S0U6 LÀ SECONDE RACE
Gei^main-des-Pre^) , mirent en fuite les tiégocians , les navigateurs sur la Seine ^ et le$ firefnt prisonniers (i). Cette incui^sion des Nornnands fut suivie de plusieurs autres , qui durent être encô»e plus funestes au commetce de Paris.
Depuis cette époque jusqu'au treizième siècle , le t^ommerce mt là Seine parait avoir été entièrenKînt inierrômpd : on ne trouve point d'indices de son existence.
Lefe Juifs , dont r^^vidité savait braver les datigërs , les avanies , ainsi que les extorsions des hommes puissans , «e livraient or* dinaireraent à un genre de négoce plus pro* pre à détruire l'industrie qu'à la faire prospérer : ils restèrent encore à Paris. Les marchands syriens, qui abondaient dans cette ville sous la première race , en disparurent pour toujours. L'horrible anarchie qui signala les derniers temps de la seconde race n'était guère propre à faire revivre le commerce , à favoriser cette précieuse branche de l'économie sociale.
{i') Annal. Êé^tmidn:adàtmuin^i\ fte^uml des. historiens de France ^ torti.. Vil , piig. ^6.
564 HISTOIEE t>E PARIS
Il existait à Paris un établissement où Fob frappait monnaie ^ comme on le voit par on capitulaire de Charles-'le-Chauve , de Fan
Paris était trop pauvre ^ ses habitans trop misérables , trop ignorans pour qu'il pût s'y établir des spectacles publics. Cette absence est peut-être Tindice d'un défaut de prospérité , mais elle ne doit pas être regrettée ^ car, p'endant cette période, ces amusemens étaient extrêmement grossiers. Charlemagne, dans un capitulaire donné à Aix-la- Chapelle en ^89 5 défend auxjils de prêtres^ et à tous les chrétiens , d'assister à ces spectacles , où l'on ne voit , dit*il , que des indécences (a).
$ V. Tableau moral de Paris.
Le tableau des moeurs des hommes puissans de la seconde race difiere peu de celui des mœurs des princes et des ducs de la
(i) Baluzii Capitul. iom, II, col. 178. (2) Baluzii Capitul, tom. I, col. 227.
SOVS LA SECONDE KÀCE. 565
première. Si Ton en excepte le3 règnes de Pépiurle-Bref , de Charjernagne , et même celi4 du faible Louis-le-Débonnaire, règne! ^m ne sont certainement pas exempts de taches, on trouve, dans les princes car-f lovingiens, les mêmes 4l^sordre,$, le? mêr mes erreurs, les mêmes .crimes que che? les princes mérovingiens. Le uaturel des Francs, comprimé par Charlemagne , ne fut point changé! La barbarie, quoique ^tr taquée , conservait encore son empirç* On peut en juger par les atroces inoyens emr plQyés par cet empereur lui-même pour convertir les Saxons à la religion chréj tienne. Ces brutales et sanguinaires cohr versions ne sont pas seulement consignée^ dans les pages de l'histoire , elles le sont encore dans les lois quHl a promulguées. Mahomet disait : Crois ^ ou je te tue ; Charlem^gne, inspiré par des prêtres peu chrétiens, adressait aifx Saxons cette menace législative : Si quelqiÀun parmi vous se cache pour échapper au baptême , quil meure (i).
(i) Baîuzii Capital, tom. I, col. 25a.
Mais voîci un trait qui- peint yivcment h férocité des mœurs de l'épo^fue la plus brillante de cette période. Lorsqu en 8o6Gfearlemagné divisa ses vastes Etats entre scb trois fils , il voulut donner à ses intentions paternelles Fautlienticité d'une Ici : îl les déposa dans un capitulaire dont voiei nn article littéralement traduit : « Il nouas a » plu , dît-il à ses fils , d'ordonner «pie , » dans quelque occasion que ce soit, de )y quelques crimes que Pon accuse vos en- » fans , ils ne soient point , sans diseussîon, » sans forme de procè&, privés malgré eux » de leur ctevelure, qu'on ne leur coi^ » point lies mains , qu'on ne leur arrache » point les' yeux, et qrfbn ne les -^orge r> point ; nous votdtons' qtt'auprès de leur M père et de leurs oncles fis- soient faono- » rablcment considérés (îj. » • ' Quel était donc le caractère«dîes membres de la femille de Chariemagne, puisque cet empereur sent la nécessfté de leur faire ttne
(i) Baluùi Capitular, tom. I, col. 445 1 446, Capitular. I , anni 806^ actj jj^.
