BOUS LA LIGUE
seize quartiers de Paris , que Timpunité rendait plus audaeieux , mit moins de mystère dans ses délibérations séditieuses. Ce conseil se tenait > en i588, dans le couvent des Jésuites de la rue Saint-Antoine ] Nicolas Poulain y assistait : il rapporte qu'on y proposa de se jeter sur le roi , pendant qu'il parcourrait en masque les rues de la ville. Le roi , averti par ce zélé serviteur , ne sortit point du Louvre.
Cependant les ligueurs ne cessaient de presser le duc de Guise de se rendre à Paris : ils lui écrivirent que leurs gens étaient prêts y en bonne disposition , en grand nombre , et qu'il ne leur manquait que sa présence. Ce duc répondit qu'ils eussent à établir secrètement leurs quartiers, et à rechercher le nombre auquel se montaient leurs partisans. Sur cette réponse , les ligueurs, dans les premiers jours d'avril 1 588, tinrent une assemblée dans la maison de Santeuil , située devant l'église de Saint- Gervais , où se trouvèrent Labruyère , La Chapelle , Rolland, Bussi-Leclerc, Crucé, Compan et beaucoup d autres.
^ HISTOia£ D& PARtS
La Chapelle prit la parole ^ et , diaprés Tayis du duc de Guise , proposa de réduire les seize quartiers de Paris en cinq , et présentai rassemblée un plan où ce tte* division était tracée. Chacun des cinq quartiers de^ vait avoir son colonel , sous lequel seraient établis quatre capitaines. Â chaque oapi«> taine devait être distribm un méixmre , contenant les règles de sa conduite et Tin* dication des lieux où devaient se tiHHi^ver des armespour ceux qui n'en avaient point (i).
Ce projet adopté , les ligueurs s'occupetenta rechercher le nombre d^ommes qu'ils pouvaient mettre sur pied. Daprès leur calcul et l^urs recherches , il Héaulta que ce nombre se montait à trente xnillehommes.
Le 1 5 avril 1 588 , le (ktc de Guise écrivit encore aux conjurés qu'il avait 'enV'Oyéi p))asieurs capitaines eicpérimenti^s dans dive^ quartiers de. Paris ; qu'il leur envoyait da plus. cinquante cavaliers log«s dao^les vil?lages voisins de cette ville ; qua dès cavaliers
(i) Procès-yerbal de Nicolas Pôolain , seconde partie , intitulée Préparatifi de la lÂgne^ elQ«
S0V8 XA aLEOCC. ig
àe^metil j entrer pendant ia nuh qui pré^ cédait le dimanche de Quasimodo^ et pftr,la porte Saint-Denis ^ de laquelle les coi^urés éttâetil sur». A ces «aTuliers , entrés d^ms Paris , devait :se joindre une troupe de Ugaeiirs les phis déterminés. Voici le projet etmçu par le duc de Guise*
Le duc d'Épernod , qui ravak rcoutunné de £3iirela ronde depuis dix heures du soir jusqu'à quatre heures ^ matin , idevait étne tué par deux de ses firopres gens , qo&'on avait subornés : après cette expédition , la troupe devaot marcher droit au Louvre ^ passer les gardes au fil de Fépée , et s^m* parer de ce château et du roi.
Le roi fut bientôt , parNicolas Poulain , averti de ce nouveau complot. 11 fit nenibroer la garde du Louvre^ ordonna à ses quarante^ cinq :gentilshomnies.(i) découcher dansice
(i) Ces quarante-cii^q gentilsliommes, largement gagés par Henri III pour "la défense de sa personne et pour dûs expéditions secrètes, étaient généralement méprisés. On les qualifiait idejè/ufeansife nassgaàac, dncottpe'jarretsf as Msassinaient à ia Tolonté iduimaatre. (ki connaît les nomsMe quelques-uns dé ces assassins à gages : tels sont
4o HISTOIRE DE PARIS
château , et fit venir de Lagny quatre mille Suisses 9 qui furent logés au faubourg Saint- Denis.
Ces précautions prouvèrent aux ligueurs que leur plan de conspiration était connu. Us ne pouvaient concevoir comment et par qui toutes leurs entreprises étaient révélées ] leurs soupçons ne s^arrètèrent jamais sur le véritable auteur de ces révélations : ils restaient confondus et déconcertés ; mai» Timpunité de leurs précédens attentats les rassurait.
Le duc de Guise , pour profiter du succès de ce coup de main, s^était approché de Paris , jusqu'à Gonesse. Dès qu'il eut appris les moyens que la' cour venait d'employer pour sa sûreté , il s'éloigna.
Les ligueurs n'étaient pas tranquilles : ils redoutaient à chaque instant les effets de la vengeance du roi. Dans cette crainte , ils écrivirent au duc, et, entre autres choses, ils lui dirent que , s'il ne venait promp-
, ceux de Ghalabre, Loignac , Montsery, Saînte-Maiines, etc. , tous de familles illustrés aux 7eux des généalogistes. • • :
sous LÀ LIGUE. 4'
tement les secourir, ils. le regarderaient comme un prince sans foi. Le doc ,. ainsi pressé, répondit qu'il leur envoyait plusieurs capitaines . expérimentés , et qu^il les suivrait de près. Ces capitaines arrivèrent en eâet : ils furent reçus par les ligueurs , et secrètement logés en divers quartiers de Paris. Le duc , attendu avec impatience , et ne pouvant plus retarder son voyage à Paris , sollicita auprès du roi , pour écarter les soupçons que son arrivée pourrait faire naître , la permission de rentrer en cette ville, afin, disait-il, de se justifier devant Sa Majesté des calomnies dont on le chargeait.
Le roi , parfaitement instruit de tous ses projets , lui envoya le sieur Bellièvre pour lui défendre expressément de se présenter à Paris. Le duc promit d'obéir, jura , dans la suite , qu'il n*avait fait aucune promesse , et redoubla ses instances auprès du roi qui lui dépêcba , par le sieur de La Guiche , un second ordre.de ne point s'approcherde cette , ville.
La mère du roi , son épouse , la très-
4^ iri«r€^vit< D£ f»à]its
goMide partie de ses couttkafns, tous éé^ roués aux Guise» , sepaient) sans beârueoup d^eâbi^ts , parvenus à vaincre la résistance d^vproi faible^ indolent ^ incapable de pren-* dre une résolution forte , encore moins de lexécuter \ mais une nouvelle entreprise costiie sa personne réveilla , sinon son couraige, au moins le sentimont de sa propre conservation.
