La bataille de Hasting, oU Haralde fut mé et son armée taillée en pièces, assura à Guillaume la possession de ce royaume, et lefitreconnoitre pour légitime Roy. Comme chacun de ses seigneurs fit des levées de troupes àkns son district, ce fut à cette occasion que plusieurs familles illustres de Normandie s^établirent en Angleterre, et leurs noms subsistent encore aujourd^huy en deçà et au delà de la mer; de là vient aussy qu^en cette province il y^ moins qu'ailleurs d'anciennes maisons qui puissent montrer leur origine par des titres au dessus du douzième et treizième siècle.
1075. — Guillaume » se voyoit en paix avec les princes ses voisins; mais la révolte de Robert, son 6is, qu'il avoit fait gouverneur de cette province, et qui prétendoit au titre de duc, y causèrent de nouveaux troubles. Guillaume, son père, vint débarquer à Dieppe, le remit dans le devoir, par la force des armes, et le reçut en grâce, au siège de Gerberoy, où le fils terrassa son père d'un coup de lance sans le connoître. Les protestations de Robert (1075) contre une rencontre si malheureuse ne purent le justifier entièrement aux yeux de son père, dont le ressentiment le fit exclure du royaume d'Angleterre, à sa mort, qui arriva à Rouen. Ce prince est inhumé en Péglise de Saint-Etienne de Caen (1087) >. '
» « Nota. Guaiaume 1er, dit le Conquérant, épousa Mathilde, fille du comte de Flandre, dont il eut trois fils : Robert, Guillaume et Henry. Voyés son portrait par le Père de Longueval, Dictionnaire portatif. *• Addition marginale.
a Une simple dalle en marbre noir, avec une inscription latine, marque
Le duché de Normandie fut seul assigné à Robert, par son testament, et Guillaume, son cadet, eut en partage tout le royaume de son père, HeniT', le troisième, n'ayant eu pour luy que les trésors immenses que Guillaume avoit laissés, avec une pension de cent mille livres à prendre sur ses frères.
Huitième Duc. — La mauvaise conduite de Robert, deuxième duc du nom, dit Gambaron ou Courtebotte, qui aspiroit toujours à la couronne d'Angleterre, dont son frère s'étoit déjà mis en possession, excita Fambition (fes seigneurs Normands. Les grandes impositions dont il les surchargea eux mesmes, leur firent prendre le parti de la révolte. Ils se saisirent des places qui étoient à leur bienséance et s'entrefirent une guerre qui ruina entièrement le peuple. Malgré la désolation de sa province, Robert voulut tenter la conqueste de PÂngleterre, mais les forces de Guillaume le contraignirent de repasser la mer; il vint luy mesme ensuite user de représailles, en luy contestant son duché et descendit au pays de Caux, où il fit un grand ravage.
Philippe Roy de France, à qui ces troubles faisoîent craindre pour ses propres Etats, se fit médiateur entre ces deux princes, et la paix fut conclue à condition que Fécamp, Eu et quelques autres places demeureroient au Roy Guillaume, et qu'ils se joindroient pour dépouiller Henry, leur frère, du Cotantin, qu'il avoit acheté de Robert. Henry se voyant sans support céda à leurs armes. Sur ces entrefaites, les incursions que le Roy d'Ecosse fit en Angleterre rappelèrent Guillaume, et Robert le suivit. Henry, que Guillaume favorisoit sous main (1092), et qui étoit instruit des ordres que son frère avoit donnés aux garnisons des places qu'il tenoit en Normandie, de faire des courses sur les terres de Robert,
la place où repose Guillaume le Conquérant, dans le sanctuaire de Tan 7 cienne Abbaye-aux-Hommes (aujourd'hui Saint-Étienne), dont il était le fondateur.
pendant son absence, Henry dis-je, profita de cet éloignement pour se rendre maître de la basse partie de cette province. Robert se plaignit hautement du procédé de Guillaume (1094^, et ce fut un nouveau prétexte pour ce Roy de luy déclarer la guerre (logS). La Normandie fut mise à feu et à sang, et les forces de Robert, à qui s'étoit joint Philippe, Roy de France, firent tête à Guillaume, et le disposèrent à accepter la paix que cimenta la ligue des princes chrétiens qui firent la première croisade contre les infidèles usurpateurs de la Terre sainte.
Robert, à qui les remords de conscience firent entreprendre ce voyage, engagea son duché à ses fi-ères, moyennant quinze mille marcs d'argent », et Guillaume, qui avoit fourny la plus grande partie de cet argent, ne céda à Henry que le Q)tantin. Plusieurs seigneurs de la province suivirent leur duc et se distinguèrent infiniment. Le valeureux Tancrède, seigneur de Hauteville, près de Coutances, neveu de Bohémond, prince de Tarente et fils de Robert Guichard, ce fameux prince Normand qui se fit un si grand État en Italie, aux dépens des Grecs, et qui, non content du comté de la Pouille, dont il avoit hérité de Guillaume Bras de Fer, son père, conquit encore la Calabre et la Sicile; ces deux seigneurs Normands, dis-je, firent des prodiges de valeur à la conqueste de la ville de Jérusalem, dont on voulut élire Roy le duc Robert, mais Tenvie de retourner à sa patrie luy fit refuser cette couronne, et fit passer les suffrages à Godefroy de Bouillon, duc de la basse Lorraine.
