‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. Dulaure (volume 2)Chapitre 7 sur 21 · MÈTRES · texte numérisé non relu

MÈTRES

Cette rivière, dans ses débordemens , a soavent ravagé ses rives y j'aurai occasion de parler de ses ravages en décrivant les ponts qu-elle a plusieurs fois renversés.

La. BrfevRB , qui prend sa source . dans lés environs de Versailles , entre Bouviers et Guyancourt , après avoir parcouru lui espace d'environ liuit lieues , entre dans Paris

%S HISTOmE DE PiMS. *

à travers le beidevard des Gobelins «dont elle reçoit le nom -, puis elle traverse les . faubourgs Saint - Marcel et Saint-Victor ; ensuite ses eaux , empuanfies par de nombi^euK vetablissemens de blanchisseuses , âe tanneurs , de brasseurs et de teinturiers , sont versées dans la Seine sûr le quai de

l'Hôpital. , .

Trois imètres-eimpon feraiieiftt la. largeur du Ht ordinaire de cette rivière,, qiiîa.qiielquefois produit des débordements Iwe^les aux faubourgs. qu'elle traverse.

Voici ce qu'en dit FEstorle :

a La nuit du înereredi , i"«fml i&jQ, la » rivjère de Saint-Marceau , au moyen éh» » pluies des jours précédens ^ crût à la bau- » teur de i^k i5 pieds, abattit plusieurs » moulins , mitrailles et maifioxus, n<^ plu- » sieia^ persoimes -surprises /bu. leurs mai^ )) sons et leurs lits ^ ravagea grande quantité » de bétail , et fit un mal infini. Le peuple de » Paris, le lendemain et jours suivaus^ eou^ • '31 rut voir ce désastre avec grande frayeur. >» L'eau fat si haute qu'elle se répandit dans » réglisè et Jusqu'au grand autel <les Cor-<

» ddbtéreadeSamtrMareeaa^ ravageftalpar » forme de torrent ^i grande furie » la-^ » quelle Béftnmobis ne dura qœ trente^en» » rea ou un peu pliis (r)» » Une relation deœ débordement énpiace ayec plu&d^exactitiide répo({ue au 8 avril 1579 , entre onze et dense heures de la nuit. Outre les détaUà donnée piar TE^oile , elle porte que plus de soixante mai^ns ftiirent entraînées (a)*

n existait un ruisseau qui né de MémbmohÊxmt^ après avoir coule à travers lès faubourgs Saint -Martin , Saint- Denis ^ et passé derrière la Grange-<Batelière , par la VilIe-rEvèque, et au bas du Roiile, allait se jeter dans la Seine , sur le quai Debilly , au bas de Chaillot. Le^ eaux de ce ruisseau , sans doute absorbées par Fexploitâtion des carrières^ plâtré^ neooulelit'plus^ : une pw*tiède son lit, qui existé encore, fbrmecequW appelle le, grand égQÛt da la ville (3)«

(i)jQiafnal,de Ueiwi IHy «i i^t avril i5;9«

(a) Déiuge M iMmAniMi àimutjmt ^rcffobià oA-

(3) Qm.SL awCTC^ attriboé • l'écotikneat soutemi» de ce ruisseau , et ob attsilHi» auîourd'kui aux etwx éa

3o • HISTOIRE DE PARIS.

Un autre ruisseau, venant des coteaux de Bagnole t et de Montreuil , a creusé ce qu'on appelle la F^allée-de-Fécamp dont une partie de là rue . de Charenton a long^temps porté le nom (i). Les eaux de ce ruisseau , détournées pour alimenter Fétang situé à ràùest de.Yincennes , diminuées de volume par la destruction des bois, et absorbées par Firrigation des jardiiis ou marais voisins , ne coulent plus dans son ancien lit : elles se jetaient anciennement dans la Seine, près du Petit-Bercy.

Surface du sol de Paris. Le sol est généralement de deux espèces : sol originel .et 3ol éventif.

t Le sol originel est un gypse marneux *, le

vaste bassin de la Villette, un accident qui se manifeste dans les caves des quartiers septentrionaux de Paris ; de temps en temps elles sont inondées; elles le furent notammenten 174^, en 1788, en x8i6. M. Girard , ingénieur en chef,, dans son ouvrage intitulé Hecherches sur les eaux de Paris , pense que ces accidens n'arrivent que dans lesannées pluvieuses.

(i) La partie de la rue de Charenton qui a porté le nom de vallée de Fécamp était située entre la petite, rue de JReuilfy ei ÏA me de Montgallet.