La duchesse de Montpensîer , voulant kàter le dénouement , <m ravir à son frère la gloiite d*un succès déisiré , fit , le 5 mai ^ placer une douzaine d'hommes hardis , cuirassés ^ bien armés et assisté^ de quelques gentilshommes dans une maison située hors la porte Saint- Antoine , nommée* Bélesbat ou la Roquette (i). Ces hommes embusqués devaient arrêter le roi à son retour de Yin-^ eennes , faice rebrousser son carrosse , et le mener en diligence jusqu'à Soissons , par le
{lyLa RotfueUe -ou Bélesbat était une maison de plaifance située daQ3. Le lieu même où depuis furent , en i63ô, établies les hospitalières de la Roquette, pi à l'extréinité de la rue qui porte ce nom. Henri II et Henri IV ont possédé cette maison.
ftous LA LteiyS. 43
Utoyeai de plusieurs relais places^ sur la roule» Aussitôt on aurait répandu Talanne dans Paris , en disant, que les huguenots étaient enlevé le roi^ etqu'ik voulaient lui Qouper 1^ gorge ; puis ^ à la faveur du trouble eficiasioné par celte nouvelle , on serait loo^béi sur tous le» politkfues , sni tous les partisans du roi , nonrseulement à Paris , mais dans toutes les villes où le parti de la Ligue dominait*
• Ce complot 9 digne de son auteur , fut ejEi<;ore déjoué par Nicolas Poulain qm se rendit exprès à Ytncennes pour en avertir Henm lU. Ce prince fit venir de Paris une centaine de cavaliers pour lui servir d'escorte , à son retour de Yincennes.
Le 9 mai i588 , à midi , le duc 4^ Guise , malgré les ordres réitérés de Henri III , arrive: à Paris ^ descend à Thôtel de la reine mère (i). Un gentilhomme eii instruit le Meur de Villeroi* Celui-ci: court au Louvre pour en informer Henri lU : -Monsieur de
[t] L'ii^tel de la reine mère y Catherine de Médicis, était situé sur l'emplacement actuel de la Halle- aux- Blds.
Guise est arrwé , lui dit-il.» Le roi parait effrayé : // est vertu ? par la mort-dieu^ il en mourra , s'écrie-t-il. Il envoie chercher le colonel Alphonse Ornano \ Si vous étiez « ma place , que feriez-vous P demanda-t-il a ce colonel qui répondit : IlrCy a quun mot à cela :■ tenez-vous le duc de Guise pour ami ou pour ennemi P Le roi , sans répondre , fit un geste qui prouvait assez qu'il ne regardait pas le duc comme son. ami. Alors Alphonse dit au roi que , s'il voulait Pautoriserf il apporterait à ses pieds la tête du duc ,-ou le mettrait en lieu de sûreté qui lui serait indiqué , sans que f>ersonne n'osât bouger. Le roi , toujours timide et irrésolu , répondit qu'il espérait mettre ordre à tout par un iiutre n^yen.
Bientôt la reine mère , dans sa chaise, et le duc de Guise, à pied , partirent ensemble pour se rendre au Louvre. Le trajet était court ^ mais il fut pour le duc une marche triomphale.- Les Parisiens ligueurs s'empressaient sur ses pas , voulaient toucher son habit , le bord de son man teâu , faisaient entendre les acclamations de /^iVe Guise l
SOVS LA LIGUE. 4^
viue le Pilier de F Église l L'Estoile ajoute qu'une demoiselle , quittant son masque , s'écria : Bon prince ! puisque tu es ici , nous sommes tous sauvés !
Catherine de Médicis présente au roi son fils le duc de Guise. Ce prince , en le voyant , devint- blême 5 se mordit les lèvres, et lui dit, suivant un témoiif oculaire, a qu'il trou- )) vait fort étraûge qu'il eut entrepris de » venir en sa cour , contre sa volonté et » son commandement. Le duc s'excuse et )) demande pardon , dit qu'il s'est fondé sur » le désir qu'il avait de représenter lui- )) même k Sa Majesté la sincérité de ses ac- » tïons , et de les défendre contre les ca- » lomnies et les impostures de ses ennemis . . . » La reine mère s'entremet là - dessus , la » reine aussi -, il est reçu en grâce. Le roi se » relire dans sa chambre. Le duc , peu de » temps après, accompagne la reine jusqu'à » «on logis , puis va à Thôiel de Giiisc(i). »
(i) Relation de la mort de MM. le duc et le cardinal de Guise , par le sieur Mirop, médecin. — Journal de Henri III , tom. III, pag. 461 , 4^5, 4^î *^™' ^^î pag. 95, 96. — Histoire de de Tfiou , liv. 90.
46 HISTOIRE I>B PÀAIS
Suivant d^autres témoignage» , le roi ae montra furieux , prit même la résolution de faire tuer le duc de Guise dans la chambre de la reine son épouse ^ et ce fut dans ce dessein qu^il pria sa mère de Vj introduire. Le roi s'y rendit, et, avec colère, demanda au duc ce qui Tamenait à Paris. Le duc , en ooiulisan exercé, sans s^émouvoir, se pros«terne, se met presqu'à genoux, et , dans un discours étudié , lui répond respectueusement qu'il aupplie Sa Majesté de vouloir bien prendre confiance en sa fidélité , sans se laisser aller aux passions et aux calomnies de ses ennemis. Ce commencement d'explication fut interrompu , et continué dans le jardin de la reine«
A ce mouvemei^t de colère succéda , chez le roi ^ le calme de la timidité : le duc en devînt plus audacieuse ^ et sortit triomjphant de cette lutte. Le lendemain, lomai, nou- %el\e entrevue entre les deux princes ennemis. Le duc la redoutait; mais elle eut un succès pareil à celui de la première.
Que pouvait Henri 111 , prince timide , efféminé , dont les débauches et les supers^
sous Là LIGU«« 4?
tàkms avaient rétréci la raison , ^temt le . courage ; qui voyait s'élever contre lai une population dont il était méprise , une population excitée , fanajtisée par les prêtres ^ lesquels lui faisaient envisager la révolte et le renversement du trône comme des actes de dévotion ? Que pouvait ce roi environné de traîtres , et qui trouvait dans ses courti"* sans et jusque dans sa mère des partisans de son plus cruel ennemi? Il ne pouvait guère conjurer Forage qui lé menaçait, sans le faire éclater sur sa personne.
Le 12 mai , dès la pointe du jour, ce roi fit entrer par la porte Saint -Honoré les quatre mille Suisses logés depuis quelque temps dans le faubourg Skint - Denis , de plus , deux mille hommes de gardes-fran«" çaisea , et fit placer plusieurs compagnies de la ville dans le cimetière des Innocens.
