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CHAPITRE IX

La constitution de la Ligue n'éprouva aucune forte secousse durant cette dernière période, et continua simplement à marcher dans les voies qu'elle s'était précédemment frayées; les seules modifications qu'elle subit fixèrent quelques points incertains, substituèrent par des mots creux l'ordre et l'unité à l'anarchie et à l'arbitraire, et ne portèrent en réalité que sur la forme, pour laquelle les Hanséates trouvèrent chez leurs contemporains des modèles suffisants.

Mais quelque pompeuse, quelque ciselée que pût être la forme nouvelle, elle devait conduire moins loin les hommes à qui elle s'adressait, qu'une forme plus abrupte mais un esprit plus vigoureux, plus mâle, plus confiant en ses ressources n'avait conduit leurs ancêtres.

Autrefois, l'imminence des dangers, le besoin pressant d'appui et de secours avaient rendu à l'union et à l'unité un hommage plus réel, leur avait prêté plus d'actualité et de vie que les déclarations les plus expresses, les plus élégantes, les plus nombreuses d'assemblées se concertant paisiblement dans la salle de leurs délibérations.

Ajoutons aussi que les anciennes alliances, ainsi que le but par elles poursuivies, étaient puissamment favorisée» par

les circonstances environnantes et notamment par la puissance peu redoutable encore des princes.

Cette puissance était devenue au contraire des plus menaçantes avec le temps, et d'un autre côté la jalousie et l'égoïsme avaient partout semé la discorde et ramenaient volontiers les souvenirs vers un passé déjà lointain comme vers un âge d'or qui aurait été, ainsi le voulait une imagination par trop riante cependant, pur de tout nuage et de toute mésintelligence.

C'est ainsi que les villes maritimes se virent à présent presque constamment délaissées dans leurs conflits et leurs entreprises par les villes continentales, qui à leur tour adressaient aux premières des reproches fondés sur la même cause et se montraient d'autant moins disposées à des sacrifices, que leur commerce extérieur par voie de mer baissait sensiblement, et que les factoreries n'offraient plus pour elles qu'un intérêt secondaire.

Si des vues personnelles s'étaient également déjà produites autrefois, au moins ne trouvaient-elles pas encore alors comme plus tard un puissant soutien dans l'empereur ou dans des institutions telles que les tribunaux et les divisions régionales de l'Empire, auxquelles tout membre opiniâtre ou mécontent de la Ligue allait demander appui ou protection, quand il ne préférait pas s'adresser même à son seigneur territorial.

Ces divers recours assuraient l'impunité aux rebelles, les mettaient à l'abri de l'excommunication hanséatique ou même les en relevaient, comme l'exemple de la ville de Brème ne nous en a fourni qu'une preuve trop évidente.

Comment, d'ailleurs, conserver encore l'espoir de sauver la Ligue, lorsque ce remède jadis souverain de l'excommunication eut lui-même perdu insensiblement tout son prestige, c'est-à-dire tout son pouvoir terrifiant, en même temps

que la Ligue était dépouillée de la plupart de ses avantages; lorsque plusieurs communes tombaient dans un abaissement qui leur eût même rendu impossible l'usage des prérogatives commerciales; lorsqu'il y avait désormais moyen d'éluder la contrainte des comptoirs, et qu'il y avait même avantage à les circonvenir, et lorsque enfin la concurrence étrangère délogeait partout le régime hanséatique.

L'impuissance de cette peine, qui était la peine capitale, une fois reconnue, que valaient les peines secondaires qui n'étaient exécutoires qu'à condition que l'excommunication ne fût pas une chimère? que valait une constitution dont les articles restaient dépourvus de toute sanction sérieuse?

Il nous reste à montrer comment tant de vices réunis ont fini par porter en terre cette constitution malgré et avec ses habits d'apparat.

Quant au but de la Ligue, il était resté invariablement le même, et, comme par le passé, les nombreux pactes fédéraux de cette période continuent à se porter les champions . des libertés urbaines et commerciales.

Il va sans dire cependant que, depuis la proclamation de la paix publique, la clause par laquelle les villes se promettaient des secours réciproques à rencontre soit de leurs princes, soit de tout autre agresseur, était entourée de toute espèce <Je cautèles, et que les villes ne s'engageaient à intervenir qu'au cas où une des leurs, tout en se tenant sur la défensive, aurait été attaquée par des perturbateurs notoires de l'ordre et où les autorités régionales seraient restées sourdes à son appel.

Mais il n'était pas moins vrai que, malgré toute cette circonspection commandée par la prudence, les villes hanséatiques, auxquelles était restée quelque vigueur, préféraient à la justice de l'Empire la justice plus prompte qu'elles pouvaient se rendre elles-mêmes, sauf à colorer

cette transgression de la paix de prétextes plus ou moins plausibles; et si la tranquillité publique ne fut pas plus souvent troublée, cela tient moins à la soumission volontaire ou forcée des communes aux lois impériales qu'à leur impuissance individuelle ou même collective.

Plusieurs dispositions commencent à figurer à présent dans les pactes d'alliance qui n'y avaient pas encore piru jusqu'alors ou n'y avaient obtenu qu'une mention rapide, et auxquelles celte place d'honneur était destinée à donner plus de relief que ne leur en avaient donné peut-être d'anciens statuts.

C'est ainsi qu'il y fut convenu de n'admettre à aucun emploi dans aucune ville de la confédération les ouvriers d'une localité hanséatique qui aurait fait cause commune avec l'ennemi, de fréquenter plus régulièrement les assemblées générales et particulières qui sans doute n'étaient que trop négligées, de ne pas établir de solidarité entre les ha- . bitants d'une même ville pour les dettes contractées par l'un d'eux et de n'admettre de nouveaux postulants dans l'association que du consentement unanime de tous les membres qui la composaient.

Les villes alliées s'engageaient aussi à se soumettre, pour toutes les contestations qui pourraient naître dans leur sein, à la sentence soit des amis les plus intimes, soit des amis les plus voisins, soit du congrès hanséatique ; et cependant le règlement de 1579 sur ces décisions arbitrales ne fut pas universellement adopté, et l'abstention de plusieurs -villes importantes continua à affaiblir la Ligue et à en compromettre l'indépendance.

Elles s'engagèrent de plus à exercer sur les vagabonds, mendiants et gens suspects une surveillance sévère, à ne pas tolérer chez elles des fauteurs de désordre ou des personnes accusées de quelque grand crime, et même à faire

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l'extradition de ces dernières aux communes qui les réclameraient.

Il est des pactes qui, plus explicites que d'habitude, ne donnent pas d'autre raison à leur existence que la conservation des comptoirs et du monopole, lesquels étaient effectivement on ne peut plus menacés.

Les confédérations des années 1579 et 1600 eurent la pensée louable de vouloir établir dans chaque quartier une caisse de secours pour les communes nécessiteuses, qui serait alimentée par des subsides en argent à fournir par les alliés, indépendamment des cotisations ou charges ordinaires ; mais rien ne prouve que ce projet a été mis à exécution.

Cette même confédération de 1579 sanctionna expressément un usage depuis longtemps établi, qui reconnaissait à la ville de Lubeck le droit d'apprécier, de concert avec les autres villes vendes, l'opportunité d'une réunion générale; et elle arrêta en outre que la décision prise serait communiquée aux chefs-lieux des quartiers, pour que ceux-ci pussent adresser à la ville de Lubeck les observations qu'ils désiraient voir figurer dans les lettres de convocation.

La confédération de 1604 se contenta de diètes triennales qui auraient lieu pendant l'été, sur la convocation à faire par les villes vendes, quatre mois avant leur ouverture.

