VILLE DE NEUFCHATEL-EN-BRAY
Nedfchatel est une ville du païsde Bray^ située à huit ou neuf lieues de Rouen.
Cette ville est au Nord, dans une vallée riche et abondante en fruits, en grains et pâturages.
Un géographe moderne ? a repris Thomas 0)rneîlle et Baudran4 de ce que Tun et Tautre placent cette ville,
I Le copiste de 178a a complété ce titre en ajoutant : « Composée par Dom Robert Bodin, religieux Bernardin et procureur de la communauté deBeaubec,en lySS.» — L'orthographe de son texte n'est pas non plus celle de notre copie. Elle est plus vieille. Cela s'explique, parce que le premier copiste a suivi le ms. de 17 53, et que le nôtre a réproduit les changements introduits, plus tard, par Dom Bodin lui-même, dans son ms. — Notre texte offre quelques légères modifications d'orthographe, d'accentuation et de ponctuation, au profit de la clarté.
a Voir Remarq.ues et Additions, I, p. 121.
? « Piganiol de la Force, Nouvelle description de la France, tome V, pages lia et ii3 > (Edit. de 171 5.) — Addition marginale sur le manuscrit, où sont d'autres Notes, que nous mettrons partout entre guillemets, pour les distinguer des nôtres, avec l'indication de la provenance.
4 Le premier a fait le Dictionnaire universel, géographique et histo^ rique, etc., 3 vol. in-f», 1708, et l'abbé Michel-Antoine Baudrand, prieur de Rouvres et de Neufmarché, la Geographia ordine litterarum disposita, 1681-1682, 2 vol. in-folio.
tantôt dans le païsdeCaux, tantôt dans le païsde Bray. « Ce sont des fautes qui échappent souvent, dit-il, dans un ouvrage d'une aussy longue étendue que les leurs; » mais dans un ouvrage aussy peu étendu que le sien', puisqu'il n'entreprenoit que la description de la France seulle, devoitil luy échapper de mettre une si grande différence entre le païsde Bray, et le pais de Caux? L'un est renfermé dans l'autre, comme la partie dans le tout; une ville du pays de Bray est donc une ville du païs de Caux, et il n'y a point de faute ny dans Baudran, ny dans Thomas Corneille 2.
L'ancien nom de cette ville étoit Drincourt en latin Driencuria, ou Drincuria, quoiqu'on trouve aussy quelquefois, mais abusivement, Nicourt ou Lincourt, ou Druigourt ; Philippes Le Breton l'a nommée Driencuria ? et je ne vois pas pourquoy M. de Vallois s'est avisé de la mettre sur la Bresle4, à cinq lieues de la ville d'Eu, à moins qu'au lieu de Driencuria il n'ait lu dans le poète Demicuria. On trouve en effet sur la Bresle, à une lieuë d'Aumale, et dans le diocèse d'Amiens, le village de Demicourt.
Quoi qu'il en soit, le Neufchâtel étoit encore appelé, en 120 5, Le Neufchâtel de Drincourt J, mais alors le nom de Drincourt commençoit aussy à se perdre, et on disoit souvent le Neufchâtel tout simplement 6. On prétend que ce
I La Nouvelle Description de la France a cinq volumes in- 12, dans l'édition de Paris, 171 5, et six volumes in- 12, dans celle d'Amsterdam, 1719$
a Tout ce passage est textuellement emprunté à Dom Toussaint Duplessis. Description de la Haute-Normandie, ï, 146 (1740).
5 « Philippide, 1. VI, 98. » Note de T. Duplessis, ihid,
4 « Notitia Galliarum, Driancuria. » Id., Ibid.
J « Archives de V Abbaye de Foucarmont. » Id., Ibid. — « Et 1398, suivant les actes aux Archives de V Abbaye de Beaubec, » — Addition marginale sur le ms. de D. Bodin.
^ ^ Archives de V Abbaye de Fontaine-Guérard. » Note de D.-T. Du-
nMtoit, dans son origine, qu'une maison de bois à trois étages ». Henry !«••, Roy d'Angleterre, iuy substitua, au commencement du douzième siècle 2, le nouveau château dont insensiblement la ville a tiré son nom, lequel a été rasé par ordre du Roy Henry IV en iSpS ?.