Pendant la nuit du 1 1 au m , quatre de ces compagnies de gardes bourgeoises qu'on avait apostées dans le cimetière des Intio^ cens , séduites et entraînées par les ligueurs, avaient abandonné leur poste. Les troupes suisses , qui venaient d'entrer , les rempla^
48 histoihe de paris
cèreùl dans ce cimetière \ puis elles furent, ait] si que les gardes françaises,, réparties,, dans divers postes dé la yille. Les Suisfes occupèrent la place de Grève et le. Marché- Neuf -, les gardes françaises, le Petit-Pont, le pont Saint-Michel et le pont Notre-Dame. Tous savaient reçu Tordre de n'attaquer aucun bourgeois ; mais seulemeut de repousser leurs attaques. Le projet du roi était, dit-on, de faire arrêter , avec cet appareil formidable, les principaux chefs de la Ligue, de les faire juger , et mourir par la main du bourreau. Il savait prendre des résolutions sans savoir les exécuter.
Au bruit de l'entrée de ces troupes et de leurs répartitions dans divers' lieux , les ligueurs alarmés se réveillèrent. Crucé, Fuiî des plus actifs de ce parti , dès quatre heures et demie du matin , fit crier dans le quartier de l'Universîlé,: alarmés l alarmes! Mêmes cris se font entendre danç les autres quariîerfi. Aufssitot les bourgeois s'arment, sortent de leurs maisons., se réunissent, dans leurs corps-de-garde. On tend lès chaînes dans Icf rues , on les barricade avec des
tonneaux pleioa de terjoe. Les^ capitaiiies que le duc de Guise «Tait fait aecrèlemei^t entirer dans Paris dirigent le mouvement. Le ^dttc deBiijssac, aon partisan , entouré d'une troupe d'^çoli^rs.^ de marinier» et d'artisans armés j établit ]a première barrieadie date la place Mau)>ert : tous les antres quartiers imitent xet eicemple avec uùe promptittMle qui décelait un plan, prémédité.
Chaque barricade était défendue par de la mousqueiçrie. Lesfprdeadu roi, voulant po^er de» seamiiieJiles-.datis la rue Saint- Severin^ fuirent forcés, par le» bourgeois de se replier dans iaur quartier. A midi, toutes Içs rues de Barô étaient fovtifiées par des hamcadesi, et ^elques^-uaies furent poussées jusqu'à eînquant» pas du Lonvve.
iic^ troupoft d» m^ pressées de toutes parts , im poa^ieu&ftV^Bcer ni reculer satrs s'expoaer hn £ru de ^es bsrriisades et ain: coups de pierres dont oa avsdit £nt provision.danâ l^s^»aj$ons.
Le rpi ^ imirwîil d'heure «n hétire , et alari^ de, \i^X cse jqui «e pa^aoil dans k ville , envfQT^t .t^mv , k tPiir le gouverneur
5o HISTOIRE DE PARIS
de Paris, les maréchaux de Biron et d'Anm6];it*pour apaiser le peuple , et le rassurer sur ses intentions. Il chargea plusieurs fois la reine sa mère et Bellièvre de se rendre auprès du duc de Guise pour Tengager à sortir de cette ville : démarches inutiles. La révolte continua, et le duc de Guise resta dans Paris. La cour consternée pensa à faire retirer les troupes^ mais il était trop tard.
Un coup de tnousquet tiré , vers la rue Neuve de Notre-Dame^ par un des soldats du roi, amena une scène sanglante : les bourgeois aussitôt chargèrent les Suisses qui remplissaient la place du Marché-Neuf. Au feu de la mousqueterie se joignirent les coups de pierres lancées du haut des fenêtres. Vingt Suisses perdirent la vie et douze furent blessés, suivant les.uns^ et, suivant les autres , soixante furent tués et enterrés au parvis de Notre-Dame. Le massacre des Suisses serait devenu général , si le duc de Brissac , qui commandait pour le duc de Guise , ne les eût sauvés des mains des bourgeois, en les renfermant dans la
sous LÀ LICUË. 5t
boucherie du Marché-Neuf, et en faisaut cesser le feu de la mousqueterie.
En même temps ,- les troupes du roi placées sur les ponts furent chargées et mises en déroute : plusieurs soldats sauvèrent leur vie en se réfugiant dans les maisons. .
De Thou rapporte qu'étant sorti avant que les barricades fussent achevées il s'avança, malgré les dangers , jusqu'au Louvre qu'il trouva désert, et il ajoute qu'il vit sur le visage des partisans du duc de Guise un air de satisfaction et d'assurance qui lui fit juger que l'autorité royale était près de sa fin.
Cependant le roi , apprenant que ses troupes étaient battues de toutes parts , fut réduit à la honte d'implorer le soir l'assistance du' duc qu'il avait menacé le matin. Le maréchal de Biron vînt le prier, au nom de sa majesté, d'intervenir pour sauver les Suisses de la fureur du peuple. Le duc, flatté de pouvoir montrer quelle était Tétendue de son influence sur l'esprit des Parisiens 4 consentit à cette demande. Sur les quafrre heures iù soir, il sortit de son
52 HISTÔIBi: p£ PARIS
hôtel (i) poiwr se rendre à rHôte.l-de-VUle ^ puis il parcouriU diverses rues et places. Cette sortie, U première quilfi4; dans cette jouinée^ fut une espèce de marche triomphale. Il fit cesser partout la mousqueierie : il ordonna a.u duc de &i*îssac et au capitaiiaie Saiz^t-Paul de conduire les Suis^e^ et les gardes-françaises yçr& le I^àOuvre, de les obliger à porter leurs aij^mics. baissées , e^t 4 se djâcQuvrir la tète conun^ des vaincus. Sur son passage, il recueillit tant, d^aock-^ mations flatteuses de la pai:t de^ Pairi4en< » que, las d!enteudre crier w<? Guis^ , il dit : Cest assez , c^est trop , messieurs; crie:^ wirn h roil U humiliait et protégeait Heoji III. Le soir , les chefs de la garde bouirgepis0 ne voulurent point regevoir le m,qi d'ordre du prévôt de3 marchands, y qui ordinaire* ment le leur donnait au nom du mi\ ils . filèrent le demander au duc de Guise. Henri lU,. 4 P^ri^,. n'av9it plu» de. noi que bi^om.
(t) L'kM«I d* (biise était «eisi qttwi * d^nife ^aomaié
setis xk Lmtje. 53
Teh furent leâ prinicit>aux évétteittreus de Ift journée âfl. tl mai i588, Cmetise datiis rhistoire sous le nom de journée des batriùad&^y et qu'un député du eler^ aux ÉtaU de Blois qualifiait ^heureuse et sainte jmtmée des êabernadës (i).