sous LÀ SECONDE B.A.CF.. 56^
t«lle ^econunandation , de donner un pareil or4re ? Les fils de cet empereur étaient donc a^sez féroces pou^ arracher les yeux à leurs enfans, pour les dégrader , les mutiler, les égorger , sans (brsiies légales , sans de ji^stes motifs ?
Parmi les nombreuses épouses ou coneubme9 de Charlemagne, Fastrade fut la plus chérie et la plus fameuse par ses actes de cruauté. Il eut d'elle un fil» nommé Pépînle^Bossu qui, en 791 , de concert avec plu* sieurs seigneurs , conspira contre la vie de son père.
En 830, Louis-Je-Déhonnaîre vît sa personne humiliée , dégradée et son trône ébranlé par des princes , des dues , des évoques et desabbés^ Us accusent cet empereur de souffrir à sa cour des personnes adidtères , des sorciers , des devins ] ils accusent Judith , son épouse, d*un commerce coupable avec Bernard , duc de Septimanie ^ enfin ce faible et malheureux empereur , épouvanté par les menaces die ces puissans conjurés , se réfugie à Gompîègne , fait Qsquiver le duc Bernard-, ^t envoie son
épouse accusée dans un monastère de Laon.
Les conspirateurs ne se contentèrent pas des actes de soumission de ce prince, ils youlaieiit ses États . Ils arrivent à Compiègne, s'emparent deTautorité suprême , ordonnent que Judith , tirée du monastère de Laon , sera traduite devant eux , lui commandent de prendre le voile et d'engager son époux à se faire moine : puis ils relèguent cette impératrice à Poitiers , dans le monastère de Sainte-Radegonde , avec ordre de s'y faire religieuse. Conrad et Rodolphe , frères de cette impératrice , sont rasés et renfermés dans un monastère. Bernard s'étant évadé , ils ne purent exercer aucune rigueur contre lui \ mais ils escilèrent son cousin Odo , et crevèrent les yeux à son frère Héribert.
Dans la même ville de Compiègne , les conspirateurs , ayant l'intention de détrôner l'empereur , et de le réduire à l'état de^moine , tiennent une autre assemblée où ilsle foi^t comparaître comme un accusé. Là on vit l'empereur des Francs, le fils aine de Charlemagne , l'homme le plus considéré çn ï^irope pa^* sa pui^jsanc^ , cpnsteroé ,
sous LÀ SECONDE RACE. SSg
humilié, faire lui-même Faveu de ses fautes prétendues, en demander pardon, remercier même ses accusateurs, et consentir à ce que l'impératrice son épouse fut détenue datis un monastère.
Cet empereur parut si humble, si résigné, si avili, que ses ennemis en furent touchés , et l'invitèrent à s'asseoir sur le trône.
Ces dispositions favorables ne furent pas de longue durée : un nouveau chef de la conspiration se présente , fait changer les es-, prits ^ d'après sa volonté, l'assemblée ordonne que l'empereur sera déposé et fait moine. On l'entoure en conséquence de prêtres chargés de le préparer au nouvel état qu'on lui destine, et en attendant on le détient prisonnier. Mais un moine habile parvient à semer la division entre les conjurés. Le parti de Louis en profite , et cet empereur recouvre toute son autorité.
Quels sont ces conspirateurs? Dès princes, des ducs, des évêques, des abb^s.
C'est Hilduin , archi-chapelain de Louis , depuis abbé de Saint-Denis ; c'est Wala , abbé de Corbie *, Jessé , évèque d'Amiens j
5^0 ' HISTOIÏIE DE PAKIS
Matfrîdus ^ évêque d'Orléans , etc. , etc.
Les ckefs de cette conjuration sont aussi Hugues, abbé, propre frère de Louis-le- Débonnaîre y les fils même de cet empeî^nr, Pépin et Lothaire *, c'est Ce dernier qpaî vint demander avec instance que son père fut renversé du trône et plongé dans un monastère *, c'est lui qui tînt long-temps son père en prison (i).
