‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés relativement aux principes des connaissances humainesChapitre 18 sur 25 · RÉPONSE DE LA DÉESSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE LA DÉESSE

« Me voici ; la nature , mère de toutes choses , sou- » veraine de tous les élémens , l'origine des siècles, la » première des divinités , la reine des mânes, la plus >) ancienne habitante des cieux , l'image uniforme des >) dieux et des déesses. Les voûtes éclatantes du ciel, »> les vents salutaires de la mer, et le déplorable silence » des enfers reconnaissent mon pouvoir absolu. Je » suis la seule divinité révérée dans Punivers , sous » plusieurs formes , avec diverses cérémonies et soUs » différens noms, etc. »

Ailleurs ( Métamorphoses , liv. ii , page 226 ) Apulée nomme la nature la mère commune , l'unité multiforme. [Ibid. , liv. li , page ^Sg. )

Apulée vivait au second siècle de l'ère chrétienne, et la vivacité connue de son imagination l'a fait ranger parmi les poètes plus encore que parrAi les philosophes. Cependant il appartenait aussi îi ces der-

niers ; il était platonicien , et il s'était fait initier dans tous les mystères ; son témofgnage n'est donc pas sans quelque prix pour l'intelligence de l'esp.it qui dominait dans les doctrines secrètes que ces mystères avaient pour but de transmettre.

(L) Nous pensons qu'on lira ici avec quelque intérêt le résumé que le savant Creuzer , dans la 2^ édition de sa Symbolique et mythologie des anciens peuple. qui vient d'être publiée , donne de l'opinion qu'il s'est iormée de l'essence des mystères des Grecs, après les recherches les plus complètes peut-être que nous ayons sur celte matière. Voici comment il s'exprime : .. Quel » était le sujet des grands mystères? Ce n'était point » unemétaphysique; c'était moins encore un ensei- « gnement borné aux simples arts économiques. Il » embrassait d'ailleurs beaucoup de choses. A Athènes, >• c'étaient les thesmophories, ces fêtes antiques et mys- >. térieuses ; c'était l'enseignement de la loi de Cérès. » Ainsi , de même que la loi donnée sur le mont Sinaï » est immédiatement liée à l'Exode , comme l'histoire » entière du peuple élu et de ses patriarches, en remon- » tant jusqu'à la création, était annexée au décalogue , .. de même l'Athénien , dans ses mystères à Eleusis \ :> avait d'abord son décalogue, car c'est le nom que je

» donneauxdécretsdeTriptolème; il avait son Exode, » son Lévitique , et surtout sa Genèse. Dans ces tra- '• ditioas emblématiques des temps antérieurs que les '« scènes des mystères exprimaient sous une forme seu- » sible, étaient représentés les grands êtres qui prési- » dent au monde, procédant à l'œuvre de leurs créa-

» lions. Le Demiourgos avec le soleil et la lune, avec

» Hermès , ou la parole de la Sagesse revêtue d'un

» corps ; Cérès , telle qu'elle vient, telle qu'elle passe ,

» en état d'anéantissement et accomplissant la purifi-

" cation de Démophoon ; ensuite les voyages des

» âmes , leurs épreuves , les enfers avec Pluton et Pro-

» serpine ; enfin Triplolème , Jason, Androgée , Thésée

» et tous les grands princes , les créateurs de l'agricul-

» ture et des plantations dans l'Attique. Les uns ap-

» portant de l'étranger les semences du grain et les

» leçons de la sagesse , les autres portant à leur tour ,

« chez les peuples étrangers , les bienfaits de leur pa-

» trie. De ces images et de ces scènes on lirait, dans

« les grands mystères, la matière des instructions dont

» se nourrissaient les plus parfaits initiés, on gravait

« dans le cœur des Epoptes les hautes vérités d'un Dieu

» unique et éternel , de la destination de l'univers et de

« celle de l'homme. Dans un passage de son panégy-

>i rique ( passage d'une haute importance et que Creu-

» zer a cité plus haut), Isocrale indique l'agriculture

» et les mystères comme les deux plus grands dons

« que l'Attique ait reçus des dieux; Isocrale ajoute

>» que ceux qui participaient à ces mystères obtenaient

« les plus douces espérances , non-seulement pour la

» fin de la vie, mais aussi pour les temps éternels.

» Nous pouvons supposer, d'après ce témoignage,

>> lors même qu'il ne serait pas confirmé par les

y> chants sacrés , que dans les mystères atlique» on ex-

» primait la doctrine de la palingénésie et de l'ini-

>. mortalité de l'âme , et qu'on la représentait sous des

» emblèmes empruntés par la transformation àcs^

» semences. Cet emblème est si bien tiré du sujet, qu'il » atteint les vérités naturelles que nous retrouvons » dans presque toutes les religions. Saint Jean ne l'a » point dédaigné dans l'Evangile ; il est employé aussi )• dans le livre de prières des Persans que nous avons » déjà trouvé si souvent en accord avec les hymnes des »» mystères deCérès. [Z endai^esla, tomell , pag. ^ii.) » Les deux hymnes orphiques adressés à Cérès Eleu- » sine et à Proserpine sont entièrement conformes à » l'esprit et au ton de ces religions attiques , quelle que » soit d'ailleurs la date plus ou moins éloignée que l'on »> veuille assigner à leur origine. (Ici le savant auteur » rapporte en entier le texte de ces deux hymnes.) » (SymbolikundmythologLck^ etc., tome IV, pag- 5i8.)

Page 1