Les étéuemeus du ïefndemsiin fttreùt la <ïott»6queuce de ceut de la veille. Le i3 au matin, lé roi tenait son conseil pour aviser attix moyens d'échapper à cette crise, lorsqu'on vint l'avertir que les prédicateurs excitaient le peuple, exaltaient sa fureur en disant : jiUons prendre frère Henri de Valois dêois son Lou\^re; de plus, que ces mêmes prédicateurs avaient fait armer sept à huit cents écolief'S , trois on quatre cents moîneis , et que huit niille hommes allaient sortir de Paris pour s'emparer des dehot's dû Louvre, et s'opposer à l'évasion du roi. Ces bruits , vrais ou faux , effrayèrent tellement ce prince , qu'il ne balança point entie le parti le plus honwabte et le parti le plus sûr. Vers le midi, feignant d'aller
(i) Lettres d'Etienne Pasquier, liy. x3, let. 3.
54 HISTOIRE DE PiRIS
se promener au jardin des Tuileries , il sortit à pied , tenant une baguette à la main.
A peine eut-il mis le pied hors du Lou- , vre y qu'un^ bourgeois vint augmenter sa frayeur , en lui disant que le duc de Guise , à la tète de douze cents hommes , s'avançait pour se saisir de sa personne. Alors il court vers la Porte-Neu^e (i), l'ouvre, et se . rend avec précipitation au château des Tuileries où étaient ses écuries ; il- fait partir en avant ses gardes , des Suisses et une partie de sa cour , se botte et monte à cheval. Du Halde, en lui chaussant ses éperons, le fit avec tant de hâte qu'il en mit un à l'envers : C^est égal^ dit le roi , je ne vais pas voir ma maîtresse^ fai un plus long chemin à faire. En fuyant , il $e tourna
(i) La Porte-Neuve était située entre le Louyre et les Tuileries , et se trouvait , ainsi que Tancienne mAraille , qui subsistait toujours , près du quai , en face de remplacement de Tancienne rue Saint-Nicaise. C'est par cette Porte-Neiu^e que Henri IV fit son entrée à Paris : à côté (le cette porte était la tour du Bois , qui a subsisté jus« que sous Louis XIV.
. sous LÀ LXGUB. 55
vers. Paris, et jura qu'il n'y rentrerait que par la brèche ; il n'y rentra plus. Il passa à Saint-Cloud, et aUa coucher dans un village de Beauce nommé Latrape. Le lendemain il.se rendit à, Chartres, où il séjourna jusqu'à la fin du mois. Cette ville , pendant ce temps , devint le théâtre de plusieurs négociations.
Le duc de Guise était si enorgueilli du succès qu'il venait d'obtenir , que , le jour même de l'évasion du roi , et avant qu'elle lui fut connue, il s'exprimait ainsi dans une lettre adressée au gouverneur d'Orléans : a J'ai défait les Suisses , taillé en » pièces une partie de la garde du roi , et » tiens le Louvre investi de si près, que » je rendrai bon compte de ce qui est de- » dans. Cette victoire est si grande qu'il » en sera mémoire à jamais. » Mais il changea de langage lorsqu'il vit sa proie échappée.: ilen témoigna ses regrets^ et les plaisans , qui n'étaient pas alors trèspolis , disaient que les deux Henri (Henri III et Henri duo-de Guise) avaient bienfait les ânes.
58 HISTOIRE DE PAKIS
Pour arriver au but , il lui fallait réduire les chefs protestans qui faisaient bonne contenance 5 détrôner le roi qui , quoique chassé de sa capitale , conservait encore de puissans moyens de défense ; il lui fallait tromper le roi d'Espagne , qui , payant les frais de la conspiration , n'aurait pas consenti à en abandonner les fruits à un autre ; les ligueurs étaient divisés en deux partis : -il lui fallait ménageir et tromper un de ces partis , qui ne voulait être dominé ni par Henri III , ni par les protestans , ni par les Guises. Effrayé des dangers à courir , des peines à supporter , des crimes à commettre , le duc sentit que le moment d'un entier succès n'était pas encore venu \ que , dans ces circonstances , il lui était plus convenable de gouverner la France sous le nom d'un prince pusillanime que delà gouverner en son propre nom. Se repentant d'avoir laissé échapper sa proie , il fit prier le roi de rentrer à Paris , et employa l.a reine mère pour l'y déterminer. Ces prières réitérées , accompagnées d'assurances de fidéh'té , furent sans effet. Il revint à la charge , et
sous LA LIGUE. Sg
adressa au roi une lettre remplie de témoignages de respect et de soumission. Les plus ardens ligueurs , conduits par la reine mère , vinrent à Chartres en qualité de députés de la ville , protêstèi ent de leur très-humble obéissance ^ mais ils se permirent des demandes qui n'étaient pas de nature à faire oublier la journée des barricades. Le parlement, avec, des intentions plus pures, vint à son tour à Chartres exprimer au rçî la douleur que lui avaient fait éprouver les violences de cetye journée et son éloîgnement. Tous , jusqu'aux capucins , voulurent aller à Chartres.
Le t'j mai 1 588 y trente-cinq capucins, précédés par le duc de Joyeuse , appelé frère Ange depuis qu'il s'était rendu novice dans le couvent des capucins de Paris , firent le voyage à Chartres, les pieds nus. Pour rendre cette cérémonie plus^ touchante , ce frère Ange voulut ipiiter Jésus-Christ marchant au calvaire ; il portait sur sa tète une couronne d'épines , et sur ses épaules une lourde croix. D'autres capucins étaient chargés des instrumens de la passion. En
6o HiStOîlLE DE PXMS
eet À{uipage ils arrit èreni i Ckartfefl , oè , ayant appris tfStt ïe roi ëtnit à vêpres dans la catfaMrale , ils y entrèrent en dbantant le ndsetere. Alors frère Ange met à nu ses épaules fatiguées \ et d^sux* vigoureux capucins Itii appIiqTtent à tour de bras ^ et eai présence de ce prince , de grands coups de fouet V puis tous ces- capucins, fouettés oa fouettant , se prosternent aux pieds du roi en criant : miséricorde !
Le brave Crîllon , témdin de Wïlte scène ridicule , et voyant que Ton fouettait frère Ange , se mit à crier en pleine église-: Fouettez y fouettez tout de bon; c'est un lâche qui a quitté la cour et endossé le froc pour ne. pas porter les armes.
Cette farce, suivant M, de Thoû) fut imaginée par les ligueurs pour séduire le roi qui avait du goût pour ce genre de «pectacje ; mais les souffrances qui en rele-^ vaient le mérite étaient feintes. La c^îx portée par frère Ange était en carton peint en couleur de bois ; le sang qui paraissait découler de son front , et qu'on attribuait à la couronne d'épines , provenait' d'une su-
SOXJS hK I4GUE. 6r
pereherie ; les coups de discipline , avec Tapparence d'être rudement appliqués , na rataient qu'ayec mollesse. C'est pourquoi Gnllou disait ; Fouettez tout dfi bon (i)»
Cette scène pieuse fit pleurer quelques a3ii9taus ftl rire plusieurs autres. Heuri III flm plaignit à firère Ange , comme d'une profanation ei d'une manœuvre de ses en^ Délais.