On tomba aussi d'accord que non-seulement les résolutions prises à l'unanimité, mais encore celles prises à une grande majorité, obtiendraient désormais force exécutoire en tant qu'elles auraient trait aux comptoirs, aux privilèges hauséatiques et au commerce auquel ils servaient de fondement.

On restreignit également l'autonomie des corporations en retirant aux chefs, avec leur pouvoir disciplinaire sur les

apprentis, le droit d'établir, de concert avec des corporations appartenant à différentes villes hanséatiques, des statuts secondaires qui n'auraient pas l'approbation des autorités municipales.

Mais la plupart de ces dispositions ayant été prises seulement ad référendum , ou en dehors du concours de telle ville notable ou même de tel groupe de villes, rencontraient pour leur exécution des résistances nombreuses, fondées soit sur l'intérêt opposé des récalcitrants, soit sur la ruine des comptoirs et l'indifférence qui en résultait à l'égard de la peine de l'excommunication, soit aussi sur la dépendance dans laquelle diverses communes hanséatiques étaient tombées vis-à-vis de leurs princes territoriaux , et qui les empêchait de partager les destinées et les obligations communes, et c'est tout au plus si l'on peut citer le pacte de 1557 comme ayant reçu une consécration à peu près universelle.

Il fallut que les engagements les plus solennels eussent beaucoup perdu de leur sainteté, et les sceaux apposés sur les pactes, une grande partie de leur force obligatoire ; il fallut que le néant des moyens coercitifs dont disposait la Hanse se fît bien virement sentir^ pour qu'un jour, c'était en 1600, on pût proposer aux villes hanséatiques de se lier par serment et par l'invocation de peines divines en cas de parjure, et pour que probablement la crainte seule de dévoiler l'impuissance de la Ligue à tous les yeux fît repousser cette combinaison.

A mesure que la Ligue perdait pour ses membres l'utilité qu'elle leur avait autrefois offerte, ceux-ci cherchèrent dans des alliances subsidiaires, fondées sur une plus grande similitude d'intérêts, de dangers, d'espérances et de moyens, un supplément à l'appui inefficace qui leur venait de la grande association.

C'est que, tandis que la Confédération hanséatique four-

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Dissait tout au plus, et en les dispensant encore avec avarice, des subsides en argent à ceux des alliés qui se trouvaient dans une position critique, les alliances plus étroites assuraient à leurs membres des secours plus étendus, plus certains, et notamment des secours en nature.

. Parmi ces dernières brillent d'un éclat particulièrement vif celles qui unissaient les villes saxonnes et les villes vendes, et on peut dire que la Ligue, en se dissolvant, s'est décomposée en une infinité de ligues secondaires.

Les diètes continuèrent, comme par le passé, à être investies de l'autorité suprême en toutes choses; et bien que certains pactes fédéraux, comme par exemple celui de 1604, eussent placé entre deux diètes consécutives un délai plus ou moins considérable, ce délai normal ne pouvait prévaloir contre des circonstances imprévues , lesquelles justifiaient toujours suffisamment une nouvelle convocation.

D'un autre côté cependant, on peut remarquer que, vers le déclin de la Ligue, ces assemblées, de plus en plus insignifiantes, perdent aussi de plus en plus en fréquence.

La ville de Lubeck était devenue, dans les derniers temps, le siège presque exclusif de tous les congrès , et elle devait cet avantage à sa qualité incontestée, et déjà si rare, de ville impériale, à l'initiation plus complète de son administration locale aux affaires hanséatiques, et aux documents importants qui se trouvaient en sa possession.

Rien de nouveau ne se passa pour le droit de fixer une nouvelle réunion ; ce droit resta aux diètes elles-mêmes ou à la commission des villes vendes, et quant au soin d'adresser les lettres de convocation , la ville de Lubeck en demeura, comme autrefois, exclusivement chargée.

Cependant, comme les peines établies contre les membres défaillants, bien que renouvelées et même aggravée^ avaient, ainsi que le serment de purgation, perdu toute espèce de

force, le nombre des villes représentées aux diètes hanséatiques alla sans cesse en diminuant ; et c'est tout au plus si, à la fin du seizième siècle, on en pouvait compter encore une dizaine, comme formant à elles seules l'assemblée générale de la Ligue.

Déjà, dès l'année 1540, diverses communes peu importantes, quoique membres intégrants de la Hanse, s'étaient violemment récriées contre cette obligation onéreuse, d'envoyer des mandataires à des congrès si peu significatifs ; et elles étaient parvenues à obtenir, en 1549, que désormais deux villes pourraient remettre leurs pleins pouvoirs à une troisième.

Un statut de 1556 détermina le nombre de communes, qui, de chacun des différents cercles, auraient à faire acte de présence dans les diètes; et plus tard même, en 1576 et 1579, de nouvelles dispositions qu'inspirèrent les catastrophes traversées dans les derniers temps par les municipalités, vinrent relever de leur fardeau celles de ces dernières, sur lesquelles avait pesé la charge permanente des envois de députés, en établissant seulement entre elles une obligation alternative.

Bref, les choses allèrent si loin, que bientôt les villes les plus importantes, les chefs-lieux de quartiers, des quartiers tout entiers firent défaut, laissant ainsi sans récompense, sans résultat, le bon vouloir des comparants.

Cependant, la crainte des brigands et des mauvaises rencontres ne pouvait plus être invoquée aussi facilement qu'autrefois par les absents qui, en revanche, se rejetaient maintenant de préférence sur les guerres entre puissances voisines, ou sur les dissensions provoquées par la réforme religieuse, sans oser avouer la cause véritable de leur abstention, cause qu'il faut bien plutôt chercher dans le chiffre de plus en plus considérable des dépenses nécessitées par

les ambassades, ou dans l'appréhension d'un ordre du jour désavantageux, ou dans la conscience de l'inefficacité de ces délibérations communes.

Pour ce qui est de la qualité même ou profession des divers députés, nous apprenons par plusieurs statuts que cette époque, d'accord avec la précédente, tenait à ce que certains membres de la légation fussent pris dans les cadres des administrations locales ; les commerçants disparurent insensiblement des diètes, pour y faire place aux docteurs, qui avaient fini par envahir également les fonctions municipales, et par introduire ces formes plus correctes, dont l'élégance servait comme de replâtrage à un édifice vermoulu.

Les faits qui pendant la dernière période s'étaient produits au sein de l'ordre Teutonique, avaient, avant même la Réforme, brisé tous les rapports existant autrefois entre cet État et la ligue Hanséatique, et privé cette dernière d'un protectorat que la Pologne semble avoir exercé à son tour sans un bien plus grand profit pour les Hanséales.

Si quelques documents de cette époque font rentrer encore la Prusse et la Livonie dans le rayon de la Hanse, ils ne font en vérité qu'obéir à une ancienne habitude, car déjà les députés de l'Ordre n'étaient plus traités dans les diètes hanséatiques , quand ils y paraissaient à l'occasion, que comme les représentants de puissances étrangères, quoique toujours amies.

Les comptoirs n'envoyaient plus qu'assez rarement des députés aux congrès de la Ligue, malgré les statuts qui leur en faisaient encore un devoir durant cette troisième période; c'est que les dépenses occasionnées par des voyages d'aussi longue haleine pesaient lourdement maintenant sur le budget de ces établissements commerciaux aux abois; et si tout de même ceux-ci se résignaient à obéir aux règlements, ils ne

confiaient plus guère ces sortes de missions qu'à leurs employés subalternes, tels que leurs secrétaires, qui, la plupart du temps, n'étaient même chargés que de solliciter des secours.

