‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 37 sur 45 · Kaidos, tige, mukès, champignon · texte numérisé non relu

Kaidos, tige, mukès, champignon

i. Kuàn, fhien, et balanos, gland.

3. Ou voie lactée, l'amas d'étoiles que les anciens avaient ainsi nommé, et qui a gardé ce nom, représentait pour eux la tache blanche faite dans le ciel par une goutte de lait {fjftlf') tombée du sein de Junon.

L'UlSTolliE VKKITAHLE

iiolro gaucho, ot les Arroiiocojx's fondant tout à coup sur elle, la poursuiviieiil jusqu'à noire infanleiie, qui, s'avançant pour les secourir, les obligea de se retirer après les avoir mis en désordre. Lorsqu'ils eurent ap- )iris la défaite de leur aile gauche, ils se mirent à fuir avec une nouvelle vitesse ; leur déroule devint générale, un grand nombre fut fait prisonnier, plus encore reslèrent sur la place ; le sang ruisselait de tous côtés sur les mers; elles en furent teintes, et prirent celte couleur rouge qu'on leur voit quelquefois au coucher du soleil. 11 en tomba jusqu'à terre, et ce fut sans douteàl'occasidu (le quelque événement semblable, arrivé autrefois dans les cieux, qu'Homère nous dit que Jupiter avait fait pleuvoir du sang à la mort de Sarpédon i.

Au retour de la poursuite "des fuyards , nous dressâmes deux trophées, l'un sur la toile d'araignée, pour servir de monument à la bravoure de notre infanterie, l'autre sur les nuées, à cause de l'avantage que nous avions remporté en l'air. Comme on les achevait, les coureurs vinrent annoncer que l'on voyait paraître les Néphélocentaures, dont Phaëton aurait eu grand besoin au commencement du combat ; bientôt ils nous joignirent, et nous vîmes le spectacle le plus étrange : des monstres moitié hommes moitié chevaux; leur grandeur est telle que l'homme égale la moitié du colosse de Rhodes 2, et le cheval, un gros vaisseau marchand. Leur nombre était si considérable que je n'ai pas voulu l'écrire, de jieur qu'on ne refuscât de me croire ; ils étaient commandés par le sagittaire du Zodiaque ; lorsqu'ils se furent aperçus de la défaite do leurs alliés, ils envoyèiont dire à Phaëton qu'il revînt

1. S.ii-|)i''(loii . fils (!'• JnpiltT. tui'- an siè;;r' de Troie par Patroclo. {Uiath; liv. XVI.)

1. ('0 colosse, une des merveilles du monde, dressé à l'entrée du port do Rhodes, était assez grand pour que les vaisseaux pussent passer entre ses jambes.

L'HISTOIRE VÉRITAIJLK 283

M la charge; pI sï-lant oux-mèmes rangés on bataille, ils tombèrent vivement sur les soldats de la Lune, auxquels l'aideur delà poursuite avait fait quitter leurs rangs, et qui s'étaient dispersés çà et là, occupés à dépouiller les morts. Ils les renversèrent, et poursuivant le roi jusque dans la ville, ils lui tuèrent la meilleure partie de ses vautours, arrachèrent les trophées et parcoururent toute la plaine qu'avaient tissue les araignées.

Deux de mes compagnons et moi nous fûmes faits prisonniers; Phaëton, dans ce moment, arriva; les ennemis érigèrent de nouveaux trophées et nous conduisirent le même jour dans l'empire du Soleil, les mains attachées derrière le dos avec une patte d'araignée ; ils ne jugèrent pas à propos d'assiéger la ville ; mais retournant sur leurs pas, ils construisirent au milieu des airs une double muraille faite de nuées, laquelle empêchait les rayons du Soleil de parvenir jusqu'à la Lune ; en sorte cjue cet astre demeurait dans une éclipse totale, et couvert d'une nuit continuelle.