Cette conspiration fut suivie d'une seconde qui eut peu de succès , et d'une troisième qui en eut davantage.
Trois fils de Louis-le-Débonnaire prennent les armes contre leur père. Celui-ci ïnarche à leur rencontre : son armée se débande 5 il est trahi et livré à ses plus cruels ennemis , k ses enfans qui le font prisonnier. L'un d'eux, Lothaire, le conduit luimême à Soissotis et l'enferme dans le monastère de Sàînt-Médard. Là cet empereur, dépouillé de ses armes , de ses habits im-
(i) Secueil des historiens de Frmtee^ toma VI , pag; 66, 80, roo,. iio, m, i52, i53, 19a, igS^, 210,
5t26, aSoy ^34, 24 r, 24^» ^^^> ^^^^ ^^^'i to™» ^H, pag. 12 , 557.
sous LA SECONDE RACE» 5;^ 1
pérîaux , vêtu d'un habit gris , est gardé dans une cellule. Le i*'' octobre 833 , on le tire de celte prison , et on le transfère à Gompiègne où une assemblée est convoquée. Des évêques avaient d'avance composé son acte d^accusation rempli de crimes faux ou vrais ] on oblige l'empereur à en faire la lecture lui-même 5 sa sentence est prononcée. On le dépouille de nouveau de ses habits 9 de ses armes : Ebbon , archevêque de Reims, lui impô^ une pénitence.
Lothaire le ramène à Sairit*Médàrd dé Soissons , puis le fait traduire à Alx-la-Ghapel4e où ce malheureux père p^ssa l'hiver dans une prison.
Cependant le 'barbare Lothaire aâSEîdte des r&amères impérieuses envers ses frèt*^ , les indispose contre lui. Il a pris lesatme^ contre son père , il va les prendre contre ses frères. Poursuivi par eux , il craint que sa proie ne lui échappe, il tire son père de sa pris<m , le traîne à la suite de son ar^ mée , lui fait traverser Paris , et le dépose dans la prison de Tàbbaye de Saint-Denis. Puis , se sentait incapable de résister aUis
5'] 2 HISTOIRE DE PkRlB
forces que ses frères dirigeaient contre lui , il abandonne son père , et se retire à Vienne.
Après tant de persécutions , Louis-le- Débonnaire trouve dans Tabbaye de Saint- Denis une fortune plus prospère. On le tire de sa prison , on le revêt de ses armes , de ses habits impériaux ; il recouvre son autorité.
Lotbaire résiste encore ^ mais ne peut résister long -temps. Il est réduit à venir humblement demander pardon à son père.
Plusieurs é vèques , abbés , comtes , ses complices, sont déposés , exilés, renfermés dans des monastères ou punis de mort. Ebbon, archevêque de Reims , le plus coupable et le principal auteur de la conspiration, vient .dans une assemblée tenue à ThionviUe, s'y déclare à haute voix indigne de vivre , indigne du ministère épiscopal, et signe sa déclaration. Il est déposé par rassemblée.
Louis-le-Débonnaire eut encore , en 84o , le chagrin de voir un de ses fils , Louis , roi de Bavière, révolté contre lui, et sV .vançant , pour le combattre , à la tête d'une nombreuse armée. Ce chagrin lui causa la
sous LA. SEGOKDE RACE. 573
maladie dont il mourut. La douceur et la dévotion formaient son car;actère ', sou défaut d^énergie mit en évidence les vices énormes du gouvernement.
Le règne de Louîs4e-Débonnaire , dont je viens-4'o£frir une esquisse , étant de tous les règnes qui lui succédèrent pendant la dynastie carlovingienne , le moins désordonné , le moins troublé par des c^mes , par des conspirations, on peut juger des autres dont je ne parlerai pas. Je me bornerai à dire que, par Timpéritie ou les vices des successeurs de Cbarlemagne , le mal s'accrut-, que toutes les babitiides immorales , les désordres , les usurpations et la féodalité qu'avait contenus cet empereur, les superstitions qu'il avait combattues , s'élevèrent, rompirent une digue fragile, et, comme un torrent débordé, entraînèrent les institutions civiles et le trône des Carlovingiens. Ce fut au milieu de cette débâcle morale et politique que quelques comtes de Paris , érigés en ducs de France , se firent, comme je l'ai dit, proclamer rois de France.
