‹ Histoire comique des états et empires de la lune et du soleil. Avec appendice contenant 1. Antonin Diogène; Choses vues au dela de Thulé; 2. Lucien: Histoire véritableChapitre 43 sur 45 · De phellos, liège, et pous, podos, iiied · texte numérisé non relu

De phellos, liège, et pous, podos, iiied

2. Ce jeu de mots est aussi heureux en grec qu'en français, car de même qu'il y a en Belgique une ville du nom de Liège, il y avait en Pamphilie une ville du nom de Phellos.

3. Hérodote consacre plusieurs chapitres de son troisième livre à indiquer comment se recueillent en Arabie les parfums les plus renommés dans l'antiquité : l'encens, le cinnamome ou cannelle, le ladanum, etc., et il conclut ainsi : « Toute l'Arabie en répand comme une odeur di-

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des ports vastes et tranquilles, qu'elle était arrosée par des rivières, dont les eaux limpides descendaient tranquillement dans la nier.

Des prairies et des bois s'offraient à notre vue, remplis d'oiseaux mélodieux, dont les uns chantaient le long des rivages, tandis ({ue d'autres, perchés suides branches, faisaient résonner les bois de leurs concerts ; un air pur et léger environnait cette île ; le souffle agréable des zéphyrs agitait doucement le feuillage des arbres, et en tirait des sons flatteurs, semblables aux soupirs d'une flûte.

A cette musique se mêlait le bruit de plusieurs voix ; mais ce bruit n'avait rien de tumultueux ; il ressemblait à celui qu'on entend dans les festins, lorsqu'aux chants de la cithare et aux sons de la flûte les convives mêlent leurs louanges et leurs applaudissements.

Enchantés de tous ces objets, nous résolûmes de relâcher ; nous entrâmes dans le port, et nous descendîmes du vaisseau, où nous laissâmes pour le garder Scintharus et deux de nos compagnons. Gomme nous marchions à travers une prairie émaillée (Iti fleurs, nous rencontrâmes dos gardes, qui nous enchaînèrent avec des guirlandes de roses (ils n'ont point <le plus forts liens) et nous conduisirent vers le chef de la contrée.

Durant le chemin, ils nous apprirent que nous étions dans l'île des Bienheureux, gouvernée par le Cretois Hliadaiiianthc. Déjà nous étions arrivés à son tribunal; notre cause fut placée la quatrième. Notre tour vint enfin, et l'on nous fit approcher du tribunal. Rhadamanthe nous demanda pour quelle raison, étant encore en vie, nous étions venus en ces lieux sacrés; alors nous lui racontâmes nos aventures; il nous ordonna de nous retirer à l'écart, et délibéra longtemps

sur notre affaire avec les autres juges. Ils sont en grand nombre, et parmi eux est Aristide rAlhénien, surnommé le Juste. Entîn il prononça son arrêt ; il portait que nous subirions après notre mort la peine due à notre curiosité et à notre voyage indiscret ; mais f|ue, pour le présent, il nous serait permis de rester un certain temps dans l'ile, de partager les plaisirs et la société des héros ; mais ce temps expiré, nous serions obligés de nous en aller. Le terme de notre séjour n'était que de sept mois.

A peine Rhadamanthe eut- il cessé de parler que les guirlandes dont nous étions enchaînés tombèrent d'elles-mêmes; nous fûmes libres, et l'on nous conduisit dans la ville et au banquet des bienheureux. Cette ville est toute d'or, ses murailles sont d'émeraude; elle a sept portes faites d'un seul morceau de cinnamome, ses rues sont pavées d'ivoire. Tous les dieux y ont des temples bâtis de pierre de béryl ^ et sur leurs autels, formés d'une seule améthyste, on immole des hécatombes entières. Un fleuve de myrrhe promène ses flots limpides autour de la ville; il a cent coudées de largeur, et sa profondeur est telle qu'on peut aisément y naviguer.

Les bains de ce pays sont de vastes édiflces de cristal ; on n'y brûle que du cinnamome ; et au lieu d'eau, les bassins sont remplis de rosée chaude. Les bienheureux portent pour vêtement des toiles d'araignée, teintes de pourpre ; du reste ils n'ont point de corps ; on ne

1, D'anciens commentateurs de Lucien ont cru comprendre que l'auteur avait eu l'intention de parodier ici la description que les Juifs faisaient de leur Jérusalem céleste, ou cité future des élus. La pierre dite béryl, appelée aujourd'hui aigue-marine (nom qu'elle doit à son chatoiement bleu et vert analogue aux reflets de la mer), tenait le huitième rang sur le pectoral du grand prêtre d'Israël. Peut-être a-t-il suffi qu'elle fût indiquée dans cette description pour qu'on en ait tiré la conclusion que nous venons de mentionner.

peut les toucher; et ils n'offrent aux yeux qu'une l'orme et une apparence i ; cejx'ndant ils ne laissent pas de se tenir debout, de marcher, de réfléchir, de parler.