Depuis que, vers le milieu du seizième siècle, la Ligue eut commencé à se donner à elle-même des syndics, la ville de Lubeck céda la présidence des congrès à ces hauts fonctionnaires, dont la mission consistait, en outre, à préparer et réunir les matières qui devaient faire l'objet des délibérations; à entretenir une correspondance suivie avec les villes les plus importantes; à faire partie des ambassades de la Hanse; à élaborer de nouveaux projets de règlements; à coordonner les anciens statuts; à les dégager de leurs contradictions, et à les soumettre ainsi épurés aux diètes; à surveiller l'exécution des décrets ; à servir d'avoués à la confédération dans ses procès ; à rédiger les mémoires nécessaires; à assister tout le monde de leurs conseils éclairés.

Cet emploi qui fut successivement rempli par les docteurs Suderrnann, Domaun et Steinwich, et qui était loin d'être un rouage inutile dans le mécanisme général, rendit, grâce au dévouement et aux aptitudes de ses titulaires, de signalés services à la Ligue jusqu'en 1G21, époque à partir de laquelle la diffculté de trouver des hommes capables et disposés soit à subir, comme leurs devanciers, l'ingratitude de leurs compatriotes, soit à se soumettre aux exigences de cette charge, parmi lesquelles figurait l'obligation de résider à Lubeck, lit prendre aux llanséates la résolution de choisir désormais leurs syndics parmi les membres de la régence de Lubeck, sans que ce cumul leur inspirât des craintes pour les intérêts généraux qui ne pouvaient être compromis plus qu'ils ne l'étaient déjà.

S'il est douloureux de voir que, malgré la gravité de la situation et la multiplicité des périls, les discussions futiles

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sur la préséance ne tarissaient pas et devenaient même de plus en plus acrimonieuses, d'un autre côté, cependant, on remarque aussi avec plaisir qu'aux meilleures époques du seizième siècle, tous les sujets de discussions, au lieu d'aller directement en assemblée générale, passaient au préalable par des commissions spéciales qui préparaient et facilitaient considérablement le travail commun.

Le cérémonial qui présidait à la réception des députés ne souffrit que les changements qu'y introduisit la lassitude deLubeck; et il est plaisant, ou plutôt révoltant, de voir les députés de la province se plaindre à leurs mandants de ce que la capitale a négligé de leur offrir les rafraîchissements qui succédaient d'habitude à la fatigue des séances.

Qu'attendre encore de tels représentants?

Les décisions, ainsi le voulaient des pactes fédéraux de cette période, étaient prises à la majorité des voix pour ce qui regardait les comptoirs, les privilèges hanséatiques et les relations commerciales ; mais ce progrès, purement de forme, changeait-il quelque chose au désordre antérieur? et si quelque ville importante voulait résister au vœu du grand nombre, quel moyen de la contraindre surtout à présent? et comme l'unanimité était exigée dans tous les autres cas, pense-t-ou que cette condition dût souvent se réaliser?

Tout au contraire, l'habitude de prendre une proposition ad référendum pénétra de plus en plus dans la pratique, et à la fin on ne vit même plus, comme par le passé, les villes maritimes importantes agir avec un louable ensemble, poursuivre à elles seules la réalisation d'un projet notable, ou forcer même les autres villes à y concourir.

Les résolutions prises dans le courant d'une diète étaient, à sa clôture, réunies en un recez dont la divulgation, pour autant qu'il pouvait contenir des mesures hostiles à des

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princes, parut assez dangereuse pour qu'on y rendît les mentions aussi laconiques que possible, de telle façon, qu'à côté des procès-verbaux officiels, les divers députés présents rédigeaient pour leurs commettants des procès-verbaux plus explicites, en lettres connues d'eux seuls, à moins qu'ils ne se bornassent à des communications et explications verbales.

La tâche de réunir et publier les recez et règlements de la Ligue, et d'écrire sa glorieuse histoire, qui pouvait être considérée effectivement comme à peu près close dans le domaine des faits , fut à diverses reprises recommandée aux soins des syndics hanséatiques, qui par suite de la multiplicité de leurs travaux et de la difficulté de l'entreprise, résultant surtout de l'ancienneté et des contradictions de plusieurs documents, se trouvèrent empêchés d'accomplir, même en partie, une œuvre de cette utilité.

Le rang de chef de la Ligue avec tous les droits et devoirs attachés à ce titre, ne fut que plus facilement maintenu par la ville de Lubeck au milieu de l'affaiblissement général de la confédération , et les six villes vendes de Hambourg, Lubeck, Stralsund, Rostock, Wismar et Lunebourg, continuèrent à constituer cette commission étroite, dont nous avons déjà parlé ailleurs, et à en exercer les attributions telles qu'elles avaient été fixées par la tradition et les règlements.

Que la ville de Lubeck ait à plusieurs reprises, avec plus ou moins de sincérité, offert sa démission, guidée sans doute par la pensée que celte menace ramènerait peut-être l'harmonie et la bonne volonté au sein de l'association, il n'en est pas moins vrai que jusqu'au bout elle demeura investie de la direction de la Ligue, c'est-à-dire d'un honneur qui pouvait bien être sans avantage pour elle dans les derniers temps, et qui lui ravissait même ses propres fonctionnaires municipaux.

Plusieurs villes vendes ayant été plus ou moins asservies durant la guerre de trente ans, le comité intime, dont elles faisaient partie, marcha rapidement à sa dissolution, tandis que les divisions de la Ligue en plusieurs cercles et les chefs-lieux placés à la tête de ces derniers conservèrent leur autorité entière, en subissant seulement les modifications nominales qui s'opérèrent avec le temps.

C'est ainsi qu'à partir de la moitié du seizième siècle la distribution du territoire hanèéalique en quatre zones ou quartiers avec les villes de Lubeck, Cologne, Brunswick et Dantzig pour chefs-lieux, commença à acquérir une notoriété parfaite, et ces quatre cités une importance telle, qu'au dix -septième siècle on ne voit plus guère figurer qu'elles seules dans les congrès de la Ligue, assistées tout au plus encore par la ville de Brème ou celles des villes vendes qui avaient conservé quelque force et quelque indépendance.

Les assemblées particulières des villes de tel ou tel cercle se maintinrent en usage à côté des assemblées générales, et continuèrent, dans des séances qui tantôt précédaient, tantôt suivaient ces dernières, à s'occuper et des intérêts communs et de leurs intérêts spéciaux.

Le pouvoir exécutif de la Ligue étant tombé dans la même déconsidération que ses autres pouvoirs, elle pouvait encore sans doute pour sa propre satisfaction décréter pompeusement les anciennes peines contre les infracteurs de ses règlements; mais depuis que l'excommunication majeure avait perdu son effet intimidant, il y avait loin entre la prononciation et l'application d'une peine , surtout quand il s'agissait de communes entières contre lesquelles on hésitait maintenant à agir, par cette raison si caractéristique, que la sévérité déployée pourrait détacher d'autres membres chancelants de la confédération.

Que si les délinquants étaient de simples individus, la rigueur des lois ne pouvait encore guère les atteindre qu'au cas où les communes auxquelles ils appartenaient, stimulées déjà par la perspective de conserver pour elles-mêmes, aux termes d'un statut, la moitié del'ameude dont elles opéreraient le recouvrement pour le compte de l'association, n'étaient pas hostiles, au contraire, à la mesure dont la violation réclamait une pénalité.

De même les factoreries ne surent faire respecter leurs statuts et punir les infractions, que tant que ces statuts furent généralement observés et tant qu'elles conservèrent leur éclat et leur puissance. Or , en perdant toute autorité répressive, la Hanse et ses comptoirs durent voir tarir une des sources importantes de leurs revenus qui provenait de la perception des amendes.

Quant au Pfundzoli, cet impôt, sur lequel les villes étaient loin de se mettre à présent aussi facilement d'accord qu'autrefois, commence à s'effacer complètement des recettes, et le Schossgeld, partageant les destinées des comptoirs, languit et disparut avec eux.