5^4 HISTOIRE DE PkKlS
Les princes et les rois de la seconde race, coûime ceux de la première , offrirent fréqtiemment le spectacle scandaleux de neveux armés contre leur oncle, de frère»
contre liôttrs frères , de fils contre leur père, et, par leurs guerres continuelles, précipitèrent la chute de leur dynastie -, et , ce qui est aussi criminel , on vît de« princes s'unir aux ennemis communs, aui plus horribles dévastateurs de la patrie, s'Unîr aux Normands contre l'intérêt général. Hugues, fils de Lothaire , fut convainca de ce crime : son père , pour l'en punir , lui fit couper sa chevelure et arracher les yeux (i).
Tout se ressentit de ce bôulevôtSèment général : de simples^ fonctionnaires devinrent des souverains; le trène, d'hérédîtaîre qu'il était, fut électif; des laïques, ducs / cointes , possédèrent des abbayes , des évèchés ; des abbés , des évèques , des prêtres , se métamorphosèrent en <^hefs mî-
(i) Recueil des historiens de Fiance ^ tome VJU, pag. 4^, 220, 309.
sous XA S£CÔNOE RiACE. 5^5
litaires, eti guerriers, et qiielquefois en brigands.
Sous la dynastie mérovingienne , on avait vu pour la première fois dans les Gaules , et vu sîvec étonnemem , des évêques niarcher à la guerre et y combattre. Sous la seconde race, le nombre des évêques et des abbés guerriers fut bien plus nombreux •, on ne s^en étonna plus. Ils acquirent aussi un accroissement de richesses et de puissance 5 quelques-uns devinrent souverains. Us dîs|>osaient des trônes par leurs armes et leurs intrigues. Corrompus dans les cours , corrompus dans les camps , éclairés par de faibles ou de fausses lumières , ou aveuglés par des passions ambitieuses , ces prélats leur sacrifièrent les lois eccléMasti- (jttcs , les préceptes de l'É^ningile et de la morale. Leur dérèglement correspondait au dérèglement général.
Chârlemagne , dès qu'il eut acquis une gratide autorité , s'occupa de la réforme des mœurs des évêques ; il leur défendit , en 769 , sous peine de se voir privés de l'épiscopat , d'aller dans les boisckàssôr a«r0c des
5^6 HISTOIEE PB PARIS
chiens et des oiseaux de proie i de répandre le sang des hommes , païens ou chrétiens , et à!ay>oîr plusieurs épouses. Voici Tarticle du capitulaire qui contient ces défenses :
(( Les évèques qui ont plusieurs épouses » (plures uxores) , qui répandent le sang )i des chrétiens et des païens , qui se conyi duisent d'une manière opposée aux ca- » lïôns , seront privés du sacerdoce , parce » qu'ils sont plus criminels que les sécu- » lîers (i). »
Le même empereur, en 80 1 , défend aux évèques de porter les armes des guerriers, S! apoir dçs femmes étrangères avec eux , de fréquenter les tcwernes , de se réduire à Tétat d'ivresse , et de forcer les autres à s'enivrer avec eux (2).
Les évèques ne furent point , par ces lois , ramenés à des mœurs plus pures ^ mais ils couvrirent, pendant quelque temps, du voile de l'hypocrisie leurs déréglemens accoutumés. Ils s'abstinrent momentané*»
(i) Balimi Capital, tom. I, col. 19T.
(3) idem , ibid. col. 36o.
SOU& XA 5EC0NPE IlipE. 677
ment de porter des armes , de faire la guerre ^ mais ils continuèrent à garder leurs femmes ou firent des mariages secrets* Dans son capitulaire, de Tan 8ii , Charlemagne leur reproche de ne différer en rien des séculiers. « Pour être distingués des )) laïques , dit-il , vous suffit-il de ne point >) porter d'armes, et de ne point vous ma- » rier publiquement (i) ? »
Dans ce même capitulaire , Charlemagne adresse aux évéques et aux abbés des re* proches plus graves encore.