Je vw expaser sommairement la suite des événemens qui se passèrent hors de Cftris.
Le duc de Guise , voyant Henri III toujoftr$. disposé i se venger des ligueurs, aidé, pai" la mère de ce roi » parvint , à force de scjlieitationa et d'intrigues , à obtenir un ^^de pacification t édit du iS juillet, par Id^iiel le m , soit dan& des articles. pal:Gn& t soit dtna dea articles secrets , accorde aux ligimrs tQuit ce qu'ils pouvaient 4^sirer , toot ce qua Le pape y le x<À d'Espagne et
tO Journal de îlenrilll, par TEstoile , tom. III, pag' io5. — Histoire de de Thou, liv. 90 , à la fio, et les restitutions soi* ce tivre. — D'Aubigné, tdm. IB,
61 HISTOIRE DE PAKIS
leurs satellites ambitionnaient. La journée des barricades devait être oubliée , tous les changemens opérés en conséquence , ratifiés ^ le roi et les ligueurs devaient s'unir pour faire une guerre d'extermination aux protestans ; et , après la niqrt de Henri III ^ on ne reconnaîtrait pour roi aucun prince hérétique : articles faits exprès pour exclure du trône de France le roi de Navarre 5 enfin le concile de Trente serait reçu en France y etc. , etc.
Les ligueurs obtinrent, tout du roi , excepté son retour à Paris : tant était profonde l'impression de la peur que lui avait causée la journée des barricades.
Il accueillit, à Chartres, le duc de Guise, les cardinaux et prélats de sa faction ] le a avril il dina et trinqua avec ce duc : le 4 du même mois, il le créa son lieutenant-général en toutes ses armées , et déclara son successeur à la couronne le cardinal de Bourbon , homme incapable ,. et. grand partisan de la Ligue sans savoir pourquoi. Ce roi consentit' en outre à éloigner de leurs fonctions les magistrats les plus dévoués à sos
sors LÀ LIGUE. 63
service , et à les remplacer par des ligueurs. Il 36 rendit à Blois , y convoqua les états du royaume*, et, par Teffet des intrigues de la faction, -cette assemblée ne fut composés que de ligueurs déterminés.
Henri III avait fait jurer à tous les magistrats , à tous les fonctionnaires , l'observation de Tédit de l'union ; il fit prêter ce serment aux députés des états , qui , à leur tour , exigèrent que le roi le renouvelât.
Le duc jura aussi ; mais bientôt après il viola son serment , et le roi ne tarda pas à l'imiter. Nouvelles plaintes de part et d'autre ^ nouvelles dissensions , qui furent terminées le 4 décembre , par une réconciliation solennellement jurée par le duc et par le roi , sur le sacrement de l'autel : faibles digues pour des côntractaus de mauvaise foi!
Ces^verses concessions du roi étaient feintes^ Il cédait tout au duc de Guise , dans l'espérance de tout recouvrer à la fois. Connaissant les projets ambitieux de cet ennemi , il croyait , à force de bienfaits , le porter à en abuser , afin d^avoir le droit de
64 HISTOl1|L£ I>E PAAIS
le puQÎr. Daïis ce de&sein , Heiirt III paraissait vouloir renoncer à Texercice du pou* voir pour ne s'occilper que de pratiques ée dév:aMQ^* Il fit à cet ^ffet eonUruii^ dans lè château, et ^u^die^^^ d^ ea chambre, de petites cellules pour y lof^r des capnciujs (i).
L'ambition du duc de Guise n'était pas satisfaite de tant de faveurs : le trône res^ tait à* envahir, ilfallaîi; en renverser Henri lU, Pour y parvenir , il s'empara de l'esprit de la plujpn^t dest députés Mil 4t«ts* généraux , et leur commuitiqua' ses dispo* sitions contre le rpi i mais 9 arrivé au faîte du pouvoir , fier dç h fortuuie et du snccès de ses crimes , ce inç n^Ugeait ]«s pers«»nés dont il avaitt 0n^ore graxidbesom., ué^ gligeait la reine mère ^ â laqjueDe aou am-^ bition était si redevable ; il venait mènke de se faire, des ema^mis dans m propre &* mille : daQÂ ce nombre ç^n complaît le éac de Mayenne , SQO frère „ et la dncbesse d'Àumale.
(1) Relation de la mort de MM. dé Guise, par le 8M9r Nmtli^i wé4»tifkdo Hfluri JU, tom ITI, fftgi 47S.
flCmS LA LIâtÉ. 65
Deptin feièkfciè tèMp» Henti IH atah enduré diyerses insoleivced et otitfagé^ de la pfrrt du dû^ de Ctâ^^ , lorsKJuMI apprit du duc de Mâyëïkiie et de la duehetoè d'Anmaie le pi'ôjet ijue c&t iBfmbm^t ârtàit conçu de de défeire dé sa pêrseukie. La reine mère eu fut xa&truite , et cônéeilk nu fod de prétenîr le Coup dont il était InfeUàcè. Cette eouttâis^ute , tes t^u^ih , le» res^utittieus d'outrages passés et récent , tMcourUreut à duuàêpr à €6 roi Téneirgie profité à réprimer uu istijet audadeu^ , rdyelfe , et qui conspillait tdntré àe» jout'd.
0§ii croirait tjue Henri IH prît la i^é^lutiou de faire ÀYt'èter le duc de 'Guise , de lé lirrâf à tin tiribunal , d'appeler contre lui la ireiig^a^ce des lois ; non : ce roi , élevé au itiilfëti de6 perâdiCs et des massacres , inéodnnalsisait les voies légales ^ il punit lin crime par un crime, et donna tin étemplë qui lui fut fatal.
La perte du duc de Gui^e et de ses principaux adhérens était décidée. Le duc en fut averti ; mais y plein de confiance dans sa force et dans la faiblesse de Henri IH/il méprisa
j66 histoire de paris
ces avis, et répondit à ceux qui les lui don-' .liaient : // n oserait.
Le vendredi 23 décembre i588 , le roi, de gf^and . matin , fit parvenir au duc et au cardinal de Guise Tordre de se rendre promplement au conseil ] ils arrivent au château de Blois, trouvent la gardée renforcée , montent dans la salle du conseil , et , après y avoir resté quelque temps, le duc est m^tndé au cabinçcdu roi.