STATISTIQUE PHYSIQUE. 3l

soi éveiilîf est composé d'une couche de fimon d'^mterrissement , déposé par les dé-, bordemens de la Seine sur ses rives.

Le sol de Paris s'est beaucoup exhaussé ,

d'abord par l'efiTet naturel des alluvions et

les dépôts successifs de la Seine, ensuite

par les travaux que le besoin de se préserver

des inondations fit entreprendre , par celui

d'adoucir les pentes, parle pavage des rues ,

et notamment par la construction des ponts

sur la Seine. Les débordemens de la Seine

pendaient nécessîdre l'élévation des arches

et par conséquent de la route de ces ponts 5

rélévation de cette route rendait également

nécessaire l'exhaussement du sol des rues

aboutissant à ces ponts, et de proche en

proche celui des rues adjacentes.

C'est surtout pour favoriser l'écoulement des eaux^ leur procurer une pente suffisante , et faire disparaître les cloaques dont Paris était autrefois infecté, qu'on a dà aussi en divers endroits élever le. sol. Voici plusieurs témoignages de cet exhaussement. Lorsqu'en 1770 oh construisît un caveau flous le bas-côté méridional de l'église Saint-

3^ BUTOmB DB Pâ«I8.

Benoit y rue Saint*» Jacques , on découvrir Tancien pavé d'une rue cpi comnuinkpiaiii^ de la rue Saint-Jaccpies au cloître de^ ceuef é^lûe. Cet ancien pavé était à dix pieds de profondeur att>-des80us du sol actuel (i).

L'abl>é Lebeuf dit avoir vu, au bas de hù rue Saint-Jaocpies , à sept à huit pieds ém profondeur , Fancien pavé de Paris, ce Oa> » apercevait , dit-il, qu'il y avait encore ttt , » un second rang de pavés entre ce premier » et celui d'aujourd'hui (2). »

Dans la rue du Plâtre -Saint -Jacques, presque toutes les maisox^s^ ont deux étft|;es de caYes qui attestent encore l'exhaussemeiil dufSoL

L- ancienne égKse de Salnt-Stdpiee , sur une partie de laquelle on a élevé la nourelle , est aii^oiirdliui à demi sous terre.

G'est surtout dans File de la Cité que ce» exhaussemeikt a lais^ plusieurs traces. Le p^é àeÉ and^ftn^s égfises de ce quartier

(i) Description dès Catacombes de Paris-, par M. Héricart de Thury, p. aïo, au.

(1) Jbissertations sur V Histoire ecclésiastique et ci- Vile ck ttiris, t. î, p. 8$.

cCuitde beit à ofenf pieds plus bas qi^e* celui des rues. H &llait , • pouir entrer d^ns la tJM^lle de Smnt'j4gntm<i d^ms Téglise de Smyt^Dems'^dihla^Chartre^ descendre envi^ Tim. viogt marekes; et, P<>ur arriver dansdai métropolitaine de Notre-I)ame , on avait en* «ore , au coinraencement du seizième siècle , treize degrés à mofiter, Aujounl'huile pavé de cette église est a peu près au niveau de celui de la place du Parvis.

£n i5o7, le parlement ordonna que la rue, qui du Petit-Pont conduit au pcmt Notre-Dame, serait élevée de dix pieds (i).' Toutes les rues al>outissantes durent éprou*» ^er le même exliaussement qui , comme onTok, ne remoni>e pat.à'one baute anti-* qoîcé.

Lia partie sepleikrieiiale de Pam nous fournit de senÂilables témoignages* Le soi de la Chapelle de Saint-Bon devait origi^ nairement être au moins au niveau de celui de la me ; dejmis on à descendu plusieurs degrés pour y entrer.

^yjàmèiifàhés de Paris, par SanVal, i. I, p. 99 9

'. Lorsjjue, après iS^a, Catherine de Médicis eut fait bâtir Thôtel nonmié dVbQrd hôtel de la Reine ^ puis hôtel de Soissons^ sur remplacement occupé aujourd'hui pat* la halle aux Blés , le sol de cet emplacemept fut e«:haussé de i4 pieds (i).

. Ces accroissemens dans la hauteur du sol de Paris ont été successifs , et les plus considérables se sont opérés dans les seizième et dix-septième jiècles.

On élève encore , en exécutant certaines constructions, quelques parties du sol de cette ville, comme on l'a élevé autrefois^ on ne le rabaisse jamais (d).

: Collines qui environnent Paris. Le bassin de la Seine, dont Paris occupe une vaste partie , est dominé par des collines plus ou moins élevées. Au nord, une chaîne de petites montagnes, depuis les hauteurs de Bercy jusqu'à celles de ChaîUot, pré-

(i) Mélanges d'histoires , par Terrasson , p. i et suiv.

