‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. Dulaure (volume 2)Chapitre 18 sur 21 · PARIS S.0V8 LA SECOIIDE RACE · texte numérisé non relu

PARIS S.0V8 LA SECOIIDE RACE

§ I«'. Coup-d'œil sur cette dynastie ; incursions des

Normands.

Les majordomes (major domus ) ou mair res du palais et les ducs s'étaient , depuis la mort de Dagobert I" , emparés du pouvoir souverain , et avaient laisse aux deseendans de Clovis un vain titre de roi. Ils finirent par les priver de ce titre , et par se lattribuer.

Pépin de Héristel , duc d' Austrasie , avait usurpé f dans cette contrée orientale.de la Gaule , Fautorité suprême. Son fils , Char* les-Martel , par son courage , ses exploits militaires et les services éminens qu'il ren* dit à son pays, en le délivrant des armées sarrasines, -légitima et fit respecter cette usurpation.

^go HISTOIRE DE PÀKlà

• En Tan 752 , Pépin II , dit le Bref^ fils de Charles-Martel, réunissant la Neustrie à FAuslrasie , riait toute la Gaule sous sa domination. Plus audacieux que ses pères, qui n'avaient porté que les titres de maires du palais ou de ducs , il se fit proclamer roi , et devint le chef de la dynastie Garlovingienne.

Charles dit le Grand , son fils , vulgairement nommé Charlemagne (i) , doué d'autant d'audace et d'énergie , d'un génie plus vaste et plus entreprenant , succéda , en Pàn 968 , à soti père Pépin II. En Tan 772, après la mort de son frère Garloman, il régna seul dans là Gaule et dans les autres contrées qui en dépendaient. Puis , en l'an 800 , ayant étendu ses conquêtes en Europe , il fut proclamé empereur d'Occident et même Auguste.

Sous Charlemagne, le gouvernement des Fi^ancs s'éleva au plus haut degré de splendeur; mais, dépourvu de bases solides et d'institutions robustes et nationales , et ne

(1) Son yéritable nom est Karle ou Karole.

sous LA SECOIÏDE RAGE. 4^1

devant son énergie qu'à celle de son chef, ce gouvernement, malgré les changemens utiles qu'il éprouva , tomba avec l'homme qui le soutenait. Les mêmes vices qui avaient causé la ruine de la dynastie mérovingienne causèrent celle des carlovingiens.

Charlemagne voulut fortement l'amélioration de l'état civil et de l'état moral , voulut réformer leurs désordres et leurs abus 5 lïiais , en combattant Jes conséquences , il laissa subsister le principe. Il fallait remon** ter à la source du mal , et la tarir ; il ne fit' que contenir ses effets. Il fallait changer lei choses, il ne changea que les hommes : il destitua plusieurs ducs , plusieurs comtes ; il déplaça plusieurs évêques, leur adressa de vives réprimandes sur leur conduite désordonnée. Toutes ces tentatives n'eurent que des succès éphémères. Le mal , dont il contint les développemens pendant son règne , n'éclata qu'avec plus de force après sa mort. 11 aurait dû restreindre les pouvoirs de la noblesse , les pouvoirs du clergé , et diminuer ses richesses immenses, souvent très -mal acquises et très -mal em-

ployées , comme lui-même le téiQoigne (i)» Il conserva, dans son gouvernement, plusieurs coutumes que les Francs tenaient de leur barbarie originelle , e:t notamment celle qui autoris^e les fils à partager entre eux les États de leur père. Cette coutume avait, sous la première race, allumé, entretenu le feu des guerres civiles^ et elle ne fut pas moins fatale sous la &econde^

CUarlemagne ne se doutait pas qu^il put ^îdster un régime préférable à celui que ses aïeux avaient adopté dans les forêts de la Germanie ^ il ne connaissait que le despotisme , si conunode pour les chefs de nations , et qui serait le meilleur des gouvernemens , si les rois étaient les meilleurs des hommes. Charlemagne était plus propre à réparer qu^à construire 1 édifice politique.

Cet empereur fut le premier prince franc qui , malgré plusieurs taches de barbarie qui ont souillé sa mémoire, offrit un caractère d'héroïsme , de magnanimité , et montra du génie. Il fit de grands efforts pour va-

(i) Foyez ci^près, le tabkau moral.

SOtlS LA. SECOWDE RACE. 49^

mener daiis ses États la cîvilîsalron et le culte des lettres; S'il ne réussît pas complètement dans l'éxecution de ce noble projet , il faut en accuser son siècle et les ticeô du gouvernement. Il rétablit des écoles depuis loôg-^témps abandonnées : elles ne répandifètit pas de grandes lumières , mais elles préservèrent les lettres de leur ruine totale. Cbarlemagne promulgua un très-grand nombre de lois , et eut la force de les faire exécuter. Ses successeurs en. publièrent beaucoup , mais elles ne furent pas toujours suivies de leur exécution.

Le 28 janvier 814, Charlemagne mourut dans son paTars d' Aix-la-Cbapellè , et laissa une renommée de grandeur qu'il devait à sa vaste domination et à la supériorité de son génie. Je ne parlerai point ici dé ses successeurs, de ce Louis Je-Débonnàiré(i)>

(i) Son Téritable nom était, suivant les monumens historiques dé son temps, le même que Chlodoveck ou dotnê , et s'écrirait ffludowich, La lettre IT, qui com^ ménce ce nom , se prononçait avec le son guttural qat }e» Allemands donnent encore au ch} de ces noms^ diyer^ fement orthographiés ^ on a f^it celui de léOm'^.

4o4 HISTOIRE. DE PARIS

si dévot , si doux , si faible , et si cruellement outragé par ses fils : ni de Charlesle-Chauve , dont la méchanceté , la faiblesse et Timpéritie hâtèrent la ruine de la dynastie carlovingienne. Ces princes , guidés ou plutôt trompés par la noblesse et le clergé , livrèrent la Gaule aux plus afireux désordres , et se laissèrent entiè^rement dépouiller de l'autorité souveraine par ces deux classes.

Ainsi l'absence de fortes institutions, î'uçage des souverains de partager leurs Etats entre leurs fils , le caractère faible des successeurs de Charlemagne , Fambition des ducs et des évéqnes , toujours prêts à profiter de cette faiblesse , xépandirent sur la Gaule un torrent de calamités , et procurèrent , aux dépens des rois et des peuples 5 une désastreuse consistance au régime féodal , le pire de tous les régimes.

A ces malheurs , il faut joindre les liombreuscs incursions des Normands , qui , pendant près d'un siècle , vinrent à diverses reprises , et sur différens points , piller et dévaster la Gaule. Ces brigands , à la fa-

sous LÀ SECONDE RACE. 49^

veur du dégordre général , purent souvent , sans rencontrer d'obstacles, assouvir leu,r barbare cupidité.

Paris eut sa part des événemens désastreux qui affligèrent les autres lieux de Ja Gaule, et cette vi}le fut aussi une notable victime de la faiblesse des rois et d\i br^r gandage de ces étrangers, - ^ Les pertes de Paris , sous Ja seconde race, ne furent compensées par aucun avantage , si. ce n'est que ses églises s'enrichirent d'un très-^grand nombre de reliques, objets alors .d'une haute importance pour le clergé- Je dirai , dans la suite , comment ces richesses furent acquises ^ mais je dois auparavant exposer sommairement l'historique des incursions des Normands, (et des maux qu'ils causèrent à cette ville.

Dès l'an 808 , ces barbares commencèrent

à infester les côtes de la Gaule. En 820, ils

firent remonter leurs barques par la Seine ,

et tentèrent de pénétrer dans Wntéricur de

. Ja Neustrie *, ils en furent repousses,

En 841 9 ils remontèrent sans obstacle lîelte rivière , pillèrent tous les lieux d'habi-?

496 HISTOIRB DE fAAIS

tations situées sur Tune et l'autre de ses rives , puis se retirèrent , ckargés de butin.

Enhardis par ce succès facile , en S^Sj les mêmes étrangers , conduits par Rag^enaire , montés stfr cent vingt barques^, font ime nou^relle expédition , et s'avancent jusqu'à Parisf. Ils s'y présentent la veille de Pâq[iies. Rien n'était disposé pour la défense , tant était £iible et vicieux le gouvernement d'alors. On ne leur opposa aucune résistance. Les Parisiens désertèrent leur ville ^ les prêtres et les moines , avec leurs trésors et leur» reliques , prirent brusquement la fidte. Tout ce qui restait de biens dans cette place sans défense devint la proie des Normands.

L'empereur Cbarles-le-Chauve s'avança à la tète d'une armée , jusqu'à l'abbaye de Saint-Denis ^ mais, n'osant pas les attaquer, il prit prudemment le parti de traiter avec euit , et leur donna la somme de sept mille livres pesant d'argent pour les obliger .à se retirer (i).

A la fin de décembre 85&, nouvelle iii-

(1) Recueil des Historiens de France, tom. VII, pag. 41, 63, 348.

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cursion de ces b^rbarçs , UQuvelles alampues, Ktouvelles perler , même imprévoyance.

Sai^s éprouver la iQoindre résistance , ils pillèrent Paris pour la seconde fois , et cou- ^Huèrent leujrs dénrastations pendant tout le mois de janvier SS^ (i). Voici ce que p#£tem; les Annules de Saûkt-Berûn : « Les n : prates Danois enyahi^ep.t la Lutèce des » Parisiens (Latitiam Parisiotrum) ^ et y >» mettent le feu* . . Les Danois , qui séjour- D BfentsurlesriiiresdelaSeine, dévastent tous » lieux v^M^ns *, ik enjirent daiis la imtèce «des -Parisiens y birulent la ba^lSque du » bieniHeureu^x Pierre et de Sainte-rGene- }» ¥Îè;Ye (a) ^ fit d'autres basiliques , telles

(i) Pendant cette incursion , les Normands firent prisonniers Loui$, abbé deSaiat-Denis, et son frère Gozlin , abbé.cU Mvt-^rBMÛp. JLe prefnier d« ces abbés fut obligé de ^yejr po.iir sa. rançon , .^ix cent quatre-vingtcinq livrée d'or, trois mille deux cent cinquante livres d'argent^y «t en Qiitre. de, liyrer plijusieurs seifs avec leurs (fij^mfis et leurs eofans. Cette somme exorbitante > qai s\4U.?fir4iU .mijourd'bui à exKIfltfm Ôh millions de ,qotre moiiniii^^ fut tirée d<» tcél^rs.de plusiteurs iDoi|i94|tô)s^. ( yfnnales Bénédict. tom. III, jpag. 60.)

