‹ Histoire civile, physique et morale de Paris. Par J.- A. DulaureChapitre 24 sur 27 · VS LOUIS- XIII · texte numérisé non relu

VS LOUIS- XIII

reppcsente F Assomption de la Tierge , peinte par Pierre: c^est un de ses meilleurs ou- ¥rag^. L^autel de cette chapelle offre la sdèiie de rAnnt)nci£itiou , exécutée^ sur les dessins de Falconnet. Un ange montre à Mari€ , qui s'incline humiliée, une gloire céleste dont il semble être descendu *, gloire composée de rayons longs' et inégaux, et dont lensemble conviendrait plutôt à une décoration thiéà traie qu'à T intérieur d'un temple de chrétiens. Cet ange, prêt à s.'en^ voler y paraît soutenu pât ses ailes, et Test par de gros et massifs nuages. L'imagination la plus- docile répugne à reconnaître un envoyé de Dieu dans une figure humaine dopt les omoplates sont munies d'àtles d'an-* tt^ehes ou de dindons^ jolis moni^trea don^ SOS artistes ont emprunté la forme des nio^ aumens du paganisme. Elle répugïie aossi à reconnaître des nuages dans ces masse» lourdes péniblement arrondies par le ciseau» Les nuages sont du domaine de la peinture : le sculptefiir , s'il ne veut encourir lè ridicule , doit s'abstenir de les représenter. La chapeBe de &i. Gommunion vient en-

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suite : elle est moins grande que la précé-» deule. M. Pierre a peint sur sa coupole le Triomphe de la Religion, composition trèssimple : sur l-aiKeL est un groupe, sculpté par Paul Slodtz, représentant deux anges d une forte stature s'inclinant pour adorer le tabernacle très-rabaissé. M. de Sainte- Foix s'est récrié sur cette disproportion entre Tobjet adoré et les adorateurs.

Enfin, on arrive à la chapelle du Calpaire^ située à la suite, sur la ligne des chapelles précédeiftcs, et à rextrémité de Tédiâce.

Le caractère de solidité qu'offre sa construction , le peu d'élévation de la voûte , l'obscurité et le silence peuvent produire , dans les âmes faciles à émouvoir, des sentimens lugubres, une terreur religieuse.

Une vaste niche , éclairée -par une ouverture qu'on ne voit point , par un jour que les architectes nomment jfour céleste^ présente la cime du Calvaire, l'image de Jésus crucifié , et la Madeleine pleurant, au pied de la croix. Sur le premier plan sont des soldats couchés, des troncs d'arbres, des

SOV& LOTTIS XIII. S^àt

plantes , parmi lesquels rampe le serpent. Plus avant et au bas de cette espèce de montagne , lieu de supplice , est un autel de marbre bleu turquin , en forme de tombeau antique , or»é de deux urnes d'où sort de la fumée en marbre. Au milieu s'élève le tabernacle composé d'une colonne tronquée , et autour duquel sont groupés les înstrumens de la passion. Cette composi-. tion sépulcrale et poétique a été conçue par M. Falconnet. La sculpture des figures de la nicbe sont l'ouvrage de Michel Anguîer.

Une nouvelle scène sépulcrale a été récemment ajoutée. A droite de cette chapelle , de vastes rochers présentent l'ouverture d'une, grotte devant laquelle sont deux groupes de figures , en ronde bosse , plus grandes que nature : ces groupes représentent Jésus mis au tombeau. Ils furent établi^ en 1807, et^sculptés par M. de Seine. C'est ici ce que les dévots appellent la douzième station.

Dans les chapelles qui environnent la nef et le chœur, les onze premières stations sont indiquées par des bas-reliefs dont les

Satf HitstoliiË tE PÀUis

sujets sont tirés de la vie de Jésus. Us sont pareillement sculptés par le sieur de Seine.

Cet édifice, long de 66 toises, est, comme les autres églises , entouré de chapelles la plupart ornées de tableaux , et autrefois de plusieurs monumens funèbres.

Les tableaux dont cette église est aujour^ d^hui décorée consistent dans la Résurrection de la fille de Jaïre , peinte en i8 1^ par Delorme : il orne la cbapelle de la Vierge*, et dans un saint Sébastien, peint en i8o^ par M. Bellai , placé à côté de la chapelle de la Cbmmuaion.