(a) Dans les années 1817, 1818, on a exhaussé de plusieurs mètres le sol de la nouvelle halle du mardié Saiat«<Germain et celui des rues qui TenvironneiU. .

sente à peu près xu\ plan demi-circulaire. Cette chaîne se compose des coteaux de Bercy y de Charonne, de Ménilmontant y de Bellesdlle*^ de la Fillette ^ et de la montage de Montmartre.

De cette montagne , le terram va en s'abaissant jusqu'au plateau de Mouceaux, et de là se relève jusqu'à celui de Chaillot qui termine renceinte montagneuse de la partie septentrionale du bassin de la Seine,

Lies plateaux de plusieurs de ces collines s'élèvent* au-dessus du fond de ce bassin de i8 à ao mètres \ ils sont surmontés d'environ 60 à ^5 mètres par les éminences ou buttes de Ménilmontant et de Montmartre.(i).

Au midi , le bassin de la Seine est dominé par des éminences moins hautes que celles du nord. En partant de la rive gauche de la Seine , à l'est et sudTCSt de Paris , le sol s'exhausse par ime pente douce jusqu'au point de la barrière d'Italie, près de laquelle sont le plateau de Livri et la butte

(i) Recherches sur les eaux publiques de Paris, par M. Girard 9 ingénieur en chef da département, p. 1 15.

36 fiovom Dcr PAKis.

des Cââlës« Plus loin , le bassin fermé par le coars de la Bièvre interrompt le niveau de ce plateau , et sillonne profondément le «ol.

De la rive gauche de la Bièvre , le terrain s'eKfasrasse sensiblement jusqu'à la hauteur du plateau de Safinte-Genevîève. Ce pta* «eau , qui s'élèv« au-dessus des basses eaufx de la Seine de 34 mètres 5 centimètres^ s^étend jusqu'au-delà des barrières d'Enfet* «t de Saint-Jacques ; il est dominé par le plateau de Mont-Souris, où se voit l'obélis*- Tfae qui sert de ligne de mire à l'Observa*toire*, obélisque établi en i8o6, et qui oof^ respond à celui qui fut en 1736, au cAlé opposé de la ville , élevé sur RFontmartre.

A Touest de ce plateau de 'Mont-Souris , le terrain va baissant insensiblement jus« ^'au petit Montrouge, où passe la route d'Orléans, puis s'eichausse à l'endroit rà •ont placés les Moulins Janséniste^ Mùli^ niste et de la Citadelle^ situés au-dessus et près des barrières du Mont-Parnasse et du Maine* De ces éminences ^ assez faibles, le sol éprouve une déclivité peu sensible jus«-

STATIfirXIQUJE PKY&iQVE. ^7

qu'au bourg de Vaùgirard , où il s uait à la plaine qui sépare œ bourg du cours de la

Au-delà y et à une lieue environ (Je cetlc chaîne de basses collines, il en est une autre ipicis élevée , qui se compose princ%»alement des bauteurs de FiUejuif^ de Rungis, de £16' , de Bogneusa , ^de Meudon ^ de Saimt^ Cloudy cbatne qui va s'appisjrer au Mom^ f^aléfieny ou montagne dite du Cal^mre^ la ]^lus baute 4e toutes fceUes <pii jni virons nent Paris.

Tel est le cadre de la partie du basain de la Seine où cette ville est située.

Ce bassin ainsi «noadré «a^ir ait .très«^ncien-' n<Anem contenu les eaux d'un gsand lac ^dîmenté parle cours de la Seine et oelui de la Bièvre. Ce lac, qin devait <comnaM»eer près de Corbeil et se prolonger jusqu'aux enrâons de Mantes, était vasCe, tortueux et inégal dftBs ^ largeur 3 il recevait la forme dessinée par les terrains «élevés >qni le bordaient. Au^dessus'de Paris, ses eaux devaient couvrir les plaines «de Yùaj et» de MaijKms 9 et au-deasoiis de cette ville ^ les

4o HISTOIRE DE PAKIS.

règne de Louis XIV , sa foime agreste , sa hauteur et ses moulins à vent : elle né fut détruite qu'en 1667 ) ^^^^ ^ laissé plusieurs inégalités dans le quartier qui en porte le nom. « La Sulte^Saint-^Iioch et celle de » Villeneus^e-de^Grayois ne sont , >dit $âu* M val, composées d'autres choses que de » dépots successifs. » U parle aussi.de qiiel*ques autres buuës ou momtioules , dont il ^tribue la formaldon à la onème cause {i).

