‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 1 sur 27 · PERIODE XI · texte numérisé non relu

PERIODE XI

fkKlS DEPUIS l'oKIGINE DE LA LIGUE JU8Qu\u REGNE DE LOUIS XIII.

§ Im*. Paris sous la domination de U Ligue.

Objet de rindignation des gens de bien , par sa participation aux massacres de la Saiut- Barthélemi ; objet de mépris par ses excès de débaucbes et sa dévotion ridicule , Henri lU inspirera bientôt le sentiment de la compassion. On va le voir, se laissant envelopper dans les filets de ses perfide3 eune-

2 HIStèlR^ DE Pk^li

mîs 5 s'y débattre avec faiblesse , employer, pour s'y soustraire , f otcr à tour dé lâ<ïl^e$ et inutiles condescendances, et même des crimes qui prédpitèremt sa ruine.

1 O» va Voir la dotir îie Rome , la cour d'Espagne , la maison de Lorraine faire une guerre ouverte au parti protestant , et travailler sourdement à détrôner Henri III.

Le motif de la guerre contre le parti protestant est évident. La cour de Rome avait sa puissance à défendre ^ celle d'Espagne , son fanatisme et sa croyance à satisfaire. De plus^ ces deux puissances voyaient Henri III sans enfans , et , après sa mort , la couronne de France passer par droit héréditaire au roi de Navarre ^ chef du parti protestant : elles devaient craindre qu'alors le protestantisme ne devînt la religion dominante en France.

Mais le projet de détrôner Henri III n'avait point pour motif, ne pouvait avoir même pour prétexte l'intérêt du catholicisme- Hetiri III , sur le trône , n'offrait aucun danger pour cette religion. Jamais aucun reproche ne s'estélevésursacroyance-^

iamais il nfi cessa. de «e moutrei cie qi|'<Çii4 nommait alors un bon cathoUgue^

Sous le rapport: de la dévotion., '.il aljait au-delà de ce qu'on.exigeirilidolui.; UaeçigT tait )aUXt|urocessioits ^. coii^^ert drùnL aa^ do péniteut^^ ayant i pendus à aa c^ntur^ une discipline let . un . cbapelel;! igarni de itêtesi de mort$ (i) \ il faisait nu^pieds desipélerioages à Notre^Dame^e-ChartiSes., De Jplus , il avait jw:is une part-très-active aux massacres dç k Saîiii-BartHfflemii etaignalélson rèfpiiQ! pav plusieurs )E»uH;res îaptes detci^auté coiutrp les protestaus. Qu'avaient <<^ouc à lui,reptroclie*" les catWLiqueâ ? Qu'exigeaieAt-ils^de p2us ? Il ne cessa de Seconder leùra desseins j il fit tout pour/leur:^cioropl8Îre ; tôut«fo6s , ces droits à kur . JûcixvfiillèinQe lui ' ^devinrent inutiles. La rcligio>^ était donc étraugèie au projet diC le perdr-é:^ mais il (occupait un Uônt

(i) Il parait <pie ce roi ne se livrait à ces pratiques ridicules que pour ëcartér tous les soupçons qu'on aurait pu concevoir sur sa caltholiteité, et'ne laisser atkcune prise à ses ennemis, f^oilà, di^tril un joiir, en m^nt^ant.soii grand' chapelet garni de tètes de morts ^ voilà lefiuep des ligueurs, (Journal dg Henri IIÏ, par PËstoile , au 5 avril 1587O . ' • ; t • t.... - > \ 1

4 HISTOIRE DE PAKIS

ambitionné , et sur lequel le duc de Guise aspirait à monter.

Le roi d'Espagne , qui fournissait les finances néeessaires au détrônement projeté de Henri III , espérait aussi réunir la couronne de France à la sienne. Le pape Tentretenait dans cette espérance , et favorisait secrètement le duc de Guise. Le premier objet était de détrôner ce roi* Pour y parvenir , les conjurés , d'accord sur ce point , imaginèrent de former une ligue qtd se composerait de la plupart des Français^ ligue dont le but apparent consistait à combattre les protestans , et dont lé but caché devait être la ruine du roi de Franœ.

Dès Tan i56'2 , le cardinal de Lorraine avaitconçu.le plan d'une ligue de catholiques, dont l'objet principal était de placer son frère, François duc de Guise, sur le trône de France : il avait même entamé plusieurs négociations à cet égard *, mais la mort de ce duc , assassiné à Odéans par Poltrot , déconcerta ce projet : néanmoins il ne fut point abandonné (i)«

(i) f^ojre% tom. IV, paç. 4oi.

sors LÀ LIGTJB. S

Henri de Lorraine ^ duc de Guise , fils du duc François , gouverneur de Champagne et de Brie, fit, pour la première fois , com-^ poser une fornmle de aerment , par laquelle les signataires s'engageaient i sacrifier leurs biens et leurs vies à la défense de la religion catholique envers et contre tous , excepté contre. la famille royale et les princes de son alliance. Cette formule fut signée par la noblesse de son gouvernement , et ensuite , le 25 juillet i568 , par l'évêque et le clergé de l'église de Troyes. Cette association est nommée dans la formule : stùntâ Ligue y Ligue chrétienne Tt royale (i).

Les massacres de la Saint-Barthélemi oc-^ cupèrent assez la maison des Guises pour suspendre l'exécution entière du plan de la Ligue : elle ne franchit pas alors les limites de la Champagne, et fut tenue secrète jus* qu'à une occasion favorable.