Ces établissements commerciaux, qui aux temps de leur splendeur avaient pourvu aux dépenses les plus considérables de la Ligue, et notamment aux frais de ses ambassades, en étaient réduits maintenant à mendier eux-mêmes des secours, ne rendaient plus que très-imparfaitement leurs comptes et étaient livrés au gaspillage, à l'exploitation de leurs préposés.

Certes il eût été difficile à tout corps constitué de marcher avec de pareilles ressources, et il arriva naturellement que pour être à court des sommes les plus chétives, la Hanse dut se résigner aux sacrifices les plus sensibles.

Encore si, comme autrefois de temps à autre, des villes importantes avaient consenti à faire à la confédération des

avances dont les autres membres auraient eu à la couvrir plus tard 1 Mais au milieu de la dissolution et de la débandade universelles, ces avances, les capitalistes ne le comprenaient que trop bien, auraient été plus que jamais compromises.

On songea alors, plus qu'on ne l'avait fait auparavant, aux secours que pourraient procurer les contributions, dont l'importance était chaque fois arrêtée par les diètes hanséatiques, et une matricule admise en \ 540 servit à cet égard de point de départ, même pour les temps postérieurs où elle subit cependant diverses modifications.

Malheureusement la ville de Lubeck, qui était le trésorier de la Ligue et qui, il faut lui rendre cette justice, ne faillit jamais à ses obligations pécuniaires, n'eut pas à se louer de la plupart des contribuables dont elle dénonça aussi la négligence ou le mauvais vouloir avec la plus grande amertume dans toutes les diètes hanséatiques.

De tous côtés en effet pleuvaient les demandes en réduction, et si on y faisait droit, il ne fallait pas songer cependant à faire peser les conséquences de ces concessions sur les communes plus solvables du même quartier, malgré les besoins de la Ligue qui allaient plutôt en augmentant qu'en diminuant.

D'autres villes se retranchaient derrière leur misère pour refuser tout contingent; d'autres encore demandaient des délais et payaient des à-compte minimes pour n'être pas au moins complètement exclues de la Ligue au cas où celle-ci, par un événement fortuit, reviendrait à meilleure fortune.

Ces résistances réagirent défavorablement sur les villes plus opulentes qui -voyaient avec déplaisir cette inégalité, et qui elles-mêmes étaient loin d'être parfaitement d'accord entre elles sur les sacrifices à faire, pour la raison que si les villes maritimes avaient intérêt à subventionner les comp-

toirs et à expédier des ambassades aux puissances étrangères et lointaines, cet intérêt n'existait pas au même degré pour les villes continentales.

. Aussi était-il bien plus facile de prescrire et exiger le double, le triple, le décuple de la contribution, que de l'obtenir au simple, et arriva-t-on vers la fin du seizième siècle et le commencement du dix-septième, à se concerter avec les membres les moins considérables de la Ligue sur une cotisation insignifiante qu'ils auraient à verser invariablement tous les ans, tandis qu'il ne resta que quatorze communes disposées à voir augmenter leur quote-part annuelle selon les nécessités du moment.

Mais les Annuistes mêmes, c'était le nom qu'on donna aux contribuables les moins fortunés, remplirent mal leurs obligations, et ce furent les avances de quelques villes plus aisées, telles que Hambourg et Lubeck, qui subvinrent seules aux besoins courants. Toutes ces avances, tous ces relards et toutes les réclamations réciproques nécessitèrent un règlement de compte définitif qui fut arrêté en 1609, et à l'occasion duquel il fut résolu que l'on ferait masse et des contributions arriérées et des contributions à échoir, que ce capital serait placé à intérêt, et que les intérêts serviraient à solder les fonctionnaires de la Ligue.

Cependant, à en juger d'après les plaintes des syndics, consuls et autres agents hanséatiques, les résolutions prises n'obtinrent qu'une exécution très-imparfaite, et il en fut de même de divers autres projets qui vers la même époque furent mis en avant pour retirer la Ligue de sa profonde misère.

Sa situation désespérée apparaît clairement dans les comptes généraux et particuliers qui furent dressés en 1628 et 1668, et où il n'est plus même fait mention des anciens Annuistes.

Ils nous apprennent en outre que les villes de Cologne, Rostock, Wismar, Greifswald et Stettin, figurant au nombre des quatorze communes qui s'étaient soumises à toutes les éventualités, n'avaient en rien participé aux dépenses communes de 1628 à 1668, que les autres y avaient plus ou moins concouru, que la ville de Lubeck toute seule avait acquitté intégralement ses contributions annuelles et restait même créancière d'une somme de 58,000 thalers par elle avancée à la Ligue, mais au remboursement de laquelle les autres alliés se refusaient pour les raisons les plus futiles.

Comme à partir de-cette époque la Ligue proprement dite ne peut plus être considérée comme existante, il n'y a pas lieu non plus de poursuivre plus loin son administration financière.

A mesure que la Hanse approche de sa fin, on voit ses membres s'en détacher un à un, et ce dépouillement successif est d'autant plus facile à constater à présent, qu'il existe de la seconde moitié du seizième siècle et du commencement du dix-septième, des listes officielles dressées par la confédération elle-même, qui, malgré l'intérêt qu'elle avait à entretenir l'incertitude sur sa composition, et à céler sa faiblesse croissante, n'était plus à même cependant de résister aux exigences et à la curiosité des souverains, et qui, forcée d'exposer sa situation vraie à des étrangers, n'éprouvait plus aucun scrupule à la relater également dans les règlements destinés aux comptoirs, heureuse encore si par une divulgation aussi complète de son secret, elle avait pu au moins sauver une portion de ses privilèges !

Les statuts qui en 1554 furent donnés au comptoir de Londres, mentionnent comme membres effectifs de la Ligue les villes dont les noms suivent : Lubeck, Hambourg, Rostock, Wismar, Stralsund, Lunebourg, Stettin, Anclam, Golnow, Greifswald, Colberg, Stargard, Stolpe, Rugenwald,

Cuira, Thorn, Elbing, Dantzig, Koeaigsberg, Braunsberg, Riga, Dorpat, Revel, Magdebourg, Brunswick, Goslar, Eimbeck, Goettingue, Hildesheim, Hanovre, Buxtebude, Stade, Brème, Hameln, Minden, Munster, Osnabruck, Dortmund, Soest, Hervorden, Paderborn, Lemgo, Bielefeld, Lippe, Coesfeld, Cologne, Vesel, Duisbourg, Emmerick, Warbourg, Unna, Ham, Nimègue, Zutphen, Roermunde, Àrnheim, Venloo, Harderwyk,Deventer, Zwoll, Campen, Groeningue, Stavern et Bolsward.

Une matricule de contributions, dressée en 4564, n'en comprend plus que 62, en ajoutant la ville d'Ueltzen à la liste précédente, dont elle retranche cependant les villes de Cœsfeld, de Stolpe et de Rugenwald.

Les statuts du comptoir d'Anvers de 1572, en énumèrent 64, parmi lesquelles ne figurent ni Dorpat, ni Paderborn, ni Warbourg, mais bien Ueltzeu, et deux villes du nom de Duisbourg.