(a) Étii^ne, abbé de Tournai, parle de iPégJike de Sainte-Geneyièye, brûlée à cette époque par les Nor-

498 HISTOIRE DE PÀUIS

» que réglîse de Saint -EtieBne 5 celle de )) Saint -Vincent et de Saint -Germain , et » celle de Saint-Denis ( Saint-Denis-de-la- » Chartre ) , se rachetèrent de l'incendie )) moyennantdessoinme5considérables(i). »

Les dégâts qu'ils commirent alors dans le monastère de Saint-Vincent ou Saint-Germain sont racontés par Thistorien de cette abbaye. Ces brigands, dit -il, pénètrent sans obstacle dans ce monastère et dans l'église , où ils trouvent les moines occupés à chanter matines^ ils les mettent en fuite , ou les obligent à se cacher , pillent les yases sacrés et tous les objets précieux contenus dans le couyent , incendient le bâtiment du cellier , et tuent quelques familiers de l'abbaye , qui n'ayaient pas eu le temps de fuir. De-là ils abordent dans Tilc de la Cité. A ^ leur approche , les négocians épouyantés ,

mands , qui ne respectèrent point le corps de cette sainte. Il dit que cet édifice tle construction royale , au dedans et au dehors , était décoré de mosaïque et de peinture. {Reozieil des historiens de France, tom. III, pag, 72, note d.)

(1) Becueil des Historiens de France, tom. VU, pag. 77, i53.

sous LÀ SECOlfDE RACE. 49^

se pressent de transpqrter lenrs marchandises sur leurs bateaux, et cherchent à échapper aux pillards ; mais ceux - ci s'emparent des marchands et de leurs richesses , et réduisent en cendres les habitations de la ville (i).

Pour la troisième fois , au mois de janvier 86 1, les Normands envahissent Paris, le brûlent , brûlent la basilique de Saint-Vincent ou de Saint-Germain-dca-Prés et quelques maisons voisines.

Enhardis par ces exf^oits sans obstacles , ces brigands , auxquels se joignaient plusieurs nobles francs , conçurent le projet de chercher , dans les pays siniés au-dessus de Paris , des richesses qu'ils ne trouvaient plus dans des contrées situées au-dessous de cette ville , contrées et ville où il ne restait plus rien à prendre. Je pense qu'alors , maîtres de cette place , ils rompirent le Grand- Pont , ou Pont-au-Change , pour que leurs barques pussent facilement remonter la

(i) Recueil des Historiens de France, tom. Vil, pëg. 76, 154; 35 1.

5dO HiSTOiKE 0£ PAEIS^

Seine. Us durent le rompre , parce que ses pile$ > trop rapprocl^es les uoas des autres , oppossaient à leurs barques Un obstaele qui les empèchaâi de porter leur br^audage plus loin. Il est certain qu'alors ils réu^ntèrent la Seine , et pillèrent , au*desfigas d^ Paris , des contrées qu'ils u'avaieut p^ encore exploitées ( i ) .

Arrivés avecle^rs barques auidessus 4e Pari^^ ils entrèrent dans la Marne , pUlèrent Tabbaye de Saint-Maur, puis la ville de MeausL ^ une parUe de leur troiape alla pren-

(i) II est remarquable qu'aucun des modernes qui ont écnt sur les ravages des Normands à Paris , n'ait pensé à ^obstacle que présentaient, à leur proj^ d« navigatieii uUérieure, les piles des ponts de cette ville, piles qni fie laissaient pas entre elles un espace suffisant au passage de leurs vastes barques. C'est pour faire disparattre cet dbsfacle qu'ils détruisirent le Gnuui^Pont; c'est dans la ^uite, pour leur opposer le même obstacle^^qipe C^i^i»* le-Chauve fit rétablir ce Grand-Pont ; c'est parce que ce Grand-Pont fut rétabli et fortifié qu'ils assiégèrent Paris , étqu'appès la paix honteuse conclue entre eux et Gfaaiiesle-GF0siU mirent à terre lenrs barques , «t les toatnèmit au-dessus de cette place. Leur objet constant était de franchir un obstacle qui s'opposait à ce qu'ils pussent piUer le^ contrées arrosées par la partie supérieure delà Seine, par la Marne et par T Yonne, etc.

sous LÀ SECOKDE BÀCE. 5oi

dre et ravager Melsiii. L'empereur Cbarlesle-<Chauve restait à Senlis , pendairt ces ra-^ vages, ne pouvant ou n'osant point les empêcher.

Ce prince , faible et dévot , après la retraite des Normands, ordonna , dit^-on , que Fabbaye de Saint-Vincent ou de Saint- Grermain serait réparée ; et , par un dipl6me., il prescrivit la reconstruction du Grand-Pont , que les Normands avaient détruit. Voici ice que porte ce diplème :

« Pour la tranquilité de tout notre » royaume , pour la défense de la sainte V Église de Dieu, et pour être préservé des » ravages des Normands , il nous a plu , y> avec le consentement d'Énée, évéque de » Paris, notre fidèle, de faire construire » à Paris , et sur le territoire du monafilère » de Saint'^evmain , monastère ancienne^ n ment nommé TAuxerrois (i), un grand

{i)Qie»mfÂ&mùneutéretinciennemBrUnommél'Auxer-' rois , ppMwyent la faïusseté du diplj&me. Sous la piemî^re et la seconde race, cette église se nommait Saint^Germain-le^Bond. ËUe a porté ce nom jusqu'au d^lkièrae siècle.

502 HISrOIEE DE PARIS

» pont (ou le Grand-Pont, majoremfacere » pontern)^ aux dépens de notre trésor. » Charles -le -Chauve donne ensuite , ,pour Tamour de Dieu, de Sainte-Marie, mère de IKeu , et de saint Etienne , les produits de ce pont à l'évèque de Paris et à ses successeurs (i). Les notes chronologiques de ce diplôme ne s'accordent pas entre elles. L'année où il fut donné est , suivant les uns , celle de 8^0, suivant les autres, celle de 861 •, de sorte qu'il n'est pas facile d'en déterminer l'époque.

Quoique ce diplôme porte, comme beaucoup d'autres , des caractères de fausseté , il est certain que le fait principal , la reconstruction du Grand-Pont^ ne peut être révoquée en doute \ puisque dans la suite , lorsque les Normands firent une nouvelle incursion, ils trouvèrent ce pOnt recons- ' truit , et s'opposant à leur projet de remonter leurs barques au-dessus de Paris. Alors , pour vaincre cet obstacle , ils eurent recours à des moyens extraordinaires dont

(1) Mtcueil des historiens de France, tom. VIII, pag. 568.

sous LA SECONDE RACE. 5o3

je parlerai. De plus , Adon , dans sa Chronique, dît que « Charles-le-Chauve fit » construire un pont sur la Seine, pont » dont les extrémités étaient munies de » forteresses, afin d'arrêter l'impétuosité » des Danois et des Normands (j). » Ce passage confirme le fait de ]a construction d'iin pont énoncé dans le diplôme , mais ne prouve rien au-delà.

' La situation de ce pont a fait naître de longues discussions. Des écrivains modernes, tels que les pères Félibien et Lobineau , auteurs de rHîstoîre de Paris , Bonami dans les Mémoires de l'académie des inscriptions , dom Duplessis dans ses Annales de Paris , et Jaillot dans ses Recherches sur cette ville, ont prétendu que Charles-le-Chauve ne se borna pas à faire réparer le grand et le petit ponts ^ qu'il en fit, de plus, construire un troisième, qui aboutissait à l'île de la Cité, traversait les deux bras de la rivière , et se divisait en deux parties. Le plus grand nombre de ces

(i) Recueil des Historiens (le France, tom. VIT, pag. 55.

5o4 HISTOIRE DE PARIS

savans placent ce pont un peu au->dessiis du Pont-Neul*. Il s'étendait , disent-ils , du quai des Augustins jusqu'à celui de la Ferraille. M. Jaillot admet ce troisième pont , maïs ne le place pas au même endroit.

Il était, suivant lui, dans Templacçinent du pont Saint -Michel. Ces diverses opinions des partisans d'un troisième pont 6e détruisent réciproquement, et sont .trop faiblement appuyées po^r être admises* D'ailleurs , si ce troisième pont eut eùsté , il aurait eu , ainsi qu'e^ avaient les doux autres , des têtes-de-ponts , des rues aboutissantes. On n'en trouve auoune trace sur les lieux , ni aucune notion dans les monomens historiques.

Dans U:n temps où le gou^i^ersemien^ manquait de forces pour résister aux Normaiids, manqijtàit de moyens pour fortifier P^rjs, i) devait a^s«i en manquer pour oonsiruipe un ouvrage 9us$i vaçte que celui que Von sjiippose (i). 11 est évident que (Cbarles-le-

(i) L'auteur d'un ouvrage réceat, intitulé Paris ancien et moderne, a, pag. 76 et suiv. , victorieuseiiicat oombattu cette opinion de M. Bonami et de ses partisans.

sous LÀ SECOI^BE RACE. 5o5

Chauve se borna à faire reconstruire le Grand-Pont , conune le portent le diplôme cité et la Chronique d'Adon, à le faire fortifier ainsi que le Petit-Pont, à placer des tours ou forteresses à leurs extrémités , afin d'opposer une barrière insurmontable à la navigation ultérieure des Normands.

Ce diplôme , d'ailleurs , ne fait mention que d'un pont , que du Grand-Pont , rnajorem Pontem. C'est ainsi qu'on nommait anciennement le Pont-auTChange , parce qu'il était bâti sur le plus grand bras de la Seine , et , par opposition , le pont qui traversait le petit bras de celte rivière était appelé Petit-^Pont.

La Chronique d'Adon ne parle aussi que d'un pont , muni de forteresses à ses deux extrémités , comme il Tétait lorsque , dans la suite , ^ les Normands firent le siège de Paris.

En Tan 877 , Charles-le-Chauve ordonna que la cité de Paris , les châteaux situés sur la Seine, et spécialement le château de Saint-Denis , seraient rétablis au réparés (i),

(1) Bahtsii Capiud, tom. Il, pag. 267.

5o6 HISTOIRE DE PARIS

Ces réparations mirent Paris en état de défense.

Vingt-quatre ans s'écoulèrent, et Paris, pendant cet intervalle de temps, n'éprouva aucune insulte de la part des Normands; mais , en 885 , on apprit que ces brigands étrangers remontaient la Seine. Alors Goslin , abbé de* Saint- Vincent ou de Saint- Germain , et depuis peu évêque de Paris , guerrier prévoyant, se hâta d'ajouter de nouvelles fortifications aux fortifications déjà ordonnées par Charles-le-Chauve ; ou, peut-être , ne fit-il que continuer celles que cet empereur avait prescrites.