Cette ville ne forma d*abord qu'un simple bourgs auquel on donna le nom de Saint-Pierre, qui éioit la seuUe église du lieu, et qui s'étendoit aussy dans la campagne : le prieuré de Sainte Radegonde, au hameau du Mesnil, y est encore compris aujourd'hui. Dans la suite il s'y est formé deux autres parroisses, sans compter celle de l'hôpital Royal dont nous parlerons bientôt; Tune, sous le nom de Notre- Dame, et Tautre, sous celuy de Saint-Jacques. Son enceinte s'estencoreétendue jusque sur les deux parroisses voisines, savoir Quievrecourt et Saint-Vincent de Nogent-en-Bray. L'église de Saint-Pierre, qui fut dédiée le 6 aoust 1248. Odo Rigaut, archevesque de Rouen4, avoit, dit-on J, anciennement haute, moyenne et basse justice, avec un bailliage vicomtal, dont les officiers étoient nommés et institués par
plessis. — En voir un exemple dans une charte de 1259 citée plus loin : Drincourt ou Neufchatel, VI, p. 127.
1 * Ceci ne doit s'entendre que du château après la ruine des fortifia cations en iSg5. » Addition marginale du ms. — Voir, plus loin, dans les Remarques et Additions, V. 126.
2 « Thomas Walsingh. Ypodigm. Neustr., ad. an. 11 35. » Note de T. Duplessis, ibid. T. I, 146.
5 « Mém. de Neuf-Chat, » Id., Ibid. — Nous pensons que cette indication de D, Toussaint Duplessis se rapporte aîi Mémoire de Miton, que le Bénédictin eut à sa disposition.
^ Ce petit détail est ajouté au texte de Duplessis, ainsi que ceci : « Nota que Eudes Rigaut fut celui qui donna la cloche de la cathédrale de Rouen que l'on appelle la Rigaut et fonda du vin à boire par les sonneurs, d'où vient le proverbe dans le pays : Boire à tire la Rigaut ^ pour dire : a Boire à son plaisir. » — Addition marginale. '
$ « Mémoires de Neuf-Chat. » Note de T. Duplessis, Ibid, 147.
le curé : cela ne subsiste plus et Ton ignore ce qui a donné lieu à ce changement. La parroisse de Notre-Dame est devenue la première de la ville ; c'est là que Ton chante les Te Deum, et que se tiennent touttes les cérémonies publiques; la nef de cette église n'a été construite que vers le milieu du seizième siècle, en 1 558 ».
Celle de Saint-Jacques fut ruinée en iSgi, par le gouverneur de la ville nommé Palcheul, ou, selon d'autres, Porcheux, huguenot, par la seule raison qu'elle commandoit au château 2.
Neufchâtel a eu des seigneurs particuliers de la première et de la plus haute noblesse, avant que de rentrer dans le domaine de la couronne 5. Hugues de Neufchâtel étoit beaufrère de Valeran, comte de Meulan, il entraîna avec luy ses autres beaux-freres Hugues de Montfort et Guillaume Louvel .et plusieurs autres seigneurs dans la Ligue que fit, en II23, Amaury de Montfort, comte d'Evreux, pour rétablir Guillaume, fils du duc Robert Courteheuse, c'est-à-dire courte botte, dans la possession de la Normandie injustement usurpée par Henry 1^% Roy d'Angleterre 4. Depuis que cette ville est retournée au domaine, elle a été donnée en douaire, en i35i, à la reine Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe VI le Valois, et Catherine de France, femme de Henry V, roi d'Angleterre J. Philippe- Auguste Ta voit annexée à la vicomte d'Arqués; la mesure d'Arqués y est encore aujourd'huy en usage : mais elle en a enfin été
» Voir la fin de la V* Remarque, aux Remarques et Additions, p. 127.
2 Voir plus loin, Remarques et Additions, XIV, p. 1 39.
î « Mémoires de Neuf-Chat, » T. Duplessis, Ibid, t. I, 147.
4 « En II 24, il est dit : Note, page 14 de V Histoire de V Abbaye de Sainte-'Catherine près Rouen : Isembert, abbé 1er, en io3o, acquit vers le Neufchâtel la moitié de Nogent et Drincourt qu'il achète d'un gentilhomme nommé Hilton. » Addition marginale.
î Voyez RAarques et Additions, VIII, p. i3o.
détachée, et nos Rois y ont érigé un bailliage ' subordonné au grand baillif de Caux, une vicomte ^ et un siège de police, une Election sous la généralité de Rouen, un grenier à sel de vente volontaire, et une Maîtrise des eaux et forêts, qui luy est commune avec la ville d'Arqués; cette Maîtrise se partage en deux gruieries. Tune dittede Neufchâtel, laquelle se tient aujourd'huy à Bel-Encombre, après s'estre tenue au bourg de Saint-Saën; l'autre ditte d'Arqués, qui se tient alternativement à Bel-Encombre et à Dieppe.
Pour ce qui est du gouvernement ecclésiastique, Neufchâtel donne son nom à un doyenné rural de l'arcKidiaconné d'Eu.