Tout était disposé sur son passage : douze hommes de la bande des quarante-cinq gentilshommes Fattendaient dans la pièce qui précédait le cabinet du roi. Le ducy parait 5 aussitôt un des quarante-cinq , le sieur de Montsery , lui porte un premier coup qui fut $uivi de plusieurs autres (i). Le duc tombe en . criant : Mes amis , miséricorde ! mon Dieu ! je suis mort ! ayez pitié de moi! etc., Le roi vînt avec joie contempler sa victime. On dît même qu'il lui donna des coups de pied sur le visage.
(i) Parmi les assassins, on nomme Monfsery, Dcsef- /ran«t&) Suintc-'MaUaes ^ Loig^nac, Sariac/etc. J'aiparU
96VS LA LÏGtJE. 6^
Le cardinal de Guise, qui présidait la chambre du clergé aux états y entend les cris de son frère , se lève de son siège pour aller le secourir. Les maréchaux d^Aumont et dt Retz mettent Tépée à la main, en lui disant : Quç nul ne bouge , s'il ne veut mourir ! Aussitôt ce cardinal et l'archevêque de Lyon, deux grands fauteurs de la Ligue , furent saisis par ces maréchaux et emprisonnés dans un galetas du château. En même temps, furent arrêtés , par ordre de Henri III, tous le? principaux ligueurs qui s'y trouvaient logés , leurs domestiques , le cardinal de Bourbon , madam^e de Nemours , le prince de Joinville , son fils , etc. ^ et , dans la ville , les députés de Paris ^ tels que la Chapelle- Marteau , prévôt des marchands y le présidenl^Neuilli, l'échevin Gompan, etc* Après ces arrestations et cet assassinat , le roi s% rendit à la messe!
Le lendemain , 24^^^^^^^^ 9 on s'occupa du sort du cardinal de Guise. Les gentils-
deSjfc^EMctMDsr.d^ oe^^ijuaraole-rcinq gentilsfaomi^^i , cidesius, pag. 39. /. .\ , /! ..
68 BISTOIlkE DE PAJU8
hommes faûaienl* difficulié^de le pôîgaarder, parce qu il était carditwil \ mais , pour Ik somme de 4oo éc\is ^ on trouva quatre de ces nobles qui se cbargèr)ent de cette àtroee eiEpéditioD.
a Après celte exécution ^ dit r£stl>ile , le » roi sortit pour aller à la messe y et rear » contra à ses pieds le baron de,Luz t qui » lui offrait sa tète pour sauver la vie de êou » oncle , larchevèque de Lyon. Le roi lai )i promit la vie, mais non la liberté (i). »
La nouvelle de ces actes illégaux , de ces scènes aaliglantes I parvint bientôt à Paris, €ft y causa parmi les ligueurs la plus vive fermentation. Le duc d'Auiuale , qui setroilvait dans cette ville , en fut notmné gou^ verneur ; il commença par faire emprison*uer un grand nombre de ceux qu'on appelait politiques , fit fouiller leurs maisons j et mit à contribution tous lies babitans ricbes qui n'étaient pas ligueurs.
(i) Journal de JlenH III, par l'Estoile , tom. II. — • Histoire de de Thou , liy. 96. — Chronologie not^noire ^fimt Gayet, twa. h -^Nisfoine dtf U itfilU Si Parti, par Félibien, tom. II, lÎT. 3 , etù*
90VS UA. UOUB. 69
L'avdeat Pierre YersoriB mourut ^ chnf^riu'f et, rendant les deruiers soupirs, il emkratssftit le ponrait du dut de Guise , et qualifiait le roi de tylran.
Ou arracha les armoiries du roi, placées ate portail de Tégiise de Saiut-Barthélemi , e( ou lea traîna daus le ruisseau* Le curé de Saintr-Gervais ^ le fameux Wincestre, avait disposé le peuple à cette vengeance , eu prêchant contre loi et en le traitant de vi-loin flérode y injure qui offre à peu prêt Panagramaie de Hemi de f^alois.
On détruisit mx tous les édifices les ar-^ moiries^ Wfigïïrersje Henri III ^ on déchira çon portrait partout où il se trouvait.
Le r" jaanwfer i589,/Wince|ler,.curé de Saint'Gervais^ après soti sersnon, « exigea, fi dit FEatoile, de tous les assistans le ser- > ment , en leut laissant lever la main , d'em- » j^oyer jusqu'à la dernière goutte de leur » sang , jusqu'au derùier denier de leur » bourse, pour venger la mort des deux ' » princes lorr^^ins , massacrés par le tyran , » jans le château de Blois , à la &ce des » États* Il exigea juii serntent particulier du
70 HlStOIllE DE PARIS
» premier président de Harlai 9 qui, assis Ji devant lui dans l'œuvre, avait ouï sa pré* » dication, l'interpellalit par deux fois en » ces mots : Leuez la main, monsieur le » président, levez^la bien haut, encore plus » haut, afin que le peuple la voie^ ce qu'il » fut contraint de faire. Ce serment fut » exigé par les curés de plusieurs autres » églises. »
Le 2 janvier, le peuple, toujours excité par les prédicateurs, se porta dans Fégliëe de Saint-Paul*, ydéuuisit les tombeaux et figures de marbre que le roi y avait fait ériger à ses mignons, Saint-Maigrin, Quélus et Maugiron*
Le conseil des - Seize proposai à la Sorbonne la question de savoir si les Français avaient le droit de faire la guerre au roi pour la défense de la religion catholique y et' la faculté^ de théologie , a c'est-à-dire M huit ou dix soupiers et marmitons , dit )i PEstoile , comme porte-enseigne et trom^ )• pettes de sédition, dédarèrent tous leë * » sujets du royaume absôUâ du serment dû » fidélité et obéissance qu'ils avaient jor'i^e*
90US LA. LIGUE. 'Ji
» à Henri de .Valois , naguère leur roi ^ » rayèrent son nom des prières de Féglise, »' en composèrent d'autres pour les princes » catholiques , et firent entendre qu on » pouvait en conscience prendre les armes » contre ce tyran exécrable. » Voilà comment Tautel fut le soutien du trône (i).