1096. Neuvième Duc 2. — Cependant Guillaume, qua-
I Farin dit : « H engagea son duché pour cinq ans au Roy d'Angleterre pour dix mille marcs d'argent. » Hist, de Rouen (ly^i), I, première partie, 59.
3 Farin parle de Guillaume le Roux, sans en faire le « neuvième duc de Normandie. » C'est à Henri 1er, duc de Normandie et roi d'Angleterre, qu'il donne ce rang sur la liste des ducs de notre province. Le
trié me du nom, surnommé le Roux^ qui possédoit la Normandie, à titre de vray duc, depuis la cession de Robert, ne pouvant plus exercer son ambition contre luy, avoit déclaré la guerre à Philippe, Roy de France, sous prétexte que quelques places du Vexin françois, que Philippe prétendoit estre de son royaume, dépendoient du duché de Normandie; ses prétentions furent combattues et Philippe rendit ses efforts inutiles (1097). Il tourna^ ensuite ses armes contre Elie, comte de la Flèche, qui s'étoit emparé du Maine et reconquit cette contrée {1099); ^^ qui fut sa dernière expédition. La Normandie fut entièrement délivrée de la tyrannie de ce prince par son retour en Angleterre, où il fut tué à lâchasse (iioo) '.
La succession de ce Roy appartenoit, de plein droit,^u duc Robert; mais comme il étoit encore en Orient, le comte Henry s'en empara et se fit couronner Roy. Les efforts qu'il fit à son retour pour se faire restituer cette couronne, se terminèrent à lui faire obtenir le duché de Normandie, comme il Tavoit auparavant, et une pension de trois mille marcs d'argent.
Henry, malgré le traité de paix^ qu'il avoit fait avec son firère, se saisit des biens des partisans que le duc avoit en Angleterre. Robert, croyant obtenir de la générosité de son frère la restitution des biens de ses amis, y passa aussitôt pour luy en faire la demande luy même (iioi); mais son imprudence luy coûta la liberté, qu'il ne recouvra qu'en renonçant à sa pension.
I io3. — Le duc, à son retour, trouva le comte de Bellesme,
désaccord se poursuit jusqu'à la fin. Il en est ici comme du rang assigné aux archevêques de Rouen, dans les divers ouvrages où la liste en est donnée. La remarque en est faite une fois pour toutes.
» « Le 2 août de Tan iioo, courant un cerf, Gautier de Tyrel son favori, par mégarde, le perça d'un coup de flèche qui retendit mort sur la place. » Farin, Histoire de Rouent Ibid., 60.
Montgommery, soulevé contre luy, Henry survînt ensuite, sous prétexte de remédier à la misère du peuple. Les seigneurs redoutant les suites funestes de cette arrivée, négocièrent entre les deux princes ; mais cette paix fut de peu de durée, et Henry résolut enfin de déposséder son frère de la Normandie. Il gagna une grande partie de la Noblesse et répandit la terreur dans toutes les villes, par l'exemple de Bayeux, qu'il fit brûler et raser (1106). Cette guerre fut enfin terminée par la bataille de Tinchebray, où la victoire de Henry et la prise de Robert décidèrent toutes leurs querelles. Henry, maître du duc son frère, ne consulta que son ambition, qui le porta à luy faire crever les yeux. Robert survéquit à cette cruauté, l'espace de 28 années, dans une dure captivité.. Ainsy ce prince se vit enlever deux fois la couronne par ses frères, et son attachement à la patrie luy en fit refuser une troisième, qui fut, comme nous Pavons vu, celle de Jérusalem.
Henry I«^ Dixième Duc. — Henry n'eut point de peine à se faire reconnoître pour duc de Normandie, dont il fut le premier du nom ' ; mais il ne la posséda pas tranquillement. iCobert avoit un fils nommé Guillaume Cliton, qui, après s'estre échappé des mains du Roy, son oncle, avoit cherché la protection de Louis Le Gros, Roy de France, sixième du nom, et du comte de Flandres.
Le lecteur me permettra de faire icy une digression, pour luy faire observer que ce fut, vers ce temps ^, qu'Henry I^r substitua à la ville de Drincourt un château dont luy vient le nom de Neufchâtel, qu'elle porte aujourd'huy; l'augmentation de cette ville et ce nouveau château, que ses fortifica-
« « Après la bataille de Tinchebray on luy (Henri 1er, roi d'Angleterre) rendit hommage comme duc de Normandie en 1106, >» Farin^ Ibid., 61.
3 Quelque temps après 11 06.
tions mettoîent en état de soutenir les plus forts assauts, la firent regarder comme une place propre à la sûreté et à la défense. de la partie septentrionale de la province. En effet, les sièges sanglants qu'elle a essuyés, dont parle Thistoire, Tont rendue célèbre, malgré Tinjuredu temps. Je reviens au fil de l'histoire.
1 1 09. — Le Roy de France, redoutant Talliance que venoit de faire Henry avec l'Empereur, par le mariage de sa fille Mathilde, qui devenoit impératrice, chercha les moyens de mettre obstacle à la grandeur d'un prince dont la proximité étoit tant à craindre. Le motif de la guerre qu'il luy déclara fut la demande de la démolition du château de Gisors. Henry, qui ne se croyoit pas assés affermy dans la possession de la Normandie, tâchoit d'éluder cette demande par des promesses vagues et indécises (i 1 12). Louis, fatigué de ce retardement, entra en Normandie, oti il fit de grands ravages jusqu'à deux lieues près de Rouen. Cette guerre continua avec acharnement, et elle ne fut interrompue que par un traité qui donna à peine au peuple accablé le temps de reprendre haleine (i 1 14).