L'ambassade hanséatique, qui en 1603 sollicita auprès du czar Boris Godunow le rétablissement de l'ancien comptoir, présenta à ce prince une liste des 58 villes suivantes :

Lubeck, Brème, Hambourg, Rostock, Stralsund, Wismar, Lunebourg, Stettin, Stargard, Anclam, Golnow, Greifswald, Colberg, Buxtehude, Cologne, Munster, Osnabruck, Sœst, Minden, Hervorden, Paderborn, Lemgo, Dortmund, Nimègue, Deventer, Zutphen, Zwoll, Grœningue, Vesel, Duisbourg, Rœrmund, Emmerick, Arnheim, Stavern, Campen, Bolsward, Harderwyk, Elbing, Warbourg, Venloo, Bielefeld, Unna, Ham, Lippe, Cœsfeld, Brunswick Magdebourg, Hildesheim, Goslar, Gœttingue, Eimbeck, Northeim, Hanovre, Hameln, Dantzig, Thorn, Kœnigsberg, Culm.

Une matricule de l'année suivante, comparée au document précédent, introduit de plus que lui les noms des

villes de Demmin, Rugenwald, Stolpe, Quedlinbourg, Halle, Aschersleben , Helmstadt et Ueltzen, en omettant Nimègue, Deventer, Zutphnn, Zwoll, Grœningue,Emmerick, Àrnheim, Campen, Bolsward, Harderwyk, Elbing, Unna, Cœsfeld et Kœnigsberg, ce qui laisse à 52 le nombre des villes faisant, à la date indiquée, partie intégrante de la ligue Hanséatique.

Tous ces renseignements authentiques , chronologiquement disposés, accusent eux-mêmes, comme on voit, une décroissance progressive dans les éléments constitutifs de la Hanse, et cette décroissance officielle paraîtrait plus considérable encore si la confédération n'avait voulu imposer par le grand nombre aux princes avec qui elle traitait, ou raffermir certains de ses membres indécis eux-mêmes par le spectacle de la prétendue fidélité des autres, ou réserver, par bienveillance, tous les droits futurs, qui dans l'avenir pourraient s'attacher à la Ligue, à celles des villes que leur situation avait forcées soit à rompre définitivement avec la communauté, soit à ne lui plus faire que les sacrifices les plus insignifiants. m

Bien qu'il existât encore, au commencement de cette dernière période, des membres effectifs et des membres médiats, ces nuances finirent par s'effacer, quand la plupart des membres effectifs eux-mêmes, trouvant désormais plus de charges que d'avantages dans la Ligue, s'en séparèrent pour chercher dans leur indépendance ou dans leur soumission à quelque protecteur puissant de plus grands succès commerciaux, rompant de la sorte le seul lien qui unissait à la confédération les villes subordonnées.

Enfin, une cause de l'incertitude et de la variation dans le nombre des alliés, tenait aux exclusions accidentelles qui pouvaient être prononcées contre des villes rebelles, et à la réintégration qui pouvait les suivre après un intervalle

plus ou moins long, sur la prière des excommuniés; mais ces demandes en grâce étaient en tout cas de beaucoup moins nombreuses que les retraites spontanées et persévérantes déterminées non-seulement par l'impuissance personnelle des associés, mais encore par la formation de la république des Provinces-Unies, par les luttes de la Russie et de la Suède à propos de la Pologne et de la Livonie, et par les progrès de Ja Suède, et notamment de son roi Gustave-Adolphe, en Prusse et au sein de l'Allemagne.

L'amoindrissement graduel de la Ligue provoqua à plusieurs reprises, dans le conciliabule de ses représentants, l'étrange et funèbre question de savoir si la confédération devait en définitive être maintenue, et qui en ferait désormais partie?

Enfin, après bien des discussions qui se placent à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle, et qui s'inspirèrent légitimement du souvenir des vaillants ancêtres comme aussi des devoirs à remplir envers les futures générations, on aboutit aux résultats que nous avons déjà fait connaître à l'occasion des finances hanséatiques, et qui consistaient d'une part en ce que les chefs-lieux des cercles, et notamment les villes de Brunswick et de Cologne, qui présidaient aux circonscriptions les plus appauvries, furent chargés de décider leurs administrés les moins opulents à consentir une contribution annuelle des plus modiques, qui ne serait pas élevée pendant un laps de dix ni même un plus grand nombre d'années, et qui leur ferait partager tous les avantages dont jouissait l'association, sans leur donner cependant le droit de prendre part aux délibérations communes; d'autre part en ce que quatorze communes, à savoir, Lubeck, Dantzig, Brunswick, Cologne, Brème, Rostock, Wismar, Hambourg, Stralsund, Lunebourg, Stettin, Greifswald, Hildesheim et Magdebourg, se

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soumirent à une contribution variable selon les circonstances, et devinrent ainsi, au commencement du dix-septième siècle, les véritables et uniques membres de la Ligue, aux assemblées de laquelle elles seules étaient désormais autorisées à paraître.

Mais l'union ne se maintint pas longtemps parmi ces dernières, et les règlements de comptes nous en ont montré plusieurs qui avaient cessé de remplir leurs engagements.

Dix villes seulement, sur les quatorze en questibn, prirent part à l'alliance qui,, vers cette époque, fut conclue avec les Provinces-Unies, et six seulement d'entre elles, à savoir, Lubeck, Brème, Lunebourg, Magdebourg, Brunswick et Hambourg, se liguèrent plus étroitement ensemble pour porter du secours à la ville de Brunswick, menacée par son maître, et voilà quel fut désormais le sort de la Hanse, de fournir, en se décomposant, les éléments de ligues secondaires, lesquelles ne tardaient pas elles-mêmes à se dissoudre.

Tout ce que la Ligue principale ou les confédérations particulières purent faire durant la guerre de trente ans en faveur de leurs adhérents en danger, se réduisait à des conseils, et tout au plus à des interventions écrites ou orales auprès des oppresseurs, sans qu'elles pussent jamais procurer un secours véritablement efficace.

Il est vrai que, pour remédier autant que possible aux infirmités de la Ligue, le docteur Steinwich, qui était en ce temps syndic hanséatique, et qui constatait avec douleur les embarras inextricables résultant de l'absence de troupes permanentes, d'un fonds de réserve et d'une autorité stable pouvant suppléer par elle-même aux résolutions si lentes des assemblées générales de plus en plus délaissées, proposa, en 1620, l'installation d'un consilium perpetuum miUtis et

ceraru, sorte de commission militaire et de finances, qui eût peut-être été appelée à rendre d'excellents services, si cette lenteur, dont elle devait précisément pallier les effets funestes, et si tant d'autres vices inhérents à la Hanse ne se fussent opposés à sa formation.

La Ligue conserva un semblant d'existence jusque vers les années 1628 et 1629; mais quand alors le flot de la soldatesque vint s'étendre également sur la basse Allemagne et engloutir toutes les libertés urbaines, cette vie, déjà si factice, s'éteignit complètement, les villes eurent assez à faire de pourvoir chacune à son propre salut, les diètes générales furent interrompues, et les cités de Lubeck, Brème et Hambourg reçurent le mandat de veiller, au nom de tous, sur les intérêts hanséatiques , pour autant que de semblables intérêts pourraient encore désormais se trouver en jeu.

Ces trois communes, qui en 1630 et 1641 fusionnèrent plus intimement leurs intérêts par des pactes d'alliance, et qui érigèrent comme une Hanse nouvelle sur les ruines de l'ancienne, s'appliquèrent avec un succès médiocre, contrarié encore par les divisions qui éclatèrent même entre elles, à arracher le plus de débris possible au naufrage de la Ligue, dont elles conservèrent même un peu ambitieusement le nom, en attendant qu'avec le rétablissement de la paix elles pussent la rétablir elle-même sur ses bases antiques.

Car ce fol et téméraire espoir, assez familier d'ailleurs aux incurables, ne les quitta pas jusqu'au moment où cette paix si ardemment désirée, et qui inaugura un état de choses si incompatible avec leurs tendances commerciales, leur en démontra la vanité d'une façon certaine.