Dès que l'on fut informé de l'existence de ces fortifications, et des dispositions faites par l'évèque Goslin pour résister aux Normands , la confiance s'établit , et la cité de Paris , munie de murailles , de tours et de guerriers, fut considérée cpmme une piacç inexpugnable. Alors, les églises, les monastères des environs de Paris et même de quelques contrées éloignées , s'empressèrent d^ apporter ce qu'ils possédaient de plus précieux , leurs corps saints, et leurs re-

SOUS LÀ SECONDE RACE. So'J

liques ; Paris en fut surchargé (i). Maïs , si cette ville devint pour ces reliques un asile assuré contre les dévastations des Normands 5 elle ne le fut pas contre la mauvaise foi du comte et de l'évêque : c'est ce qu'on verra dans la suite.

Les Normands, montés sur leurs barques^ dont le grand nombre couvrait la surface de la Seine dans l'espace de deux lieues, arrivent sous les murs de Paris. Ils demandent la faculté de remonter la rivière, et promettent de ne causer aucun dommage à cette ville , si on leur laisse le passage libre. C'était demander la rupture du Grand-Pont. L'évêque Goslin et Odo

(i) On croyait sans doute alors que la vertu des reliques était sans force pour se protéger elles-mêmes, pour protéger les lieux où elles étaient révérées, et les personnes qui s'y confiaient; et on croyait qu'elles n*agissaient point contre les Normands incrédules. En même temps , on était persuadé que cette vertu, nulle dans les cas très-périlleux, n'éclatait que dans des cas ordinaires. La conduite des chefs des églises et des monastères , en cette circonstance , prouve évidemment qu'ils considé-^ raient la vertu des reliques comme inefficace et bornée. Croyances contradictoires et dignes de ce temps d'erreurs et de ténèbres l

5o8 HISTOIRE DE PARIS

OU Eudes , comte de Paris , leur déclarent qu'ils ne peuvent accéder à leurs demandes. Alors les Normands se décident à faire le

siège de Paris.

On demandera pourquoi ces étrangers, ayant déjà en 86 1 franchi cette barrière, en rotiipant le Grand-Pont , n'employaient pas en 885 le même moyen? Voici la réponse. En 86i , Paris était sans défense; et en 885 , il se trouvait muni de fortifications et de gens de guerre. Chaque pont présentait à ses extrémités deux tours 5 connue on le verra dans la suite : ces tours protégeaient ces ponts , et en rendaient l'approche difficile et dangereuse aux Normands. Ainsi il leur était presque impossible de rompre ce pont fortifié, comme ils l'avaient rompu lorsqu'il était sans défense.

Le 25 novembre 885, les Normands, au nombre d'environ trente mille combattans, commandés par Sigefride , donnent un premier assaut , et attaquent particulièrement une tour ou citadelle construite en bois et montée sur un massif de maçonnerie. Cette construction n'était pas encore achevée i

sous LÀ SECONDE RACE. 5o9

elle le fut pendant la nuit suivante. Il est vraisemblable que cette citadelle ou tour dépendait du palais du comte , aujourd'hui palais de la Justice , et qu'elle s'élevait à la partie occidentale de Tile de la Cité.

Les Normands donnèrent à cette place huit assauts successifs, l'assiégèrent pendant plus de treize mois ^ et , pour se dédommager de l'inutilité de leurs efforts , ils ravagèrent et pillèrent tous les environs de Paris.

L'empereur Charles-le-Gros , un des successeurs de Charles-le-Chauve , pressé de porter des secours aux Parisiens , arriva à • la tète d'une armée qu'il fit camper au bas de Montmartre ^ mais , n'osant risquer une bataille , il conclut , le 3o novembre 886 , une paix honteuse avec les Normands , et consentit à leur donner quatorze cents marcs d'argent , payables en mars 887, à condition qu'ils lèveraient le siège.

On peut juger des clauses de ce traité par les événemens qui suivirent. Les Normands renoncèrent au siège de Paris n mais ne renoncèrent pas au projet de piller les

5lO HISTOIRE DE PARIS

contrées supérieures , arrosées par la Seine, la Marne et l'Yonne.

En conséquence, pour remonter la première de ces rivières sans violer le traité, ils n'abattirent point le Grand-Pont , mais ils prirent le parti extraordinaire de tirer leurs barques hors de l'eau, et de les traîner par terre dans un espace de deux mille pas , jusqu'au-dessus de Paris , où ils les remirent à flot. Après cette opération longue et pénible, ils allèrent porter plus loin leur courage destructeur.

J'ai passé sous silence les événemens de ce long siège , sur lequel le moine Abbon a composé en style barbare et obscur un poëme fort détaillé ] je me suis borné aux résultats. Je dois cependant ajouter quelques faits les plus remarquables.

La tour en bois que Tévèque Goslin avait fait construire fut l'objet constant des attaques des Normands. Cet évêque guerrier mourut pendant le siège. Ebles , son neveu , abbé de Saint-Germaiix-des-Prés , pendant l'absence du comte Eudes, succéda à Goslin dans le commandement de la

sous LA SECONDE HlCE. 5ll

place ; et ce comte, en Tan 887, du vivant même de Cliarles-le-Gros , se fit proclamer roi de France. Enfin,, le 6 février 886, la moitié du Petit-Pont fut renversée par les eaux débordées de la Seine.

La tour qui se trouvait à l'extrémité méridionale de ce pont , étant par cette rupture séparée de la Cité , et privée des secours qu'elle pouvait en recevoir, fut prise et brûlée par les Normands, et ceux qui la défendaient furent tués.

Les Normands, ayant porté leurs barques par terre jusqu'au-dessus de Paris, après avoir pillé et ravagé les pays qu'arrosent la Seine et autres rivières supérieures , et vainement assiégé Sens , vinrent ponctuellement au mois de mai 887 à Paris, pour y toucher la somme d'argent qui leur avait été promise pat* le traité ; puis ils retournèrent à leurs expéditions ordinaires.

En 890 , ils descendirent dans leurs bateaux chargés de butin , jusqu'à Paris \ ils y rencontrèrent l'obstacle qui , quatre années auparavant, les avait si Ion g -temps arrêtés. Pour le surmonter, ils eurent recours

5l2 HISTOIRE DE PARIS

au moyen qu'ils avaient déjà employé : ils traînèrent leurs bateaux sur terre , et les remirent à flot au-dessous de cette ville.

Depuis cette époque , Paris ne fut plus inquiété par ces hordes de brigands ; cependant , en l'an 92 5 , les Normands établis à Houen , au mépris des traités , firent des incursions dans le Beauvoisis, et dans FAmiénois ; les Parisiens tombèrent sur ceux de ces étrangers qui habitaient le pays situé en-deçà de la Seine , brûlèrent les villages , et enlevèrent les bestiaux (i).

D'autres hommes aussi funestes au bonheur public 5 etionorés de titres imposans, firent encore des environs de cette ville le théâtre de leurs fureurs.

L'empereur Othon II , en guerre contre Lothaïre , roi de France , au ûiois d'octobre 978 , à la tète d'une armée de soixante mille combattans, s'avança jusqu'aux portes de Paris , brûla un faubourg de cette ville , qui ne peut être que celui du nord , et sou-

(i) Recueil des historiens de France, tome VIII, pag. i83 et 3o4.

SOtJS LA SECOjyÛE RAGE. 5 1 3

tint un combat dans son voisinage, où il perdit beaucoup de soldats , et notamment son neveu ; mais il eut le glorieux avantage d'approcher d'une des portes de la Cité, et de la frapper d'un coup d^ lance. Satisfait des ravages qu'il avait exercés sur le territoire parisien, satisfait de l'incendie d'un faubourg, et d'avoir porté un coup de lance à une des portes de Paris , il monta triomphant sur la cime de Montmar^ tre , et y fit chanter AUeluia. Bientôt cette joie inconsidérée fut troublée par l'arrivée du roi Lothaire , qui , avec les forces réu* nies du comte Hugues Capet et de Henri, duc de Bourgogne , attaqua ce fier conquérant , le mit en fuite , le poursuivit jusqu'à Soissons , et s'empara de tous ses bagages.

Revenons aux reliques nombreuses qui furent apportées dans l'ile de la Cité avant le siège qu'en firent les Normands, et parlons des chapelles et églises dont ces reliques occasionèrent la fondation ou l'accroissement.

Lorsque le calme et la sécurité eurent

5l4 HISTOIRE DE PARIS •

succédé aux alarmes, et qu'on ne craignis plus les incursions des Normands, les chefs des églises et des monastères qui avaient abrité leurs reliques à Paris vinrent les réclamer; mais le comte et Tévèque , dépositaires infidèles, en refusèrent la restitution, et retinrent le tout ou la plus grande partie de chacune de ces reliques. Ce refus produisit dans Tétat des églises et chapelles de cette vi]le des changemens avantageux , dont je vais parler.

§ II. Églises et Écoles de Paris.

L'église cathédrale de Paris, aujourd'hui église Notre-Dame , s'enrichit d'une grande partie des reliques que la peur y avait fait déposer.

L'évêque ne voulut jamais restituer à l'église du bourg de Saint-Marcel la châsse de son saint patron. Il garda pareillement le corps de saint Séverin, appartenant à l'église de ce nom , située hors de la Cité et près le Petit-Pont* Il en fut de même du corps de saint Justin de Louvres en Parisis , de celui

80US LÀ SECONDE RACE. 5l5

de saint Lucain de Moisy, près de Corbeil, d'une partie des reliques de saint Cloud 9 et peut-être de celles de saint Denis ; car , s'il existait à Tabbaye de ce nom une tète de ce saint , il s'en trouyait une autre à la cathédrale de Paris (i).

Ce fut ainsi que cette église retint le bien d'autrui , et que , jusqu'à ces derniers temps, elle fit parade d'une propriété mal acquise.

Saiht-Germahï-le-tieux , église située dans la Cité, place du Marché-Neuf, n<» 6 et 8, était, à ce qu'on ^croit, un ancien baptistaire , dédié à saint Jean-Baptiste ^ elle changea de nom , et reçut celui de saint Germain-le-Vieux *, voici à quelle occasion.