Le 8 janvier , Wincestre annonça dans son sermon la mort de Catherine de Médicis , décédée le 5 de ce mois. Il dit que pendant quelque temps elle fut le soutien des hérétiques , mais que depuis elle avait favorisé la Ligue. « Si vous voulez , dit-il, lui » donner à l'aveiiture , par charité , un pa^ • ter ou un a^e , il lui servira de ce qu'il » pourra , je vous le laisse à votre liberté. » Le i6 janvier , Bussi-Leclerc , qui d« maître en fait d'arme» était devenu procureur au parlement , et qui , depuis l'évasion du roi, de procureur fut élevé à la dignité de gouver&eur de la Bastille , accompagné d«
(i) Journal de Henri III ^ tom. H, pag. i53 , 160. L'Estoile y rapporte les prières nouvelles substituées aux ancieunes ; et ses annotateurs ajoutent le décret tout en» iWr de la Êicolté de théologie.
vingt^iiq à trente hommes de son parti , tons aitnéii ) et teniEiii t cbâcun en msiin un piélti^let , irint au parlement , pendant que la grandechambre était assembiée ; et, désignant par leurs noms tous ceux qui étaient aspects au consBil de rtfrUon, il dit à haute voix : Suwezrmoi*^ venez-n^(ms^en à tHôteUde- Fille, oà Tùn a quelque chose à vous dire. Le président lui demanda d*aprèa qu'elle autorité il agissait ainsi : Leclero ne répon- «dit qu'en renouvelant Tordre de le suirre, et ajoutant qu'il leur en arriverait mal s^ila refusaient d'obéir.
Alors le président de Harlai, lept^iâdent de Thon et autres déclarèrent qu'ils étaient prêts k le suivre ; aussitôt les membres de cette cour souveraine, qui n'étaient point désignés, se levèrent généreusement, et dirent qu'ils voulaient partager le sort de leurs chefs : notable dévouement, dont cette époque désastreuse ne fournit que ée très-rares exemples !
Alors cinquante OU soiitaiïte Conseillers et présideus de cette cour , descendirent de leurs sièges, et se rendirent aux ordres de
sous LA LIGUE. ^3
CCS factieux. Leclerc , qui marchait à leur j tête, les conduisit par le Pont-au-Change jusqu'à la place de Grève. « C'était, dit d« » Thou , un spectacle digne de compassion , » de voir tant de personnes respectables » par leur autorité, leur savoir et leur » probité, arrêtées comme des criminels » par un homme de néant, jusque sur ce )» tribunal redoutable, au pied duquel ils » l'avaient vu si souvent faire ses fonctions )» de procureur, et de les voir conduits )» par les rues de la ville , comme eq triom-^ )» phe (i). »
A la nou;relle de cette étrange expédition |* et pour jouir d'un spectacle si extraordinaire , une foule de mariniers , portefaix et vagabonds accourut à la place de Grève. Ceshommes, que les règnes précédens avaient accoutumés aux brigandages et aux massacres ,, auraient pu se porter à quelques violences envers les membres du parlement. Cette considération, à ce qu'il paraît, loucha Leclerc. Pour éviter à ses prisonniers
(i) Histoire de de Thou, iiv. 94*
^4 HISTOIBE DE PARIS
les dangers qu^offrait la place de Grève, il renonça au projet de les conduire à rtiôtelde-Ville ; il les mena , par des rues détournées, à la Bastille où ils furent tous enfermés. Dans le même jour, le conseil de r Union ou des Seize fit arrêter les membres du parlement qui , portés sur la liste de proscription , ne s'étaient point trouTés au Palais quand Leclerc s'y présenta 5 et , le lendemain , ce conseil fit relâcher tous ceux qui avaient suivi volontairement Leclerc, et dont 1^ noms ne se trouvaient point parmi ceux des pi^oscrits.
Les monastères que Henri III avait comblés de bienfaits signalèrent leur &reur et leur ingratitude contre ce roi. L^ Jaco^ bins e£Facèrent ou noircirent sa figure placée dans leur cloître ; les G>rdeliers, dont Henri III avait fait reconstruire l'église , insultèrent à la statue de ce roi que œs moi-^ nés y avaient élevée comme un»moiitiment de leur reconnaissance , la renversèrent , et lui coupèrent la tête. Les Grands- Augustins conservaient , derrière le maitre-autel de leur église, un grand tableau que Henri UI
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y avait fdt placer lorsqu'il issiitua Tordre du Saint-Esprit , tableau où ce roi était re» présenté. Sans respect pour cet objet consacré , les Augustins le détachèrent , le biffèrent, et le traînèrent par les Fues« Les vitraux des églises où se trouvait la figure de ce roi furent partout brisés.
Je ne rapporterai point ici tous les abus que les <;urés et les moines Élisaient de la ehaire évangéiicpe , qui ne retentissait que d'injures , de provocations a la vengeance «t au meurtre ; je ne parlerai pas non plus des nombreuses processions qui se faisaient alors^et où Ton voyait les hommes, les femmes, les filles , les garçons^ en chemise ou entièrement nus. Je réserve ces traits pour le tableau des moeurs de cette période -, mais je ne puk taire un moyen magique , qui fut alors emploj^ dans plusieurs églises de Paris : moyen fort en usage dans les siè^ clés barbares , ridicule par la v^rtu qu'on lui attiibuait , sacrilège paik le lieu où il était employé , et criminel par Fintention de ceux qui en faisaient usage. Laissons parler TEstoile , témoin oculaire.
« Furent faites à Paris force images de » cire qu'ils tenoient sur Tautel , et les pi- » quoient à chacune des quarante messes » qu'ils faisoijent dire durant les quarante » heures, en plusieurs paroisses de Paris ^ » et, à la quarantième, pîquoient l'image » à l'endroit du cœur , disant à chaque pin qûre quelques paroles de magie , pour es- » sayer à faire mourir le roi. Aux pro- )i cessions pareillement , et pour le même » effet, ils portoîent certains cierges ma-r » giques , qu'ils appeloient par moquerie » cierges bénits , qu ils faisoient éteindre au » lieu où ils alloient , renversant- la lu- )• mière contre bas , disant je ne sais quelles » paroles que des sorciers leur avoient ap- » prises (i). »
Voilà , je le répète, comment l'autel était le soutien du trône , voilà des prêtres chrétiens qui se livrent à des opérations magiques, et qui, dans leur aveugle fureur, mêlent ces pratiques ridicules ou païennes
(i) Journal de Henri IIl, tom. II, pag. 173, édit. d« 1744*
sous LA LIGUE. f'J
k des cérémonies chrétiennes ; voilà ce bon vieux temps que regrettent et voudraient ramener des hommes ignorans ou perfides. Pendant que les prédicateurs épuisaient toutes les ressources de leur génie pour inspirer de l'horreur contre le roi, que des prêtres employaient la magie pour le faire périr, et que le conseil des Seize continuait à piller les maisons des personnes riches qui n'étaient point de leur parti, le duc de Nemours et le duc de Mayenne arrivèrent à Paris , le premier échappé de sa prison de Blois , et le second venu de.Lyon , où il séjournait pendant qu'on massacrait ses frères. Ce dernier , nommé Charles de Lorraine , duc de Mayenne , fut déclaré chef d« la Ligue ou de la sainte union, . Voici quels furent à Paris les établiss«incns de ce gouvernement.
S II. Établissemens pendant la Ligue.