Le i4 inai 15^6 , fut publié un traité de pacification entre les deux partis qui divi-

(i] Cette formule de serment, munie des signatures du clerg^é de Trojes , est insérée dans le troisième volume du Journal de ffenri III , édition de 1744» P* ^'<

6 HlSTOniC ^&E PAUIS

saieM \sL Franoe. Le mécomedtefl^ent qu'il fil niKitr^ parmi les catholiques ' parut fav<v fable à'l'ambition.4u .duc de Guise* < A son instigation, le sieur d'Humrères e« ses au* triss partisans entraînèrent la noblesse et la plupart des h^Ëlbitans de la Picardie. Tous jurèrent , à P^ronne, 'de maintenir la nouvelle association. Dans d^atttres provinces , jes mêmes intrigues prod^iisirent le^ mêmes eâets.

A Paris, un parftnnéur ,• nommé Pierre Labpuyère, et Matthieu Labruyère son fils, conseiller au Châtelet > furent ,• en cette ville , les premiers apôtres de cette association : ils sollicitèrent des signatures disins tioutes les classes ; enrôlèrent sans peine des hommes perdus de mœurs et de réputation , qui n'avaient qu*à gagner dans les troubles publics , ainsi que de riches bourgeois aveuglés parleur haine contre les protestans (ï).

Les Guises ne se bornèrent pas à ces per- ^des manœuvres : ils dépêchèrent à Rome , ei^juin i5^6, Jean David , avocat intrigant ,

(i) Uimire de de Thou , Bv. 6l

5QU6 LÀ UGUE* 7

^iSmné au Palais de Paris , chargé de solliciter auprès des cardinaux une décision <{ui devait servir à leurs projets innbitieux. Jean David , à son retour en France , tomba ma* lade à Lyon , et y mourut au mois de novembre de la même année. On trouva, parmi ses papiers , une pièce qui prpuve }a réalité des projets ambitieux des chefs de cette ligue. Cette pièce déclare Hugues Cape t usurpateur y et ses successeurs des rois illégitimes , maudits de Dieu et réfractaires à la sainte Eglise , par l'erreur que les Franfais noimaenX libertés de VÉgUser gallicane , etc. ', elle déclare encore Henpi III incapable déléguer , et destiné à être enfermé dans un monastère ^ elle invite le peuple à obéir aux ordres du duc de Guise , chef de la Ligue et rejeton de Charlemagne \ elle veut qu'il ordonne à tous les habitans de3 villes et des campagnes de prendre les ar-» meç, et qu'on emploie des prédications pour émouvoir le peuple (i).

Pour prouver son droit au trône et sa

(i) Mémoires de là Ligue^ io]^. I«r, pièce pramièjne.

descendance directe des rois de la seconde race , la maison de Lorraine avait déjà , en i535, fait fabriquer une généalogie qui , à Taide de titres falsifiés , établissait cette descendance. Le duc de Guise en fit depuis fabriquer une nouvelle par François de Rosière, prieur de Bonneval , dont l'objet était de prouver que les ducs de Lorraine descendaient en droite ligne de l'empereur Charlemagne. Cet ouvrage , rempli de fausses pièces, parut in-folio, en i58o. L'auteur, en i583, fut condamné à faire amende honorable , et son livre fut proscrit par arrêt du parlement (i).

Voilà la Ligue et les prétentions du duc de Guise au trône de France autorisées par la cour de Rome , et signalées par une fausse généalogie ] voilà le but où tendait ce duc : on verra les manoeuvres qu'il employa pour y parvenir.

Cepcndantla Ligue s^établissaitdans presque toutes les provinces de France avec une rapidité qui effraya Henri III. Il voulut

- (i) Mémoir s de la Ligue, tom. I, pag. 7.

SOtTS LA LIGUE. 9

en arrêter les progrès , comme le prouve une instruction du 3o août 15^6 , adressée au duc de Montpensier , gouverneur de Bretagne (i) ; mais bientôt ce roi indolent et crédule se laissa persuader, donna son adhésion à la Ligue , et Tautorisa , par acte du II décembre 15^6, dans les provinces de Champagne et de Brie (2).

Bientôt après , ce roi , étant aux états de Blois 5 signa lui-même cette association avec un grand nombre de seigneurs qui s'y trbi>vaient 5 et , pour contrarier les projets du duc de Guise, il se déclara le chef de la Ligue ou de la sainte union. Chose étrange ! Un roi ravalait sa dignité jusqu'à se déclarer ouvertement l'ennemi cj'une nombreuse portion de ses sujets -, jusqu'à prendre le titre de chef de parti !

Après cette déclaration , à la fin de janvier î577, ^^ envoya à Paris Nicolas Lhuillier, prévôt des marchands, pour faire signer la formule du serment de la Ligue à

(1) Mémoires de Never s , loin. I, pag. 110.

(2) Idem, tom. T, pag. 1 14*

lO HI^TOOLE OE PiABIS

tous les ttabitans 4q cette ville. Matthieu Labruyère fut chargé de.rexécution'die,<:ej^ ordre. Il se présema chez le président du parlement, de Thou, qui e:isamina TaiCte d'association , ne le signa que condMionxiel<^ lement, après avoir inscrit les motifs de 9a désapprobation. Le roi , étonné de cette résistance , voulut en connaître les moti& ) Qt dépi^cha secrètepxent auprès du prei|iier président , qui exposa à son envoyé les mo* tifs de son opinion. Le roi , en les appre^ nant, dit : Nous ayons attendu trop tard: nous aurions dû plus toi consulter M* de Thou (i).