L'abbé de Saint-Germain- des -Prés avait, à l'approche des Normands , transféré la châsse de saint Germain dans cette chapelle , ou dans l'église cathédrale X dont cette chapelle dépendait. Après la retraite de ces brigands , l'abbé demanda le corps de son patron \ on ne consentit à le lui res-

( i) Dissertation sur le temps de la translation du corps de saint Marcel ; Recueil de dissertations , par l'abbé Lebeuf, tom. I, pag. io3, 117, etc.

5l6 âISTOIR£ Dfi PARIS

tituer qu'à condition quW bras, détaclié de ce corps , resterait à la chapelle qui lui a^ait servi d'asile. L'abbé se soumit à cette condition , et la chapelle , enrichie du bras de saiùt Germain , en reçut le nom.

On ignore Tëpoque de son érection en paroisse ^ elle portait ce titre en 1 368 , et fîit reconstruite et agrandie dans les années 1458 et i56o.

Son principal autel était décoré de quatre colonnes corinthiennes de marbre de Dinan; et d'un tableau représentant le baptême de Jésus-Christ par Stella. Un autre tableau du même maître ornait une de ses chapelles, et la sacristie offrait un lavement de pieds par Vouet. Les jours de fêtes ,-on exposait, dans cette église , une tapisserie dont l'ancienneté remontait au temps de Charles V, tapisserie curieuse par les costumes en usage sous ce règne.

Cette église, démolie vers l'an 1802 , fut remplacée par des maisons particulières.

Chapelle de Saint-Leufroi , située vers le milieu de la place du Grand-Chàtelet. Elle doit son origine à une cause semblable :

SOU3 LÀ SECÔIiDE RACE. ftlj

les moines de l^baye de Sainte-Croix de Leufroi, au diocèse d'Évreux, inquiétés par les incursions des Normands , voulait mettre i Tabri leurs précieuses reliques , traiisportèrent en 898 dans le monastère de Saint-Vincent ou de Saint-^Germain les corps de saint Leufroi ^ de saint Thuriaf et d^autres saints. Lorsque la tranquillité fut rétablie, ces moines demandèrent la restitution de leurs corps saints. Cette demande fat rejetée ; ils ne purent obtenir qu'un bras dé saint Thuriaf.

On ignore où furent alors déposés ces corps saints ; mais on sait qu'en 1 1 13 il est, pour la première fois , £Eiit mention d'une chapelle de Saint-Leufroi , qui évidemment contenait le tout ou partie de la relique du saint, dont elle portait le nom. Elle était alors desservie par un prêtre sous le patron nage des chanoines de Saint-Oennain-»

FAuxerrois.

On voit qu'elle dépendait à quelques égards de la cure de Saint-Jacques de la Boucherie.

Spu bâtiment , long de douze toises , largQ

Sl6 BlSTOIftffi OE PÀRtS

de cinq , était avoisiné en partie par une cour , appelée cour Sainl-^Leufroy.

. On trouve cette cbapelle mentionnée 9 en 1246, avec le titre de cure. Elle fut démolie en 16849 pour faire place aux cons« tructions exécutées alors aux bàtimens du Grand-Chàtelet. Ses fondations pieuses furent transportées k l'église de Saint-Jacques de la Boucherie.

Sautt-Màglc^re , église située rue Saint* Denis, n^ 166 , ^tait dans Torigine un oratoire dédié à saint Georges , et placé au milieu d'un cimetière, que possédaient les religieux ou chanoines de Saînt-Barthélemi de la Cité. Cet oratoire devint une église considérable \ void comment.

Quelques religieux bretons , pour sauver plusieurs corps saints des ravages des Normands, les déposèrent en Tan 9799 dans File de la Cité de Paris. Le danger ayant cessé 9 même en Bretagne , les propriétaires vinrent réclamer leur dépôt. Hugues Capet , alors comte de Paris , se refusa à leur juste réclamation. Enfin il ne consentit qu^à une restitution partielle^ il garda le corps de

sous LÀ SECONDE HÀCE. Big

saint Magloire tout entier , et une portion de chacun des autres corps saints (i).

Les portions de ces cadavres mutilés furent d^abord déposées dans Isi chapelle du pa* lais du comte ^ puis , à ce qu^on présume y on eu retira quelques reliques de saint Magloire pour les déposer dans Toratoire de Saint- Georges , dont j'ai parlé , qui dès-lors prit le nom de Saint''Magloire.

En II 38, les religieux ou chanoines de Saint-Barthélemi de la Cité quittèrent cette église pour aller s'établir dans le local de l'oratoire de Saint-Georges , oratoire enrichi des reliques de saint Magloire , et où ils avaient fait construire un monastère , qui devint dans la suite considérable , et reçut le titre d'abbaye.

Ce monastère de Saint-Magloire a sub-^ sisté dans le même lieu jusqu'en i5|^2 , épo-^ que où Catherine de Médicis , voulant faire bâtir un h6tel , depuis nommé V Hôtel de Soissons , déplaça le couvent des religieuses

{\)Annahs Benedict.y tom. III, paç. ^ji^. Recueil fh9 historiens de France , tom. YIII , pag. 3a4'

520 HISTOIRE DE TkUlS

Pénitentes , dont remplacement était néces* saire à ses projets de construction, fit ^démolir leur courent et transférer les religieuses dans la maison de Saint-Magloire , dont les moines déguerpirent, et vinrent occuper la maison de Saint-Jacque&<lu-Haut- Pas , rue du Faubourg-Saint-Jacques (i).

Dans Téglise du monastère de Saint-Magloire de la rue Saint-Denis, occupée par les religieuses Pénitentes, on voyait lemonument d'^^ndré Blondel, intendant des finances, mort en iS58. Il était composé d'un grand bas-relief qui représentait le défunt , vêtu en guerrier, dans Tattitude du sommeil , et tenant en main des pavots. Ce tombeau, ouvrage de Paul Ponce, a été transféré au Musée des monumens français* L'église et une partie du couvent ont été démolies. Ce qui reste de bàtimens est oc-» cupé par un aubergiste.

Sâii(t-Bahthélemi , d'abord chapelle du Palais , puis église royale et paroissiale , si-

(i) Fb/êz ci^près Hôtel de Soissons, et Saint^^ac-" ques-dU'Uaut'Pa^.

SOXTS LA SECONDE HACE. ?2t

tuée rue de la BarîUerie , en face du palais de Justice. Elle fut constiniite ou réparée vers les années 890, 891, par le comte Eudes , qui , élevé à la dignité de roi , j établit des chanoines : elle devint , en 885, le réceptacle d'un grand nomdre de relicpies , que la crainte des Normands y fit apporter de différens lieux. En 965^ Salvalor, évéque d'Aleth, en Bretagne, craignant les effets ordinaires de la guerre que faisait Richard^ duc de Normandie , à Thibaud , comte de Chartres , vint déposer dans cette église une très-grande quantité de reliques, parmi lesquelles on comptait dix-huit corps saints (1).

Hugues Capet , alors comte de Paris , re* fusa dans la suite la restitution de ces corps saints ^ il en garda presque la totalité , et fit agrandir le bâtiment de cette église pour les y placer convenablement. Parmi ces reliques extorquées figurait avec distinction le corps de saint Magloire : la présence de ce corps saint fit changer de nom à cette église. Elle

(1) Annales Benedict. , tora. III^ pag. 7 19.

fut appelée Saînt'Magloire ^ et garda cette dénomination jusqu'à l'époque où les prêtres ou religieux qui la desservaient , s'y trouvant resserrés , transférèrent le corps de ce saint dans leur oratoire de Saint-Georges, et s'y établirent ( i ) ,

. Après cette translation , l'église dont nous parlons reprit son nom de Saint-Barthélendi en II 4^ 9 cU^ ftit érigée en paroisse .

Le bâtiment de cette église \ réparé dans les années 1780 et 1736 , menaçait ruine. Le roi , en 1772 , en ordonna l'entière reconstruction y qui s'exécuta avec beaucoup de lenteur» On commença par élever le portail. Cependant l'ancien édifice subsistait, lorsqu'en 1787 quelques pierres, détachées de la voûte , tombèrent. On enleva promptement de cette église les objets les plus précieux, et peu d'instans après la voûte tout entière s'écroula. On travailla à reconstruire l'édifice. Le portail était terminé, et les piliers de la nef commençaient à s'élever, lorsque la révolution vînt arrêter le

(i) Voyez fàr-AessvA Saint 'Magloire , pag. 5iS.

sous LA SECONDE RAGE. 523

cours de ces travaux qui ne faisaient pas honneur aux talens de Tarchîtecte M. Cherpitel.

Sur remplacement de cette église on éta*blit dans la suite le théâtre de la Cité , auquel succéda la salle des Veillées , enfin des loges de francs-maçons. On a pratiqué au rez-de-chaussée des passages publics en partie bordés de boutiques.

Sainte -Opportune , église située sur la . place qui porte encore ce nom. Elle doit son origine aux événemens qui ont causé la fondation, des églises précédentes.

Hildebert , évêque de Séez , pour sauver des ravages des Normands le corps de sainte Opportune , abbesse d^Almenèche , le transféra d'abord à Mouci-le-Neuf , près de Senlis \ mais , ne Ty croyant pas en sûreté , il déposa dans la cité de Paris sa précieuse relique , qu'il vint réclamer lorsque le danger fut passé \ mais il se trouva sans doute obligé, comme tant d'autres, d'en abandonner la totalité ou une. partie que Ton plaça dans une chapelle du faubourg septentrional de Paris , chapelle qui, à ce qu'il parait, était

5^4 HISTOIRE DE IPlKIS

nommée Notre ^Dame^des- Buis, et qui, dotée par Louîs-le-Bègue , et enrichie des reliques de sainte Opportune, fut reconstruite sjir un plus vaste plan , et pourvue de chanoines : elle devint collégiale. Le chœur fut , en i 1 54 9 démoli : la nef subsista dans son ancien état jusqu^à la fin du dixhuitième siècle.

On y voyait quelques tombeaux : celui de François Conan, maître des requêtes, et de Jeanne Henequin , sa femme ; et , dans la chapelle^ dite de Notre^Dame-des-Bois , celui de la famille Perrot, Cette église était de plus ornée d'un grand candélabre en bronze , donné par Charles-Quint pendant son séjour à Paris -, d'une Présentation au temple , peinte par Jouvenet , et à!\me Mère-de-Pitié , par Champagne. Elle a été démolie en 1797 , et cette démolition a répandu le jôi^r et la salubrité dans un quartier obscur ,' humide, et composé de rues fort étroites. Une maison particulière, n* 10, a été élevée sur une partie de son emplacement.