Il y a dans cette ville un hôpital royal, dont la chapelle fut fondée, avant la fin du douzième siècle, par un particulier nommé Robert le Bourguignon et qui étoit desservie, vers ce temps là même, par une communauté de Chanoines réguliers 5. En 1 191, le pape Célestin III accorda à cette maison le droit d'avoir une chapelle, où les frères, les malades et tous ceux du dedans pourroient entendre la messe> le service divin et recevoir les sacrements de l'Église, avec une cloche pour appeller à l'office ceux d'entre eux qui dévoient ou avoient dévotion d'y assister, et un cimetière pour leur usage. En conséquence de ce privilège, l'hôpital de Neufchâtel, qui avoit même des fonts baptismaux, a jouï depuis des droits parroissiaux sur le peuple de son enceinte ; mais les fonts ont été portés à la chapelle de Saint-Antoine, à un quart de lieuë de la ville.
1 Voyez, plus loin, Vie Remarque, p. 127.
2 Voyez, Jbid.f Vile Remarque, p. 129.— «Le Roy ayant érigé vn siège presidial de bailliage et vn de maréchaussée à Dieppe, pour cet effet, a distrait les vicomtes d'Arqués et de Neufchâtel du presidial de Caudebec, » en 1642. Histoire de la Réformation à Dieppe^ parlas Daval, II, 119.
5 « Archives de VHôpitàl royal de NeufchdteU » Note de Duplessis, ïbidy 1. 1, 148.
Cétoit anciennement > la chapelle d'une ferfhe nommée le Manoir de la Montagne, dépendante de l'hôpital. Là les religieux exerçoient les fonctions de curé sur leurs fermiers et sur tous ceux qui étoient de leur territoire; aujourd'huy encore oeux-cy sont obligés de faire leurs pâques à Thôpital; on leur y dit la messe, les festeset dimanches; on y fait Peau bénite et l'exhortation au peuple; cependant celuy qui est chargé de ces fonctions est amovible et ne les exerce que par commission. Les relligieuses qui ont succédé aux chanoines réguliers, le présentent à Tarchevêque, qui lui donne des pouvoirs. Le curé de la paroisse de Saint-Jacques, dans l'étendue de laquelle l'hôpital est situé, a souvent inquiété les chanoines et les relligieuses à ce sujet, mais inutilement; la bulle^ du pape Célestin III avoit été confirmée par d'autres bulles, et par lettres patentes du mois de juin en 1379. Enfin il a renoncé à tomes ses prétentions, et reconnu le droit des relligieuses par acte du 23 février 1738.
Ces relligieuses, qui étoient une colonie de l'abbaye de Bival, sont, quoy qu'en dise l'auteur dont le présent extrait est tiré ^, de Tordre de Citeaux. Il est vray qu'elles n'en ont point retenu les usages, si ce n'est peut-être l'habit blanc, quoy que cette couleur ait été portée indifféremment comme le noir, dans plusieurs monastères purement bénédictins J, ainsy qu'à l'abbaye du Bec, et ailleurs; ce ne sont donc point des bénédictines habillées de blanc, puisqu'outre qu'elles se réclament de l'ordre de Citeaux, elles interrompent le bréviaire bénédictin, dont elles se servent, pour faire l'office des
' « C'est àujourd'huy un ermitage. » Addition marginale. ' a D. Toussaint Duplessis, dont tout ce qui précède est extrait textuellement, à quelques mots près, Description de la Haute^ Normandie, I, 146-148. Il avait dit : « Ces religieuses... devroient, ce semble, être de l'ordre de Citeaux... Ibid., p. 148.
î « Saint Benoît, dans sa Règle, dit : Non causentur de coloribus monachi. >» Addition marginale.
saints de Tordre de Citeaux. Le sujet de cette variation nous est inconnu ' ; d'ailleurs elles reconnoissent en tout la juridiction de l'ordinaire, comme les relligieuses de Bival d'où elles sont sorties.