Le roi n'était pas doué d'une suffisante force de caractère pour réparer le mal qui fit de rapides progrès. « Le premier février )• 15^7 , les quarteniers et les dixainiers de » Paris, dit TEstoile, alloient par les maisons a des bourgeois porter la ligue , et faire si-. )) gner les articles d'icelle. Le président de M Thou et quelques autres présidens et cou-" » seillers la signèrent avec restriction \ les

(i) Histoire de de Thou, liv. 63.

sous LÀ LICUB. II

}) aiUi?è0:Ia rejietëreat)tcmC à plat ^;lsi plupart » du peuple aussi (i). »

Si Henri III se dégrada en se déclarant chef de la Ligue «^ il est certMn que , par cette déclaration , privant le duc de Guise de ce titre qui lui aurait donné nn grand pouvoir, il prolongea la durée de son règne.

Cette déclaration et le refus que fit Grégoire XIII' de séooBder les ligueurs ^uspen«dirent leur projeta. Les agitations des an-^ iiéesi576et.i677 se calmèrent tout-à-coap. Pendant huit années cpnsécutives , la Ligue parut inanimée. Cet intervalle de temps fut rempli par des intrigues ^ pçir les succès , leâ revers j les désastres de la guerre ci- Yile^' par de&)écidts>^ placards injurieux , et par* des '{)laisanterîes contre Henri III. Le duc de Guise n'abandonna jamais ce moyen dç p^erdre ce roi dans Topiiûon publique ( i ).

(i) Journai.de Henri JIJ^ p»r. TEstoUe ^ tom. I»

{a} ^<«ei .i]adqae»^iiii& de-cos:tcaîls lancés contve Henriin.

Le 4 février •1679'^, les ligueurs ^ informés que ce roi -devait aller 'hU foire' âe SaÎAt*<G«naaiQ , y envoyèrent

12 HISTamE DE PÀKI8

En i585 , le parti de la Ligue se réveilla ^ et montra une audace inspirée et par la mort récente du duc d'Alençon , frère du roi , qui rapprochait la maison de Bourbon du trône de France , et par un traité secret que ce parti avait conclu avec la colir d'Espagne.

Pendant que Henri III accueillait avec bienveillance la députation des provinces de la Flandre , et leur faisait espérer des secours qu'elle lui demandait , le duc de Guise, sans Tordre, sans rautorisation du

des écoliers pour le ridiculiser : ils ayaient mis autour de leur cou de grandes fraises de papier, semblables à celles que portaient Henri III et Ses courtisans. Ils s'y promet naient ea criant : A la fraise on reconnaît le veau. Ce roi les fit emprisonner.

Quels sarcasmes ne répandirent pas les ligueurs contre Henri III, lorsqu'il institua la confrérie des pénitens, et qu'il assista à leur procession I Plusieurs sontxonnus : je ne citerai que les suiyans :

(c Henri, par la grâce de sa mère, inerte roy de France et » de Pologne imaginaire , concierge du Louvre , marguil- » lier de Saint-Germain-l'Auxerrois , basteleur des égli-> » ses de Paris, gendre de Colas, gauderonneur des coliets » de sa femme et friseur de ses chevaux ; mercier du Pa- » lais , visiteur des étuves, gardien des quatre mendian»,

sous LA. LlGUe. i3

roi, et à Texemple des anciens seigneurs féodaux , leva une armée considérable , composée de Français et d'Allemands , et fit la guerre à la Flandre.

Cette levée de boucliers , cette atteinte aux droM^ de la couronne fut accompagnée de plusieurs sourdes pratiques , tendantes à former dans Paris un puissant parti pour la Ligue.

François de Roncherolles , sieur ée Mai*

» père conscrit des l)janc-I>attiis et protecteur des capu- » cins. » (Journal de Henri III, tom. XIII, pag. i8o.) Cette aatre pièce de Yer:6^parut Sans le même temps.

Le rot I p««r «Toir à% rargent , ▲ fait U paatrtf et rindi^est

' £t rhjpocrite.

Le grand pardon u a gagné ; Âa paie , k Teau , il a jcuoi Comme gn heiwlte ; **" ^lllli» Paris , qui le connSist bien, Ke TOadra pini-lni presler rien

▲ «a requette; Car il tnji d^a tant preste QaHW de lui dire arresu t '*jtUM tn queste.

(Journal iW Henri III, tom. I, pag. 178.)

U faut avouer qut la conduifto dé ce roi offirait Une ample matière auzlsarcastnes de tel ennemia.

t4 &Id^OIR£ DE "Pkms

3iC¥Îllç> , y arriva i^argé pftr le dtic d« Ouise d'y former un- comité sécret , composa des- plus eélés ligUetirsL Cet homme ; fécond en ressources et en paroles y oommeti^a par^â'adjoiikdre 'Charles Hottman , trési>riep<>dei Tévêque de ^Pdri^i Cesd^Ux personnes fen^ecriiièÉeôt fecfAttcôTlp d'-atiti'es ! Senaiit , cleueidu grçfie du parleiiien t ; ' Bussi*- Leclerc , qui, de maître en faît d'kttales^, était d#venuçrdcui*eup en cette cour ; Georges Michelet, sergent^au Châtelef, Nicolas Poulaih 5 lîeutenaût dtt pr^vôi de 1-ïsle^de"- France 5 etc. Ce dernier , p?r in térêtVii par devoir, déjoua pendant long-temps les projets des séditieux>«n lès dénonçant chaque jour au roi, et, par ses réviélations , parvint à reculer de quelques' âîliiéès Je terme fatal. ' ' '.'