Sàikt-Landri , église paroissiale située

sous LÀ SECONDE RAGE. 5^5

d£^ls la Cite, rue Saint-Landrî , n** i. On ne connaît point Torigine de cette église, et Ton s^étonne de voir Landeucus ou Landrî , ëvèque de Paris , patron de deux églises de cette ville -, il Tétait de celle de Saint- Germain-TAuxerrois , située hors de la Cité, où il fut enterré au septième siècle, et de celle de Saint-Landri, située dans la Cité. D'après les usages d'alors , ces deux églises devaient posséder des reliques de ce même saint. Pour expliquer l'origine de celle de Saint -Landri, il faut , dans la disette de monumens historiques, joindre les notions que nous fournit M. Jaillot , aux conjectures très - vraisemblables de M. l'abbé Lebeuf. Il résultera de ce rapprochement que sur l'emplacement de cette église de Saint-Landri il existait une ancienne chapelle de Saint-Nicolas ^ qu'au neuvième siècle et avant le siège de Paris par les Normands, les prêtres de Saint- Germain -le -Rond , depuis nommé Saint" Geimain-TAuxerrois^ voulant sauver ce corps saint de la destruction , le transférèrent dans la Cité et dans cette chapelle de

Saint-Nicolas \ et que quelques parties de ce corps , ayant été retenues dans cette chapelle , lui procurèrent le nom de Saint- Landri, qu'elle a toujours porté depuis.

Le plus ancien monument qui £sisse mention de cette église est de 1 160 , On y trouve que le prêtre de Saint-Landrî est appelé Jean^ et , dans des lettres^de l'évèque Maurice de Sully, de l'an 1171, on lit que Jean, prêtre de Saint-Landri, et ses paroissiens vendirent une vigne située au territoire de Laas, moyennant vingt livres.

* Les reliques de saint Landri, que devait posséder cette église, étaient perdues ou enlevées, lorsqu'en i4o8 Pierre d'Oi^emont , évêque de Paris , la gratifia de quelques ossemens qu'il tira de la châsse de ce saint, conservée dans l'église Saînt-Germain-l'Âuxerrois.

Cette église était petite, presque aussi longue que large. On y voyait le tombeau du chancelier Bouchera t, mort en 1686; tombeau établi pendant sa vie, et qui ne reçut point son corps après sa mort : le tombeau de Girardon , composé par les élè-

sous LA SECONDE RACE. 5^7

ves^ de ce célèbre sculpteur : Tépitaphe de Brusselle, surnommé le patriarche de la Fronde et le père du peuple : enfin , un bas-relief représentant une Descente de croix, qui, transféré pendant la révolution au Musée des monumens français , Ta été , en 1817 , dans l'église de Sainte-Marguerite.

Les fonts baptismaux de Saint-Landri passaient pour les plus beaux de Paris : ils se composaient d'une cuvette de porphyre de grande dimension , enrichie d'ornemens en bronze doré; ouvrage de Lapierre, et don fait , en i^oS , par M. Garçon, curé de cette église.

L'église de Saiut-Landri fut supprimée pendant la révolution; et son bâtiment, devenu propriété particulière , est aujourd'hui occupé par un teinturier.

Telles sont les églises de Paris qui doivent leur origine , leurs richesses en reliques et leur accroissement aux ravages des Normands et au défaut de probité du comte et de l'évèque de cette ville. La fondation et les accroissemens des églises dont je vais

528 BISTOIKE DE PARIS

parler ne paraissent point mériter un semblable reproche.

Saiht-Pierre-dbs-Arcïs , église paroissiale , située dans la Gté , rue de la Vieille- Draperie. On conjecture qu'elle fut fondée, en 926, par Theudon, vicomte de Paris, à la place d'une chapelle ruinée qui portait aussi le nom de Saint-Pierre. L'origine de cette église est très-peu connue , et son surnom des Arcîis a exercé sans succès la sagacité des érudits. Dans une bulle du pape Innocent II, elle est nommée Eccïesia Sancti Peiri de Arsionibus (i)*

En ii3o, cette église fut érigée eu paroisse. On reconstruisit son bâtiment

(i) Outre 1 É^Use de Saint-Pierre-des-Arcis , située dans l'île de la Cité , on trouve une me de Saint-Pierredes-Ards, située près de cette église ; une rue eles Arcis, située hors de la Cité dans la direction de la rue Saint- Martin. Ce nom dériverait-il d^archistaj archistes , qui signifie archer ou/àbricant d'arcs ; ou â^arsitium qui veut dire une arcade ou un édifice dont le plan a la forme d'un arc? On a conjecturé que ce nom yenait des Assyriens, parce que, sous la première race, il a existé à Paris des marchands syriens} cette conjecture n'est pas heureuse.

sous LA SECONDE RACE. S'ig

v.n 1 4î^4 ? ^^ s^" portail , en 1 7 1 1 , sur les dessins de Lanchenu. Un tableau de Carie Vanloo , représentant saint Pierre guérissant les boiteux à la porte du temple , décorait'le grand autel. On y remarquait le monument sépulcral de Guillaume de Mai , capitaine de six- vingts hommes d'armefe , mort en i48o : il était représenté avec le costume que portaient au quinzième siècle les officiers de son grade. Les monumens de cette espèce sont rares. Celui-ci fut transféré. au Musée des monumens français.

Cette église fut démolie en 1 800 , et , sur son emplacement , on a ouvert une rue qui communique à celle de la Pelleterie.

Sàint-Merri , église collégiale , située rue Saint-Martin, entre les n**' 2 et 4. J'ai parlé de la chapelle de Saint-Pierre , où , vers l'an 700 , fut enterré le corps de saint Médérioou Merri (i). En l'an 884, ce saint lieu fut doté par un comte nommé Adalard : cette dotation, confirmée en 885 par le roi

(i) Voyez ci- dessus, Chapelle de Saint - Pierre , pag. 340.

Carloman , et en gSt) par Louis d'Outre- Mer, procura de Taisauce aux desservans de cette chapelle , qui fut à peu près dans ce même temps érigée en collégiale. Alors Tédifice fut reconstruit aux frais d'un nonuué Eudes Fauconnier qui y reçut la sépulture. Lorsque , sous François I" , on démolit ce bâtiment pour en établir un nouveau , on découvrit le tombeau et le corps de ce fondateur dont les jambes parurent revêtues de bottines de cuir doré (r). Sur ce tombeau était cette inscription : Hic jacet vir bonce memoriœ Odo Falconarius fùnd€Uor hujus ecclesiœ» M. Tabbé Lebeuf pense que cet Odo est celui qui, avec un nommé Godefroi, défendit vaillamment Paris contre les attaques des Normands.

(i) Le cuir doré était eo usage dans les yétemens de ces guerriers ; j'en ai yu un fragment , trouvé dans des tombeaux de l'abbaje de Saint-Germain-des-Prés , lorsqu'on a bâti les maisons de la rue de l'abbaye : For j était disposé en fleurons et en lignes contournées. Abbon, dans son poème sur le Siège de Paris par les Nor« mands, reproche aux seigneurs francs de porter de l'or jusque sur leur chaussttie. (Voyez ci -après Tableau moral. ) ^

sous LA SECONDE RAGE. 53 1

Je parlerai dans la suite des changemens que cette église a éprouvés. •

Tels furent Torigine et les accroissemens des institutions religieuses de Paris pendant la seconde raee. Nous avons déjà remarqué Timnioralité des causes d'une partie de ces ëtablissemens -, ajoutons que les prêtres ne craignirent pas de changer les noms des églises et de renoncer, jpour ainsi dire, à leurs patron^s primitifs pour en prendre de nouveaux. L'abbaye de Saint-Pierre et Saint^Paul , pendant cette période , reçut le nom de Sainîe-^Genesdève ^ celle Sainte- Croix et de Saint-Vincent prit celui de Saint-' Germain ,* Tabbaye de Saint-Martial , celui de Scdnt'Èloi ^ l'église de Saînt-Barthélemi , celui de Saint-Magloire ; celle de Saint-Georges prit aussi celui de Saint-' Magloire j la chapelle de Saint-Pierre , celui de Saint' Merri^ l'église deSainè-Germain-le^ Rond fut nommée Samt-Germain-VAuxer-»

rois y etc. Les auteurs de ces changemens de noms croyaient donc que le crédit de leurs anciens patrons était usé , et qu'il devenait nécessaire de recourir à de nouveaux

saints pour rallumer le zèle des fidèles.

Ed^LEs DE Paris. Cbarlemagne , après avoir parcouru les contrées de l'Italie , s'aperçut que ses Francs étaient fort inférieurs aux nations cliez lesquelles se conservaient encore quelques restes de Tantique civilisation ; il prit la résolution de faire renaître , dans la Gaule , le culte des lettres et d'y établir des écoles. Pour le seconder dans ce projet , le clergé gaulois , dont l'ignorance , à peu d'exception près , était extrême , ne lui offrait que de faibles ressources. Il appela donc des sa vans étrangers , des chantres , des grammairiens , des arithméticiens. Il adressa à tous lés évèques et abbés une lettre circulaire pour leur prescrire d'établir , dans leurs églises ou dans leurs monastères , des écoles particulières ou publiques : il se faisait obéir.

On enseignait , dans ces écoles , à lire , à écrire, l'arithmétique , l'astrologie , qui oi^ dinairement se bornait au calcul , appelé comput , ou à la méthode de déterminer les fêtes mobiles ; enfin on y enseignait l'art de chanter au lutrin , art qui donnait alors une grande considération a celui qui le pos*-

SCHJS J.K SEGOîîDE H AGE. 533

sédait parfaitement. Telle est l'espèce d'enseignement dont Charlemagne gratifia quelques parties de la Gaule. Cet enseignement , qui n'agrandit pas le foyer des lumières, du moins les empêcha de s'éteindre.

Paris dut avoir quelque part à ces établissemens ; mais des écrivains , enclins à louer sans mesure les institutions dupasse, et croyant illustrer leur origine en la plaçant bien avant dans les siècles, de barba-^ rie , ont considérablement exagéré le mérite de ces institutions , et ont affirmé que Charlemagne avait fondé une école dans son palais de Paris. L'histoire dit bien qu'il en fonda une dans son palais ^ c'est-à-dire dans le palaiis qu il habitait le plus ordinairement : ce palais n'était certainement pas celui de Paris , où il ne résida jamais ; car sa résidence ordinaire dans la Gaule était , comme il a été dit , à Aix-la-Chapelle et àRatisbonije (i).