Depuis la conclusion du traité de Westphalie, des tentatives, demeurées complètement infructueuses, furent faites

en 1651, 1662 et 1668 pour organiser au moins un congrès; et ce n'est qu'en 1669 que la réunion se trouva assez nombreuse pour pouvoir être qualifiée de diète hanséatique ; mais ce fut la dernière. On y vit figurer par leurs propres représentants les cités de Lubeck, Brème, Hambourg, Brunswick, Dantzig et Cologne; les villes de Minden, Rostock, Osnabruck avaient chargé les députés lubeckois de leurs intérêts; d'autres villes, telles que Wismar, Stralsund et Dortmund, firent motiver leur absence par leur asservissement, et firent connaître qu'elles ne sauraient plus participer aux dépenses que pour la moitié de leur ancienne contribution, ni concourir à l'œuvre commune qu'en ce qui concernerait le commerce.

Les discussions ne manquèrent pas d'animation, mais elles n'aboutirent à aucun résultat sérieux, parce qu'elles étaient soulevées par des vues trop différentes; on tomba, il est vrai, d'accord qu'on s'en tiendrait au pacte fédéral de 1604, qui fut même renouvelé; mais comme c'était là une alliance assez relâchée, diverses villes, telles que Brème et Hambourg proposèrent de la resserrer par les principes qui avaient servi de fondement à l'alliance plus intime de 1641, et d'inviter aussi les villes impériales de la haute Allemagne à en faire partie; mais trop d'intimité, c'est-à-dire trop d'obligations réciproques ne semblèrent pas convenir au grand nombre, où figurait même à présent Lubeck; et quant aux négociations qui furent entamées par l'intermédiaire de Hambourg avec les villes du midi, parmi lesquelles Strasbourg, Francfort-su r-Mein et Nuremberg semblaient animés des meilleures dispositions, elles vinrent forcément échouer contre l'issue de cette diète, durant laquelle la ville de Lubeck fit également de vains efforts pour faire admettre ses titres de créance contre la Ligue, mais réussit cependant à faire conférer la dignité du syndicat hanséatique au

docteur Brauer, un des membres de sa propre régence.

Dignité bien éphémère! véritable sinécure! caria vieille Ligue, depuis longtemps à l'agonie, ne devait pas sortir vivante de ce congrès; au bout de dix-huit séances, il se produisit en effet sur tous les points des dissentiments tels, que la ville de Lubeck pensa qu'il n'y avait pas lieu de rédiger un recez; et si l'opinion contraire prévalut comme plus conforme aux anciennes habitudes, l'acte qui fut dressé ne constata cependant qu'un fait, c'est que l'assemblée n'avait pu s'entendre sur rien.

Ce fut là l'acte final, l'acte de décès de la Ligue. %

Notre travail, qui n'est pas une œuvre d'outre-tombe, s'arrête donc ici, et nous ne pouvons mieux le terminer que par les paroles de Sartorius, l'historien intrépide et profond à la mémoire illustre duquel nous sommes heureux de payer un hommage public de reconnaissance pour les services que son ouvrage nous a rendus dans la tâche laborieuse que nous avions entreprise.

a Les éléments constitutifs de la Ligue, dit-il, s'étaient réunis dans le silence, et c'est aussi sans bruit qu'elle se décomposa. Personne ne pouvait s'étonner de cette fin, qui depuis longtemps devait être dans les prévisions de tout homme intelligent.

« De même que l'ami, voyant son ami se débattre vainement contre les étreintes de la mort, lui souhaite une douce et prompte délivrance, de même tous ceux qui portaient de l'intérêt à la Ligue et prenaient souci de son honneur, devaient souhaiter pour elle une issue semblable.

« Tout secours était devenu inutile, car une impuissance générale pesait d'un poids de plomb sur l'ensemble. »

Moins pressée que la justice humaine, l'histoire, qui est comme la justice de Dieu, attend, pour juger l'individu, que son heure suprême ait sonné, que sa vie se présente à elle avec le cortège complet des actes qu'elle a accomplis, des ' épreuves qu'elle a traversées, des tendances qui l'ont animée, en la sanctifiant ou en la souillant.

Avec cette précaution même, l'historien honnête homme est encore sujet à mille méprises, que la Providence seule relève !

En effet, que d'existences brisées dans leur carrière, que de caractères défigurés par les événements, que de vertus cachées, que de crimes commis dans l'ombre, que de masques de fer ! Mais sans cette précaution, les erreurs s'entassent et l'histoire descend de son trône immobile, pour entrer dans l'arène mouvante du journalisme, où les nouvelles du lendemain viennent si souvent démentir celles de la veille !

Les peuples et les associations , qui sont des agglomérations d'individus, méritent bien les mêmes égards que ceux-ci , exigent même plus de réserve et de prudence, à cause de la multiplicité des forces et des rapports en jeu, et semblent prendre plaisir à déjouer les prévisions des prophètes qui s'emparent de leurs destinées ! C'est qu'il est plus facile de faire de la statistique, de procéder au dénombrement des citoyens dans un pays, ou d'en mesurer

l'étendue géographique, que d'en prévoir et d'en dévoiler le mystérieux avenir.

Qui se serait attendu, à ce que du fond de la mer la plus reculée d'Europe, l'association des villes vendes, devenue la ligue Hanséatique, étendrait un jour sa domination sur le Nord tout entier, tant il est vrai que les germes de future grandeur, qui sommeillent dans des personnalités ou nationalités infimes, restent invisibles aux yeux de l'observateur, jusqu'au moment où ils se développent sous la main de Dieu et l'incubation des événements.

Mais, après avoir brillé d'un vif éclat pendant quelques siècles, cette confédération justifia les judicieuses paroles inspirées à Montesquieu par la chute de Garthage : « Les puissances établies parle commerce peuvent subsister longtemps dans leur médiocrité ; mais leur grandeur est de peu de durée. Elles s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive , car elles ne font aucun acte particulier qui fasse du bruit et signale leur puissance ; mais lorsque la chose est venue au point qu'on ne peut plus s'empêcher de la voir, chacun cherche à priver cette nation d'un avantage qu'elle n'a pris, pour ainsi dire, que par surprise. »

La Ligue subit donc la destinée commune, en laissant toutefois un grand nom et de grands souvenirs, et après avoir exercé sur la marche générale du commerce européen une influence décisive, dont nous pouvons à présent, grâce à la distance qui nous sépare des Hanséates, et dont nous voulons aussi, pour donner également sur ce point satisfaction à notre programme, résumer ici les caractères généraux déjà indiqués, quoique sans liaison, dans le cours de ce travail.

Cependant, de même que l'homme de l'art ou le proche parent, méditant au chevet d'un trépassé, ne cessent de songer aux moyens qui eussent pu lui sauver la vie, de

même aussi nous pouvons au préalable nous demander si la Ligue était irrévocablement vouée à la mort, et si, les circonstances aidant, elle n'eût pu longtemps encore s'y soustraire? Or, si l'on se rappelle l'alliance qui au commencement du dix-septième siècle la rapprocha momentanément des Provinces-Unies, on peut déplorer que cette intimité, dissoute par l'égoïsme, ne se soit prolongée davantage; car il y avait en elle pour la Ligue un élément de régénération, et sans compter qu'elle eût pu peut-être lui épargner les désastres de la guerre de trente ans, elle l'eût associée aussi aux gigantesques entreprises des Hollandais dans les continents récemment découverts, elle l'eût arrachée au vieux monde et à une routine usée, elle l'eût rajeunie, vivifiée, et rendue propre à une existence nouvelle.

Une autre alliance, celle de la Ligue avec les villes libres de l'empire germanique, eût pu aussi ajourner l'orage, ajourner la déroute, consolider l'œuvre et même la perpétuer, en y intéressant la partie vitale d'une grande nation; malheureusement les négociations entreprises à ce sujet furent tardives, et l'issue lamentable de la diète hanséatique de 1669 enleva tout espoir de les voir jamais aboutir; car n'y ayant plus de Hanse, il ne pouvait plus être question de lui trouver des associés.

