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H moiidi, lîans son Histoire littéraire de l'Eu- « rope méridionale j lord HoUand, dans ses Es- « sais sur Guillen de Castro et Lope de Véga, « avaient im peu exag^éré la partialité pour « l'Espagne, ce côté du Midi moins classique (( et moins romain que l'Italie, et dans lequel (( ils croyaient pouvoir saluer avec reconnais- (( sance une liative aurore, une révélation anticf cipée de l'école nommée plus tard romanti- « que, -- ■■"''■ •■ ' ''•^■'': ■■■■'■ ' -i- .■' ■■ ■'" '■:'i <■ ■ : ■ -■■ - . î (( Aujourd'hui, dans la question proposée, il « ne s'agissait plus de lever un drapeau nova- H téur, de plaider vivemetit pour une cause M douteuse, cFévoquer Caldéron contre iiacine, « mais d'exposer un fait important dans l'îiis- (( toire de notre littérature, et pour cela, de K pénétrer et de faire comprendre toute une « littérature étrangère , non moins féconde «qu'inexplorée, et qui fut long -temps aussi (( puissante sur l'Europe que le peuple dont « elle était la forte et vive expression. -"- r
« Telle est la tàclie qui nous semble réalise sée dans l'ouvrage isuscrit sous le n° i , » etc.
Cette citation suilira sans don (e pour justiller le titre adopté par l'auteur*, iLs'agissait de
réunir sous une môme formule deux questions «llffJrcntes^ et, on le voit, l'Académie a indiqué elle-même le lien qui pouvait les rapproc'jer sans les confondre*, mais après avoir fixe le cadre, il devenait nécessaire de n'y laisser aucun vide, et d'en combiner toutes les proportions. De là, un second travail aussi long* et plus pénible que le premier; il a fallu développer quelques parties présentées sous une forme sommaire, ajouter de nouveaux termes de comparaison, les environner de preuves et subordonner tous ces détails à la ponsée g-énéraîe qui domine l'ouvrage.
L'auteur, encouragé par l'assentiment de ses juges et guidé par leurs conseils, s'est imposé une autre tâche d'une nature plus aride; pour abréger les recherches et faciliter les études, il a placé à la fin de chaque volume des notices littéraires qui se rattachent au texte par des numéros de renvoi, et à une table alphabétique ]!ar les noms des écrivains. Si cette bibliographie entièrement neuve obtient une accueil favorable, elle pourra par la suite recevoir une plus grande extension, et devenir la base d'un ouvrage spv'cial.
IfiTRODKlTION.
h lilalioiie iiptimontm similia im'fiiieiiili facnltiis paralur.
(Plin., yiist. vri-9.)
L'imitation des choses cxccl lentes ru Tait trouver de semblable';.
Toutes les littératures, en s'e'loignant de
leurs sources comme les rivières naissantes, ont
rencontre' çà et là quelque affluent ; et plus les
tributs qu'elles ont recueillis ont e'té abondans
et varies, plus ou les a vues s'élever et s étendre.
Demandera-t-on quelles sont celles qui ont le plus donne' ou reçu en descendant le cours des âges ? ce serait exiger un compte inutile : recevoir et donner est pour toutes une condition ne'cessaire. Il faut que tout ce qui est au service de l'intelligence humaine se prêle assistance , comme les hommes entre eux ; cette obligation de concours est la loi même du progrès. La pense'e, d'ailleurs, n'est pas d'un pays plus que d'un autre : reine de la cre'alion, sa mission éternelle est de circuler dans 1 immensité de son empire, sans s'arrêter devant aucune barrière ; elle doit passer par toutes les langues, et ne s'enchaîner à aucune. La littérature la plus indigente serait celle qui , se dérobant à un ordre de succession venu de si haut et de si loin, prétendrait se suffire à elle-même ; mais un isolement absolu n'est pas moins impossible qu'un développement spontané. On pourra trouver, dans quelque solitude de l'Océan, des langues sauvages et nues comme les peuplades qui les parlent ; on n'y trouvera rien qui ressemble à une littérature.
De là deux conséquences à tirer : la première, qu'il serait insensé de vouloir parquer les esprits, puisque l'instinct de leur nature est d'en-
trcr incessamment en communication , de se chercher, de se rapprocher, de s'unir.
La seconde, que tout peuple qui aspire à conserver son caractère original et sa physionomie native, doit être attentif au choix de ses alHances. Il ne suffît pas d'accepter avec discernement de nouveaux modèles; il faut encore les imiter avec re'serve, avec goût, avec art.