L'archevesque de Rouen leur ayant donné la permission, le i6 novembre 1641, de s'établir à Neufchâtel, elles se logèrent d*abord dans une maison de la grande rue, près de la fausse porte, oîi pend aujourd'huy ^ pour enseigne la fleur de lys; mais par transaction, passée le 12 mars i652, entre elles et les chanoines réguliers, et confirmée par brevet du Roy-le 3o du même mois, ceux-cy leur abandonnèrent nonseulement l'hôpital, mais encore leur propre monastère. Il est vray qu'on usa contre eux de voyes de fait, et qu'ils furent plustôt expulsés, qu'ils ne se retirèrent de bonne grâce; cependant ils ne furent pas totalement dépouillés; ils étoiént cinq et l'on fit à chacun d'eux une pension honneste 5: D'un autre côté l'abbé de Sainte-Geneviève de Paris, qui s'étoit opposé à l'exécution du brevet, transigea aussi avec les relligieuses. Il obtint huit cents livres de pension annuelle, tant pour indemniser la congrégation que pour l'entretien de deuxrelligieux dans son abbaye, et le conseil privé ratifia ce nouveau concordat par arrest du 20 août de la même année, sans déroger au brevet. Les relligieuses n'ayant pu emporter la place qu'à cette condition y entrèrent en effet en 1654 4. L'archevêque de Rouen s unit ensuite l'hôpital à leur communauté par décret du 25 septembre 1 65 5; le Roy confirma cette union par lettres patentes du mois de mars i656, enregistrées au
1 Ce passage a été introduit, par Dom Bodîn, dans le texte de D. T. Duplessis.
2 « Où a pendu longtemps. » En interligne. — T. Duplessis a indiqué comme source : « Archives de V Hôpital roialde Neuf-chdtel.nl, 149.
î « Archives du Parlement de Rouen, » Note du même. Ibid, 4 « Archives de VHôpit, roial de Neuf-châteU » Id., Ibid, ^ François III de Harlay de Chanvallon*
Parlement, le 3 o aoust suivant ', après que les relligieuses eurent déclaré qu'elles ne prétendoient aucun droit à la cure de Bully, dont le patronnage ^voit appartenu aux chanoines.
Ces relligieuses n'ont été gouvernées, pendant 84 ans ^, que par des prieures perpétuelles, à la présentation du Roy; mais Madame Marie-Anne Le Normand, qui précédoit Madame Le Veneur qui gouverne aujourd'huy 5, a été nommée abesse par brevet du Roy du 25 avril 1 735, et par bulle du pape du 28 mars 4 suivant; leur église porte le nom de Saint-Thomas, archevêque de Cantorbéry. Il y a, dan^Phôpîtal, dix lits pour les pauvres malades J.
Les autres établissements de piété, qui se sont formés à Neufchâtel, sont un couvent de Pénitens, un couvent de Cordelières, et un second hôpital gouverné par des filles séculières.
Les Pénitens sont redevables» de leur fondation aux seigneurs de Nogent en Bray, qui les établirent, le 12 septembre 1 389, aux portes de la ville, sur un terrain de la paroisse de Quievrecourt, qui relevoit d'eux et que l'on appeloit Bernesault 6. Le Roy Louis XII confirma leur établissement, au mois de février 1 5 1 1 . Leur église fut dédiée sous le nom
1 « Archives du Parlement de Rouen, » T. Duplessîs, Ibid, 149.
2 Au lieu de u pendapt quelque temps » chez T. Duplessis.
? Ce membre de phrase est une addition au texte de D. T. Duplessis, qui parle seulement de « Marie-Anne Le Normand. » — « Aujourd'huy » se rapporte à 1753, pour Dom Bodin, et à 1740, pour Dom T. Duplessis.
4 « Mais, » dans T. Duplessis.
$ Le présent a été changé en passé : porta et avoit. — L'auteur a dû faire cette correction après la Révolution de 1789, qui avait changé rétat décrit ici.
6 « Jean-Marie de Vernon, Histoire du Tiers Ordre de Saint'Fran- £ois, t. III, p. 261. » Note de T. Duplessis, Ibid, i5o.
de Saint- François, le 8 Juillet i526, par Nicolas, évêque inpartibus '. Après une réforme qui y fut établie en 1614, les réformés prirent la place des anciens et obtinrent des lettres patentes, au mois de novembre 16 16. Vers ce même temps, le Roy leur donna les démolitions du château dont ils se sont servis pour renouveler tous leurs bâtiments qui tomboient en ruine ^.
Les Cordelières sont î aussy relligieuses du tiers ordre, et distinguées des Urbanistes; elles étoient venues de la ville d'Hédin en Artois, au nombre de sept; elles furent reçues à Neufchâtel, en iSoj, oîi elles se consacrèrent d'abord à assister les malades, et à ensevelir les morts 4. Deux filles de la ville, dont le nom n'est point venu à notre connoissance, leur donnèrent la maison qu'elles occupent, sur la paroiçse de Notre-Dame î; le pape Jules II confirma leur établissement, la même année : Louis XII le ratifia Tannée suivante. Elles s'ysont bâti une église, sous le nom de l'Annonciation de la Sainte-Vierge : enfin, en 1643, elles ont embrassé la clôture, à laquelle elles n'avoient point été assujetties jusqu'alors.
Il y avoit près de la ville, au faux bourg de la porte des Fontaines, anciennement ditte la porte de la Chaussée ^ une
I « Mémoire des Pénit, de Neuf chat, » Note de T. Duplessis, Ibid, 1 5o.