Ces conspirateurs 5^ à' là faveur He Tor que leur prodiguait l'Espagne j réussirent sans peine à engager dans lièûr faction la plupart des curés et prédicateurs dé Paris. Dans ce nombre , on distinguait Jead Boucher, curé de Saint- Benoît 1 Jean . Prévôt , 04ire.de Saint-Sevierin ^leani Pell^tifer 5 >curédeS2fhiii^

SÔTÎS LA tîGtîE. l5

Jacques-de-la-Boucherîe -, Jean Wînceslre , curé de Saint- Gervais; 'Jean Hamflton , onté de Saim-Côme -, Jacques Cetiîlly, curé de Saint-Germain-^l'AuKerrois ; Matthieu de Xiftttnois 9 doÊtetir et ehanoitsie^ de Soissons y pais ministre protestant, enfin catholique et ligueur ardent, etc.

Ces prêtres, vraies trompettes de sédition , eurent la eharge expresse de ne rien négliger dans leurs chaires ainsi qiàe dans leurs confessionnaux, de saisir toutes les occarîons , de les faire naître lorsqu'elles n^ s'ôflFrîraîent pasM'ëlles^iûèmes , pour exciter le peuple à détester , à mépriser le roi , et pour le' soulever contre les protestans de Paris . Ces ecclésiastiq^ies s'acquittèrent avec zèle de ce double rôle.

On rednita, cfnsuite, dans le barreau un assez 'grand nombre dé partisans, tels que les présidens Lemaistre et Neuilli ; les nom^més Canmoiit, Ménager, Louis d'Orléans, avocats*, Crucé, La Chapelle, procureurs^ La MorBère , notaire 5 Louchard , commissaire, etc. Dans d'autres classes, ou recueillit La Chapelle-Marteau , gendre du

l6 HISTOIRE DE PÀmiS

présîdéM Neuilli-, Rolland, de Bar, Gilbert-Coeffier, sieur d'Effiat, etc. Tels fureat à Paris les principaux agens de la faction des Quises, et les provocateurs d«s scènes tumultueuses et sanglantes qui , pendant neuf années , désolèrent cette ville déjà épuisée par des excès de tous genres.

Les conspirateurs commencèrent par. se donner une organisation. Un comit.é de cinq, puis de dix personnes, fut chargé de diriger et d'exécuter les opérations : ce comité , pour échapper à la surveillance du gouvernement , changeait , chaque fois qu'il se réunissait , le lieu de ses séances. On sait qu'elles se tenaient, alternativc^ment, dans les maisons des conjurés , à la Sorbonne, au collège de Fortet , qui fut à cette occasion nommé le berceau de la Ligue ^ et dans le couvent des jésuites de la rue Saint- Antoine, etc.

Accroître le nombre des partisans de k Ligue en montrant aux hommes crédules la religion catholique en danger et leur vie menacée par les protestans; en séduisant les hommes avides et ambitieux avec de

sous LA LIGUE« fj

Targent où des promesses de places émî- Qentes , ou bien en les épouvantant par la menace d'une ruine prochaine : telles sont les principales manœuvres qu^ employa le comité des ligueurs. Us se distribuèrent le travail. La Chapelle - Marteau se chargea d^entrainer dans le parti de la Ligue tous les membres de la chambre des comptes ; le président Lemaistre, tous ceux du parlement ^ Senaut, tous les clercs du greffe ; et un nommé Leleu, tous les huissiers de cette cour. Le président Neuilli promit de ranger sous les drapeaux de la Ligue tous les conseillers du parlement ^ et le nommé Ckoulier , tous les clercs de cette cour. Rolland s'engagea avec le secours de son frère , conseiller à la Cour des monnaies , d'entraî* ner dans le parti tous les généraux et conseillers des monnaies. D'autres eurent la charge de faire des partisans à la Ligue parmi les sergens à cheval et à verge , parmi leurs voisins et les habitans de leur qiiartier. Labruyère , lieutenant particulier , répondit de tousles conseillers du Châtelet •, Crucé , des procureurs de cette cour , et de plus ,

tS BrSTOfHE DE VkTHIS

d une grande partie des professeurs et écoliers die l'Université ; Michelét prônjit d'entraîner tous les mariniers et gens de rivière, tous maui^ais garçons (i) i et dont le nombre s'élevait à plus decinq cents* Toussaint Poecart, potier d'étain , et un nommé Gilbert , charcutier , entraînèrent tons les bouchers , charcutiers de la ville et des faubourgs , dont le nombre passait quinze cents , ' et Louchard, commissaire, tous les marchands et courtiers de chevaux , dont on cc^Eaptait à Paris six cents et plus (2).

Ainsi , de proche en proche , la partie la plus active de ki population de Paris fut engagée dans la Ligue. De la rapidité des progrès de ce recrutement , on doit conclure que les hommes d'alors cédaient facilement à la séduction.

(i) Cette qualification était synonyme de celle de vo* leurs , d'assassins.

(2) Be marques sur la satire Mënippée , t. Il, p. ^5. — Histoire de Palma Cayer, tom. I, paj. 12. — Procès^ verbal de Nicolas Poulain. — Journal de^VEstoile , tom. II , pag. 228 , édition de 1 744* — Histoire de de Thou , liv. 86.