La résolution que prit Louis, Roy de France, de rétablir le prince Guillaume dans les Etats de Robert, son père, luy attira une grande partie de la Noblesse de Normandie et luy facilita la prise de plusieurs places. Alors, cette province se trouva partagée en trois parties différentes; les uns demeuroient attachés au Roy Henry, qui déclara duc de Normandie, son fils, qui portoit aussy le nom de Guillaume; les autres, au contraire, se croyoient obligés dé reconnoître Guillaume Cliton, fils de Robert, pour qui tenoient aussy quelques uns, préférablement à son fils. Cette diversité de souverains, outre la division de la Noblesse et des villes, mit la Normandie dans une combustion universelle. Onneprenoit les villes que pour les réduire en cendre (i 1 16).
Le comte d'Anjou, qui s'étoit joint au Roy de France et
Baudoin, comte de Flandre, entrèrent chacun de leur côté, le premier par le Maine, et le dernier par le pays de Caux. La première conqueste du comte de Flandre, fut la prise de la ville d'Eu et le pays circonyoisin ( 1 1 1 8) .
Henry lui fit savoir que, s'il continuoit ses ravages, il iroit pareillement désoler ses Etats : mais le comte luy répondit fièrement : « qu'il luy épargneroit la peine du voyag^e et qu'il auroit l'honneur de le voir bientôt à Rouen ». En effet, il alla avec ses troupes jusques sous les murs de cette ville; mais, comme il vit qu'il n'en sortoit aucunes troupes, il se contenta de ruiner un' parc où le Roy d'Angleterre avoit quantité de bêtes fauves. Après cette insulte, il se retira et vint achever ses ravages, qu'il avoit commencés dans les cantons qu'arrose la rivière d'Arqués, mieux dite de Neufchâtel, puisque les noms des rivières se prennent des lieux oti elles prennent leur source, et nom de celuy où elles vont se décharger; mais peut estre l'augmentation d'étendue, que cette rivière reçoit à Arques, a fait prévaloir l'usage, par l'adjonction des rivières de Longueville et de Bellencombre '.
Le château de Bures coûta la vie à ce comte, et une conjecture trop constante nous donne à penser que Neufchâtel ne fut pas exempt de ses tentatives, s'il n'en forma le siège dans les règles ^, Henry ne fut point ébranlé des succès de
1 Ce dernier membre de phrase, ajouté au travail du copiste de Dom Bodin, contient une erreur. La rivière de Longueville est la Scie, qui va se jeter directement dans la mer, à Pourville, et non dans la Béthune, à Arques; mais la remarque est vraie pour la Varenne, qui passe à Saint- Saens et à Bellencombre.
2 « Il est bien parlé de Neufchâtel-sur-Epte que Guillaume le Roux avoit fait bâtir à Fauselmont, proche d'Angu, dont Louis leva le siège. Il ne retient aujourdliuy dans les cartes que le nom de Château-sur- Epte. Voyés page 3 14 de V Histoire de Normandie par Dumoulin, curé de Manneval. » — Note du manuscrit. Du Moulin avait dit simplement : « Dangu Bruslé (Louis) Le Gros porte ses armes deuant le Neufchastel que Guillaume le Roux auoit fait bastir à Fauselmont près
ses ennemis et il surprit Henry, comte^d'Eu, et Hugues de Gournay, deux des principaux chefs des mécontens ». Il les contraignit, après les avoir faits prisonniers, à luy^remettre toutes leurs forteresses. A ces hostilités succéda la paix, que Calixte II S le premier des papes qui ait honoré la Normandie de sa présence, procura entre les deux Roys, et dont une des conditions fut de rendre les places conquises de part et d^autre (1120). Elle ne fut pas toute fois de longue durée.
Le naufrage des enfans du Roy d^Angleterre, qui repassoient en cette isle avec toute la cour, fit renaître les espérances de Guillaume Cliton, qui trouva toujours un puissant appuy dans le Roy Louis. Il renoua secrètement avec plusieurs seigneurs Normands(i 121). Amaury II, comte de Montfort et d*Evreux, que des historiens prétendent tirer son extraction d'Amalric ou Amaulry, fils naturel de Robert, Roy de France, et, selon d'autres, des comtes de Haynault, fut le premier à se rendre à ses sollicitations. La grande authorité de ce comte, qui étoij fils de Simon de Montfort, père de Bertrade, épouse de Philippe 1^% Roy de France, luy attira. beaucoup de partisans. Son inimitié envers Henry, contre qui il s'étoit déclaré, dans la dernière
d'Epte. » Histoire générale de Normandie, L. IX, ch. iv, p. 314. — Chdteau-sur'Epte figure dans la carte de Gassini, sur la rive droite de cette rivière, à 8 kilomètres sud de Dangu. Il fait partie du département de TEure, canton des Andelys, arrondissement d'Evreux, et on voit encore les ruines, fort pittoresques, du donjon. M. Gadebled dit : « Fuscelmont, » au lieu de « Fauselmont, » dans son Dictionnaire du département de VEure, p. 128.
I « Cet Hugues de Gournay est réputé un des fondateurs de Tabbaye royale de Beaubec, en 1 1 18. » Note du ms.