La chaire à prêcher est remarquable par sa construction, et porte un caractère poétique : elle a été exécutée sur les dessins de Challcs. En face est un tableau moderne représentant Jésus sur la croix : il est d'un |)el efieté

Parmi les monumens funèbres qui s'y trouvaient avant la révolution , on distinguait le tombeau de la demoiselle de La Live , exécuté sur les dessins de Falconnet; celui de Pierre-Louis MoreRU de Maupertuis, mort le aj juillet 1759 ^ celui d^ André

sous LotJîs mit. 5â3

Le Nôtre , célèbre dessinatear de jardins ; ceux de la famille de Savalète ; de Nicolas Ménager, utile à sa patrie par son commerce et par les négociations importantes dont il fut chargé : il mourut le i5 jaillet 1714*

Cette église renfermait aussi les cendres de François et de Michel Angmer, deux sculpteurs habiles ; d'Antoinette La Garde, marquise des Houlières, qui a excellé dans la poésie tendre et naïve : elle mourut en 1694 9 de François-Séraphin Régnier des Mares t, littérateur distingué en son temps, et mort en 1713^ enfin, de Pierre Corneille qui a illustré sa patrie en faisant sortir la scène française de Tétat de barbarie où elle était encore plongée, en l'élevant à un éminent degré de perfection. Sans mausolée, sans épîtaphe dans cette église, sa mémoire n'en avait pas besoin ^ mais la France devait à elle-même , devait aux cendres d'un homme dont le génie l'honore, un témoignage de sa vénération et de sa grjititude. M. Legrand et M. le duc d'Orléajas viennent d'acquitter cette dette nationale.

M. Legrand, architecte, ancien officier

5^4 HISTOIRE DE PAftlS

du génie , stimulé par la pensée cpie Cor* neille n^avait , dans Téglise où il fut inhumé, aucun monument funéraire , proposa an duc d^Orléans de contribuer à Térection d^une table de marbre avec une inscription. Ce prince accueillit cette proposition , et voulut, sans recourir à une souscription, fourliîr tous les frais .de*ce monument qui , le lo août i8ai , fut placé dans Téglise de Saint-Rocb, au-dessus d'un des bénitiers de la grande nef, à gauche en entrant (i).

(f) Je pense qu'on ne lira point sans intérêt Pacte mortaaire du grand Corneille :

«L*an i6d4, le a octobre, M. Pierre Corneille, éGuyer, 9 ci-devant avocat général à la Table de marbre de » Rouen, âgé d'environ soixante -dix -huit ans, décédé » hier, rue d'Argenteuil , en cette paroisse, a été inhumé » en Téglise, en présence de M. Tho&as Corneille , sieur » de risle , demeurant rue Clos-Georgeau en cette pa- » roisse, et de M. Michel Bêcheur, prêtre de cette » église, y demeurant proche. Signé Corneille et Bé- 9 cheur. »

On a découvert récemment, rue-d'Argentenil , Ja maison où demeurait et dans laquelle est mort Pierre Corneille. Cette maison est celle qui porte le- n» l8. Le propriétaire , sur la proposition duquel M. le duc d'Orléans a fait élever dans Saint-Roch , un monument à ce grand

< sous Loui» xm. Si 5

Saint -Rock est Té^îse paroissiale du deuxième arrondissement : elle a pour succursale l'église de Notrc-Dame-de-Lorette*

Sâihije-Margueiiite , église gproissiale du huitième arrondissement, située quartier du faubourg Saint-Antoine , rue Saint-Bernard ^ n°' 28 et 3o. Antoine Fayet, curé de Saint-Paul, fit en i6s^ bâtir à ses frais et sur son fonds une chapelle , sous Tin vocation de sainte Marguerite, pour servir de sépulturo à lui et à ceux de sa famille. Les habitans de ce quartier , fort éloignés de l'église de Saint-Paul, leur paroisse, s'accommodèrent de cette chapelle , y firent célébrer l'office divin , et déterminèrent l'archevêque de Paris à l'ériger en église succursale. Les marguilliers d/s Saiiit-Paul

poët&, vient de faire placer , tant à Fei^térieur qu'à l'iotérieur de celte maison, deux inscriptions gravées sur du marbre noir, Tune sur la rue et l'autre au fond de la cour de la maison ; elles indiquent que le grand Corneille est mort dans cette maison le 1*' octobre 1684, et qu'elles ont été érigées en i8a4* Un buste de Corneille est posé au-dessus de Uinscription de la cour , et dans une couronne de lauriers, placée au-desaus de ce buste, on lit: Le Cid, i636.

Sa6 fiiâroiRB ]>b piius

s*y opposèrent. Un arrct du 26 juillet 1629 ordonna qu'elle resterait simple chapelle. Un autre arrêt du 6 août i63 1 ordonna tout le contraire : il portait que cette chapelle serait érigée en succorsale. D'autres difficultés s'oppoïsèrent à ce dernier arrêt , et ce ne fut qu'en i634 qtie cetie chapelle reçut définitivement le tj^tre de succursale. On construisit une église à côté de la chapelle qu'avait établie Antoine Fayet. En 1712, la succursale fut entièrement distraite de la dépendance de Saint-Paul , et forma une cure, particulière.