On ne peut les comparer qu'à une âme dégagée de la matière, et revêtue de l'effigie du corps. 11 faut les toucher pour être convaincu qu'ils n'ont rien de corporel ; ce sont des ombres vivantes, qui ne sont point noires. On ne vieillit point dans ces lieux, et l'on y conserve l'âge que l'on avait en entrant. Jamais il n'y fait nuit 2; le jour n'est pas non plus fort éclatant; mais on y jouit d'un crépuscule continuel, semblable à celui qui précède l'aurore et qui annonce le lever du soleil. On ne connaît qu'une saison dans cette île ; un printemps éternel y règne toute l'année , et le zéphyr est le seul vent qui ose y souffler.

La campagne est émaillée de fleurs de toute espèce, ombragée de bois touffus et délicieux ; les vignes s'y chargent de fruits douze fois l'année, une fois chaque mois ; et les arbres fruitiers, les pêchers, les pommiers, produisent treize fois, et offrent une double récolte pendant le mois qui est consacré à Minos.

Au lieu de froment, les épis portent des pains qui ont la forme de champignons. Autour de la ville, on trouve trois cent soixante-cinq sources d'eau, autant de miel, cinq cents de myrrhe, mais celles-ci sont plus petites, sept fleuves de lait, et huit de vin.

Le banquet se tient hors de la ville, dans une plaine qu'ils appellent Champs Élysées. C'est une prairie délicieuse, environnée d'un bois épais, dont le feuillage

1. Les mémos rommontateurs reconnaissent ici une satire à l'adresse des théories psychologiques de Platon.

2. Lucien, qui connaissait le récit d'Antonin Diopcne. que nous avons reproduit plus haut, critique évidemment ici ce que l'ancien conteur avait dit ries longs jours et des longues nuits di- Thulé. qu'il considère comme d'extravagantes assertions.

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ombrage les convives, coucliés sur des lits semés de tleurs. Les vents sont les ministres du festin : mais ils ne versent point à boire; ce soin est superflu, de ^^rands arbres, d'un lin cristal, rangés autour du ban- <iuet, portent des fruits qui servent de coupes. Il y en a de toute forme et de toute grandeur.

Chaque convive, en se mettant à table, cueille un ou deux de ces fruits, il le pose devant lui, et ce vase se remplit aussitôt de vin ; telle est leur manière de boire. Au lieu des couronnes que l'on porte dans les festins * , les rossignols et les autres oiseaux répandent, en chantant, sur la tête des convives des fleurs qu'ils ont cueillies avec leur bec dans la prairie voisine. A l'égard des parfums, des nuées épaisses, formées de l'exhalaison des fontaines de myrrhe, sont suspendues au-dessus de la salle, et, doucement pressées par les vents^ elles se résolvent en une pluie fine comme la rosée du matin.

Pendant le repas, ces ombi-os fortunées charment leur loisir avec de la musique et des chansons. On y chante principalement les vers d'Homère. Ce poète est dans le séjour de la félicité > et partage le banquet des bienheureux, placé aii- dessus d'Ulysse. On exécute aussi des chœurs de danse, formés par des jeunes gar-^ çons et des jeunes filles. Quand ces musiciens ont cessé de chanter, ce premier chœur est suivi d'un second, composé de cygnes, d'hirondelles, de rossignols, et les arbres, conduits -par les vents, les accompagnent en jouant de la flûte.

Ce qui contribue le plus au plaisir qu'on goûte eh ce banquet , c'est qu'on y trouve deux fontaines charmantes, dont les eaux communiquent, l'une le rire et la gaieté, l'autre les plus doux plaisirs. Chaque

1. On sait que les anciens a>aient coutume de se couronner de fleurs pour assister aux festins ou rejxt-s de fête*

convive, avant de se mettre à table, boit à ces deux sources, et passe le reste de la journée dans la joie et les plus parfaites félicités...

[Ici l'auteur raconte comme quoi il a vu cUms celle île beaucoup de grands hommes, de demi-dieux, de héros, et il consacre plusieurs pages à rapporter des entreliens cju'il a eus avec les uns et les autres. Homère, après avoir longuement causé avec lui, le charge d\tpporter sur terre un nouveau poème qu'il a composé; mais le voyageur, au cours de ses pérégrinations, perd ce précieux manuscrit.

Le temps fixé pour leur séjour dans Vile étant expiré, les voyageurs reçoivent, ci leur grand regret, l'ordre de s'éloigner. Ils se rembarquent donc et côtoient d\^bord les îles qui servent de séjour aux impies.)