Endymion, ne pouvant plus supporter un tel malheur, envoya des ambassadeurs supplier Phaëton de détruire la muraille, et de ne pas le laisser vivre ainsi dans l'obscurité; il se soumit à lui payer un tribut, de ne plus prendre les armes contre lui, offrit en outre d'être son allié, et de lui donner des otages. Phaëton assembla deux fois son conseil ; dans la première délibération, les vainqueurs ne voulurent entendre à aucun accommodement et persistèrent dans leur ressentiment, mais à la seconde, ils changèrent d'avis ; la paix et l'alliance furent acceptées au.x conditions suivantes :

1'* Que les habitants du Soleil raseraient la muraille, et ne feraient plus d'irruptions dans la Lune; 2*^ que

L'HISTOirxE VERITABLE

Jcs prisonniers seraieiil i fiulus moyennant une rançon ; 3° que les habitants de la Lune laisseraient les autres astres se gouverner selon leurs lois, qu'ils ne porteraient plus les armes contre les habitants du Soleil, mais que les deux peuples feraient ensemble une ligue offensive et défensive ; 4" que le roi de la Lune payerait Itour tribut à celui du Soleil dix mille amphores de rosée, et lui donnerait pour otages pareil nombre de ses sujets ; que la colonie qu'on devait envoyer dans l'étoile du jour serait formée en commun par ceux qui voudraient en être.

Ce traité fut gravé sur une colonne d'ambre dressée dans les airs, aux confins des deux empires, et !•• serment fait du côté des habitants du Soleil par Pyronide, Thérile et Phlogius ; et du côté des habitants de la Lune, par Nyctor, Ménius et Polylampe.

Ainsi la paix fut conclue, le mur fut démoli et l'on nous mit en liberté. A notre retour dans la Lune, nos compagnons accoururent au-devant de nous, nous embrassèrent les larmes aux yeux. Endymion, charmé de nous revoir, nous engagea à rester auprès de lui et à nous établir dans sa colonie ; il me promit même de me donner sa fille en mariage mais je ne me laissai point aller à ces offres, et je 1^ priai de nous faire reconduire sur la mer.

Quand il vit que rien ne pouvait ébranler notre résolution, il nous régala pendant sept jours, et nous congédia.

11 faut cependant vous raconter les choses nouvelles et extraordinaires que j'ai remarquées pendant mon séjour dans la Lune. Dans ce pays, quand un homme est parvenu à une extrême vieillesse, il ne meurt point, il se sublimise, s'évapore en fumée; tous les habitants se nourrissent de la même manièie. Assis en cercle, comme autour d'une table, ils mangent des grenouilles; ils avalent à longs traits de la fumée qui s'exhale de

leur rôti : voilà comme ils se régalent *. Leur l)oissou est (le Tair pressé dans un vase, et dont ils ex)>riment une espèce d'humidité semblable à la rosée.

Chez eux, les chauves passent pour les plus beaux, et ils ont en horreur ceux qui sont chevelus : bien différents des habitants des Comètes, chez qui une belle rhevelure est une grande beauté. Je tiens cette particularité de quelques-uns d'entre eux qui voyageaient dans la Lune, et qui m'ont donné des détails très curieux sur leurs mœurs.

La barbe des peuples de la Lune leur croît un peu au-dessus des genoux. Leurs pieds n'ont point d'ongles et n'ont qu'un seul doigt. Il leur croit au bas du dos une espèce de chou long, semblable à une queue; il est toujours vert, et ne se brise jamais, quand même un homme tomberait sur le dos ; de leur nez découle un miel fort acre, et pour se disposer au travail ou à la lutte, ils se frottent le corps avec une espèce de lait, mêlé de miel, qui se caille et fait du fromage ; ils exjtriment de l'ail une huile épaisse et grasse, qui répand une odeur aussi agréable que le meilleur parfum. Le pays est planté de vignes très fertiles en eau, et les grains de raisins ressemblent à la grêle, en sorte qu'il faut croire que quand il grêle ici-bas, c'est que le vent agite les vignes de la Lune , et égrène les grappes. Ces peuples se servent encore de leur ventre comme il'une poche, ils y mettent tout ce dont ils ont besoin : car il s'ouvre et se ferme à volonté. On n'y voit ni intestins ni foie ; mais il est velu intérieurement, en sorte que les enfants s'y cachent quand ils ont froid. L'habillement des riches est de verre , étoffe très moelleuse, celui des pauvres est un tissu de cuivre ; ce métal est fort commun en ce pays , et les habitants , en le

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