‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. Dulaure (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · DE IIA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE IIA PREMIÈRE ÉDITION

muant les eaux d^un cloaque infect, devait-il s'en exhaler d'agréables odeurs (i)?

.Si les tableaux de ces moeurs donnent une idée désavantageuse des temps passés , c'est la faute de ces temps , des hommes et des institutions ,« et non celle de l'historien qui les trace *, il n'est responsable que de son exactitude et de son impartialité.

Loin de charger ces tableaux, jie les aisouvent adoucis en évitant de reproduire des actions semblables entre elles, en ne choisissant que les plus caractéristiques, en passant sous silence plusieurs faits horribles qui auraient révolté les lecteurs, comme ils ont révolté l'écrivain , et en cherchant avec soin quelques actes de vertu qu'on découvre raremeut, et que je cite pour contraster avec tant de dépravations et de crimes.

Mais , en suivant cette marche prescrite

(i) Ceux qui composent leur mérite présent du prétende mérite des hommes du passé , et ceux qui vantent Je passé sans le connaître, ont beaucoup contribué à établir cette erreur. ( Voytz , à la fin de cette Histoire , larticlc Résumé, )

6 PRÉFACB

pai^ le goût et Fimpartiftlité^ je ne elesceii<drai point jusqu'elles l&ches complaisaifec^^ (^g impi^obités historiques dont se sont sèudu» eoupftfcieâ prusieursr ëcrivains ùDoder-* nés : eomme eux ^ je ne tairai pûiat^-jeiie justifierai poimt le» crissed de la pidssaaice*^

De: ces tscbleawx, et de plusieurs autis«s parties de l'oti^tage^ sortira tette Véritédoinsolante et trop âiéeonnt^e : plus mt s*^loi^ôe du temp^ présent pduip obserrer le passé y plus on T<$it s^accroitre les errem^, les^ erimes eiks calamités; on les toit successirement diminuer à mesure qu'on laisse en arrière le temps passée et qu'on se rapproche du présent : vérité qui sera démon* trée dans le cours de cette liistoire , dont je Tais exposer les motifs ^ les sources et le plan.

Depuis plus dé deux siècles, on a publié un grand nombre d'ouvrages sur Paris; mais y entre le temps où ils parurent et le nôtre , se trouve tl«ê vaste lacune qui reste à remplir. Ceâ Ouvrages furent écrits à une époque ou les monumens étaient plus rares et peu discutés, les devoirs de l'historien

. DE LÀ f RES^liaE ÉDITION. y

taoins connuâ , et se& droits moins respectéd <{a^ils ne le sont aujourd'hui. On lui laissait la liberté entière de prodiguer les éloges, de s'appesantir sur des détails minutieux Qt $ans intérêt ^ on lui interdisait tout le restée. Une crainte servile dirigeait sa plume\ et Vbi^toire , priv.ée de Siçs plus nobles prér<>gàûires , frappée de stérilité 9 ne produirait qu'une aride chronologie , et jamais ne transmettait au présent les utiles leçons^ du

Ces considérations peuvent à quelques égiards s'appliquer a, Vjffistoire de ParU composée par deux bénçdiptins^ les pères liobineau et Félibien,^ dont Iça cinq vor )w^^$ in-folio sont propres à effrayer Iç lecteur le plus intrépide. Des; notions trèv instructÎTes j sont omises^ des traits saillans y s(mt émoussés« On y remarque partout des ménagemenS) une circonspection tiimde , qu'on pourrait taxer d'infidélité y s^ l'on ne savait pas quïls écrivaient SOUA b T^rge de la censure , qui^ en plusieurs endroits , a mutilé ou dénaturé leur ouvrage,, et les a forcés souvent à repQU$$çf la v^rii^^

pour se prosterner devant le pouvoir. Aussi jamais, dans le récit des grands événemens politiques, ces écrivains n'ont le courage d'en rechercher et faire connaître les causes* Considérant les progrès des connaissances humaines , les usages et les mœurs comme étrangers au domaine de l'histoire , ils ont dédaigné ces objets importais -, ou, si quelques traits de ce genre ont échappé k leur plume, ils l'ont fait sans dessein.

Malgré ces graves imperfeptions , malgré quelques erreurs , malheureusement reproduites par les écrivains qui les ont pris pour autorité , ces deux bénédictins méritent la reconnaissance des investigateurs de l'histoire. Leur travail est inmiense : ilà ont beaucoup recueilli, et peut-être ont-ils préservé de ^l'anéantissement plusieurs documens précieux. Leurs trois volumes de preuves contiennent un très-grand nombre de pièces authentiques dont j'ai tiré un grand parti.