â C'est une rectification du texte de Farin : « Le pape Gélase II, réfugié en France, vint jusqu'à Gisors, en 1220, pour y ménager une paix. » Histoire de Rouen (173 1), 1. 1, première partie, p. 62.— Gélase mourut le 29 janvier 1 1 19, et Calixte II fut élu pape le ler février suivant.
guerre^ luy fit embrasser, sans balancer, le parti ^e Guillaume Cliton. Hugues de Neufchâtel sur Epte ',son\parent, ayant entré dans ses menées, gagna Valeran, comte d|e Meulan, Hugues de Montfort et Guillaume Louvel, tojljs trois ses beaux frères. Grand nombre d^autres seigneurs s4 joignirent à eux, et s'assemblèrent à la croix Saint-Leufr^y, où ils s'obligèrent, par serment, de rétablir Guillai^e sur le thrône (1124). ' /
Le Roy d'Angleterre fut averty de ce qui se passoit, et jugeant qu'en ces rencontres, prévenir l'ennemy c'est le vaincre et le désarmer, il passa promptement la mer et arriva inopinément à Rou^n, oîi il leva un corps de troupes. Sa première marche fut du côté du Pont eau de Mer, vers Montfort, dont Hugues étoit seigneur. Malgré la sommation spécieuse qu'Henry fit à Hugues de luy rendre sa place, après ravoir mandé auprès de luy, il ne put l'emporter que par la force. En vain il le fit solliciter ensuite de rentrer dans le devoir, sous l'oflFre de le remettre en possession de sa forteresse, il persista dans sa révolte; de là, Henry fut assiéger le Pont eau de mer, qui appartenoit au comte de Meulan et s'en rendit maître.
L'hyver ne suspendit point leurs armes. Evreux futaussy surpris par 1^ Anglois sur Amaulry, dont le ressentiment s'aigrit encore davantage.
La campagne suivante commença par une bataille, près du Bourg Theroulde, vers Rouen, qui eut de grandes suites. Le comte de Mçulan, ne voulant pas perdre le château de Watteville, que Gautier de Varicarville tenoit assiégé,
I « Note loe (X^ Remarqué), il est prouvé que Isambert, abbé de Sainte-Catherîne-du-Mont près Rouen, avoit acheté la moitié de Nogent et de Drincourt d'un gentilhomme nommé Histon^ en io3o, ce qui fait voir que Hugues de Neufchâtel étoit, suyvant la note ci-dessus (p. 3 7), Neufchâtel-sur-rEpte. » Addition marginale. — Voir plus loin. Remarques ET Additions, X, p. 35. — « Hilton, » au lieu de « Histon. »
entreprit de le secourir et d'y mener un grand convoy. Il prit avec luy Hugues de Neufchâtel, Hugues de Montfort et Guillaume Louvel : Amaulry de Montfort fut aussy de la partie. Ils attaquèrent le principal quanier, où Varicarville fut pris. Le convoy entra dans la place et c'est ainsy qu'elle fut délivrée par ces héros, que Thonneur et le sang réunissoient ensemble pour leur intérêt commun et celuy [de leur légitime prince. ,
Ranulphe de Bayeux, qui commandoit dans le château d'Evreux pour le Roy H^nry, ayant eu avis de la marche du comte de Meulan, entreprit de l'enlever à son retour, et vint se poster auprès du Bourgtheroulde.
Le comte de Meulan, au sortir de la forest de Routot, fut averty de l'embuscade et Ton tint conseil de guerre. Amaulry sachant que Tennemy étoit supérieur en forces (puisque les ligueurs n'étoient qu'au nombre trois cens, tous nobles pour la plus part) fut d'avis d'éviter la rencontre et de prendre une autre route; m«is Valeran, comte de Meulan, jeune homme plein de courage et de feu, fut du sentiment contraire, et l'emporta. On ne fut pas plus tôt en présence qu'on en vint aux mains; la force des Anglois prévalut bientôt et mit en déroute les François ; le comte de Meulan, Hugues de Neufchâtel et Hugues de Montfort furent faits priijonniers, avec 80 gentilshommes tant François que Normands. Guillaume de.Grandcourt, fils du comté d'Eu, s'attacha à Amaulry de Montfort, qui fuyoit à toutes brides et le prit : mais l'amitié qu'ils s'étoient toujours portée le luy fit relâcher et le soustraire au ressentiment d'Henry, de qui il n'eût jamais obtenu sa liberté. Guillaume Louvel se retira aussy des mains d'un paysan qui l'avoit pris, en luy donnant ses armes et tout ce qu'il avoit sur luy, et se déroba pareillement à la colère de l' Anglois, qui ne l'eût pas mieux traité que Hugues de Neufchâtel et Hugues de Montfort, dont le premier ne fut relâché qu'au bout de cinq ans, et le second, au bout de dixr
huit. Ainsy le Roy d'Angleterre se vit absolu dans la possession de la Normandie, après avoir écarté cette ;ligue (i 127).
Sa dureté fut toujours la mesme envers son frère et son neveu, à qui le Roy de France donna le Vexin François, qui étoit rentré dans le domaine de la couronne, pour le dédommager du tort que luy faisoit Henry, son oncle. Il le luy retira ensuite pour luy donner le comté de Flandre, vacant parla mort de Charles, son propre parent. Cliton, que Tenvie de se rétablir en Normandie dominoit toujours, mit de si grandes impositions sur les Flamands, ses nouveaux sujets, qu'il les réduisit à se soulever. Cette révolte fut cause de sa mort, au siège d'Alost (1128). Le duc son père vit pareillement, quelques années après, finir sa captivité avec sa vie languissante (11 34).