3 Voir le Mémoire de Miton, p. 1 32, et le Poème de P. de Grouchy, p. 206.
? Le présent a été remplacé par : « étaient ^ sur le ms. n II en est de même pour tous les verbes au présent qui vont suivre.
4 « Archives des Cordelières de Neufchâtel. » Note de T. Duplessis, Ibid.
5 a Qui était leur véritable église, où elles assistoient à Toffice, se confessoient, communioient et faisoient tous leurs exercices de piété. » Addition marginale.
6 D'après le plan de M. Brasseur, la porte des Fontaines et la porte de la Chaussée étaient deux portes distinctes, toutes les deux sur le côté Sud de la ville, la première plus à TEst, la seconde plus à TOuest. — « Cette porte de la Chaussée, conduisant au Hamel ou faubourg du
Maladrerie sous le nom de Saint-Jean-Baptiste ^ laquelle, après avoir été desservie, sur la fin du iS^ siècle, par un maître, par des frères et par des sœurs, et avoir ensuite acquis le droit de paroisse, n'étoît plus, vers Tan 1 55o, qu'un bénéfice simple, à la présentation des habitans 2. Le Roy Charles IX le donna aux Cordelières, à la prière de Monsieur Groulard, premier président au Parlement de Rouen, par lettres patentes du i3 aoust i563 k En vain les habitants s^y opposèrent; les relligieuses obtinrent contre eux, au mois de juillet 1 582, un arrêt du Parlement 4, et ces lettres patentes furent ensuite confirmées par les Rois Henry III, Henry IV et Louis XI IL Cependant, en 1639, au mois d'aoust, le mesme Louis XIII y nomma une relligieuse du prieuré de Saint- Aubin, près de* Gournay; mais, au mois d'octobre suivant, la provision fut accordée aux Cordelières : celles-cy obtinrent encore en leur faveur de nouvelles lettres patentes confirmation des premières, en i653. Le Parlement, avant que de les enregistrer, leur en donna la provision seulement par arrest du 19 de may de la mesme année, et les enregistra enfin le 1 3 de juin suivant. Malgré tant de titres, ces relli-
Ménil, est ainsi appelée, parce que cette chaussée élevée servait à retenir les eaux stagnantes du vivier du petit moulin appartenant à l'abbaye de Royaumont, lequel vivier était plus bas de dix-huit pieds que le ruisseau actuel. Le moulin tournait (?) en dessous anciennement. » Addition marginale. — Probablement « Le moulin du ruisseau du Coisel, » nom donné à un ruisseau formé par Teau des Fontaines, et qui traverse la partie S. S.-O. de Neufchâtel, avant de se jeter dans la Béthune.
1 La carte de Cassini place « la Maladrerie de Saint-Jean, » à i kilomètre environ au S.-E. de Neufchâtel, sur la route de Forges. — Voir Additions et Remarqijes, III, p. i23.
2 « Archives des Abbayes de SainUOuen et d'Aumale, Archives de l'Archevêché de Rouen. » Note de T. Duplessis, Ibid, 1, i5o.
? « Mémoires de Neufchâtel. » Note de T. Duplessis, Ibid, 4 « Archives du Parlement de Rouen. » Id., Ibid.
.gieuses ont perdu la jouissance de cette MaJadrerie; le Roy la leur retira en 1 674, pour la donner aux chevaliers de Saint- Lazare, à condition cependant que ceux-cy leur en feroient 3oo liv. de rente '. Nous allons voir qu'elle devoit encore susciter un plus grand procès entre les trois communautés de filles de la ville.
Celle d'entre elles, dont il nous reste à parler, porte ^ le nom de la Miséricorde; ce sont 4es filles séculières, qui font cependant des vœux simples. Adrien Le Bon, prieur titulaire de Saint-Lazare de Paris 5, les fonda en 1634, avec la permission de Tarchevesque, et l'agrément des habitans, pour avoir soin des pauvres malades de la ville; (car on ne recevoit alors, et on ne reçoit encore aujourd'huy 4 que des gens de guerre à l'hôpital royal;) et pour faire l'école aux petites filles 5. Saint Vincent de Paul ^, son résignataire, se
1 « Archives des Cordelières de Neuf-chdteL » Note de T. Duplessis, Ibidy I, i5i.
2 Le ms. de Dom Bodin donnait le pluriel (celles) et Timparfait. Nous avons conservé le texte primitif, littéralement emprunté à Toussaint Duplessis, comme le reste, depuis le début de cette Histoire de NeufchdteL
? « Natif de Neufchâtel. » Addition marginale.