La fortune chancelante de la Ligue eût pu être raffermie aussi par les empereurs, si leur protection n'avait pas paru trop dangereuse, si leur autorité n'avait pas été crainte à l'égal de la tyrannie, s'ils avaient mieux reconnu l'importance de cette confédération, et avaient eu la force, le patriotisme et les sympathies nécessaires pour la conduire à ses grandes destinées.

Quel cœur véritablement allemand n'aura pas répondu par un soupir au cri de regret jeté autrefdis par Justin Môser et répercuté jusque dans l'enceinte des conférences

ministérielles ouvertes en 1850 dans la ville de Dresde : « Que si, dans les moments critiques, l'empire d'Allemagne était venu au secours de la Hanse, pour la soutenir et la conserver, ce ne serait pas lord Clive, mais bien un général j allemand qui commanderait sur les rives du Gange ! »

Mais enfin, toutes ces interventions, tous ces secours étrangers n'eussent-ils pas été même superflus si la Ligue, consciente de ses propres forces, eût su les organiser, les réunir en un faisceau , bannir de son sein la discorde et la jalousie qui divisent et affaiblissent , introduire une plus grande bonne foi dans ses transactions, tempérer la dureté de son régime et modifier selon les temps son système mercantile ?

Cependant ce sont là autant de vœux et de regrets stériles qui ne peuvent faire revivre la Hanse ni soustraire ses contemplateurs à la nécessité d'en prononcer l'oraison funèbre , d'examiner brièvement les traces qu'elle a laissées de son passage, et si la somme du bien qu'elle a pu faire, l'emportant sur la somme du mal , lui mérite l'bonneur d'être arrachée à l'oubli, plus humiliant que le trépas.

Or, pour bien apprécier l'action exercée par la ligue Hanséatique sur le commerce européen en général, il suffit de rapprocher les époques extrêmes de son existence et de comparer l'Europe de ses débuts avec l'Europe de son déclin. La Ligue fit son apparition dans l'histoire à une époque de barbarie, de violence, de fanatisme religieux, d'esclavage civil et politique, de ténèbres profondes, desquelles les mots de liberté, science économique, industrie, ne semblaient pas encore vouloir se dégager de sitôt. La mer et la terre regorgeaient de spoliateurs; les étrangers, que les peuples civilisés et industrieux de tous les temps ont accueillis avec joie, étaient mis hors la loi et abreuvés de déboires ; de droit et de justice, pas une notion ; d'arts, de science, de

navigation, de manufactures, à peine un vestige ; le bruit des armes dominait tout, et les boucliers des hommes de guerre semblaient devoir intercepter la civilisation non moius que les traits ennemis. Aux Hanséates et aux Italiens était réservé l'honneur de dissiper toutes ces ténèbres dans leur sphère d'action respective et de hâter des progrès qui ont changé la face de notre hémisphère, sans faire jouer d'autre ressort que leur activité commerciale. C'est que le commerce à lui seul opère comme par enchantement de véritables miracles; il met en contact des civilisations extrêmes et les éclaire les unes par les autres; il élargit les idées et les connaissances; il rapproche des nations que la politique sépare, travaille à l'œuvre de la paix universelle pour ne laisser subsister qu'une guerre à mort contre les ennemis de tout le genre humain, modifie les sentiments à l'égard des étrangers, abolit des usages iniques, tels que le droit d'aubaine ou le droit de naufrage, creuse des canaux, crée les grandes routes, améliore l'art nautique et toutes les voies de communication , abaisse ainsi le prix des marchandises plus facilement transportables et fait rentrer en même temps dans l'ombre les malfaiteurs que le grand jour et que la surveillance épouvantent; met en jeu toutes les forces vives des nations, y pousse les habitants, par les débouchés qu'il leur offre, au développement de leurs aptitudes et de toutes les industries les mieux appropriées à leur génie ou à leurs richesses naturelles; les porte aussi à la culture des arts et des sciences, si intimement liés par leurs applications à l'or dxe matériel ; leur rend en aisance ce qu'elles dépensent en activité et les conduit par le bienêtre à la liberté, à l'indépendance, à toutes les conquêtes de la civilisation.

Si donc, en prenant l'initiative des entreprises commerciales, les Hanséates ont répandu tous ces trésors sur une

grande partie de l'ancien continent, peut-on, sans injustice, leur refuser les hommages dus aux bienfaiteurs du genre humain ? peut-on marchander la reconnaissance à ceux qui ont rapproché politiquement et commercialement les deux extrémités de l'Europe; qui ont concouru à la constitution de la famille européenne, dans laquelle ils ont puissamment aidé à faire entrer cet immense empire de Russie; qui ont rendu aux relations du commerce la sécurité qui leur est indispensable, en dispersant, au prix d'efforts soutenus et des plus grands sacrifices,' les écumeurs de mer et les malfaiteurs de la terre ferme; qui semèrent partout sur leur passage leurs doctrines républicaines, instigatrices et protectrices de tous les efforts humains; qui, tout en voulant se réserver le monopole du commerce, imprimèrent en tout lieu le plus puissant élan à l'agriculture et à toutes les transformations de la matière première ; qui ont fait tomber la plupart des barrières établies en haine des étrangers et fait cesser les abus dont ces derniers étaient victimes; qui ont fourni des modèles de législation commerciale et maritime à toutes les nations modernes, y compris la France; qui ont entouré le droit des neutres du respect qui lui est dû; qui n'ont cessé de revendiquer, au moins à leur profit, la plus grande liberté commerciale; qui, par l'organe de leur hôte temporaire, Grotius, ont proclamé la liberté des mers; qui ont créé le système des pêcheries modernes du hareng et de la baleine, réalisé des progrès dans l'art de la navigation et donné au monde des savants, tels que Nicolas Copernic l'astronome, Philippe Cluvier le géographe, et Othon de Guéricke le physicien; qui, par le mouvement et l'animation qu'ilsprovoquèrent,ne peuvent être même considérés comme étrangers à la découverte des nouveaux continents, amenée par l'initiative du Portugal, où ils avaient fondé un établissement florissant, et qui enfin, si l'on veut être équitable à

leur égard, doivent être mis au nombre des fondateurs de la société et de la prospérité contemporaines?

Telle étant la mission providentielle qu'ils ont remplie en Europe, prise en masse, voyons s'ils n'ont pas droit, dans la même mesure, à la gratitude particulière des diverses nations qu'ils avaient choisies pour théâtre de leur prodigieuse activité.

Ne les ont-ils pas arrachées à l'ignorance de leurs propres forces? la Ligue n'a-t-elle pas fait leur éducation commerciale ? l'initiation n'a-t-elle pas été complète au point de faire congédier le maître par ses élèves? l'Angleterre, qui ne fournissait à l'exportation originaire que de la laine brute, ne s'est-elle pas, sous l'influence hanséatique, couverte de manufactures, dont les étoffes ont pu, par leur finesse et la modération des prix, concourir bientôt avec les produits similaires des Pays-Bas? les marchands aventuriers n'ont-ils pas été au commerce de l'Angleterre ce que les manufactures ont été à son industrie? ne sont-ce pas les Hanséates qui, les premiers, ont révélé à cette île ses moyens et sa puissance? et la Russie a-t-elle eu à se plaindre de leur intervention ? ne leur doit-elle pas ses premiers progrès dans la voie de la civilisation, et ne l'ont-ils pas, les premiers, mêlée au mouvement européen, l'intéressant ainsi à un ordre de choses auquel elle semblait tout d'abord devoir être hostile? n'ont-ils pas jeté de l'éclat sur la Scanie, sur les Pays-Bas, répandu la vie à profusion, soufflé partout l'esprit démocratique et commercial, enrichi, en s'enrichissant eux-mêmes, tous les peuples qu'ils visitaient ?