$0U$ hk LIGUE. 19

Aussitôt que la I^igue, eut une organisation complète à Paris , le duc de Guise ordonna à ses ageps , dans cette ville , d'aller ailleurs qpérer une semblable organisation.

On £^vait disposé les choses de manière que la conspiration, avant d'éclater à Pari^^ put. se manifester daias les villes de. province* Au moi^ de mars de la mtême année ^385, Qn apprit qu'il se faisait, des levées de trou* pes en divçrs lieux , et que plusieurs pUç0# fortes étaient prises au nom de la sainte^ umon.

« En ce temps, dit l'Estoile, o^ con^- » mença à découvrir l'entreprise de la sfiinte » Ligue y de laquelle ceux de la maisoi^ de » Guisp , joints à ceu^ de la maison de Lor- » raine, étoient les cbefs, secourus par le » pape , par le roi d'Esp^gQ^ e$ par le duc » de iSiavoie spn gendre : ligue pourpensée )> et inventée par défunt Charles cardinal » de Lorraine , voyant la lignée des Yalpis » proche d^ son période. Le. roi > averti 4^: 1» lou^ ces re^luemlçns , et des levées de » gens de guerre par le duc de Guise , com- » J^mf^ à, sjç tqniy si^r s^s. gfiçcia? , jpaais si

^O HISTOIRE DE PAHtS

» négligemment , dit TEstoile , qu'on entrir » en fort grand soupçon qu'il n'y eût entre » lui et ceux de Guise quelque intelli- » gence secrète (i). » Ou saisit à Lagni un transport d'armes très-considérable , que le cardinal de Guise envoyait à Paris. Les Guises s'étaient emparés des villes de Chàlons , Toul, Verdun, Soissons, Dijon, etc. Le duc d'Aumale , cousin germain des Guises , tenta de prendre Boulogne , afin de faciliter l'entrée des troupes espagnoles qui devaient y débarquer; son projet, connu d'avance , fut déjoué. Il s'empara du faubourg d'Abbeville. Le roi dit , en apprenant ces mouvemens séditieux : Si je laisse faire ces gens , je ne les aurai pas seulement pour compagnons , mais pour maîtres : il est temps dy mettre ordre. Il les laissa faire : il n'y mit point ordre. Au contraire, loin de réprimer et punir sévèrement de si graves attentats à son autorité , il eut la faiblesse d'accorder à ceux qui s'en étaient rendus coupables toutes ces villes prises, comme des garanties ou

(i) Journal de Henri III, tom. I, au i^'inars i585.

sous LA LIGUE. !kt

places de sûreté. Sa condescendance pour les ligueurs alla jusqu'à leur fournir des sommes considérables pour payer leurs trou*pes , et cent mille écus pour bâtir une citadelle à Verdun. De plus , le 1 8 juillet i585, il révoqua pour leur plaire les édits de pacification faits en faveur des protestans.

Ces concessions étonnantes et insensées, provoquées par la mère de Henri III , Catherine de Médicis , qui , ne se lassant pas , m^ne dans sa vieillesse , de faire le mal , sacrifiait à la faction des princes ligueurs les intérêts de la France et ceux de son propre fils 9 furent considérées commie un présage des succès démette faction et de la chute des Valois.

Encouragés par l'impunité , par Faveuglement et Texcesive faiblesse du roi, les chefs de la Ligue poursuivirent avec une nouvelle audace l'exécution de leur projet. Ils redoublèrent d'activité pour ruiner Henri ÎII dans l'opinion publique ; ils répandirent des libelles ; firent afficher jusqu'aux portes du Louvre des placards où ce roi était indignement outragé.

9S HUTOIRE DE 7AEIS

Us employèrent uu autre moyea : le i6 juillet i586, ils pap^fèreut ce prince à tesiijt un lit 4e justice au parlement pour obliger cette cour à enregistrer à la fois vingt^sepl édits bursaux , qui excitèrent contre sa per» sonne un mécontentement général. Les auteurs et les motifs de ces impôts, nommés édits guisarts^ furent bientôt connus.

En 1587, les membres du comité secr^ des ligueurs de Paris craignaient continuellement d'être découverts et punis avec êé^ vérité : ils écrivaient souvent au due de Guise pour rengager à venir dans cette» ville y changer la face du gouvernement ^ et faire cesser leur état d'anxiété. L^.ducde4^iBse faisait des promesses , et ne les tenait pas. Pressé par leurs importunités, il leur envoya son frère , le duc de Mayenne.

Ce duc vint offrir ses hommages à HenrillI, rassura de sa fidélité , et aussitôt reçut secrètement à Thôtel de Saint-Denis , où il logeait, les principaux ligueurs de Paris, qui lui remontrèrent le danger qu'ils CQUr raient en servant les intérêts de son frère. Le duc de Mayenne en fut frappé, et conçut

SO0S LA LIGUE. ni

aussitôt le projet de faire Im-mème ce que sm frère tardait tant à exécuter, IV arrêta avec les ligueurs un plan de conspiration ^ dont voici les principaux' articles.

Les? conjurés devaient pénétrer pendaBt la nuit dans les h6tels du chancelieD, du premier président du parlement et de plusieurs autres magistrats de Paris, les égorger, puis se rendre maîtres des postes lea plus impoirtans de cette ville ; du grand et du petit Ghàtelet , de TArsenal^ du Palais ^ du Temple et de rHôtel-de-Ville* Ils devaient ensuite assiéger le Louvre , tuer toti» ceux qui se présenteraient pour défendre le nÂ, tendre les chaînes, et 'barricader les raes, afin de massacrer tous les suspects en matière de religion , et nota^mment tous les politiques : c'est ainsi que les ligueurs nom*- Jnaient les bons Français qui n'étaient ni du parti pivotestant ni de. celui de la Ligue» Après ces expéditions sanguinaires., ils de^ vaient parcourir les rues en criant oii»^ la niesse(i).