Un an avant la publication de leur ouvrage , avaient paru trois volumes in«-folio , intitulés Histoire et Recherches des Anti-'

DE LA FREHiillE ÉDITION. ^

(piàés de Paris ^ par Sauvai. Us contiennent sur cette ville uneCuite de mémoires , de notes placées saàâ méthode, où là même matière ôe trouve traitée plusieurs fois, d'où, parmi beaucoup de négligences, d^erreurs et de contradictions, jaillissent des faits infiniment curieux, que les deux bénédictins n'auraient jamais osé publier. Le troisième volume est presque entièrement rempli par des prem^es^ il contient des notions importantes sur Tancien état de cette ville* Xen ai beaucotrp profité.

Les deux premiers volumes de V Histoire de la ville et du diocèse de Paris , par l'abbé Lebeuf ^ ses Dissertations sur T Histoire ec* clésîasiique et cisdle de Paris 5 son Recueil de divers écrits; des mémoires sur cette ville , répandus dans différentes parties du Mercure de France, et recueillis dans trois volumes , intitulés* Variétés historiques ,^ contiennent , parmi quelques assertions conjecturales et inexactes , plusieurs faits curieux. Je dois à ce laborieux écrivain un grand nombre de traits singuliers et d'aneo-

dotes du plus haul: intérêt, pour Thialpire des mœurs et des usages.

. Un autre ouvrage y en cinq volumes înoetavo, orné de bonnes cartes, piiblié en igfjS, intitulé Recherches critiques ^ histjOrtiques et topographiques sur la viUe de PoTO, par le sieur JaiUot>. renferme des diseussions lumineuses, où sont relevées les eirreurs et les inexactitudes des historiena f^ Vont précédé danj» la même carrière^ lu^auteur ^'attache principalement à fixer les époques des établissement religieux et, des «allèges. Cet ouvrage , plus utile à consultter qu'agréable à lire > m'a été d'un graud seQOU]^& pouv la chronologie relative à çqs ^lablissemens«

Je passe sou^s silence une infinité d'autres ouvrages que j'ai mis^ à contribution y pui^rftges estimables sous certains rapports , mais qui ne font point autorité comucoe les pi>é€édeAs*

Il ast des écrivains qui ont envisagé Paris «pus une iace particulière , et ne se sont Oic^pés que de matières spéciales. Les mi-

DE LA FBBMikftE ÉDITION. Il

Béral<^;istes ont parlé de la.^ nature du sol de cette rille^i des découvertes faites dauft ses aottteisrain&; le» arekéologues ont expliquë ses BiAnumen» antique» ) les ardstes ont décrit ses tableau^sc , ses sculptures., se^ édifiées ^ lesr ingénieur» ses route» y ses ponts y se» condiuiteft d'eau , le» écononiislïe» ont écrit sur son commerce, son industrie^ ton état eiril et sa population, etc. Ges divers travaux m'ont fourni leur eontingeot de hunières» Je ne connais point d'ouvrage ou ces connaissances , éparses dans Un ^rand nombre de volumes 9 aiëiat été recueillies et présentées sous un seul point de vue, comme elles le sont dans celui-«i.

J'ai puisé abondamment dan» les f^dm-* de» coUectioi» : dans celle» des chartes et des dipTôsoe» , d«is le volumineux Recueil des historiens de France , dans ceux des cajÂtuIaires ^ de» ordonnances des rois y etc. Le précieux Recueil des antiquités de Cay* lus, ceux des Mémoires de l'académie des inscriptions et belles-lettres , et d'autres académies , etc. , m'ont beaucoup aidé à constater plusieurs vérités méconnues*

i:i PRÉFACE

A tant de secours joignons ceux que m^ont fournis les histoires , les mémoires , les plans et les jdurnaux qui ont paru à diverses époques ; joignons une collection de près de trois mille pièces fugitives sur l'Histoire de France , pièces aujourd'hui oubliées , et qui offrent une abondante moisson de notions singulières et piquâtes sur les usages et les moeurs des habitans de la cour et de la ville.

Enfin, à celte nomenclature^ d'ouvrages imprimés dont je n'indique ici que les principaux , j'ajouterai plusieurs manuscrits parmi lesquels se distinguent quarante volumes in-folio , contenant une copie des registre» criminels et civils de la cour du parlement de Paris , mine féconde et très-peu exploitée, d'où j'ai tiré une multitude de faits importans et incontestables qui m'ont servi à tracer, à diverses époques, le tableau de l'état civil et celui des mœurs des Parisiens (i).