Lien naturel de toutes les traditions de l'intelligence, l'imitation est l'instrument d'un travail de reproduction, qui ne cesse pas une seule heure, et qu'il est toujours ne'cessaire de surveiller. Selon la direction donne'e, elle rege'nère ou elle e'nerve , elle féconde ou elle appauvrit; c'est l'inspiration ou le plagiat, la conquête ou la servitude, la vie ou la mort : voilà pourquoi il est indispensable d en coiniaître tous les avantages, comme d'en savoir tous les dangers.
En nous tournant vers l'histoire, qui seule peut nous initier aux mouvemens les plus secrets de l'esprit humain, fe'licilons-nous de n'avoir pas à porter nos investigations sur 1 antiquité' ; les cendres refroidies de cette Pompei'a ont été tant de fois explore'es, que nos mains les remueraient inutilement. Quel monument n'a-t-on pas interroge' depuis que le monde a
laisse mourir ses vieux idiomes? Quelle ruine, quelle tombe i)'a-t-on pas essaye' de faire parler? La patience de l'analyse s'est re'unie à la sagacité' de l'induction pour établir, par la décomposition des mots, les migrations successives des ide'es; on s'est efforcé de refaire, anneau par anneau, cette chaîne merveilleuse qui a couru à travers les espaces et les temps, et par laquelle le feu des arts nous a été transmis de génération en génération , ou plutôt de chefd'œuvre en chef-d'œuvre ; la critique, devenue une science comme la philologie, et une science profonde, sans cesser d'être la lumière des lettres, ne s'est arrêtée aux bornes d'aucun horizon : chercheuse infatigable , elle a tout saisi , tout comparé, et chaque jour encore sa puissante attraction fait sortir des clartés nouvelles du génie le plus lointain.
Les faits et les temps , objets de l'étude que nous allons entreprendre, sont voisins de nous; on nous a montré du doigt deux littératures modernes ; et c'est de leur apogée, comme d'un point culminant, que notre regard doit embrasser toute l'action de ces influences intellectuelles, dont l'examen intéresse au même degré les destinées de l'art et de la civihsation. .
Et n'est-ce rien de'jà que cette tendance des travaux litte'raires? N'y a-l-il pas quelque promesse , quelque certitude de succès dans cette impulsion des esprits vers les observations sérieuses et positives? Disons-le avec franchise : le culte exclusif des litte'ratures anciennes nous a de'tourne's trop long-temps de 1 étude des langues modernes. Justement e'pris de l'antiquité, avides de lentendre , jaloux de la contempler sans voile, nous ne pensions pas que le sacrifice de nos jeunes années payât trop chèrement le privilège de la voir face à face et de nous instruire à son école, sans l'importun secours d'un interprète. Les langues modernes ne frappaient nos oreilles que par aventure ; nous ne les rencontrions qu en voyageant, et le goût des voyages s'accordait peu avec nos habitudes ; de rares traductions, faites au hasard dans des bibliothèques exploitées avec caprice, ne nous transmettaient que des pages dénaturées. Si l'on peut, en effet, copier un objet d'art, un tableau, une statue, une gravure, c'est que l'airain, le marbre , la toile n'exigent aucune transmutation ; la similitude de la matière se prête à une complète similitude de lœuvre ; mais les créations du génie littéraire n admettent que la ressem-
-as?-
blance ëioiguëe des analogies. Comment exprimer sans quelque altération ce que l'on n'a pas pense', et ce que souvent même on peut à peine sentir? Il n'est possible à qui que ce soit de transposer d'une langue dans une autre la couleur, le mouvement, l'hannonie du style, encore moins cette expression locale, celle teinte personnelle qui est comme l'accent de la pense'e.
Aussi, depuis le roi Jean et son fils Charles V, qui, pour mettre en honneur la sapience des clercs, ont commence' à faire traduire l'antiquité', quelle longue protestation dans toutes nos e'coles! Aux Philippe de Vitry, aux Pierre Bercheur, aux Nicolas d'Oresme succèdent des milliers de traducteurs dont les noms sont bientôt efface's par d'autres noms. Qui dira ce qu'un seul original a de'vorë de copies? Autour de chaque modèle s'e'lève, en pyramide fune'raire, un amas d'ébauches sans cesse retouchées, corrige'es, rajeunies, et toujours promptes à vieillir. On n'entend que la voix des ërudils qui s'ëcrient, du haut des chaires : « Ne vous arrêtez pas devant ces copies menteuses ; poussez plus loin ; allez aux modèles. » C'est le sentiment gënëral de celte vëritë qui a fini par rendre classique l'ëlude des langues qu'on ne parle plus ; on de-
vait donc, tôt ou tard, se pénétrer aussi de la ne'cessite' de supple'er à limpuissance de la traduction pour les langues que l'on parle encore. Là, un simple rapprochement en dit plus qu'un commentaire ; les contre-ëpreuves sont sous nos yeux ; et en regard d'une nature refroidie par la mort, elles nous montrent l'animation de la vie : mais si tous les esprits se laissent aisément convaincre , lorsqu'une de'monstration pareille les éclaire, il n'en est que bien peu qui fassent effort sur eux-mêmes pour suivre la route qu'on leur indique. Selon lèvent qui a souffle' du dehors , une vogue subite a propagé tour à tour parmi nous l'italien, l'espagnol, l'anglais, l'allemand. Par malheur, celte mode a passe' comme toutes les autres ; elle a traverse rapidement le monde des salons, et s'est e'teinte çà et là dans quelques cabinets studieux ; les écoles n'en ont pas profité; les fils sont venus s'asseoir sur les bancs où s'étaient assis leurs pères, pour voir les mêmes figures , pour entendre les mêmes voix, sans un livre de moins, sans une leçon de plus. Ij'honneur d'élargir le cercle des études, par l'adoption des langues modernes, était réservé à la France du dix-neuvième siècle. Voyageuse et conquérante , ce n'est pas en vain qu'elle a
tout vu et tout remue : me'ditant tour à tour, dans les haltes de ses arme'es, sur les ruines de l'ancien inonde et sur les tombes du nouveau, elle a senti qu'une seconde antiquité', noble e'mule de la première, avait pris rang dans l'histoire des lettres, et devait avoir place dans l'e'ducatîon des esprits; l'e'tude des langues a e'té se'rleusement introduite dans l'enseignement public.