L'usurpateur de ses états luy même ne luy survéquit que d'un an et la Normandie perdit en luy la race masculine de ses ducs. Le plaisir de la chasse, qui faisoit son principal amusement, luy fut fatal, et il mourut ' en la forest de Lyons, (11 35), d'oti Ton porta ses entrailles au monastère de Nfttre- Dame-du-Pré dite des Bonnes nouvelles, proche de Rouen, et son corps en Téglise de Redingos en Angleterre '.
1 « Au village de Saint-Denis. » Addition marginale. — La Chro^ nique de Normandie précise en ces termes : « Au village de Sainct- Denis en Lyons, autrement dit Villeroy, appartenant de ce jour au seigneur de Mouy. » Edition de 16 lo, par Le Mégissier, feuillet i5o, verso. Est-ce Saint-Denis-le-Thibout, arrondissement de Rouen, canton de Darnétal, voisin de la forêt de Lyons ?
2 « On dit que ce fut pour avoir mangé d'une lamproye. » Addition marginale. — La Chronique de Normandie le dit aussi : « Nota. Ledit Henri 1er avoit épousé Mathilde ou Maud (sainte), fille de Marguerite, reine d'Ecosse, et elle fut sa première femme, imitant fidèlement les vertus de sa mère : on honore le 3o avril. Elle fit bâtir à: Londres deux grands hôpitaux, celuy de Christ et celui de Saint-Gilles. Elle mourut, II 18, et fut enterrée à Westminster, auprès de saint Edouard le Confesseur. C'est par son ordre que Thierry, moine de Durham, écrivit la
Ce duc n'avoit* laissé qu'une fille, nommée Mathilde, veuve de Henry V, Empereur d'Allemagne. Elle regardoit sa succession aux Etats de son père comme incontestable; cependant elle y rencontra beaucoup d'obstacles.
EusTACHE DE BouLOGNE. Onzième Duc ' . — Etienne, son cousin, comte de Boulogne, fils du comte de Blois, s'étoit emparé de sa couronne. Lorsqu'elle en apprit la nouvelle en Anjou, où elle étoit avec GefiFroy, comte de cette province, à qui elle étoit remariée (i i36), elle leva aussitôt des troupes pour s'opposer à son entreprise; mais Etienne étoit déjà monté sur le thrône d'Angleterre, et avoit même fait déclarer, sous son nom, Eustache, son fils, duc de Normandie.
vie de sainte Marguerite, dont ïf avoit été confesseur. » — Extrait du Dictionnaire hMtorique portatif , 1791.
« Il ne faut pas confondre les deux Mathilde, l'une mère et l'autre sa fille cy-dessus, morte en 1168. »
Ces deux dernières notes sont au bas du manuscrit. — Le Martyr rologe ne parle pas de cette sainte, à la date du 3o avril.
On trouve « Redingos, » « Redinges, » et m^me « Radingues, » dans la Chronique de Normandie^ Ibid. — M. Depping dit : « Sa dépouille mortelle portée en Angleterre fut enterrée dans Tabbaye de « Reading,» qui avait été fondée jadis par lui. » Histoire de la Normandie depuis 1066 jusqu'en 1204, I, 432.
I Farin fait d'Eustache, fils d'Etienne de Blois, « le dixième duc de Normandie, w et de Henry II, dit Court Mantel, son « onzième duc. » Ce désaccord pour le rang des ducs normands se retrouve encore ail- t leurs, ainsi qu'il a déjà été dit plus haut, p. 33.
C'est ce qui a donné lieu à la remarque suivante : « On trouve, dans les anciens auteurs, Eustache de Boulogne, dixième duc de Normandie, et Geoffroy Plantagenet le onzième. Nous avons prouvé que c'est mal à propos qu'ils sont placés au rang des ducs; c'est aussi pourquoi Henri doit être le dixième. » Histoire du duché de Nonnandie, par J.-J. Goube, t. I, p. 391. La « preuve est que les cérémonies de l'investiture n'eurent pas lieu. » Ibid,, p. 38o. Bodin compte encore un duc de plus, puisqu'il fait d'Eustache de Boulogne et de Geoffroy Plantagenet le « onzième >» et douzième duc de Normandie. — Voir p. 43.
Des vues d'intérêt portèrent plusieurs habitans de cette province à se déclarer pour luy^ afin de se conserver les biens qu'ils avoienten Angleterre et à le reconnoître, à son arrivée. La guerre fut ouverte et Mathilde, pour profiter d'une faction qui s'étoit formée contre le nouvel usurpateur, passa la mer avec des troupes.
Cependant GeoflFroy, son mary, dit Plantegenest, faisoit rentrer sous sa domination les villes de Normandie qui s'étoient rangées du party d'Etienne. Au bruit mesme de la prospérité des armes de Mathilde, plusieurs prévinrent, par leur soumission, celles -de Geoffroy. Le pays de Caux fut le dernier à se rendre. Sa capitale entraîna plusieurs de ses pla^^ ces dans le party de Tobéissance, et il ne restoit plus dans cette contrée que les châteaux de Drincourt, aujourd'huy Neufchâtel, Lions et Arques, dont Etienne étoit encore en possession (i 143). Mais enfin Geoffroy luy ravit ces places avec le secours qu'il reçut de LouysVII, successeur de Louis Le Gros, son père, Roy de France, qui s'étoit déclaré pour luy.