De ce fait supposé les mêmes écrivains en ont induit que Charlemagne était le

(i:) Foyez ch-après y pag, 642, la note.

la smte , oâ en vit plusieurs à Paris. On sait aussi qu'il eut pour successeur Odon , son disciple.

Mais ces écoles isolées , n'étant point régies par la même loi , ni soumises à des principes , à des règles , à des méthodes uniformes, et ne formant point corps d'enseignement , ne pouvaient constituer une Université. Sous Charlemagne, et pendant plus de quatre cents ans après lui, u »J eut à Paris ni la chose ni le mot : la chose commença à se former sous le règne de Philippe-Auguste , et le mot à'UnwersiU ne figura pour la première fois , dans Fhistoire , que sous celui de Louis IX. On a débité , sur l'origine de ce corps enseignant, plusieurs autres absurdités dont je parlerai en son lieu (i).

§ in. Tableau physique de Paris.

L'enceinte de l'ile de la Cité , la seule qui existât sous la première et la seconde

(i) Voyez Qi'9i)^tks Université.

sous LA SECONDE RAGE. 53^

races , reçut , en 885 , lorsque les Normands vinrent en faire le siège , un accroissement de fortifications. Eudes, comte, et Gosjin , évêque de Paris, firent travailler à ces fortifications, et construire notamment une tour ou citadelle en bois , établie sur un massif de maçonnerie ; tour située à l'extrémité occidentale de la Cité , objet des attaques réitérées des Normands..

Les deux ponts en bois, les seuls par lesquels on pénétrait dans l'île de la Cité, furent, en celte occasion, fortifiés par des ^ours placées à leur extrémité. Ces tours qu'Abbon, dans so^ poëme sur le Siège de Paris , désigne par le mot de Pheûœ^ étaient en boîs, comme les ponts qu'elles protégeaient : k Cité de Paris ! tu es heu- )) reuse , s'écrie ce poêle, d'être placée dans )) une île : un fleuve te serre doucement » dans ses bras , et circule tout autour de » tes murailles ^ à la droite comme à la » gauche, des ponts qui s'étendent jus- » qu'aux rives opposées, sont fermés par » des portes et protégés par des tours éle-

538 HISTOlîlE DE ^ÀRtS

» vëes , tant du côté de ia Cite , qu'an de- )» là des deux bras de la rivière (»)• »

Aucune enceinte ne protégeait les faubourgs du midi et du Nord ^ rîen , dans le poëme d'Abbon, n'en fait soupçonner Fexîsteipice. L'histoire des églises et monastères situés dans ces faubourgs , nous prouve , au contraire , que nul obstacle n'arrêta les Normands qui les pillèrent.

Les écrivains modernes qui ont soutenu que ces faubourgs étaient entourés de murailles , se sont principalement appuyés sur le passage d'une cbarte de Lotbaire et de Louis-le-Fainéant , charte confirma tive des biens de l'abbaye de Saint-Magloire , où on lit cette phrase : « Une chapelle , dédiée à » saint Magloire , située dans le faubourg yi de Paris, non loin des murailles (haud » procul à mœnibus)."» On fourrah induire de ce passage que l'église Sàînt-Magloîre était située en dehors , et près des murailles

(i) Abbonis, monachi Sancti Germani à pratis, pœmata de Bello Parisiacœ urèis, liv. I, vers. i5.

sous LÀ SEGOADE RACE. 55g

du faubourg du nord , et que ce faul^ourg était en conséquence défendu par une muraille ^ mais cette charte est manifestement fausse, et a été fabriquée dans des temps phis récens (i).

La Cité était partagée en deux parties par un chemin qui , partant du Petit-Pont , s'étendait en tournant par la rue de la Calandre jusqu'au Grand-Pont , aujourcPhui Pont-au-Change. Dans la partie occidentale dominait le comte dont le palais était situé sur remplacement du palais actuel de la justice -,

(i) Les Chartes qui nous restent de ces deux rois portent toutes le nom dn lieu où elles ont été données , la date de Tannée, le nom du notaire qui les a rédigées , et la signature de ces rois : celle-ci est dépourvue de tous ces caractères d'authenticité. Elles commencent toutes par cette invocation : In nomme sanctœ et indi' i>iduœ TrinitatU ; et ceUe-ci commence par In nomine Dei et Salvatoris nostri Jesu^Christi, Dom Bouquet, qui a inséré cette Charte dans le vol. 9 de sa Collection des histoires de France, pag. 644? a été frappé de cet indice de fausseté, et a mis en note : Insolita invocatio. Les fiiusses chartes, les fausses légendes, et le désir d'illustrer le passé aux dépens de la vérité, ont répandu beaucoup de confusion et d'erreurs sur notre pauvre histoire.

54o HFSTOIRE DE PAUIS*

dans la partie orientale dominait Tévêque résidant dans la maison de FégUse : c'est ainsi qu'on nommait alors Fhabi ta tîoa de Pëvêque et de son clergé ; elle ne portait pas encore l'appellation fastueuse de palais épiscopaL Semblable partage existait alors dans toutes les cités de la Gaule , où résidaient un comte et un évéque.

Au-delà de Tile de la Cité s'étendaient , au nord et au sud , deux faubourgs , souvent ravagés par les armées ^ et, au-delà de ces faubourgs y on voyait des groupes de chaumières , dominés par les édifices de quelques églises ou monastères ;^ tels étaient les bourgs de Saint-Marcel, de Sainte-Geneviève , de Saint-Germaîn-des-Prés , de Saint- Germain-rAuxerrois , de Saint-Martin-des- Champs 5 etc.

On a vu qu'une tour ou citadelle de la Cité, que les ponts et les tours qui les protégeaient étaient en bois 5 il parait que , si l'on excepte la cathédrale , le palais , les églises et les chapelles , les maisons des particuliers n'offraient pas dans leur construction une matière plus précieuse.

sous LA SECONDE HÀGE. 54 1

Paris souffrit beaucoup des grands changemens politiques qui, sous la seconde i*ace, s'opérèrent dans le régime politique de la Gauje. La gloire de Charlemagne, Tincapacîté de ses descendans , et les ravages des Normands, contribuèrent à la ruine de 'cette ville. Elle cessa d'être la résidence des rois , la capitale d'un royaume , le centre des affaires administratives , et fut considérée comme la plus petite des cités de la Gaule. Magnitudine cœtens urbibus inferiorem^ dit un écrivain de ce temps (i).

Il paraît que , pendant cette période orageuse , le palais des Thermes et l'aqueduc qui y conduisait l^s eaux de Rungis , ouvrages des Romains , furent en partie dévastés-

§IV. État civil de Paris.

La France , circonscrite dans des bornes étroites pendant une grande partie de la durée de la seconde race , ne figurait dans

(i) Mickael Syncelle } f^alesii Notitia Galliarwn, pag. 439.

54^ HISTOniE DB PiUlIS

rEîmpire que comme une province , et fut simplement qualifiée de duché»

Paris cessanl d'être la résidence d'un roi y la capitale d'un royaume , devint la résidence d'un comte , et le chef-Ueu d'un comté du duché de France (i).

(i) Plusieurs écrivains ont commis d«s erreurs asseï graves en raisonnant dans Phjrpothèse que Paris était, sous la seconde race, le séjour des rois et la capitale d'un royaume 5 jamais ces rois n'y résidèrent : ils y passèrent quelquefois.

Gharlemagpne, dans tout le cours de son règne, s'y rendit une seule fois en l'an 779 , et en repartit bientôt. L'écrivain qui fait mention du passage de ce prince à ~ Paris nomme cette cité Lutecias {Lutecias, quœ aHo rwmine Parisius vocatur). Le séjour le pins ordinaine de Gfaarlemagne dans la Gaule était à liatisbonne et à Aix-la-Chapelle.

Louis-Ie>Débonnaire vint, en 8149 à Paris, et y visita quelques églises , et n'y séjourna point. En 834 » ^^^ ^ Lothaire le contraignit à traverser cette ville.

Gharles-le-Ghauve, dans lès années 841 » 8439 pendant la guerre qu'il soutint contre son frère Lothaire , passa deux ou trois fois la Seine à Paris. Ge prince, en 871 et 87Q , résida à l'abbaye de Saint-Denis , et ne vint point à Paris, ville que les annales de Saint-Bertin nomment, en cette occasion, Lotitia Parisiorum.

En 889, Eudes résidait à Paris en qualité de comte de cette ville ; il la défendit contre les attaques des Nor-

sous LÀ SEGOlfDE RACE. 543

Gérard était comte de Paris dans les années jSq et 760; il eut, sous le règne de Pépin , un procès contre l'abbé de Saint- Denis , au sujet des contributions qu'il percevait sur le marcbé de cette abbaye.

Etienne remplissait, sous le règne de Charlemagne, la fonction de comte.. Ce prince > en l'an 802 ^ le nomma , avec Fardulfus , abbé de Saint-Denis , rnissus dominicus y c'est-à-dire 9 commissaire pour inspecter l'exercice de la justice dans les territoires de Paris , de Melun , de Chartres et autres lieux (i).

Charlemague , pour arrêter le cours des nombreux abus qui existaient .dans l'administration des comtes , vicomtes et autres fonctionnaires , avait institué , en cette année , des commissaires , appelés 771/551 domi" rdcL Cette institution, pendant les dernières années du règne de cet empereur, sus-

mands,' mais , dès qu'il fat éla roi, il n'y résida point. Voilà toutes les notions que l'histoire nous fournit sur les courtes apparitions des princes de la seconde race à Paris.

(i) Baluzii, Capital, tom. i, col. 400 > *rt. 17.

pendilles vexations qu'exerçaient ces fonctionnaires 5 mais , après sa mort , le mal reprit son activité première. En Tan 819, son fils, Louis -le -Débonnaire 5 ordonna aux missi dominici de destituer les comtes et vicomtes coupables de tyrannie envers leurs subordonnés \ de destituer ceux qui enlevaient les biens des particuliers , qui les privaient de leur liberté, qui établissaient des impôts et des péages arbitraires , onéreux pour le peuple et les commerçans (i).

Ce dernier pnnce fit beaucoup de lois qui furent mal exécutées.