Quelques anne'es encore, et les cle's de toutes lesportes qui ouvrentsurnosfrontières seront entre nos mains : le temps est donc veim de re'gler l'usage de ces sources vives, où l'on puise de'jà de toutes parts avec tant d'ardeur ; il faut apprendre à en conduire les eaux dans les sillons de notre lilte'rature, comme au milieu de ces plantes de'licates que le cultivateur arrose et n'inonde pas.
Telle a été la pensée de l'Académie ; elle a choisi un exemple dans lequel tous les autres peuvent se résumer :
Déterminer l injluence de la littérature espagnole sur la littérature française au comwtencenient du dix-septieme siècle, ce n'est pas seulement mettre en parallèle les plus belles pages de ces deux littératures éminentes, c'est indiquer leurs liens intimes, leurs affmités secrètes, les conditions de leurs rapports , et montrer,
'^ 9 -^^ dans le jeu d'une re'action mutuelle , l'effet de l'imitation bien ou mal entendue. Les bons et les mauvais modèles se touchent, les époques sont contemporaines, les pays limitrophes; le soleil de l'Espagne n'a rien vu déplus brillant que le seizième siècle ; l'astre de la France n'a éclaire' aucune grandeur qui ait surpasse celle du dixseptième : à la fortune des enfans de Charles- Quint succède la fortune de LouisXIV. Eh bien ! au point de jonction de ces deux siècles immortels, lorsque la litte'rature espagnole, se pre'cipitant des hauteurs qu'elle occupa la première, fit invasion en France avec la force et le bruit d'un torrent, que s'est-il passe'? N'a-t-elle pas commence par tout déborder et tout confondre ? En racontant les pe'rils de notre nationalité' litte'raire, nous aurons donc à signaler à la reconnaissance publique ces esprits ine'branlables, ces talens incorruptibles qui nous ont servi de digues, et qui ont su féconder notre litte'rature en utilisant jusqu'au limon de'pose' sur ses rives. Notre tâche ne s'arrêtera point là : l'influence dont nous devons appre'cier l'action principale, s'est manifeste'e long-temps avant le dix-septième siècle, et s'est fait sentir long-temps après; elle a eu , comme on le verra , des mouvemens
îrre'guliers et des retours inattendus : on serait donc expose' à ne signaler que les effets sans les causes, ou les causes sans les effets, si l'on ne s'attachait pas à suivre et à de'mêler tous ces fils qui se nouent et se dénouent, se resserrent ou se détendent d'une extrémité h l'autre de l'Europe. L'Acade'mie , loin d'assigner h nos excursions une limite rigoureuse, nous a prescrit de rechercher, en gênerai , par quel art et par quelles heureuses circonstances notre littérature, à diverses époques, a su profiter du commerce des littératures étrangères , en maintenant son caractère original.
La carrière est vaste , trop vaste peut-être , et nous craindrions de nous égarer, si l'on n'avait pris soin de jalonner la route et de marquer le but. Vers quelque re'eion que nos pas se dirigent, ils ne s'e'loigneront de la France que pour y revenir ; nous n'irons recueillir les exemples e'trangers que pour les ranger sous les principes nationaux , et pour en tirer une application qui nous soit utile. Fidèles enfin à l'épigraphe que nous avons inscrite en tête de ce livre, nous demanderons à tous les modèles de prêter l'appui de leur autorité à cet art d'imiter qui apprend l'art de créer au génie même.
PRliliRE PARTIE.
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