Conseil nES Seize. Il siégeait à l'Hôtelde -Ville. Ce conseil , si fameux dans l'histoire de la Ligue , ne fut d'abord composé
^8 HISTOIKE OB VARIS
cpsieàe cinq membres : Compan, Cnicé, La Chapelle , Louchard et Bussi-Lcclerc , choisis par les Guises pour diriger les cinq quartiers. Quelques mois après révasîon du roi , les ligueurs renoncèrent à la division de cette ville en cinq quartiers, et reprirent l'ancienne division en seize. Chaque quartier eut alors son chef : ces chefo formaient le Conseil des Seize. Le lieu de ses séances, d'abord incertain, ne fut fixé qu'après la fuite de Henri III : alors il s'identifia avec le corps municipal.
Après l'assassinat des Guises à B)(ms, ce conseil créa , le 24 décembre i588 , le duc d'Aumale gouverneur de Paris.
Au mois de mars iSSp, le conseil des Seize établit , dans chacun des seize quartiers de Paris , un conseil composé de neuf personnes chargées de veiller à la tran- - quillité et à la sûreté de leurs quartiers respectifs- Quelques principes démocratiques professés par des membres du conseil des Seize, des lettres interceptées , et dans lesquelles les membres de ce conseil ne faisaient nulle
sans LÀ UGVB. 79
menuon du duc de Mayenne, indisposèrenl fortement ce duc contre eux; il disait que ces membres étaient des homnïes turbulens , qui ne désiraient que la ruine de la noblesse.
Après la mort du cardinal de Bourbon , prisonnier , qu'on avait nonuné roi , sous le Dom de Charles X , le conseil des Seize s'adressa au pape et au roi d'Espagne pour leur demander un roi cpii fût ligueur : eette demande, qui contrariait les prétentions du duc de Mayenne , devint pour lui un nouveau motif de mécontentement.
Dans le Dialogue du Maheustre et du Manant^ ce dernier, bon ligueur, dit : « Le 1» desseijQ des Seize était de faire observer » la religion sans simonie , la justice sans ' » concussion, la noblesse sans tyrannie ^ » et maintenir le. peuple sans désobéis^ » sànce. »
Le Mabeustre , qui n^était pas ligueur , lui répond: <( Jesais qu'ils bâtissaient contre » la volonté de vos princes, de vos magis* )) trats et de vos grands , lesquels se sont » servis du labeur et invention des Seize » pour leur avantage et établissement , et
8o HISTOIKE pE PARIS
» SOUS main ont résisté à ce quHls faisoicnt » et établissoient. à Tavanlage du peuple , » qu'ils désirent ranger à ia servitude mo- » derne , de crainte que leurs grandeurs. , » honneurs et volontés ne soient retran- » chés et limités (i)# » '
Le duc de Mayenne présidait le conseil des Seize, et, de plus , était chargé de Texécuti on de ses ordonnances, ce qui lui avait acquis sur les Parisiens un ascendant dont il abusa bientôt. Le 4 décembre iSgi , il fit arrêter quatre membres de ce conseil , et prohiber , sous des peines sévères , les réunions secrètes. Cette sévérité prouve que les ligueurs de Paris ne vivaient pas en bonne intelligence avec leur chef.
Cette exécution , à laquelle il donna des prétextes d'intérêt public, n'avait, comme on le voit > d'autre motif que son intérêt particulier. Ces actes de tyrannie devinrent très-funestes au parti de la Ligue et favorables à celui du roi de Navarre (2).
(i) Dialogue du Maheustre et du Manant.
(2) Le vulgaire crut que cette conduite du duc de
sous LÀ LÏGXTÉ. 8t
Le conseil des Seize , réduit à douze , vit , d'après ces violences , son autorité et sa considération s'affaiblir 5 il ne "volait plus que d'une aile , disait-on alors. Il subsista , cependant , en cet état , jusqu'à l'entrée de Henri IV à Paris.
Je vais parler d'une autre institution de la Ligue établie à côté de celle des Seize, et qui contribua beaucoup à laffaiblissement de leur autorité.
Conseil général de la Sainte-Uniok ou DES Quarante. Ce conseil , qui siégeait à THôtel-de- Ville , créé par le conseil de» Seize , fut composé de quarante personnes des trois états : la noblesse, le clergé et le tiers-état , toutes élues par le peuple de Paris. Ce conseil figurait, en petite pro- Mayenne avait pour motif la condamnation et la mort de Baroabé Brisson , premier président du parlement , d« Larcher , président en cette cour , et de Tardif du Ru , conseiller au Cliâtelet, que les Seize, le i5 novembre iSqi , firent exécuter à mort. Ce ne fut là que le prétexte de la conduite de ce duc, qui saisit avec empressement cette occasion de punir des hommes qui s'avisaient de correspondre à son insu avec le pape et le roi d'Espagne , et de séparer leur cause de la sienne.
8^ HiaïOIRB DE FAïas
portion , les états-généraux ou une repré* sentation nationale. Sa première séance se tint , eèses réglemenset attributions furent délibérés le i^ février 1689.
Ce conseil , composé de magistrats ligueurs , de militaires , d'évècpies , de curés et des plus fougueuiE prédicateurs du temps, avait dans ses attributions la correspondance avec les villes dévouées à la Ligue et la direction des affaires des provinces ligueuses.
Ce conseil , de sa propre autorité , conféra le titre de lieutenant général de Fétat royal et couronne de France au duc de Mayenne , qui, en cette qualité, vint, le i3 mars
i589 C^)? pi*êt6i^ so^ serment au parlement métis, composé alors de quelques anciens membres et de ligueurs récemment introduits*
Peu façonné aux institutions populaires et à la dépendance d^un conseil où ses
(i) Mémoires de la Ligue, tom. IV ^ V. ^--Dialogue du Maheustre et du Manant. — Journal de Henri III et de Henri IV- — Satire Ménippée, et obseryatioos sur cette satire. — Chronologie not^ennaire, etc.
sous LA.atIGUE. • 8^
volontés étaient quelquefois contrariées , ce duc, pour y augmenter son influence, se permit d'y introduire quatorze nouveaux membres qui lui étaient dévoués^ de sorte qu'au lieu de quarante ce conseil se trouva composé de cinquante-quatie.
On y ajouta , ensuite , quelques autres personnes. Au mois de novembre i Spo ,. mécontent de ce conseil général de l'Union , et ayant envahi l'autorité suprême , il résolut de dissoudre cette institution à la-* quelle il devait son existence politique : la créature détruisit son créateur..
En envoyant à la potence quatre membres du conseil des Seize ; en dissolvant le conseil de rUnion , le duc de Mayenne, aveuglé par son ambition , sapait lui-même les bases principales de son autorité.