4 Membre de phrase biffé dans le ms., et qui se trouve chez T. Duplessis. Il a dû rêtre après la Révolution de 1789, quand le texte a été modifié, d'après les faits accomplis.
j « Archives de V Hôpital de la Miséricorde de Neufchâtel. » Note de T. Duplessis, Ibid,
6 «c Saint Vincent de Paul mourut à Paris le 27 septembre 1660, âgé de 85 ans. » Addition marginale. — Une autre addition, qui n*est pas de la main de Dom Bodin, mais de la personne qui a changé les temps des verbes, dit : « Mort à Paris le 25 novembre 1660, âgé de 55 ans. » C'est une double erreur ; car saint Vincent de Paul, né le 24 avril 1 576, et mort à Paris le 27 septembre 1660, était bien dans sa 85* année, quand il mourut.
transporta exprès à Neufçhâtel pour faire cet établissement avec luy «.
Ce nouvel hôpital fut destiné pour huit sœurs et pour dix lits de malades. Depuis les sœurs ont été en plus grand nombre, et leur abolissement, que Farchevêque avoit entrepris en leur defifendant de recevoir des sujets, n'ayant point eu lieu, par les moyenè qu'elles opposèrent, elles et les habitants, on leur a adjoint des sœurs de charité qui doivent après elles les remplacer. Ces dernières voies d'accommodement plurent d'autant plus aux Bernardines, à qui on vouloit les réunir, qu'elles se fussent trouvées surchargées de ce second hôpital, outre les écoles qu'elles eussent eu à tenir ^.
Lé nombre des lits y a aussy été augmenté, et aujourd'huy il y en a douze, distribués également en deux salles, l'une pour les hommes, et l'autre pour les femmes ?. Les salles avec la chapelle du dehors sont sur la paroisse de Saint-Pierre, mais le chœur 4 et le bâtiment des sœurs sont
1 a La confrérie de Neufchâtel fut fondée en 1634, deux ans après celle d'Aumale, et dotée par Adrien Lebon, de Londinières. » Histoire d*Aumale, par M. Semichon, II, 172. — « Monsieur Vincent, » comme on disait alors, conserva des rapports avec Neufchâtel. Il adressa au moins deux lettres à des habitants de cette ville, et nous publions celle qu'il envoyait de : « Paris, ce 28 juin i65o, à Monsieur HerchoUe, curé de Neufchâtel. » — Voir Appendices, II, p. 1 67.
2 Le passage : « Depuis les sœurs, etc., » jusqu'ici, n'est pas chez T. Duplessis. Il appartient à Dom Bodin, qui va continuer immédiatement ses emprunts textuels.
3 « En 1782, les Bâtiments neufs, sur la nouvelle chaussée et dans l'intérieur, entre cour et jardin, ont été faits à l'aide d'un don de 3,000 fr. fait, à son cours de visite diocésaine, en 1778, par Mg» Dominique de la Rochefoucauld, cardinal, archevêque. » — Addition marginale par l'auteur et postérieure à la composition de l'ouvrage (i753).
4 Une autre copie de la Bibliothèque de Rouen, porte : « La cour. » Dom Duplessis donne bien : « le chœur. » — Cette copie a été faite en 1782.
sur celle de Notre-Dame. Les hospitalières obtinrent, au mois de janvier 1667, des lettres patentes, que le Parlement enregistra le 28 de janvier 1671, à condition que le bien de la communauté ne seroit point uni avec le bien des pauvres '. Celuy-cy est, en effet, administré par trois bourgeois de la ville. A Tégard du spirituel, chaque curé a droit sur son paroissien malade, et luy administre les Sacrements, mais les sœurs ont un chapelain et un cimetière pour elles ^.
Par arrest du Conseil du 22 décembre 1694 ^ le Roy unit la Maladrerie de Neufchâteletd'Ovillers 4 avec la léproserie et l'hôpital de Gaillefontaine s à Thôpital de Neufchâtel. Ceux qui avoient poursuivi cet arrest ne s^tant pas expliqués assez nettement donnèrent lieu à un équivoque qui dut les jetter eux-mêmes dans un assés grand embarras «, lorsqu'il fallut mettre l'arrêt à exécution. Il y avoit deux hôpitaux à Neufchâtel, l'hôpital Royal, et celjiy de la Miséricorde, et il s'agissoit de sçavoir auquel des deux les maladreries seroient réunies 7.