Geoffroy Plantagenet. Douzième Duc. — La conqueste de ces forteresses, sur lesquelles Etienne fondoit ses dernières espérances, assura au moins à Geoffroy le duché de Normandie, dont Eustache, fils d'Etienne^ avoit eu le titre de duc pendant neuf ans.
1 144. — La Normandie, après cette guerre civile, fut paisible, et la seconde croisade, que saint Bernard eut ordre du pape de prêcher, y prolongea le calme, en faisant prendre les armes à une infinité de seigneurs de la province qui partirent contre les infidèles. Les mauvais succès de cefte expédition, qui dura l'espace de cinq ans, et qui coûta la vie à 200,000 hommes, à qui toute l'Europe avoit part, firent regarder le pape et saint Bernard comme la cause de tous les malheurs qu'on avoit essuyés {1149). Ce saint abbé fut contraint de faire des apologies pour se défendre, où il reje-
toit ces pertes sur les secrets jugements de Dieu et principalement sur les crimes des Croisés, du libertinage desquels les relations qui nous en restent sont de sûrs témoignages; enfin, si l'on ajoute encore à ces désordres ceux qui régnoient parmy les chrétiens de TOrient, qu'on alloit secourir et dont la pluspart ne valoient pas mieux que les infidèles, on y verrade quoy justifier la conduite de Dieu et de quoy disculper sajnt Bernard.
Iç-ouis, que les Grecs avoient fait prisonnier, et qu'ils conduisoient en Epire, se flattant de tirer une forte rançon d'une si belle proie, fut remis en liberté parla flotte de Roger, Roy de Sicile, descendant de Robert d'Hautteville, ce vaillant seigneur normand, qui avoit conquis la Calabre et la Fouille, qui font aujourd'huy la plus grande partie du royaume de Naples.
Etienne, qui s'étoit maintenu en possession du royaume d'Angleterre, avoit voulu faire couronner son fils pour estre son successeur; mais le pape s'étoit déclaré pour le droit de Mathilde et en avoit empêché l'exécution. Geoffroy s'étoit brouillé avec le Roy de France par rapport à un gentilhomme Angevin, dont ce comte avoit envahy les terres. Ce gentilhomme eut recours au Roy de France comme à son principal souverain, pour luy demander justice. Le Roy parla; mais Geoffroy refusa de s'en rapporter à luy, et ce Roy, pour l'y contraindre, prit les armes et entra dans le pays de Caux, à la tête d'une armée (i 1 5o). Ce pays fut entièrement ravagé jusques auprès de Dieppe, et Eustache, qui vouloit profiter de cette occasion pour se rétablir en Normandie, étoit venu se joîndte au Roy, proche d'Arqués.
Henri II, Court-Mantel. Treizième Duc. — Le comte leur opposa son fils Henry, dit au court mantel, qu'il avoit investi du duché de la province. On asssiégea de part et d'autre quelques châteaux, où se terminèrent tous les exploits de cette guerre Une fièvre assés violente, dont le
Roy fut attaqué. Vers ce temps-là, facilita raccommodement, et le gentilhomme Angevin fut remis en possession de ses terres; après quoy, Henry fit un nouvel hommage au Roy. La mort de Geoffroy, son père, qui fut enterré en l'église de Saint-Laurent du Mans, le rendit en qualité d'aîné, comme il Tavoit été déclaré par testament, héritier de tous ses Etats> c'est-à-dire de TAnjou, du Maine et de la Normandie. GeofiFroy, son cadet, eut en partage plusieurs villes, à condition néanmoins que, si Henry venoit à bout de se faire reconnoître Roy d'Angleterre, le comté d'Anjou luy reviendroît : mais: Henry, étant devenu Roy, n'exécuta pas cette clause : le comté de Mortain forma l'apanage de Guillaume, le plus jeune des trois.
1 152. — Le divorce de Louis VII avec la rjeine Eléonore, qui épousa ensuite Henry, second duc de ce nom, excita la guerre entre ces deux prince^. Le Roy prit pour prétexte qu'en qualité de vassal Henry n'avoit pu contracter ce mariage, sans son consentement. La forteresse de Neufmarché, près Gournay, fut emportée par le Roy. Henry, qui n'avoit pu secourir cette place assés tôt, déchargea sa colère sur les terres de Hugues de Gournay, qui s'étoit attaché au parti du Roy et brûla la Ferté-en-Bray, qui luy appartenoit.
Pendant ces troubles, on apprit la mort d'Eustache, ,fils unique du Roy d'Angleterre. Les Anglois, fatigués de la guerre, chargèrent l'archevesque de Cantorbéry de se rendre médiateur entre le Roy et Mathilde. On en vint à un accommodement, par lequel Etienne devoit rester sur le thrône et Henry devoit luy succéder. La crainte de trouver des obstacles, lorsqu'il se mettroit en possession de ce royaume, après la mort d'Etienne, qui arriva effectivement quelques années après (il 54) ', fit rechercher par Henry la protection du Roy de France, qu'il obtint.
I Le 25 octobre 11 54.
Cette précaution ne luy fut pas inutile, car paj ce moyen il se vit monter sur lethrône sans aucune difficulté. Quelque temps après, les fiançailles de son fils aîné, du même nom avec Marguerite (i i56), fille du Roy Louis et de Constance de Castille, qui étoit devenue Reine, après Eléonore, sembloient devoir cimenter cette paix : mais la dot de Marguerite », qui ne devoit estre livrée que quand les deux parties seroient en âge, et dont le Roy Henry s^empara, avant le temps prescrit, fut une occasion de renouvellement de la guerre.