Il les accuse de se mêler des aj^aires se' cuUèreSy tandis que, par le texte des canons, il leur est expressément défendu d'y prendre part.
Il les accuse d'employer la violence pour obliger les laïques à se faire prêtres, chanoines ou moines.
Entre autres questions, il leur adresse les suivantes : « A*t*-il abandonné le siècle, )> celui qui, chaque jour, par toutes sortes » de voies et d'artifices , ne ceçse d'accroître
(1) Bfdum Capital, tom. I, col. 479- T. I. 49
578 HISTOIHE DE PAKIS
» ses richesses en flattant les uns de l'espoir » d' obtenir les béatitudes célestes , en » épouvantant les autres par la perspective » du supplice étemel de \ enfer , et qui , )) profitant de la simplicité du riche comme » de celle du pauvre, abusant de leur » ignorance et de leur crédulité, se permet, » au nom de Dieu ou de quelques saints, » de les dépouiller de leurs biens , d'en » priver leurs légitimes héritiers , et de les » exposer, pour la plupart, à se livrer à » l'infamie , au vol et au brigandage ?
» A-t-il renoncé au siècle , celui qui , » poussé par la cupidité , n'aspire qu'à en- » vahir le bien d'autrui, et qui, pour y » parvenir, corrompt les hommes, les en- » gage, pour de l'argent, à se parjurer, à » porter de faux témoignages ?
» A-t-il renoncé au siècle, celui qui em- » ploie des officiers, avoués ou préuôts\ » qui n'ont aucune crainte de Dieu, qui » sont injustes , cruels , avides , et qui ne » craignent pas de se parjurer ? A-t-il re- )) nonce au siècle , celui qui , s*embarras- )) 3ant fort peu de savoir si les biens dont
sous LA SECONDE RACE. 5^9
» on le fait jouir sont înjuslemeiit acquis , » ne s'occupe que de ce qu'ils produi-
» sent ?
» Que diraî-je de ceux qui , sous prétexte )) de dévotion , transportent d'un lieu à un » autre des ossemens ou des reliques de » saints , de martyrs et de confesseurs , » leur construisent de nouvelles églises , et )) exhortent instamment tous ceux qui le )) peuvent h donner leurs biens à ces noii-
» veaux établissemens Nous sommes
» étonnés de voir celui qui s'esf déclaré
» étranger au siècle et aux séculiers pren-
» dre comme un guerrier les armes pour
» défendre ses propriétés , et faire ce qui
^y n'appartient qu'à ceux qui n'ont point
» encore renoncé au siècle. Nous ignorons
» entièrement quelles sont. les règles des
» ecclésiastiques : qu'ils nous les fassent
» donc connaître , eux , qui doivent savoir
» ce qui leur est permis, ce qui leur est
)) défendu (i). »
Ces reproches véhémens , qui décèlent
(t) Capitularia Baluzii, tom. I,. col. 479 €t seq.
58o HlSTOiftE DE PiRIS /^
une partie de l'origine honteuse des bîenis du clergé de ce temps et la turpitude des mœurs de ses principaux membres , firent des hypocrites , et ne convertirent personne.
Un capitulaire , dont Tépoque est incertaine , mais qui parait avoir Charlema^e pour auteur ^ recommande aux prêtres de ne point assister aux grands repas , où Ton fait des excès dans le boire et le manger. Après cette exhortation , il ajoute : « Ces » hommes , qui fon|; les dévots et les saints , » n'ont pas honte de rester k table jusqn^ au » milieu de la nuit -, et , gorgés de vivres et }» de vin, ils se rendent en cet état à Yér }} glise. Ils ne célèbrent ni le jour ni la » nuit le service divin, auquel ils sont M. obligés. Quelques-uns restent à table, » et s'y endorment. Avant leur ordination % ces prêtres sont toujours pauvres \ mais » bientôt après on les voit acheter des al- » leux , des esclaves et autres biens ^ ils ne » récitent aucune prière, ne font usage )) d'aucun livre ^ ils ne remplissent aucun )) des devoirs de leur ministère -, ils ne vi-
sous LA SECONDE BÀCE. 58 C
» vent que d'iniquités^ dC oppressions et de » rapines (i). »
Paulin , évèque d'AquîIée, écrit à Charlemagne pour se plaindre de la conduite des évêques. Ils violent , lui dit-il , les lois canoniques , s'absentent long-temps de leurs églises, ne remplissent aucune de leurs obligations : « Ils ont la rapacité des milin taires \ ils les excitent , ils les provoquent » à répandre le sang humain -, ils font comme » eux des incursions 5 et ces prélats , qui » devraient s'occuper de prier Dieu et d'ins- » truire le peuple, se livrent à plusieurs » autres désordres (2). »
Pendant cette période on fabriqua plusieurs faux écriu , de fausses relations de niiiracles , et notamment de fausses lettres , prétendues tombées du cîel, où l'on fait parler la divinité comme parlaient leshom- Ddes de cette époque , d'utie manière ridicule et abjecte (3), L'on peut attribuer aux
(i) Balusii Capitularta^ tom; I, col. 53i, 53a.