En 1695, les relligieuses de l'hôpital obtinrent des lettres patentes en leur faveur : mais les Cordelières, à qui la Maladrerie de Saint-Jean avoit appartenu autrefois, et qui jouissoient encore de 3oo liv. de rente sur ce bénéfice, et Tabbaye de Bival, à laquelle l'hôpital de Gaillefontaine étoit uny depuis l'an 1369, formèrent opposition à l'enregistrement de
» « Archives du Parlement de Rouen. » Note de T. Duplessis, Ibid^ I, i5i.
a « Mémoires de Neufchâtel. » Id. Ibid.
i « Archives du Parlement de Rouen, » Id., Ihid,
A < Haut-Viller. » T. Duplessis. Aujourd'hui : « Auvilliers, » à I2kilom. E.-N.-E. de Neufcl^tel « Altum-Villare, » justifie l'orthographe de a Haut-Viller » ou « Haut-Villiers », à cause des deux // mouillées.
J « Un religieux de l'abbaye royale de Beaubec estoit administrateur <ie cet hôpital. » — Addition marginale de la main du copiste.
6 Voir Remarques et Additions, IV, p. ia5.
7 « Unies, » T. Duplessis.
ces lettres patentes; d-un autre côté, les sœurs de la Miséricorde agirent assés puissamment pour venir à bout de ce qu'elles souhaitoient. Elles ne demandèrent que la Maladrerie de Saint-Jean, qu'elles obtinrent par de nouvelles lettres patentes du mois de janvier 1696,
Les relligieuses de Thôpital Royal s'opposèrent à leur tour à Tenregistrement, et le Parlement, par arrest du 1 1 février suivant, renvoya les parties par devant le Roy '. Alors le comte de Boullainvillers, seigneur de Neel *, intervint dans le proceds; il prenoit parti pour Thôpital Royal. La dame de Manneville, qui en étoit devenue prieure, lui appartenoit de près?. Il représenta au Conseil qu'un Gérard Talbot4 avoit fondé cette Maladrerie; qu'il luy avoit aumône cent une acres de terre relevant du fief de Neel, et qu'en qualité de seigneur de ce fief il avoit des droits à revendiquer sur le bénéfice çn litige; je ne sçais s'il prouva bien démonstrativement ce qu'il avançoit. Mais le Roy, sans avoir égard à la requeste, ordonna par arrest définitif du 6 avril 1697 s, que
» « Mémoire de VHôpital roial de NeufchâteL » Note de T. Duplessis. Ibid, I, i52.
a « Nêle. » T. Duplessis. — Nesle, aujourd'hui Nesle-Hodeng, à 4 kilom. S.-E. de Neufchâtel, et tout près de Saint-Saire. — Henri de Boulainvilliers était seigneur de Nesle. Une addition marginale porte : « Né à Saint-Saire en 1 658 et mort en 1722. »
3 François de Boulainvilliers, comte de Saint-Saire, père de Henri, avait épousé, le 8 janvier i658, Suzanne de Manneville.
4 « Nota. Gérard Talbot est dit avoir donné Véglise de Treforet au prieuré de la Magdeleine de Rouen et non pas aux frères et sœurs de SainfJean de la maladrerie de Neufchâtel. Henri de Boulainvilliers avait gratuitement avancé ce pléonasme (sic), » Note du ms. — L'abbé Barré, possesseur du ms., que nous éditons, a mis ce renvoi sur le mot Eglise : « Le patronage de Treforet. » Farin, III, p. 32. — L'Histoire^ de Rouen, édition de 1668,. mentionne le fait annoncé.
J « Archives du Parlement de Rouen, » T. Duplessis, Ibid,
Tabbaye de Bival demeureroit en possession de Thôpital de Gaillefbntaine, et que la Maladrerie de Saint-Jean appartiendroit à Fhôpital delà Miséricorde, qui feroitaux Cordelières de Neufchâtel les 3oo lîv. de rente, dont Tordre de Saint- Lazare avoit été chargé envers elles, Ainsy il ne resta à l'hôpital Royal de tout ce qu'il avoit obtenu en 1695, que les deux Maladreries de Gaillefontaine et Dovillers.ou Haut villers K
Après les établissements relligieux dont nous venons de parler, il ne manqtioit plus dans cette ville qu'un collège oti la jeunesse pût joindre l'érudition à l'éducation qu'elle commence à recevoir des parens. Au mois d'octobre 1697, Antoine Duhamel, prêtre, maître ès-arts de la Faculté de Paris, fut le premier que l'amour de la patrie et la piété, engagèrent à procurer cet avantage au lieu de sa naissance; il légua une somme de 1,800 liv. pour jetter les fondements de cette institution. Jean Bruyer, prêtre, ancien curé de Sainte-Beuve-en-Rivière, seconda de si nobles intentions, et constitua au moyen seulement de ces 1,800 liv. dont il se chargea, cent livres de rente annuelle et perpétuelle au profit du collège, et ces cent livres de rentes furent jointes à la somme de 180 lîv. de revenu annuel des biens de la mesme ville, destinée pour un écrivain dont la place étoit alors vacante, à cause du peu de revenu qui y étoit attaché. Ces deux sommes réunies furent alors désignées pour servir aux appointements de trois régens prêtres. On dressa des règlements que Tarchevesque authorisa, et l'établissement fut confirmé par les officiers du bailliage et les habitans. Ce collège est toujours » de plein exercice, et a été stabilié dans l'Hôtel-de-Ville bâti en 1726. •
' Ici s'arrête cette longue citation de Dom Toussaint Duplessis, dont le nom est en tête des indications de source données par l'auteur.