Quant à l'église , elle ne contient de remarquable qu'un tableau représentant sainte Marguerite chassée par son père , peint en 1817 par M.. Wafflard*

L'église , se trouvant insuffisante par Taccroissement de la population du faubourg Saint- Antoine, on construisit, en 1766 , une chapelle contiguë élevée sur les dessins de Louis. Deux arcades forment l'entrée , et présentent entre elles le portrait en médaillon du célèbre mécanicien de Yaucan»son, mort en 178a. L'intérieur est décoré

feous LOUIS xiit. Sa^f

de peintures à fresque , exécutées par Brunetti : elles représentent des ordonnances de colonnes, des bas-reliefs, et des inscrip^ lions relatives au caractère sépulcral de celte chapelle. Elle est éclairée par une ouverture carrée pratiquée à la voûte. L'autel est en forme de tombeau antique : derrière est un grand tableau représentant le Purgatoire, peint par Btiard. Tout dans cette chapelle porte un caractère sombre et lu* gubre.

L'église de Sainte - Marguerite , parois^ siale du huitième arrondissement ^ a àevut succursales , celles de Saint- Antoine et de Saint-Ambroise. ~ ^

Notre -* Dame - de - Bonnes - Notjtexle» ^ église paroissiale du village de Villeneuve ^ détruite en iSp'i avec ce village, fut re-* construite en 1624* Tgu ai parlé ailleurs (1)^

S V. Établissemens civHs.

Hôpital des Convalescens , situé ïtie du Bac, n^-gS. Angélique Faure , veuve d«

(i) Foyez tom. IV, paç. 206.

528 HISTOIRE DE PlUiS

Claude Bullion , conçut le projet louable de procurer un asile aux convalescens quî , sortis des hôpitaux avant d^être dans un parfait ëtat de santé , étaient exposés à des rechutes. Elle obtint, en 1628, des lettrespatentes qui ne furent enregistrées qu'en i63 1 . L'exécution de ce projet utile épsouva beaucoup de lenteurs que nous ne détaillerons pas. Cette dame acheta , ou plutôt fit acheter par un prêtre appelé André Gei> vaise, une maison située rue du Bac, appai^ tenant à M. Camus, évèque du Bellai. Elle voulait cacher au {>ublic la main qui soulageait les pauvres. La maison, construite et disposée p^ur recevoir huit convalescens , put dan« la suite en contenir un plus grand nombre. En 1775, elle possédait vingt et un lits.

M. Gervaise, qui figurait toujours dans cette fondation, avait obtenu, le 6 août i65o, la permissijon d'y faire construire une chapelle qui reçut le titre de Notre- Dame-deS' Coiwalescens.

Cet hôpital fut en mars 1 652 donné aux religieux de la Charité, qui en eurent la

sous LOUIS XIII. S'ig

direction. Il fut supprimé en 179*^, et appartien l encore au gouvernement qui le loue à divers particuliers.

HÔPITIX DE NoTRE-DaME-DE-LA-MiSÉKI'-

CORDE, ou les Cent-Filles , situé rue Censier, n** 11, et rue du Poul-aux -Biches , quartier Saint-Marcel. Antoine Séguier, président au parlement, dans le dessein de retirer de la misère des orphelines de père et de mère, acheta, le 21 mars 1622, une majson appelée le petit séjour (f Orléans, qui avait l'ait partie de Tancien hôtel que les ducs d'Orléans possédaient dans ce quartier. Les lettres-patentes qui autorisent cette fondation sont de janvier 1623 -, et il parait que l'exécution de cet utile projet ne se fit pas attendre-, car une inscription, placée dans la chapelle de cet hôpital , portait que , le 17 janvier 1624, M. Antoine Séguier fonda et fit bâtir cet hôpital pour cent pauvres orphelines.

On leur enseignait la religion et un métier. En i656, le roi ordonna que les compagnons d'arts et métiers qui épouseraient des filles de cette maisou seraient reçus

53o HISTOIRE DE PARIS

maîtres sans faire leur chef-d'œuvre et sans payer aucun droit. Elles y étaient reçues à Tâge de six à sept ans , en sortaient à yingtcinq-, et l'hôpital, lorsqu'elles se mariaient , leur accordait une dot.

Cette maison fut supprimée pendant la révolution : elle appartient à ladministration générale des hôpitaux et hospices de Paris. On y a établi des manufactures.