(i) Prooés'^verèal de Njbcolas Podaiof Journal de Henri III, tom. Il, pag. a4<'> M^*

!l4 HISTOIRE DE PAKIS

Nicolas Poulain , membre du comité secret , yint dévoiler à Henri III le plan des conjurés. Ce roi ordonna que les divers postes de Paris fussent garnis de troupes. Par cette précaution et plusieurs autres , il prouva aux ligueurs qu'il était instruit de leur complot : ils en furent effrayés. Le duc de Mayenne , averti que Henri III l'accusait d'en être le chef, se présenta devant ce roi , lui protesta de son innocence avec l'accent de la colère , et se retira de Paris après avoir rassuré les ligueurs, et leur avoir dit qu^il n'allait pas loin , et qu'il volerait à leur secours en cas de danger (i^.

Les ligueurs de Paris se dédommagèrent de ce mauvais succès en répandant des libelles et des placards contre" le roi et les principaux magistrats.

Le duc de Mayenne imagina un autre projet : dans le faubourg Saint-Germain , il avait laissé , à son départ , divers corps de troupes qui lui étaient dévoués-, il savait de plus qu'il pouvait compter sur un grand

(i) Procès'verbal de Nicolas Poulabï; Journal de Henri III, tom. Il, paç. 247.

sous LA LIGUE. 25

nombre de ligueurs à Paris. luformé que Henri III devait dîner à l'abbaye, et de-là se rendre à la foire Saint-Germain , il conçut le projet d'y enlever ce roi ; mais celui-ci , averti du complot , ne se rendit ni au diner ni à la foire ^ et y envoya le duc d'Epernon , qui y fut insulté et obligé de fuir précipitamment (i).

Les ligueurs formèrent plusieurs autres projets contre la personne du roi : celui de s^en saisir dans l'église des Capucfns, pendant qu'il y entendrait la messe, et celui de le surprendre à son retour de Vincennes , d'où ordinairement il ne venait qu'accompagné de quelques domestiques. Ce dernier projet (insistait à arrêter son carrossera tu^ son cocher el les persounes de sa suite , et à ciier : Sire , ce sont les huguenots qui "VOUS veulent prendre! Le roi , effrayé, serait sorti de sa voiture : alors , on l'aurait saisi et renfermé dans une petite tour du couvent Saint- Antoine (a).

'(i) Procès -verbal de Nicolas Poulain; Joi/trnal de Henri III, tom. H, pag. 247.

(2) Idem , pag. 24?» 248,. .

36 HiaToiais es i»iaLis

Le duc de Guise se plaignit aux lign^eucs de Paris de ces complots fonmes^ans sapaiv ticipatian. Quelques mois apnès , lorsque Henri III quitta Paris pour aller ^u-devant des reitres , ce duc forma le projet, d'engager les ligueuits à s'emparer de cette ville pendant Tabsence du roi , tandis (cpue lui se saisirait de sa personne etn Champagne^ mais il yrenronça, trouvant son eioécution ^trop périUeuse.

Tous ces projets , d<»nt le roi était averti par !Nîcoltis Poulain, échouaient au moment d'être entrepris. Les ligueurs en étaient eoaeteraés , et ne savaient quel ëlaît ie ^nérélateur de leurs secrètes délibérations. Us avaieoit la cenitude que tous leuT# projets étaiè&t découverts^ par conséquent ils*42a redoutiâent à obaque instant la :punition ; mais Henri m , dégradé par la débaucbe , n'avait pas la fdrce de faire respecter son autorité* Il aurait pu facilement se saisir des membres du comité conspirateur : il était instruit du lieu et de l'heure de leur séance \ mais il redoutait les suites de cet .acte de vigueur ^ il lui SiQffi3[ait ^e préserver

SbuS LÀ Ll&tJBk VJ

sa personne des attentats de ses ennemis. Les ligueurs, rassurés de voir que tous leurs projets contre la personne du roi, quoique toujours déjoués , étaient toujours impunis., changèrent de marche^ ils-difiT'clièrent à s'emparer de Topinion publîqise , et à la soulever plus v^oureusement conti» le roi. x( Lors les ligueuriS, dit Nicdas Bou- » lain , 4;onxniencèrent à pratiquer le plvus 9 de peuple qu'ils purent, sous le prétegtf^ y> de la religion^ et les prédicateurs 9e » diar^gèrent en leurs serinons de parler n fort et ferme contre le roi,, le dénigrer 9 envers le peuple plus qu'ils n'avoi^nl » jamais fait ^ etiCe, pour provoquer le roi » à en prêtre quelques-un^, afin d'avoir M sujet de. s' élever con^tre lui : ce qui ad*- » vint, enfin , par Ja séditieuse prédication » d'un des leurs, à SaintrSeverin , auqu^ » ils. firent yoxnir tanl; de vilaines injures » contre le roi , que Sa Majesté' fut con-* » trainte de l'envoyer quérir pour parler » à lui (i). »

.{i) Proeéê^verbal 4e.NkMM«PoolaiB; Journal ^tU Henri 111 9 tom. Il, pag. aSo, 25 1.