L'air en ces lieux était obscurci d'une insupportable odeur de bitume et de soufre, de poix et de chair brûlées, exhalant une odeur infecte. L'espace était obscurci d'une vapeur noire et ténébreuse, qui retombait en une fumée épaisse et infecte. On entendait un bruit effrayant de claquements de fouets, de cris et de gémissements. Nous ne nous arrêtâmes point à ces îles ; une seule tenta notre curiosité, nous y descendîmes et nous la trouvâmes bordée de précipices, dépouillée de verdure ; elle était hérissée de pierres et de rochers. On n'y voyait point d'arbres, on n'y trouvait point d'eau.

Néanmoins, en nous ^dissant le lon^' des précipices, nous montâmes par un chemin hérissé de ronces et d'épines; et, après avoir traversé une campagne affreuse, nous parvînmes à une enceinte et aux lieux où l'on punit les scélérats.

La nature du sol, en cet endroit, a quelque chose d'effrayant. 11 produit des épées et des pointes de fer;

il est entouré de trois tleuves, dont l'un ne roule qu'une bourbe épaisse, l'autre est de sang, et le troisième de l'eu. Ce dernier contient des poissons dont les uns ressemblent à des tisons enflammés, d'autres à des charbons ardents; on les nomme lychnisques *. On ne peut pénétrer en ces lieux que par une entrée étroite qui passe à travers les fleuves. Elle est gardée par Timon l'Athénien 2. Il nous laissa passer. >'ous vîmes les scélérats au milieu des supplices qui leur sont infligés. 11 }; avait parmi eux une foule de rois...

Nos conducteurs nous apprenaient les actions atroces que ces criminels avaient commises pendant leur vie et la cause de leur punition. Les supplices les plus terribles étaient réservés aux menteurs et aux écrivains qui se sont plu à débiter des fables. Parmi eux étaient Ctésias de Cnide, Hérodote^ et plusieurs autres.

En les voyant, je me flattai d'avoir un meifleur sort après ma vie, car je n'ai jamais écrit de mensonges volontaires '*.

Ne pouvant supporter plus longtemps ce spectacle eflrayant, nous retournâmes à notre vaisseau... Un instant après nous découvrîmes assez près de nous l'île des Songes, enveloppée d'une obscurité qui permettait à peine de la distinguer. Semblable aux songes mêmes, elle fuyait à mesure qu'on s'approchait d'elle. Enfln nous la joignîmes et étant entrés dans le 2^ort du

\. De lychniskos, petite lampe.

-2. Timon , dit le Misanthrope ou eunemi des hommes , vivait au cinquième siècle avant notre ère.

3. Ctésias de Cnide. médecin grec, ayant vécu pendant dix-huit ans à la cour d'Artaxerce Memnon, roi de Perse, publia, lors de son retour en Grèce, une Histoire de la Perse et de l'Inde. Comme il traitait dans son livre de choses et de mœurs pouvant paraître extraordinaires à ses compatriotes, ceux-ci durent lui adresser, comme à Hérodote, le reproche de crédulité ou d'altération de la vérité.

4. Le lieu est on ne peut mieux choisi pour articuler une pareille déclaration. On voit que l'esprit d'à-propos ne manquait pas à l'auteur.

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iiommcil, auprès duquel se Irouveiit les portes d'ivoire^ et le leniple d'Alectryon, nous descendîmes à terre.

Quand nous eûmes passr la porte, nous vîmes une foule de Songes de couleurs el de formes très variées. Mais je veux avant tout vous faire un peu la description de cette ville, dont aucun écrivain n'a parlé avant moi ; car ce que Homère en dit - est peu considérable , et n'est nullement cxacl. Elle est entièrement environnée d'une foret sombre, dont les arbres sont de grands pavots et des mandragores ^. Une foule de chauvessouris y voltigent sans cesse ; c'est le seul oiseau qui se trouve dans l'Ile. Près de la ville coule un fleuve que les habitants appellent Nyctiporos '% formé par deux sources qui jaillissent près des portes. Le nom de ces fontaines est Négrétos et Pannuchie ". L'enceinte de la ville est une muraille fort élevée, de couleur changeante et semblable à celle de l'Iris. Elle n'a pas seulement deux portes, comme le dit Homère ; elle en a quatre : deux regardent la plaine ; l'une est de fer, l'autre d'argile ; c'est par elles que sortent, dit-on, les Songes effrayants, ensanglantés et cruels. Les deux autres portes sont situées près du port, et voisines de la mer. L'une est de corne, et l'autre d'ivoire ; ce fut par cette dernière que nous entrâmes. On trouve à droite le temple de la Nuit. Cette divinité est le princi])al objet du culte des habitants ; ils honorent également Aleclryon, dont le temple est situé près du port» A gauche est le palais du Sommeil, roi de la contrée : il gouverne par

1. Chez les :iiu-iens les songes étaient consiclôH'S oointne dos divinités. Ceux qui présidaient aux visions véritables, qui étaient des avertissemonts donnés aux humains^ passaient par une pot-te de corne, tandis que les vaines illusions passaient par la pOrte d'hoire.

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