Etienne est qualifié de comte de Paris dans un capitulaire dç Charlemagne, ou dans une addition que cet empereur fit à la loi salique : « Ces Capitules , y est-il dît , fii- » rent signifiés au comte Etienne, pour » qu'il les fît publier dans la cité de Paris » et dans une assemblée publique (malh » publico), et lire en présence des écbevins » (coram scabineis) ^ ce qu'il fit. L'assem-

(i) Thegan. cap. i3. Baluzii Capittdaria, tome I, col. 614.

sous LA SECONDE HACE. 545

>5 blée déclara qu elle voulait toujours ob- » server ces Capitules •, et tous les éche- » vins , les évèques , les abbés , les w comtes, les signèrent de leur propre » main (i). ))

Ce fragment donne une idée de Torganisation civile de Paris 5 on y voit quelle était la forme des publications importantes -, que plusieurs comtes , évèques et abbés étaient convoqués pour y assister ^ on y voit que les lois étaient consenties sans discussion. On aurait une fausse idée du régime intérieur de cette ville , si l'on prenait ces échevins ou scabins pour des officiers d'un corps municipal , pour les membres d'une institution populaire. Ces échevins n'étaient que les assesseurs du comte , que ses auxiliaires dans l'administration de la justice.

Etienne existait encore en qualité de comte de Paris en l'an 81 x, époque où, concurremment avec Âmaltrude , son épouse , il donna des biens à l'église catbédrale

(i) Baluzii Capitularia, tom. I, col. Sgi.

é4t) HIStOÎKlt DÉ ÏÀftfi

de Paris , alors qualifiée de Sainte-Sfarie et de Saint-Étienne (i).

Bigon 5 Bîegon ou Pîcopîn , fut , après Etienne , nommé comte de Paris par Louisle-Débonnaire , qui l'ayant pris en amitié , lui donna en mariage sa fille Elpheid^. Il mourut en 8i6 (2).

Gérard II fut aussi comt« de Paris. On ignore s'il succéda immédiatement à Bigon \ mais on est certain qu'en 837, lorsqu'après l'assemblée d'Aix-la-Chapelle Louis-let)ébonnaire eut donné une grande partie de la Gaule à son fils Charles ^ Paris et son territoire se trouvant compris dans cette donation , Hilduin ^ abbé de Saint-Denis (3), et Gérard ) comte de Paris, vinrent prêter serment à leur nouveau souverain , Charles , surnommé le Chauve •, mais ce comte et cet

(i) Recueil des Historiens de France , tom. Y, pag. 663 , à la note {b).

(a) Idem, tom. V, pag. 16, 18, 35, 170, 319.

(S) C'est ce même abbé Hilduin qui était chapelain de l'empereur Gharles-le^Chauye , et composa ou fit composer la fausse légende de Saint -Denis qu'il qualifia iê^Aréopa§ite.

SOtJS LÀ SÊCOÎiDE KACIt. 547

abbé , s^apercevant que , dans la guerre qui s'éleva entre les deux frères, Charles et Lothaire, ce dernier était le plus fort, violèrent le serment qu'ils avaient prêté à Charles, se rangèrent, en Tan 84o, dans le parti de Lothaire , et lui jurèrent fidélité (i).

Lothaire alors confia la garde du cours de la Seine au comte Gérard, qui, pour s'acquitter dignement de cette commission , détruisit tous les gués, submergea toutes les barques , et démolit tous les ponts qui se trouvaient sur cette rivière (a).

Chuonrard oU Conrad , fils de Conrad , comte d'Auxerie, était, en 879, après la mort de Louis-le-Bègue , comte de Paris. A cette époque , Goslin , abbé de Saint-Germain-des-Prés , séduisit ce comte par de flatteuses promesses, et le détermina à trahir son devoir , à renoncer au parti des fils du roi mort, et à favoriser celui de Louis , roi de Germanie ou de Saxe. Cet abbé et ce comte eurent alors assez d'auto-

(i) Recueil des Historiens de France, tom. VT, p. 70, et tom. VII, pag. 17.

(a) Idem, tom. Vil, pag. 19.

rite pour convoquer une assemblée d'évè- • ques, d'abbés et d'hommes puissans. Dans cette assemblée , il fut décidé qu'on enverrait un message auprès du roi de Germanie , pour l'engager à se rendre en France.

Louis de Germanie accepta la proposition , et passa le Rhin à la tète d'une armée nombreuse , armée qui ajouta de nouvelles dévastations à celles qu'exerçaient alors les Normands dans celte région.

D'autres comtes , instruits des machinations de l'abbé Goslin et du comte de Paris , députèrent auprès de Louis de Germanie pour lui offrir la partie du royaume de Lothaire dont Charles-le-Chauve et Louis -le- Bègue avaient joui, et pour l'engager, en faveur de cet abandon , à se retirer en Saxe. Louis se contenta de cette offre , et rejeta celle de l'abbé Goslin et de Conrad. Ceuxci , couverts de honte , déchus de leurs espérances , revinrent de Verdun à Paris , et, en chemin , se livrèrent à des rapines , à toutes sortes de brigandages dans les lieux où ils purent pénétrer ^^i).

(i) Annales Bertinian. anito 879; Recueil des Uis-

SOtJS LA SECONDE RAGE. 549

On voit raulorité des comtes , secondée par la faiblesse des rois , s'accroître par des usurpations* progressives. Sous Charlemagne, et même sous son fils Louis-le-Débonnaire, les comtes occupaient, dans Tordre politique , un rang obscur et inférieur : ces empereurs les considéraient comme des êtres vénaux , adonnés à tous les vices , et même comme des ivrognes , puisque , dans divers capitulaires , ils leur ordonnent d'être à jeun lorsqu'ils iront rendre la justice (i).

De cet état de subordination humiliante , on les voit s'élever graduellement à la toute-

toriens de France, tom. VIII, pag. 33, 34, etc.

L'abbé de Saint-Germain-des-Prés , Goslin, était, comme la plupart des abbés et des évêques de son ^eiÀps , un homme de guerre , aussi fameux par ses intrigues et ses perfidies , que par son audace. Il joignait aux vices d'un courtisan les vices des militaires de ce temps. Il entreprit, en 88o, de repousser les Normands qui ravageaient les bords de l'Escaut, et cette entreprise tourna à sa honte ; il fut nommé évêque de Paris , et défendit cette ville contre les attaques des Normands. Était-ce pour de tels exploits que les princes fondaient et enrichissaient les églises?

(i) Nec placitum cornes habent nisijejunùs. {Baliizii Capit., tom. I, col. 363, SgS, 761 , etc.)

55o HtSTÔIHE £IB »iRIS

puissance. Après la mort de Charlemagne, de concert avec les évèques , ils restreignent rautorîtë des rois , se permettent contre eux des outrages et des trahisons, qui, pour la plupart , restent impunis. Leur comté n'était qu'une fonction temporaire , dont les rois pouvaient à leur volonté les dépouiller -, elle devient une place à vie, puis une propriété héréditaire dans la famille de celui qui la possédait , enfin une souveraineté. Après avoir disposé des trônes , les avoir à leur gré protégés et abattus , ils en élèvent de nouveaux, et s'y placent eux-mêmes. On verra le comte de Paris , successeur de Conrad , se faire proclamer roi de France : mais je dois , avant d'en parler , dire quelques mots sur le duché de France et sur les viconàtes de Paris.

Vers la fin du neuvième siècle , à la faveur des grands désordres de cette époque , une partie de la Neustrie fut érigée en un duché, nomme duché de France. Son territoire, dans lequel se trouvait Paris, s'étendait en longueur depuis Laon jusqu'à Orléans in^ u si vement , et en largeur depuis Pontoise

SOtlS LÀ SECONDE AACE. 55 1

jusqu^à Montereau.Xe pays qui , dans plusieurs monumens historiques , est nommé la France du milieu, média Francia , forma les Etats des premiers rois de la troisième race.

Le plus ancien due de France , mais dont l'e^dstence , en cette qualité , n'est pas la mieux prouvée , est Hugues , comte d'Anjou et d'Orléans , surnommé l'abbé : il portait le titre de duc en 884*

Robert , successeur et frère du roi Odo ou Eudes , était , en 92a , comte de Paris et duc de France.

Hugues-le-Grand , fils du roi Robert , obtint , en l'an 943 , le duché de France , que lui conféra le roi Louis d'Outre-Mer (i). En 954 9 le roi Lothaire le confirma dans la possession de ce duché (2). Ce duc mpurut en 956. Il dut le titre de Grand à une grande énergie de caractère , et non à des actions grandes et louables : il fut le fléau des peuples et des rois.

(1) Becueil des Historiens de fronce , tom. VIII,

pag. 197, 393.

(a) Idem, tom. Vn, pag. 209, 3o6, 3a3.

552 HISTOIUE DE PARIS

Tous ces comtes de Paris et ducs de France s'emparèrent des plus riches abbayes, jouirent de leurs revenus, et prirent même le titre d'abbés.

Hugues Capet, fils de Hugues-le -Grand, hérita de son père , le remplaça dans son comté de Paris et son duché de France , ainsi que dans ses abbayes productives : il fut de plus élu roi de France.

Ces comtes de Paris , devenus des personnages importans , devenus ducs , rois , abbés , dédaignèrent les soins de leur administration , et en chargèrent des vicoHites. On connaît au moins trois de ces fonctionnaires à Paris : Grimoard, qui l'était en 900 ; Theudon , dans les années 9^6 et 92^ ; et Burchard , comte de Melun, en 981.

Odo ou Eudes fut celui qui ofîrit le premier exemple d'un comte de Paris devenu roi , le premier exemple d'un roi qui fut , par la voie de l'élection , élevé sur un trône jusqu'alors héréditaire. Deux autres comtes de Paris, Robert son frère , Hugues Capet ^ eurent la mêmer destinée. Tous ces ducs, ces comtes, se partagèrent, s'arrachèrent

sous LA SECONDE RlCE. 553

les lambeaux de l'empire de Charlemagne. Rodolphe , fils de Conrad , comte de Paris , dont la perfidie et les excès viennent d'être mentionnés , se rendit maître de la Bourgogne transjurane , et s'en fit proclamer

roi.

Le comte , l'évêque , les abbés de Paris exerçaient dans leurs arrondissemens respectifs , et sur les villages qu'on leur avait concédés , une autorité souveraine ; ils avaient leurs troupes, leur palais, leur cour , leurs ofliciers à l'instar des rois ; ils percevaient à leur gré des contributions , levaient des armées, et faisaient la guerre (i). Toutes ces usurpations ont , dans la suite ,

(i) Erchenrade, éyêque de Paris, avait obtenu de Gharlemagne des privilèges considérables pour son église ; mais , par la négligence des gardiens , les chartes de ces privilèges et plusieurs autres qui contenaient des donations faites à l'église de Paris par des hommes nobles, pour le remède de leur sune y Jurent perdus ou brûlés, Inchadus, successeur d'Erchenrade , réclama atiprès de Louis-le-Débonnaire le rétablissement de ces titres et de ces privilèges. Cet empereur, plus facile que son père , par un diplôme de l'an 820 , consentit à la de-, mande de l'évêque. {Recueil des Historiens de France g Jon|. VI, pag. Saa. )

554 HISTOIRE DE PÀRI9

reçu la qualification de légitimes , et se sont maintenues comme des droits.