Si ces résultats, qui ne peuvent être niés, appellent les bénédictions sur leurs auteurs, le moyen employé pour les obtenir, et qui n'était autre que le monopole, encourra-t-il une réprobation légitime ? Poser la question dans ces termes, c'est presque la résoudre. Les monopoles haïssables

sotit ceux qui lèsent des intérêts, qui foulent aux pieds des droits et non pas ceux qui rendent des services à tout le monde.

Jamais la fin ne justifia mieux les moyens. Qu'on se reporte aux débuts de la Ligue ! Les nations étrangères constamment en guerre, quand elles étaient rapprochées les unes des autres, songeaient peu à s'approvisionner réciproquement, et quand la distance qui les séparait était considérable ou occupée par la mer, leurs relations étaient presque impossibles, et c'est tout au plus si, à des points un peu éloignés, elles soupçonnaient leur existence respective. Les Hanséates furent donc d'une utilité incontestable, en ce que seuls ils fournissaient des débouchés aux peuples, et seuls ils satisfaisaient à leurs besoins. Le monopole dont ils usaient était bien plus l'expression naturelle de la situation que le résultat d'une victoire sanglante, laissant sur le carreau bien des morts et bien des blessés.

Et d'ailleurs, veut-on dans cette question le témoignage des prétendus opprimés eux-mêmes? Quand les Hanséates croyaient avoir à se plaindre des peuples parmi lesquels ils étaient établis, et n'obtenaient pas le redressement de leurs griefs, que faisaient-ils? Ils renonçaient volontairement à ce monopole, qu'on serait peut-être tenté de leur imputer à crime. Et les peuples affranchis de leur prétendu joug, quelle attitude prenaient-ils? Mécontents, désolés de leur délaissement, ils suppliaient ces despotes commerciaux de déposer leur rancune, et de renouer avec eux la chaîne du passé. Il faut donc bien reconnaître que le monopole de la Hanse fut utile et inoffensif ; mais nous disons de plus qu'il fut indispensable. Et en effet, pour ne parler toujours que des premiers temps, caractérisés, comme on sait bien, par la brutalité et l'intolérance vis-à-vis des pérégrins, peut-on raisonnablement admettre que ceux-ci, en butte à toutes les persécutions, aient pu fonder sur la terre étrangère

quelque chose de durable, quelque chose d'efficace, sans des institutions aussi fortes que les comptoirs, sans des privilèges aussi exorbitants que le monopole? N'est-il pas évident qu'il fallait se décider, ou à tout perdre, ou à tout absorber ? Au milieu des crises politiques, la dictature devient quelquefois le seul moyen de salut. Le monopole, c'est la dictature commerciale dans des temps de troubles commerciaux. Et de même qu'un régime absolu, oppressif, a précédé chez la plupart des peuples l'ère de la liberté, de même aussi le monopole industriel et commercial semble, dans la majeure partie des cas, avoir servi de berceau à la liberté du commerce et de l'industrie.

Nous consentons à ce qu'on reproche à la ligue Hanséatique, non pas d'avoir fondé des monopoles, mais de les avoir maintenus trop longtemps, de ne pas s'être prêtée de bonne grâce à la modification de son système mercantile, alors cependant que l'heure de la transformation fut venue, de ne pas être entrée résolûment dans la nouvelle voie, de n'avoir pas cherché à combattre ses rivaux avec des armes loyales, de n'avoir voulu jamais leur opposer que des privilèges, au lieu qu'elle eût dû s'efforcer de les vaincre sur le terrain de la concurrence libre, à force d'habileté, d'honnêteté, en puisant aux sources les plus avantageuses, en tirant parti de ses capitaux, en perfectionnant les moyens de transport, en s' attachant, en résumé, à gagner les producteurs et les consommateurs.

Oui, voilà des reproches auxquels nous nous associons volontiers, ou plutôt dont nous prenons nous-même l'initiative ; mais il ne faut pas perdre de vue en même temps que, dès que le monopole des Hanséates fut devenu vexatoire et inutile à la prospérité des nations, celles-ci y mirent bon ordre d'elles-mêmes, et que la Ligue fut la première et la seule à porter la peine de son obstination.

534 ÉpiLor.UE.

Si nous coDsidérons maintenant Faction exercée par la Hanse sur ses membres eux-mêmes, nous arrivons à reconnaître que cette influence au moins a été complètement bienfaisante et salutaire et se trouve à l'abri de toutes les attaques. Tant que la confédération fut debout, les villes alliées ne firent qu'étendre leur liberté et leur indépendance politiques, que recueillir les fruits des monopoles et privilèges obtenus à l'extérieur, que développer à côté de leur activité mercantile cette activité industrielle si bien nourrie par la prospérité du commerce, et c'est à l'aide précisément d'institutioûs et de maximes communes qu'elles parvinrent à jouer dans le monde cè rôle merveilleux qui valut aux autres le progrès et à elles-mêmes la fortune et une gloire immortelle; puis, quand la confédération eut cessé de fonctionner, ses œuvres lui survécurent même en partie; et si on put enlever aux Hanséates leurs prérogatives exorbitantes, on ne put ni leur ravir les avantages découlant de relations immémoriales et de capitaux accumulés, ni empêcher que des villes, telles que Hambourg , Brème ou Dantzig, continuassent à porter dignement jusque dans les derniers temps le nom d'anciens membres de la ligue Hanséatique.

N'est-ce pas d'ailleurs d'anciens membres de cette Ligue, n'est-ce pas des villes hollandaises, qui, grâce à l'importance par elles acquise durant leur alliance avec l'association, se trouvèrent à même de supplanter cette dernière, de recueillir son héritage, d'exercer à leur tour sur les mers cette puissance dominante, qui ne leur échappa, à vrai dire, qu'au moment où Guillaume III, stadhouder de Hollande, s'empara également des rênes du gouvernement britannique.

Gomment enfin mieux caractériser l'influence posthume de la Ligue , qu'en rappelant la place importante qui est faite depuis longtemps dans les conseils de l'empire germa-

nique aux débris commémoratifs de la Ligue et qu'en signalant l'usage, à jamais significatif, qui, en Allemagne, confond la dénomination de villes hanséatiques avec celle de villes libres?

Resterait à discuter ou plutôt à constater l'importance de la Ligue pour la patrie allemande elle-même : aux temps de son existence, elle servit de digue à l'Empire contre les envahissements du Nord et de levier au développement de toutes les ressources nationales; quand elle tomba, l'Allemagne reçut le contre-coup douloureux de sa chute et marcha elle-même, au point de vue mercantile, vers son déclin et sa déconsidération; depuis cette époque, et quoique disparue, la Ligue a toujours servi d'exemple ou de stimulant à toutes les entreprises collectives tentées ou réalisées de l'autre côté du Rhin dans la sphère commerciale; mais, dans tous les temps, elle a été l'orgueil et a fait J'illustration de ce vaste territoire dont la régénération matérielle et politique ne se fera jamais sans le concours le plus actif des anciennes villes de la Hanse teutonique.

Nous croyons en avoir assez dit pour faire connaître au moins succinctement les titres de la confédération à l'estime de l'histoire, et nous ne doutons pas que de quelques éléments qu'on voulût composer un aréopage, chargé de faire du mouvement hanséatique une appréciation équitable, la sentence rendue ne proclame ce résultat édifiant, également ambitionné par l'auteur, « qu'il a bien mérité de ses juges. »

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