2i8 HISTOIRE DE PARIS

Le roi ordonna , le 2 septembre iSSy, â Rapin, lieutenant du prévôt de Thôtel, d'aller arrêter un théologien qui avait prêché séditieusement à Saint - Germainl'Auxerrois ^ ainsi que les curés de Saint- Severfn et de Saint-Benoît. Bussi-Leclerc , averti , vint avec sa compagnie s'embusquer dans la maison d'un notaire ligueur, appelé Nicolas Hatte , située près de Saint-Severin , pour s'opposer à l'arrestation du curé. Instruit de ce projet de résistance , le roi envoya . chez ce notaire le lieutenant civil Séguier, qui s'y présenta, en fut repoussé, revint bientôt avec force sergens et comniissaires^ et n'obtint pas plus de succès. Le peuple s'attroupa 5 et quelques hommes crièrent dans la rue Saint-Jacques : Aux armes! mes amis ^ qui est bon catholique y il est heure qu'il se montre ; les huguenots ^veulent tuer les prédicateurs et les j:atho' Uques (i).

Ainsi l'autorité royale , méconnue par

(1) Journal de Henri IIÏ ^bt l'Estôile, au 3 septembre 1587.

sous LÀ LIGIfÉ. ag

un peuple justement mécontent et perfidement exalté par les prédicateurs, exercée par un prince, efféminé , était dépourvue de son principal appui.

Dans le même temps la duchesse de Monlpensier, sœur des Guises, engagea le curé de Saînt-Severin , Jean Prévôt , à placer dans le cimetière de cette église un tableau qui représentait, dit TEstoile , « plusieurs », étranges inhumanités exercées par la » reine d'Angleterre contre les bons ca- » tholiques ; et ce , pour animer le peuple » à la guerre contre les huguenots. De fait, » alloit ce sot peuple de Paris voir tous » les jours ce tableau , et en le voyant » crîoit qu'il falloit exterminer tous ces mé- » chans politiques et hérétiques. De quoi » le roi averti manda à ceux du parlemfent )) de le faire ôter , mais secrètement*, ce qui m fut exécute ( le 9 juillet 158^ ) de nuit , » par Auroux, conseiller au parlement et, :> pour lors , margaillier de Saint-Seve- » rin (t). »

. (i) Journal de Henri III, au a septembre 1587. .

3o Hi^roniE iD(E pàkis

De Thou no»» apprend qvte ce taldeau fui gra/^é , et que les gravures étaient exposées dan3 les rues de Paris.

Cependant les prédicateurs de cette ville^ autotrisés par Timpunité et par l'argent de VEâpagne, continuaient, ave<c une aiudace jusqu'alors inouie , leulrs déclamations con« tire Henri III.

« Le 3t) décembre 1 687 y le roi mandd » venir au Louvrç sa cour de parlement et » . la faculté de théologie , et fit aux docteui^ )) une âpre réprimande , en la présence de » sa cour, sur leur liceiwe effrénée et in- » solente de preecher contre lui, contre A toutes ses actions , mesme touchant les. » ftf&ires de l'Etat ; et ,^ s'adressant parti- » culièrement à Boucher , curé de Saint- » Benoit, il l'appela mecA^i/it etplus méchant >]k que défunt Jean Poisle , son oncle , qui » a,ydit été indigne conseiller de sa cour \ » et que ses compagnons , qui avoiei^t pres- » ehé-<:ontre lui plusieurs calomnies ne va- » loient guerre mieux; mais qu'il s'adres- » soit particulièrement à lui , pour ce qu il » avoU ^kè.sà impudent que de dire dans

sous Z{À lilQirEb 3l

Dk UB ^erisiair.qu il ayoïit fait jeter en un; sac » ^». Teau Burlat , tbéologajL d!Orléans , et » combien que ledit Burlat fut tous les » jours avac lui etsea c€Hnpagnoj«rbuY«ut, ' )x mangeant et se g«tùssan4; leur disant » da^antj^e \.wtmne,pwiê!eizmfi^rqwt^ou$ )► 9^ myet notoirement, malheuxeux et^myk nds y par deuon. moyens. : i? pour avoir pur » blùfuenie/itet.en la chaire de vérité éwaiicé » pluH^urs calomnie^ aofitre moi , qid suis » *uotre légilim0t roi^y ce qui est deffendu » par V Écriture •'Smfte ; %? pour ce que , y> sortant de chaire ^ après oi^oir bien menfi » et médit de moi , thhis vous en allez droit » à ï autel dire la messe sofi^ vous réeonr »» cilier et confesser d^sdits mensonges, et )> mesdisances ; combien que tous les jours » vous preschiaz que quémd on et nwnti ou » parlé niai de quelqu'un qui que ce soit , » sui^^ant h teœXe de CÉyangih^ , se foM » aller récamilier ai^ec lui avant de se pré* «^ senter à Vauàel (x).. Il ajouta ; jasais

(i) Henri III parlait avec assez de facilité ; mais il ne noobwpats ici.uQa QoiuuussiiDC«vbien . «caste. dsft^vang^es.