La classe de ces seigneurs souyeratns était celle des nobles, des oppresseurs , et des hoiïinies^qui détruisent.

La classe des liabitans non nobles , divisée en ingénus ou hommes libres , en serfs ou esclaves , était celle des opprimés et de ceux qui produisent.

On voit, par dîflférens capitulaiires , que les ingénus étaient, pour les nobtes seigneurs, les objets d'une persécution continuelle. Ils les tourmentaient par des vexations de toute espèce. Ils les forçaient à venir dans leurs maisons pour y faire un service pénible et humiliant (i). Po3sé- 4aient-ils dies richesses? Les conites, Us vicomtes , les évèques, les abbés , ou leurs officiers , sous de vains prétextas , et par des moyens iniques , lesi dépouijQai^jat de leurs biens^ £taient-<ils peu fortunés ? Us les choisissaient de préférence pour les faire marcher à la guerre \ ou biçn , s'ils étaient

(i) Baluzii Capital, tom* I) col. 400, art. x^.

sous JLA &BCCKEIDC. Bi£E. 555

dan» Vaisance , ris les Êiisaseiït condamner à des amendes qui exeédafient la valeur de leurs piropidéËés^ Alors ces maMieureux, pour subsister dans un pays et dans un temps où Vmdostrie éts^it étouffée, se. voyaient redmits à isBioncer poui^ tOBJours à leur Ulierté , ' et à Uvrer kiur persomie et leur postérité aw cbauaies de V^sekrage (i).

La conditioii dea sevfs différait pea de celle deB: animaux domestkptes ^ leurs mal^ tr.68 les adketaient^ l?s veadmeni; , pouvaient les iDattre et les tuer . Ce^* ciiKjUafite coups de fouet étaiem la punitioti^ qu'ils leiir in-^ fligeaieut pour les fautes les plus légères. Commettaîent-'ils des fa^es pl^s graves?

On knr coupait les. oceilles , k nez, un ' pied y une main ^ on leiH? aTraoh^it le^ yeux

Qula. V3««

3axis nous arrâtec aux actîes tyramfii^pjtes dosi comtes et» d'autres aei^euss leoiâati^, acties^axffl'cés sur ki piovtion la plus utile de la sûciélé 9. remarquons qu'à mefiiui^e que la féodalité acquérait des forces, les calamités ^

(i) Baluzii Capitul. lib. i , col. 4^5, 4^*

556 HISTOIRE DE PiHIS

publiques croissaient et devenaient touiours plus graves. Jugeons ce régime diaprés ce qu'il a produit, jugeons la cause d'après ses effets.

Les brigandages et les guerres continuelr les des hommes puissans ruinaient le commerce , l'industrie et ragriculture , tarisr saient toutes les sources de prospérité, amenaient des famines fréquentes et horribles , suivies de maladies contagieuses et de la dépopulation. Or voici , d'après des témoi-^ gnages irrécusables ^ une notice des famines qui, pendant une grande partie de la seconde race, ont désolé la contrée de la Gaule qu'on nommait alors France*

Peux seules famines, l'une en 779, et l'jau^re en 793 , se manifestèrent sous le règne de Charlemagne. Pendant la première , plusieurs personnes moururent de faim (i).

Sous le règne de Louis-lerDébonnaire , les écrivains ne signalent qu'une seule famine , arrivée en 8ao. Elle fut violente et

(i) Âecueil des historiens de Ftwice, tom. Y, p. aô, 49» 7<>> ^^'

SOTJS^ Lk SECONDE EACE. 557

suivie de mortalité. On lui donne pour causé rintempérie de la saison (i).

Après ce règne , époque où les désordres politiques éclatèrent avec plus de fureur, les famines se multiplièrent. En 843, la disette était si grande que les habitans composaient du pain avec de la terre à laquelle ils mêlaient un peu de farine (2).

£n 845 , affreuse famine , où plusieurs milliers d'hommes périrent de faim (3).

En 85o, famine excessive, et, entre autres scènes horribles qu'elle produisit , on vît les mères tuer leurs enfans , et se nourrir 4e leur chair (4).

C'est la première fois que l'histoire de France mentionne Pacte horrible d'antropophagie résultant d'une excessive disette. Cette épouvantable extrémité se renouvela souvent dans la suite.

En 855 , famine qui fit périr une multi

(i) Recueil des historiens de France , tom. V , pag. 73 ; tom. YI, pag. 3a5.

(a) Idem, tom. VII, pag. 6a, 267.

(3) Idem, tom. VH, pag. 63.

i^ Idem, tom. VII, pag. i63, 187, a33, a5o, 275.

558 HISTOI&E DE PARIS

tude d'hommes^ leurs cadavres reslaiëm sur la terre ; les bras manquaient pour les enterrer ^ on vit des particuliers tuer leurs compatriotes pour les dévorerai).

En 860 et 861 , très-cruelle famine (a).

En 862 , gi'aitie famine suivie de contagion : toute rEuh>pe est frappée de ce fléau (3) : toute TEûrope gémissait sous le ménie gouvernememt.

En B67, famine qui fit périr un grand nombre de personnes (4).

En B6B , famine horrible suivie de peste et de mortalité. On vit plusieurs villes, plusieurs contrées entièrement désertes , leurs liabitans étant morts ou expatriés. Dans d^autres lieux , des hommes , des femmes devinrent homicides pour être antropopkages , et se nourrirent de chair humaine (5).

(1) Recueil des historiens de France, tom. Vil, pag. 228.

(2) idem, ixsok. VU, pB{^. 174» ^07 , 228, 274*

(3) Idem , tom. VII , pag. s&l-

(4) Idem, tom. Vil, pag. 273.

(5) Idem, tom. VII, pag. i^3, 208, aaS, a35, 248,

sous LA SECONDE RACE. 55^

£n S69 9 la même famine et la mortalité continuent leurs ravages. Les morts re&tent sans sépulture , faute de vivans pour les enterrer. A Sens, dans uti seul jour, il mourut ciuquame-six personnes (i).

£Ln 8]^ 3, famine horrible : un grand nombre d'honunes périssent de faim ^ plusieurs se nourrissent de chair humaine : les hommes se dévoraient entre eux (2).

£n 874 9 grande famine et maladies con-*

iagieuses qui enlevèrent, en Allemagne et

dans la Gaule , un tiers de la population (3).

EiU 875 , grande famine partout le

royaume (4).

En 876 , grande famine (5).

Dslns l'espace de vingt-trois ans , les chroniques indiqueiit.quator^e années de famine extrême. Et pendant quatre années , celles

{\) Recutil des historiens de France, tofn. VU, pag. a66.

(a) Idem, tom. VII, pag. t78, a36, 238.

(3) Idem, tom. VU, pag, 180, 236, 262, 276.

(4) Idem, tom. VU, pag. 288.'

(5) Idem, tom. VII, pag. 229.

56o BISTOmB DE PIKIS

de 85ô , de 855 , de 868 et de 873 , la cKsettefat si grande, qu^elIe porta les hommes à s'enlr'égorger pour se nourrir de leur propre chair. Ainsi*, depuis 843 jusqu'en 876 , le nombre des années où les hommes mouraient de faim surpassa oelui des années où ils pouvaient vivre.

Si, à ce tableau des famines, je joignais celui des fréquens incendies de châteaux , de villes , celui des massacres de leurs habitans , enfin celui des dévastations causées par les guerres continuelles de Tanarchie féodale, on sHndignerait contre les orateurs, les écrivains et les fonctionnaires, assez ignorans ou assez perfides pour louer, pour chercher à ramener ces temps si fci^ tiles en crimes et en désolation , et pour regretter le régime infernal qui les a produits.

On vît encore , pendant le reste de la période -Garlovingienne , un trop grand nombre d^ années de famines et de pestilences; mais , pour ne pas fatiguer les lecteurs , je ne citerai que les années 895 , 899 et 940 , pendant lesquelles l'humanité eut encore à

SOtJS LÀ AEC09DE RACE. 56l

gémir de voii" de malheureux affamés s'arracher la vie pour se dévorer (i)*

On a des exemples de famines presque aussi horribles qui ont désolé les habitans des villes assiégées depuis long-temps ^ mais elles ne peuvent se manifester dans des lieux ouverts, dans de vastes régions, que sous le régime de la féodalité.

La mauvaise nourriture que prenaient les peuples pendant ces disettes , engendra cette cruelle maladie , inconnue dans les temps civilisés , et appelée le feu sacré , la maladie desardens , le mal d enfer. Le territoire des Parisiens fut , en Tan 945 , désolé par cet horrible fléau : les malheureux qui en étaient frappés sentaient leurs membres dévorés par un feu intérieur , supplice qui se terminait par la mort. Quelques-uns de ces malades , pour être soulagés , allaient dans Téglise de Paris ; et Flodoard dit que plusieurs y furent guéris : il ajoute que le duc Hugues les nourrissait à ses dépens \ cepen-

(1) Recueil des historiens de France, tome VIII, pag> 56, a349 ^S^i tom. IX, pag. 37.

562 HisTOine db fàeis

dant on en vit qni, n^éprouvaiit nul sonlag^e* ment, retournaient dans leur pays ^ mais leur mal, dit ce chroniqueur) bugmentait à mesure qu'ils s'éloignaient de cette ville. Ils étaient radicalement guéris lorsqu'ils reicmmaient à Notre-Dame (i).

CoMMCRce. Pendant les pt^miers temps , les temps prospères de cette période, le commerce , malgré lés nombreuses enU*aves qui contrariaient sa marche , malgré la gène toujours crois8a<nte des contributions et des péages , se maintint à Paris , conune il s'y était maintenu sous la première race ; fucais , après la mort de Charlemagne , les guerres intestines, causées par Fambition ou la cupidité des princes, des ducs, des évèqùes et des comtes , et par les incvr* sions fréquentes dés Normands , le détmisirent entièrement. Les Annales de Sainte Bertin rapportent que ces brigands, aprèl avoir, en l'an 86 1, incendié l'abbaye de Saint'-Vincent et de Sainte-Germain (Saint*

(i) Plûdoard. Chronic, Âecueil det hi^Htns de France, tom. Vnl, pftg. 309.

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