Sous le règne de Louis XIV, plusieucs autres de ces monticiiles factices , situés jprès lies boulevards duaord, fureoat aplanis, ill en existait encore un sur le rempastide la porte Saint-Denis *, et, pendant Tannée dé^ «i^treuse de 1709, les .pauvres £ireint em*ployés k le démolir, moyennant .desdifitri* butiiKas de pain (2).

(i) Yoyes ci-aprè«, article ButU^Saint^Boch» (3) Le 00 du mois d'août #e cette année de disette', 4es pauTres, oecupéft à ce travail, ne reçarent point U paia qui leur était xtrdinairemént di»tril>iié y preaaétf ^psr la £ûm qui ne respecte /ien, ils se soaleyèreul, se portèrent dans la maison où était déposé le pain qui le|u- ^tait^eithié , la piHérent , ainsi que quelques boutiques 4è bonlangeESy^^t .«Qiiu^toeAlJkrMtel d^Mr^'ArgensoU.

Dims File de la dtë^^et à son extrémité orientale , ti^ost fosmé de même un. semblable mfifUiciile qu'on a nommié le Terrady le Terrain , ou Xk Moite aux Papelards^ sans doiUe parce cp'elle appartenait aux dia-*nmnes de Notre-Dame. Son emplacement est occupé par une grande partie du jardin de rarcbevêché et du quai Catînat.

Dans la paxde méridionale de Paris s'élevaient ^ttsieurs de ces monticules ^ on en ▼oyait quelques-uns dims l'emplacement de la rue Ma^arine , le long d^ fossé de Nesle : c'est pourquoi cette rue a porté le nmn des BuUes. U en existait un fort considérable , en famé de l'hôpital, de la Charité , dans Templacemyent qu'entoure en partie la rué Saint-Guillaume ; il a été aplani , mais il reste des témoignages de son ancienne exifr>

AussHdt les gardes françaises, les gardes suisses, h» moosqoetaires même montèrent a cheval. L'écrivain «pii rapporle ëe fidt dit : « Il y eut quelques gens dt M, txtéê de cette canaille, parce qu'on fut obligé detiier 9 dessus; on en a mis quelques autres en prison. » Cest le langage d'un courtisan qui n'avait pas faim. ( Extrait des Mémoires de Dangeau, par madame de fiartory , t.n, p. 48<)

tencc. La rue Saint-Guillaume portait auL— tréfois le nom de rue de la Butte ^ et, dans un.ancien plan de Paris gravé, dit-on, d'après une ancienne tapisserie, on voit cette butte figurée avec un moulin à vent à sa cime , moulin qui existait en 1 368 , et qui fut reconstruit en 1 5oc). >

Un autre monticule , nonmié la Bulte des Copeaux^ existe encore en son entier; il est représenté sur les anciens plans, ayant à son sommet un moulin à vent. Depuis il est devenu un des ornemens du Jardin des Plantes ^ on Fa couvert de plantations en arbres verts, dessinées en labyrinthe. Son sommet s'élève au-'dessus des basses eaux de la Seine de 35 mètres 4^ centimètres.

Le plateau qu on voit au-dessous et au nord de ce monticule , pareillement planté en arbres verts, faisait aussi partie de ce dépôt de gravois et d'immondices, aujourd'hui si agréablement métamorphosé. On peut juger par la grandeur de ce monticule et de son appendice quelle était Celle des autres buttes qui n'existent plus.

Il parait même que les anciennes buttes

surpassaient celje-ci en hautçur. En i5i2, époque où l'on craignait de voir Paris as- .siégé .par les Anglais , on résolut dans une as^mblée d'abattre toutes ces buttes qui s'élevaient bien plus haut que les murailles de la ville. On décida qu'il serait ordonné aux habitans de Paris de déposer les gravois dans des lieux plus éloignés des. mu-* railles (i). ,

Cet ordre ne fut point exécuté* Quelques années après , dans une assemblée tenue le J19 mars 15^5 , Jean Briçonnet^ président de la chambre des comptes , demanda qu'on abattit les voiries qui environnaient Paris , et dit qu'il y en avait de si hautes , qu'elles coHunandaient cette ville. L'archevêque d'Aix, qui en était gouverneur ^ considéra ces voiries comme autant de forteresses élevées contre la place; il fut résolu de les abattre. Cette résolution ne fut pas entiè-* rement exécutée , puisqu'il est certain que la Butl€'Saint~Roch , celle des Copeaux , et plusieurs autres furent épargnées.

(i) ffistpire de Paris, par Félibicn, t. H, p. 910.

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