)) "votre belle résolution de Sorbonne^ du » 16 de ce mois , ti laquelle foi été p lié de » n avoir égard pour ce quelle av^oit été » faite après déjeuner. Je ne veux pas au » reste me venger de ces outrages , comme » fen ai la puissance^ et comme a fait le pape ■ » Sixte V^-qui a em^oyé aux galères certains » prédicateurs cordelters ^ qui^ en leurs pré^ » dications , ayoient osé médire de lui. Il » n'y en a pas un de ^vous qui n'en méy> rite autant et rncme dai^antage^ mou je » veux bien tout oublier^ et vous pardonner, » à la charge de ri y retourner plus : que s'il » vous aduenoit , je prie ma cour de parle- » ment y là présente ^ d'en faire une justice » exemplaire^ si bonne que les séditieux » comme vous y puissent prendre exemple » pour se contenir en leur dei^oir* »

L'Estoile ajoute que cette justice eût été fort nécessaire , l'audace de ces gens crois-^ -sant par la patience du roi ^ mais il en demeura là : habens quidem animum y sed non sat'is animi(^i).

(1) Journal de Henri III f tom II ^ au 3o décembre

sous LA LIGUE. 33

Le décret de la Sorbonne , dont se plaint ici le roî , fut en effet ren3u le 1 6 décembre 1587 «par trente ou quarante pédans , » maîstrçs èz arts crottés , qui , après grâces , » traitent des sceptres et couronnes , dit » TEstoile. Il ajoute que le résultat de ce » décret portoit qu'on pouvoit ôter le gou- » vernement aux princes qu'on ne trouvoît » p:is tels qu'il falloit , comme l'adminis- » iration au tuteur qu'on avoit pour sus- » pect (i). ))

Les menaces de Henri III ne produisirent sur les prédicateurs qu'un effet momentané; mais ces prêtres factieux avaieiit, pour arriver à leur but et gagner leur argent , une autre ressource ; le confessionnal leur off'rait un moyen plus secret et moins dangereux que la chaire ; ils l'employèrent avec succès pour exciter les pénitens à la révolte. « Ceux qui travaillaient le plus » eflScacement, dit M. de Thou , furent les » confesseurs qui développaient à l'oreille » de leurs pénitens tout ce que les prédi-

(i) Journal de Henri III, tom. II, pag. $9 et 40.

34 HISTOfRE IMS PàlIS

Ht cateurs n'osaieat clairement exposer en )i^'p!abliG , oar, en chaire ,, Us s'abstenaieal » de nommer les personnes , dans lacrainte » d'être punis. Les confesseurs , ajbu^ant » du secret de leur ministère , n*épargiiaien t » ni le roi ni les ministres, ni les per<<^ D sonnes qui lui étaient le plus: attachées j » et au lieu de consoler par des discaursrde D piété ceux qui s'adressaicBt à eux., ils » leur remplissaient Tesprit de feux bruit&, )) et mettaient leur conscience à la torture » par des quesdons embarrassées et par )» mille scrupules. Par le mème^ moyen ila » fouillaient dans les secrets des familles. • ., » soutenaient que les sujets pouvaient faire )i des associations sans la permission du » prince; ils les entraînaient dans cette » ligue funeste ; et , à ceux qui ne voulaient » pas y entrer , ils refusaient Fabsolution* » On porta des plaintes contre ces oon« » fesseurs séditieux , ajoute M. de Thou; » on leur enjoignit de ne pas abuser ainsi )) de la sainteté de leur ministàre : ils ne )) changèrent pas, furent seulementplus cir- » cw^peeu et posèrent ce dogma. nou*

)^ T€Au 9 que le pénitent qui découvre ce » que le confesseur lui a dit est aussi cou^ » pable que le confesseur qui révèle la eon*- >i fession de son pénitent (i). »^

Cependant la conspiration, quoiqu'avec lenteur , s^'avançait vers son but : Henri III , toujours de plus en plus méprisé , comment çait à n'être plus obéi. Ce roi , ins^^ruit des secrètes menées que la duchesse de Montpensier , sœur des Guises , dirigeait contre son autorité , lui ordonna , en janvier i588 , de sortir de Paris. Elle refusa de lui obéir ^ et, quelques jours après , tournant en dérision ce monarque , elle disait qu'il portait deux couronnes , mais qu'elle lui en réservait une troisième ; qu elle avait des ciseaux pour lui tondre la tête, et former une couronne de snoine à frère Henri de f^alois (2).

« EUe portait , dît de Thou , une paire » de dseauxd'or, pendue à sa ceîntuce , et » les montrait aux personnes de la cour

(t) Hiuwrtide de^ Thou, \vf. 86.

(2) Joumtdd» Uenri IH, tom. II , ^ptt%- S^

36 HISTOIRE DE PÀEfS

» en disant qu^elle était destinée à tondre

» le roi ) afin de le reléguer dans un mo-

» nastère comme indigne de porter la cou- » ronne , et de mettre sur le trône un » prince qui le méritât mieux (i). »

-Cette pensée parut ingénieuse aux ligueurs , qui la reproduisirent en vers français et latins (a).

Les ligueurs , outre la dénomination de frère Henri de KaîoiSy appliquaient au roi des épittètes plus injurieuses encore. Ces factieux , si crédules , si fanatiques , avaientr ils le droit de reprocher à leur prince les erreurs dont euxrmêmfis étaient les défenseurs et les dupes ?

Le comité des ligueurs , nommé depuis le conseil des Seize , parce qu'il dirigeait les

(i) Histoire de de Thou, liv. i63.

(a) Henri III joignait au titre de roi de France celui de roi de Pologne; Un distique latin porte qu'une autre couronne l'attendait dans le ciel. Cest cette idée qui fit naître celle d'une troisième couronne ou tonsure monacale. Les ligueurs ont composé sur cette troisième couronne, en vers français et latins , plusieurs épigrammes qui méritent peu d'être reproduites. ( f^qyez . le . Journal de Henri III , par l'Estoile, au i8.noyembre.i585.)

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