a « A toujours été jusqu'à son extinction, etc. » — Mots en interligne et d'uae autre main que celle de l'auteur et du copiste.
Pour mettre enfin le comble à de si beaux progrès, le sieur Bridoux », vicaire de la paroisse de Saint-Jacques, fit présent au public de sa bibliothèque, oti Tesprit trouve également à s'édifier et à s'orner. Sa maison fut destinée pour le logement des vicaires, ses successeurs en la mesme paroisse, et une salle pour recevoir les lecteurs ^.
Nour croirons avoir enfin satisfait et rempli le projet que nous nous sommes proposé dans ces anecdotes, lorsque nous aurons dit ce que nous avons appris touchant les droits de patronnage, et de collation aux cures de cette ville.
Celle de Saint-Pierre, comme étant située dans l'ancienne ville, est à la nomination du Roy. Les deux autres 5, ayant été pratiquées sur le territoire des seigneurs des parroisses voisines, ont resté à la nomination des dits seigneurs 4. Les
1 < Nota. Le s' Bridou étoit descendant du sr Bridou, vicomte de Neufchâtel en i563, date d'un arrêt de règlement rendu par le parlement de Rouen, et obtenu contre luy par le s' Bertrand Bodin, lieutenant général de la Vicomte. » Addition au bas de la page. — Ces deux noms reviennent fréquemment dans le Mémoire de Miton. — Voir Index des noms de personne,
2 « En 1793, cette maison, d'après la suppression de la paroisse de Saint-Jacques, en 1 791, et de celle de Saint-Pierre, a été vendue par la nation et convertie aujourd'hui à l'usage d'un café ; et les livres ont été déposés à la maison commune avec les livres des abbayes de Beaubec, de Foucarmont et autres, confisqués sur les émigrés, dont la plupart ont été enlevés pour la bibliothèque nationale de Rouen et dont il ne reste plus à présent que des ouvrages de rebut dont la plus grande partie sont des ouvrages séparés. L'église de la paroisse ayant été vendue, après avoir été entièrement dévastée et dont il ne restoit que les quatre murailles, a été destinée par celui qui en avoit fait l'acquisition à y mettre passer la nuit les bœufs qui passoient journellement par le pays pour les envoyer aux troupes du nord. » — La première partie de cette Note est de Dom Bodin; la seconde, d'une autre main, celle de M. Mathon, ancien conservateur de la Bibliothèque de l^eufchâtel.
* 3 Saint-Jacques et Notre-Dame.
4 « Une partie de la ville est encore située dans retendue des deux paroisses voisines de Quièprecourt et de Nogent-en-Brai, » T. Duplessis,
reliigieux Chartreux de Gaillon les confèrent, à la représentation des reliigieux Bénédictins de Fabbayede Sainte-Catherine ^, abbaye autrefois existante sur la montagne qui porte encore ce nom et domine sur la ville de Rouen. Les mallyurs des guerres furent la cause de la ruine de cette abbaye, dont une partie des biens furent distribués aux Chartreux de Gaillon et de Rouen.
Si nous pouvons par la suite faire quelques nouvelles découvertes qui concernent notre illustre patrie^ nous ferons part de toutes celles qui nous paraîtront importantes par les additions que nous ferons cy après. Le lecteur voudra bien se contenter de celles que nous fournissons icy^ et nous osons nous promettre une indulgence entière pour tout ce petit ouvrage, qui n'est qu'un faible reste (remplaçant crayon) de tout ce que la mémoire ingrate a pu nous fournir '.
Descript. de la Hcaite-Normandie, 1, 612. — On disait aussi : « SainU Vincent de Nogent ou même Saint Vincent simplement. » Id., Ibid. , p. 621.
I Voyez Remarques et ÂDDrnoNS, X, p. i35.
a A partir du paragraphe : « Nous croirons avoir » (p. 16), le texte a été complété par Dom Bodin. La copie de 1782, que possède la Bibliothèque publique de Rouen, a supprimé simplement le dernier paragraphe : « Si nous pouvons, » etc.
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