(i) Je Sftisls avec plaisir Foccasion que m'efire cette partie de ma préface, pour rendre un témoignage public de reconnaissance et d'estime à quelques personnes qui.

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Telle est la principale partie des mat^ liaux que j'ai mis en œuvre pour construire une nouvelle Histoire de Paris , histoire qui , dégagée de faux et gothiques omemens , enrichie de traits peu connus, frauche de partialité , de passion et de préjugés , mais soumise aux lois des bienséances comme à celles de la vérité, aura, j'ose l'espérer, le caractère et l'intérêt de la nouveauté, et pourra même tenir lieu d'un Abrégé de V Histoire de France.

ï'«i senti que l'histoire d'une ville ne 4<^t point éjtre écrite d'après la méthode

dans ce long travail , ont bien voulu , en n^e communiquant des ouvrages imprimés ou manuscrits , en me fournissant des notes précieuses , devenir mes auxiliaires. De ce nombre sont MM. Gautier, Lerouge, Auguîs , Crozat , etc. , savans ou littérateurs zélés ; MM. Desparcieux , statuaire, Gaucher, architecte, etc., à qui je suis redevable de plusieurs détails exacts sur leurs arts et leurs travaux.^ Je ne dois pas omettre les secours de m(m honorable ami, M. Littré, dont les coivnaissances profondes daiis la littérature ancienne , dans celle du moyen âge , ainsi que dans les productions des modernes, pourraient avec succès, si ses devoirs et sa modestie ne s'y opposaient, accroître la masse des con* jiaissançes bumaines.

eièplojée pottr Fhistoire des iionanes et e^e des grands États, etc. Souvent leajéiî^nenaens s^y présentent isolés , «t sans rap*pett avec <;ei»c qui lee précèdent ou<pâ leB «uivent ; soixvent encore les établissem^iB qu'on y décrit, difiërent absolument enttie «usrp*r leur nature ou leur objet. Cependant récrmiin, qui «'est imposé la loi de suivre en tout Tordre ^ronologique , est dbligé de iier ces articles disparates par dcis transitions qui ne sont pas toujours beo^ rsuses ^ et dont on aperçoit le travail ; ou irien ecft écrivam est réduit au rôle d^annaliste ou de cbroniqueur. Alors son ouvrage fi'offre qu'une bigarrure sans unitç , sans intérêt, qui fatigue et dégoûte le lecteur : jlfti ¥0alu jévi^ cet ittccmvéttient.

lia métbode tjue j*ai adoptée^ où rien ,d'utîle n'est omis, consiste à réunir dan$ le «même cadre chaque matière de latxaème Afrtttre et de la même époque. Voici l'exposé de cette. métbode.:

XiWvrage est divisé en périodes^ .auiiidi* Wsée» en setftions^ tl eeUeS'*^ tn^rtichê.

Cbaque période comprend un espace iie

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temps plus om *inoins étendu , méyant la disette ou rabondance des monumenjhisto»

riqœs. Cette période est ordinairement déterminée par de grands éirénemens poU^^ tkpies. Ainsi, Tétat de Paris avant Gésar» Paris -sons la -doimnatîon romaine , Parie sotis la première raee des Francs , sous k seconde, sous la troisième, depuis Hugues Capet jusqu^à Philippe -Auguste, etc., forment autant de périodes.

Bans des temps moins éloignés , ^t où les matières surabondent, où les r^nes portent une pliysionomie distincte, depms Henri IV jusqu^à nos jours, chaque règne dèrient uœ période.

La première section de diaque période contiètit une notice ^ur les érénemens prin» cipauS) tsur la nature du gouvernement , le caraiStère des* gouvefnaps , et leurs prince pfldes actions.

Lorsque les périodes cômprènnem ^|[ilft^ sieurs règnes , chaque règne forme uneHieo^ ticm ; alors chaque section contient iautant d^iticles qn^en comportent les direrset famhutÎKms appartenant à €» règne.

x6 PRÉFACE

Lorsque, dans des temps plus rëceas, la période ne comprend qu'un seul règne , après la première notice sur Tétat du gouvernement et sur le caractère des gouvernans , se |;rouyent plusieurs sections qui , divisées en articles, contiennent rhistorîque, la description dje tous les établi&semens , institutions , monumens , édifices civils et religieux, et l'état des spectacles.

Chaque période est terminée par trois • sections ; le tableau physique^ Vétat cwtl et le tableau moral.

Dans la première de ces sections se trouve l'indication des changemens qui , depuis la précédente période , sont survenus dans l'état physique de Paris ; changemens dans les rues, les quais, les* places publiques et les enceintes, et même les accidens, comme incendies, inondations, etc, , qui ont pu apporter des altérations dans quelques parties de cette ville.