(2) BahtsU MisceUanea, tdm. I, pag. 363;
(3) Une de ces fausses lettres circulait en 7S8, et Gharlema^ne, qui la traite de très-pernicieuse et de
évèques de la seconde race la fabrication des trois lois , dont j^ai parlé dans le chapitre précédent •, lois insérées frauduleusement à la fin du Code théodosien , sous le titre XVI, et qui furent mises en vigueur
très-fausse f ordonne qu'on la jette au feu. (JBaluzii Capitularia^ tom. I, col. 239.)
Une d'elles a été publiée par Baluze dans Pappeodice de ses capitulaires. En voici quelques passages : « Je » vous le répète encore, yenez fréquemment dans mes » églises , et portez-y des offrandes. ( Cum oblationes
» fréquenter venite ) Celui qui sacrifie aux fontaines,
» aux arbres et aux pierres , qui fait des encbantemens » devant les tombeaux , sera anathématîsé ; il périra dans » le plus profond de Tenfer.... Portez dans les églises la » dîme de tout ce que vous possédez, n'y manquez pas... » Si vous ne vous corrigez pas , je vous enverrai des sau- » terelles et autres insectes qui dévoreront vos fruits, et 9 des loups affamés qui vous mangeront.... Celui qui le V jour du dimanche s'occupera de ses affaires, ou de » querelles, je Taccablerai de pustules, de fièvres, de » langueurs et de toutes sortes d'infirmités.... Vous ne » devez point laver vos habits , ni votre tête, ni tom Ire » vos cheveux le jour de dimanche ; si vous le faites ïi vous serez anathématisé.... Vous ne devez pas non pins }> en ce même jour cueillir des légumes dans vos jardins ; » et vous, femmes, si vous le fiâtes, j'enverrai sur vous » des serpens ailés qui vous mangeront, et vous perceront » les mamelles, etc. » {BaluzU Capitularia, tom. II, col. 1897, 1398. ) -
sous LA. SKCOITDE RACE. 583
SOUS cette race, comme on le voit dans les Capitulaires.
. Quant aux moeurs particulières aux Parisiens , elles devaient peu diflférer de celles^ des autres peuples de la Gaule : voici les seules notions que Thistoire nous a conservées.
On a vu ci-dessus le comte et l'évèque de Paris, dépositaires infidèles, s'approprier tout ou partie des reliques , dont on leur avait confié la garde (i). On a vu Conrad , comte de Paris , et Goslin , abbé de SainV-Germain-des-Prés , faire révolter une partie de la France contre leur souverain , marcher contre lui à la tète d'une armée ; et on a vu ce comte et cet abbé , au retour de cette expédition , piller et dévaster tout le pays situé sur leur passage. Plusieurs autres comtes de Paris méritent le titre d'usurpateurs et de brigands ; mais , en blâmant leurs vices , je ne dois pas omettre leurs actions louables. Parmi ces comtes , Hugues-le-Grand , ou le Blanc , coupable
(i) Fbjrez section a de la présente période.
584 HfSTOtRE Dis PARTS
d'ailleurs de plusîetirs attentats politiques , se distinguait par quelques vertus sociales. II alimenta journellement, dit-on, les pau- Très qui , attaqués du mal des ardens , venaient à Téglise de Notre-Dame de Paris pour y obtenir leur guérison.