1 163. — Henry fut le premier à porter le ravage dans le plat pays de la France, Louis usa de la même rigueur sur les terres du duché d'Henry ; mais Tentremise des seigneurs de la province pacifia ces deux princes. Leur ressentiment ne fut point entièrement étoufifé et éclata de nouveau quelques années après. Henry porta la guerre sur les terres de Louis (i 167), qui s'en vengea, en saccageant Neufchâtel et BruroUes ^.
Cependant, après ces hostilités réciproques, ils firent la
1 « Cette dot consistoit en tout le pays du Vexin normand, dans le quel étoit compris le Neufchâtel-sur-Epte (Château-sur-Epte, voir plus haut, p. 38). Ce pays avait été aliéné du duché de Normandie par Geoffroy, lorsqu'il sollicita le secours du Roy de France, pour se rendre maître de Drincourt, aujourd'huy Neufchâtel-en-Bray, Lions et Arques. » Addition marginale.
2 « Ce nom est inconnu dans la carte de Normandie, à moins qu'il ne soit pris abusivement pour celuy de Bures, qui se trouve en efifet près de Neufchâtel et dont on a c'éjà parlé. » Addition marginale. — « BruroUes est aussi dans V Histoire de Normandie ^ de Masseville, II, 41. — Ce doit être une mauvaise lecture de « Burettes, » aujourd'hui hameau de la commune de Bures, et qui formait, au xiii« siècle, une paroisse distincte. Son nom figure sur la carte de Cassini, au N.-E., et très près de Bures. « Burettes » paraît devoir être préféré à « Burette, » puisqu'un texte latin de 1 249 donne : « In territorio de Buretes apud Londinas. » M. Fabbé Decorde écrit toujours Burette dans son Histoire de Buresen-Bray, 156-159.
paix, et le Roy Henry II fit rendre hommage à Louis par ses deux fils, Henry pour le duché de Normandie, dont il Pavoit feit déclarer duc; et Richard, pourceluy de Guyenne. Pendant ces troubles, Mathilde étoit morte, et cette princesse laissa à ses sujets le triste regret de l'avoir perdue. Elle fut inhumée en Pabbaye du Bec, ou, selon d'autres, au prieuré de Bonnes-Nouvelles ».
Des aflFaires domestiques inquiétèrent fort, par la suite, le Roy Henry. Ce fut son démêlé avec Thomas Becket, archevesque de Cantorbéry, à cause du refus qu'il fit d'admettre les coutumes royales comme préjudiciables aux lois de Péglise, et introduites par les derniers Rois pour pousser leur autorité au delà des bornes que leur prescrivoit la religion; la persécution de ce prélat dont il occasionna la mort, fût pour luy une source de malheurs (iijS). Ses propres enfans devinrent ses ennemis. Le jeune Henry, que son père avoit associé à là couronne, ne se crut pas véritablement Roy, s'il ne régnoit seul. Le Roy de France, son beau-père, et sa mère mesme jalouse des liaisons secrètes du Roy, son mari, favorisèrent ses menées et le portèrent à une révolte
» « Nota. Mathilde, princesse de grand cœur, et qui, pour avoir épousé un comte en secondes noces, ne voulut pas quitter le titre d'impératrice que son premier mariage luy avoit acquis, avoit choisi sa retraite en Normandie, où elle fonda plusieurs églises et abbayes, entre autres le Valasse ou le Vœu, et fit bâtir à Rouen le beau pont de pierres, dont les ruines n'ont pu encore trouver de restaurateur. Elle . était morte dès l'an 1168. Hist. de Normandie, page 145, in- 12, i665. » Note au bas de la page et qui paraît de la main de Dom Bodin. Les faits signalés sont aussi dans Masseville, Histoire de Normandie, U, 40.
Morte dans l'abbaye de Bonnes-Nouvelles, à Rouen, le 10 septembre 1 167, l'impératrice Mathilde fiit bien inhumée dans l'abbaye du Bec, d'où ses restes ont été rapportés à Rouen, par M. Deville, en 1847, et définitivement placés dans la chapelle Saint-Pierre Saint-Paul de la Cathédrale, le 11 novembre 1871. — Voir les Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, par M. A. Deville, 3e édition, i3i-i35.
ouverte. Bientôt on prit les armes et la Normandie fut remplie de factions. Les unssedéclarèrentpour lepère, les autres pour le fils. Ce jeune prince se mit en campagne, au mois de juin, accompagné de Mathieu, comte de Boulogne, et de Philippes, comte de Flandre, fils de Thierry d'Alsace. Ces derniers vinrent assiéger Aumale, où le comte du lieu n'étoit pas ferme dans les intérêts du Roy, son maître, et, sur son peu de résistance, on Taccusa de collusion avec le comte de Flandre. Il fut fait prisonnier avec la garnison et remit ensuite, pour obtenir sa liberté, toutes ses autres places entre les mains du jeune Henry.
Après la prise d'Aumale, le comte de Flandre vint assiéger Neufchâtel », qui donna des marques de son attachement à son légitime souverain, par la vive résistance qu'il fit; mais enfin il fut forcé, et Mathieu, comte de Boulogne, y fut blessé d'un coup de flèche, dont il mourut quelques jours après.
1175. — Le vieil Henry mit enfin ses enfants dans le devoir et accorda à son fils aîné une pension considérable, avec deux places en Normandie. Ses autres fils, Richard, Geoffroy et Jean eurent les mesmes avantages. Il conclut aussy une paix avec le Roy de France, qu'il confirma par le mariage de Richard, son second fils, avec Adélaïde de France *.