La seconde de ces sections contient lee principaux réglemens de police , les dé^ jsordres produits par les vices de ces réglemens ou par leur inexécution 9 la population

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de Paris , autant qu'il a été possible de &e procurer des données certaines sur cette partie intéressante de Téconoiiiie sociale , les servitudes , les contributions , ei^Lu tout ce cpii oonceme la sûreté des personnes et des biens des babitans.

La troisième section offre le tableau des moeurs et des usages de la coinr , du clergé et du peuple de Paris. La matière de cette section est d'autant plus instructive et curieuse, que jamais on ne Ta complètement traitée.

Là y on pourra se convaincre que l'ignorance, la barbarie et la féodalité , causes de la tyrannie des uns et de la servitude des autres , sont les plus fécondes sources de malheur , de corruption et de crimes. Ceux qui vantent le passé pour blâmer le présent j ne trouveront dans ces tableaux fidèles rien qui puisse autoriser leur opinion.

Après avoir restitué au temps passé , que les ignorans nomment le bon vieux temps , les traits propres à sa physionomie , j'aurai soin d'indiquer la marche rétrograde ou progressive de la civilisation et des connaisr-

î8 TWtriiCt

sauces hnmaines , de signaler les mstitu*lions ^t les dasses de la société (jui on% entravé, ralenti ou accéléré cette marche*

Chac^e période , dans les temps anciens comme dans^les temps modernes, porte une physionomie particulière qui dîflftte lOU'^'' jours , à quelques égards , des physionomies de celles qui l'ont précédée ou suivie : je tracerai leur caractère, je marquerai ces différences.

Je citerai toujours mes autorités, et si quelquefois je m'écarte de cette règle , ce ne sera que pour des faits de peu d'importance , et qui , généralement admis dans l'histoire , restent incontestables.

Il n'est point de sujet aride qui ne smt susceiptibJte d'intérêt , même d'une sorte d'intérêt dramatique ; il ne s'agit que de le découvrir , de le mettre en oeuvre , et de ne jamais le faire perdre de vue à ses lecteurs. Dans la présente Histoire , le plus grand intérêt peut, je pense, naître des vicissitudes de la civilisation. Elle se soute^ nait à un degré assez éminent vers la fin de h ém^ation romaine. Sous la baihariedes

Francii de la première race , elle décrat avec rapidité et e'aiiiéatitit. Au conuDence* jpent d0 la seconde, cm fl| d'inhalxile^ et impuissans efforts pour lui rendre la vie et la retirer de Vabiine ^ eUe ; rçtomba plu» profondâneut çnçore, $t y r?rtt eufouif pendant' plusieurs siècles. Vers }a fiu du dou^ème , TeKcès du sial, joiot à un cou*^ cours de eirçonstmee^, roiupit quelques liabitudes , et laissa écliapper 9 à travers Tépaisseur des téuèhre», de faibles rayons de lumières qui tendirent à sVccroitre* taenia oea lumières devinrent iiuporiunei > éelairèreut d'affreuK désordres 9 et jetèrent l'alarme pansai ]^ hmm^^ qui ^n p^ofif* taientr Aler» ? loe partions int/âressés de ç^ déaoràpes parvinrent ji engager )es rpis daiM le«r querelle ; la lutte devint sanglante. Qn multiplia les obstacles et les périls sur lu

route de la civilisation ; elle les évita ou les franchit ; ses ennemis retardèrent quelquefois et assurèrent toujours son triomphe et leur défaite.

La guerre de la barbarie contre la civilisation , de Tignorance et des erreurs contre

lO PRÉFACE DB LA PREMIÈRIÇ ÉDITION.

les lumières et la vérité , qui , depuis long^ temps et surtout depuis les épouvantables et inutiles exploits du seizième siècle jusqu'à nos jours , a troublé et trouble encore les nations , est une guerre du plus haut intérêt. L'Histoire de Paris , de cette ville qui fut trop souvent le. théâtre* de leurs hostilités , m'a fourni de fréquentes occasions de signaler les envahissemens lents mais continus de la raison sur le domaine de la rou- ' tine , de signaler la marche nécessaire de Tesprit humain vers son perfectionnement. Ces progrès, et les obstacles qu'on leur oppose , découvrent le motif de la plupart des institutions , la cause^e plusieurs événemens , concourent à miltre ces institutions et ces événemens en communauté d'intérêts , et forment le lien qui unit les diverses parties de cette Histoire.

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