Àbbon , dans son poëme sur le siège de Paris , nous a conservé quelques traits du caractère des Francs qui défendirent cette ville contre les attaques des Normands : il leur reproche trois vices principaux, auxquels il attribue les malheurs de la patrie. Ces vices sont l'orgueil , la débauche et le luxe des habits.
L'orgueil , vice commun aux hommes # ignorans et puissans, est mentionné sans être exposé avec détail par cet auteur. Voici le tableau qu'il fait de leur luxure.
« Telle est Texcès de votre luxure , dil-îl , » que vous souillez sans pudeur la couche » de vos parens , que vous ne respectez pas » même celle des religieuses consacrées au )» Seigneur , et que même vous portez la )) débauche jusqu'à faire des outrages à la » nature^ tandis que vous trouvez assez de
SOtJS LÀ S£COl)Dfi AilCE. 585
» femmes disposées à vous satisfaire. » L'écrivain parle ensuite du luxe des vètemens. « Une agrafe d'or fixe la partie î) supérieure de votris habillement ; pour » vous préserver du froid , vous couvrez » votre corps de la pourpre de Tyr ; vous » ne voulez d'autre manteau ({u'uue cla« » myde chargée d'or ; la ceinture qui presse » vos reins doit être ornée de pierres pré* » cieusé^ -, enfin il faut que l'or brille sur » votre chaussure , et sur la canne que » vous portez (i). Telles sont vos mœurs 5
(i) Il convient de placer ici une description des yê« temens des anciens Francs, description dont un moine de Saint-Gall, contemporain de Gharlemagne, est auteur : « Leur chaussure, dorée en dehors, est, dit-il, soutenue » par de longues courroies. L'étoffe qui couyre leurs T» jambes et leurs cuisses est entourée de bandelettes » qui se croisent. Ces bandelettes , quoique de la même V couleur que l'étoffe qu'elles entourent, sont d'un » travail plus recherché. Le corps des francs est couvert » d'une camisole ou veste. Â leur ceinturon ou baudrier » est attachée une épée, placée dans son fourreau, et » fixée par des courroies et par une étoffe tr^s-blanche » et très-luisante ; un manteau double, de couleur blanche » ou bleue , et de forme carrée , leur sert de surtout. Ce » manteau descend, devant et derrière, depnis les
)) les autres nations n^en ont point d'aussi » dépravées. O France ! s'écrie ensuite » notre poëte, si tu ne repousses de ton » sein ces trois vices , qui , suivant le té- » moignage de TEcriture sainte et des pro- )) phètes ) sont la source de tous les crimes, » tu perdras ton courage et ta patrie (r) ! »
Les criminels étaient condamnés à se promener nus et chargés de fers (nudi cum ferro). En parcourant les campagnes, ils abusaient de la crédulité publique : une ordonnance de Charlemagne les assujettit à rester dans le lieu où ils ont commis leur crime , et à y subir la pénitence qui leur est imposée (2).
Si un homme avait égorgé un de ses parens , et qu'il fut traduit devant le tribunal
» épaules jasqu^aux pieds; sur les côtés, il couvre à » peine les )g^enoux. Us portent à la main droite un gros 9 bâton de pommier, dont les nœuds sont à égales dis- » tances, et dont la pomme , d'or ou d'argent , est ornée » de ciselures, etc. » {Recueil des historiens de Fmnce, tom. Y, pag. lar.)
(i) Abbonis de Luletiâ à Normcmnis obsessd, lib. 3, vers 5g6 et seq.
(a) Baluzii Capital, ^ tom. I, col. 794*
sous LÀ SEGOIÏDE RAGE. 587
de Tévèque^ celui-ci le condamnait à être dépouillé de ses habits , lui faisait attacher au cou le poignard dont il s^ëtait servi pour ce meurtre , et le faisait charger de chaînes , de manière que ses bras étaient fortement liés, sur son corps. Dans cet état on le chassait de son pays.
Les femmes , dont le libertinage était scandaleux , subissaient une peine à peu près semblable ; elles étaient forcées de parcourir, pendant quarante jours, les campagnes , nues depuis la tète J^usqu'à la ceinture , et portant sur leur front un écriteau où. leur délit était désigné (i).