Pendant le cours de toutes ces guerres, plusieurs seigneurs laïcs, et même les évêques et les abbés avoient pourvu à leurs défenses, par des châteaux qu'ils avoient élevés sur leurs terres. Le Roy Henry, pour ôter tous les moyens de révolte,
i « Le père Daniel le nomme Neufchâtel, Masseville, Drincourt, et Dupleix, Dringourtf ou, dit-il, selon quelques chroniques, Château^ Neuf. » Addition marginale de la main du copiste.
2 Elle est appelée ailleurs Alix, et on dit qu'elle ne fut que fiancée à Richard, et qu'elle épousa, le 20 août i igS, Guillaume, 1 1* du nom, comte de Ponthieu. — De Limiers, Hist. généalogique de France, 45,
se saisit de ces forteresses^ dont quelques unes furent rasées. Le château de Gripon S du domaine de Tabbayede Beaubec^ situé dans le district de Neuifchâtel, semble avoir été compris dans ces démolitions. Un ancien mémoire de cette abbaye en parle comme de si ancienne fondation qu'il semble qu'on peut la faire remonter jusques en Tannée SgS. Dans ce siècle^ en effets l'histoire fait mention de Gripont, gentilhomme françois, qui possédoit plusieurs places dans ce royaume. Il fut envoyé par Childebert, Bfcy d'Austrasie, en qualité d'ambassadeur auprès de Maurice^ Empereur de Constantinople, où l'assassinat d'un de ses domestiques causa une forte querelle et dont il eut satisfaction ^.
1180. — Louis VII goûta peu de temps les douceurs de cette paix et paya le tribut à la nature. Philippe, son fils, second du nom, à qui ses exploits méritèrent le titre d'Auguste, luy succéda. Dès que le Roy Henry eut appris le couronnement de ce prince, il témoigna sa crainte par la précaution qu'il eut de faire munir toutes ses places. Ce fut
I «Nota. Par les titres de Tabbaye de Beaubec, on lit dans les aveux, en 1400 et même en i5oo, Gripont^CasteL » Addition marginale de la main de l'auteur. » Le « Mont Gripon m figure dans la carte de Cassini, à l'ouest et à peu de distance de l'Abbaye de Beaubec, où Dom Bodin était religieux et procureur.
« Pépin, surnommé le Bref, eut un frère nommé Grippon, qui, mécontent de son partage et des bornes étroites qu'il mettoit à son autorité, avoit été implorer le secours du duc de Bavière, qui fut ainsi entraîné dans sa ruine. Vie des Hommes illustres de la France^ ou celle de Charles Martel^ tome VII, par Monsieur D'Auvigny. Alias Griphon. » Au bas de la page et de la main de l'auteur. — Jean du Gistre d'Auvigny, mort en 1743, a fait les huit premiers volumes de cette publication in- 12.
a « Ce prince est inhumé dans N.-D. de Rouen. » Addition marginale. — Le tombeau de Henri le Jeune, mort le 10 juin 1 183, est dans le sanctuaire, côté de l'évangile, où il a été retrouvé par M. l'abbé Cochet, le 19 octobre 1866. — Voir les Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, par M. Deville, 3e édition, p. 43-4$.
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pareillement un sujet au jeune Roy Philippe de mettre ses frontières hors d'insultes^ par de nouvelles fortifications. Cette défiance les retînt Tun et Tautre dans la crainte et procura la paix pendant quelque temps. La mort du jeune Henry, dans la révolte dont il s'étoit de nouveau rendu coupable envers son père, servit aussy à la prolonger : mais le prince Richard troubla bientôt le calme dont on jouissoit, en déclarant la guerre au comte de Toulouse, qui réclama le secours de Philippe (i 189). La Normandie fut en proye aux armes des François et ces révolutions, jointes à la nouvelle révolte de Richard et de Jean, son firère, causèrent tant de chagrin à leur père, qu'il mourut. L'abbaye de Fontevrault, qu'il avoit fondée, en Anjou, fut dépositaire de son corps.
1 190. Richard IV, dit Cœur-de-lion. Quaton^ième Duc. — La Normandie et son royaume passèrent à Richard, quatrième du nom, dit Cœur-de-Lion, à cause de son intrépidité. Ce prince, à son avènement à la couronne, fit la paix avec Philippe. Ils s'unirent ensuite pour le voyage de la Terre sainte, dont la défense occupoit toujours les princes chrétiens. Richard conquit, dans sa route, le royaume de Chypre sur Isaac, Roy de cette isle, qui, contre le droit des gens et prince chrétien, s'étoit emparé de quelques vaisseaux anglois et normands, que la tempeste avoit jetés sur ses côtes. Guy de Lusignan, Roy titulaire de Jérusalem, obtint ce royaume de Richard qui, par le retour de Philippe, dont la maladie avoit occasionné le départ, se vit le chef de toutes les troupes chrétiennes : mais le party qu'il apprit que formoit, en Angleterre, Jean, son fi"ère, comte de Mortain; et Philippe, qui entra en Normandie (i 192), contre le serment qu'il luy avoit fait de ne rien entreprendre sur ses Etats, pendant son absence, luy fit faire une trêve avec Saladin et se remettre en mer, où il fut pris par Léopold, duc d'Autriche, qui le mit entre les mains de l'Empereur Henri VL Sa rançon, qui fut de 1 5o,ooo marcs d'argent, épuisa ses