Hôpital des Incurables , situé rue de Sèvres , n** 54» Plusieurs personnes concoururent à cet établissement : Marguerite Rouillé , épouse de Jacques Lebret , par acte du i*^ octobre i632, lui donna 622 livres de rente, des maisons et jardins qu'elle possédait à Chaillot ; Jean JouUet de Châtillon lui légua ses biens ; et le cardinal de La Rochefoucauld , par contrat du 4 novembre 1 634 5 passé a^ec les administra teui^s de THôtel-Dieu , céda pour le même objet 2,866 livres de rente, 18,000 livres à prendre sur le fermier général des aides, et ^,600 livres en argent. L'Hôtel-Dieu possédait 16 ou 17 arpens de terre sur le chemin qui conduit à Sèvres 5 il en céda 10 pour y

sous LOUIS XIII. . 53 1

construire l'hôpital projeté. Une personne inconnue envoya , pour aider aux frais d'établissement, une somme de 2^4oo livres; le cardinal de La Rochefoucauld y ajouta encore celle de 1^4^^ livres. Avec ces secours, l'hôpital fut construit. Trente-six lits furent d'abord établis dans les salles : dix-huit pour les hommes , dix-huit pour les femmes. Le même cardinal fit encore don d'une somme de 88,047 livres destinée à la construction et à l'entretien d'une chapelle qui fut consacrée , le 1 1 mars i64o , sous le titre de V Annondalîon de la Sainte Vierge.

Des lettres-patentes du mois d'avril 1687 confirmèrent la fondation de cet hôpital , qui, dans la suite, reçut un accroissement considérable en étendue de terrain et en revenu \ de sorte qu'avant la révolution on y comptait trois cent soixante lits. Je parlerai du sort de cet hôpital , lorsque je présenterai le tableau des hôpitaux et hospices qui existent maintenant à Pfiris.

Hôpital de la Pitié, situé rue Copeau, n« I , entre les rues du Battoir et du Jardîndcs-Plantes.

S32 HliSTOlRE DE PÀKIS

Les désordres et les guerres civiles du temps de la régence de Marie de Médîcis

avaient considérablement accru le noHibre des pauvres. On ne trouva d'autre remède pour le diminuer que d'emprisonner ces malheureux : c'est ce qui fut ordonné dès Fan 1612. En conséquence, les magîsii^ts louèrent cinq grandes maisons situées entre les rues du Battoir et du Jardin-des-Plautes, puis on 6t Tacquisîtion d'une de ces maisons où se trouvait le jeu de paume de la Trinité. Ce local fut aiJgmenté par de nouvelles acquisitions : on construisit des batimens réguliers et conformes à leur destination. On y renferma les pauvres que Ton put arrêter. Cette maison reçut le nom de PMé , parce que sa ckapelle était sous Tinvocation de Notre- Dame- de-Pitié.

Lorsquen 1657 THèpital généra), dit de la Salpétrière ^ fut construit et ouvert à tous les mendians , la maison de la Pitié reçut une nouvelle destination : on y plaça les enfans des mendians. Les filles, auxquelles on apprenait à lire , à écrire , à c oudre , à tricoter , occupaient une partie

sous LOUIS XIII. 533

de la maison^ les garçons, qui recevaient une éducation analogue, habitaient une cour appelée Petite-Pitié. Enfin , on y plaça des enfans trouvés . des orphelins , auxquels on faisait apprendre des métiers : on y fabriquait des draps pour les habits des hôpitaux , et même pour les troupes.

Les choses restèrent en cet état jusqu'en

1809, époque où les orphelins de la Pitié

furent transférés à Thospice du faubourg

Saint-Antoine : dès lors , cette maison de-

^vint une annexe de THôtel-Dieu (i).

Maison de Scipiov , située rue de la Barre ou de S( ipîon , place du même nom. Scipion Sardini , gentilhomme italien , fameux et tiche traitant sous le règne de Henri III, avait fait bâtir en ce lieu uii hôtel qui, en 1622 , fut destiné à recevoir des vieillards pauvres et infirmes. En i636, il fut donné à l'hôpital général qui y fit établir sa boucherie, sa boulangerie, etc.

Cet édifice, convenablement construit,

(1) Fojez ci-après administration générale des hôpitaux , article Jîâpital de la Pitié.,

534 HimiRË ht pÂKts.

renferme aujourd'hui la boulangerie gêné- j raie de tous les hôpitaux et hospices de Paris.

Dans le vohime suivant sera la notice i des édifices et des élablîssemens cirils de ce règne.

itV DU TOM» GIIfQUfÈMt,

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