Charlemagne, ayant élevé sa puissance au degré le plus éminent , voulut faire sortir ses sujets de Tabîme de barbarie où , depuis plusieurs siècles , ces malheureux étaient plongés -, mais les moyens qu'il employa pour réformer les mœurs n'atteignirent pas le but. Il ne suffit pas de lois pénales et prohibitives : ce n'est pas avec ces moyens vulgaires que l'on change les habi-
(i) Saluzii Capital.^ tom. Il, col. 1198, et i563.
S%9 âlSTOmÉ DE PÀRlS
tudes des nations* Il fallait plus d^adresse , et des Tues plus étendues que les siennes ; il fallait détruire le mal dans sa cause, et non le contraindre dans ses effets ; il fallait donner des exemples de moralité et de bonne foi : c^est ce que les souveraiirs de cette période ne faisaient guère. Il fallait dêS' institutions nouvelles, fondées sur la justice et la raison -, il fallait qu^une même loi frappât et protégeât également le puissant et le faible , le riche et le pauvre ; il fallait détruire les bases vicieuses du gouvernement et la féodalité ^ mais ces prince^, entièrement occupés de Taccroissement de leur puissance , ne se doutaient pas même qu'il pût exister un gouvernement metlletir que celui qu'ils tenaient de leurs aïeux ha*bitans des forêts germaniques.
Charlemagne , quoiqu'il ne fit pas tout le bien qu'il put et dût faire pour civiliser ses sujets et améliorer leurs mostirs, s'apj^qti» néanmoins, vers la fin de sotk règne, lorsqu'il eut acquis de l'expérience , à combattre les erreurs , les abus et les vices dont la barbarie et le régime politique des Francs
sous LA SECONDE RACE. 689
étaient les sources. Il fit plus : il créa des
institutions enseignantes , multiplia les éco-*
les , toujours profitables à la vérité et aux
)>onnes mœurs , et tenta de nombreux e&
forts pour dissiper Içs ténèbres de Tignoi*
ranee* C'est par ce bienfait , plus que par
t^s conquêtes, utiles à lui seul, fatales à
tant de nations , qu'il mérita la reconnais^
sance 4e la postérité , et le titre de grand
honixnef
Après la mort de cet empereur, il se trouva assez d'écrivains capables de composer les annales de son règne; compositions à la vérité dépourvues de talent et de goût, mais bien supérieure» à celles qui parurent dans la suite.
La civilisation ne sembla sortir de Tabime
que pour s'y replonger plus profondément.
Le disàème siècle, qui termine à peu près
cette période , fut , par l'absence de lois ,
de vertus et de raison , par la présence des
erreurs et de toutes les calamités sociales ,
le plus affreux des siècles. « Chacun , dit un
)> savant moderne , faisait ce qu'il lui plai-
» s^it, méprisaut les lois divines et hu-
Sg% BISTOIKC DE PAaiS
par le régime barbare des Francs , et qui , à leur tour , amenèrent ces horribles et contagieuses maladies qu'on nommait /7e5te, mal des ardensy malduféudenfery amenèrent de plus cette monstruosité , cet excès prodigieux que les bistoriens n'ont pas osé proclamer : 1» faim porta les bommes à dé^ terrer les cadayres , à égorger leurs sembla* J)les pour les dévorer, La féodalité , à l'époque de sa plus baute puissance, conrertit les babitans de la Gaule en anlropophages.
Ppndant un siècle environ, notre patrie fut affligée par vingt-trois années de famine /excessive , dont buit furent souillées par des actes à'antropophagie.
Quelle moralité, quels actes de vertus peut-on attendre d'une population corrom* pue par l'exemple de la conduite désordon- Uf e des prélats et des comtes , tourmentée par des guerres continuelles, par d'afireuses maladies , et désespérée par uiie faim excttfr* ;sive ! Telle était l'espèce de prospérité que produisit le gouvernemient des Carlovin«* |;iens.
sous LÀ SECOIIDE KÀCE. Sgi
Pendant que dominaient ces erreurs , ces désordres, ces crimes, ces calamités, la double aristocratie cléricale et nobiliaire renversa le trône de Charlemagne , comme elle avait renversé celui des Mérovingiens 5 et ce fut sur ses ruines que s'élevèrent des trânes nouveaux , et s'établît une dynastie dont je vais parler.