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162 HIST. GOMP. DES SYST. P£ PHXi.

Genovesi a fondé la logique sur la psychologie, La première fonction qu'il assigne à Fart de penser est de guérir l'entendement de ses maladies^ et c'est pourquoi la première partie de sa Logique est une sorte de médecine intellectuelle {èmendatrice)^ Ce sujet, si épuisé en apparence, se rajeunit encore entre ses mains ; il distingue quatre espèces d'ignorance : manque de notioiis» ne pas savoir les comparer ou les rapporter è^ leurs objets, ou connaître leurs rapports avec leurs fins, Il distingue également quatre sortes d'erreurs : dans les idées premières, dans l^s jugements, dans les discours, dans les méthodes. Il assigne aux erreurs trois ordres de causes^ : dans l'esprit lui-même, dans les corps, et hors de nous. Les erreurs qui naissent de la parole forment une quatrième classe, qui lui a fourni l'occasieaî de réflexions ingénieuses sur les révolutions que subit la signification des mots dans les langues et sur les doutes qui peuvent en naître relativement à l'interprétation des auteurs, comme relativement au vrai sens des traditions de l'antiquité (1).

Genovesi a consacré un livre entier aux idées et à leurs signes. Sa définition de l'idée est assez vague : «L'idée, dit-il, est la forme d'une chose » quelconque existante ou possible (2). » Ailleurs il la

(1) Elementa artU logico-critieas, 1. I, c. 2 à 6. — Délia logtca ^ Venise, 1799, 1. h-^DelT emendatrice, c. 2 à 5.

(2) Elemenia metaphysieœ^ pars III, praefalio, définit, 6.

définît « la forme, l'espèce ^ l'image, la connais- » sance d'une chose , ce qui est présent à Pâme » lorsqu'elle perçoit ou pense, et qui lui représente » iitie chose distincte d'elle-même , ou existante »ou possible (1). » L'idée est-elle différente de la perception ? Après avoir exposé les trois opinions diflférentes qui ont partagé les philosophes sur ce sujet,ilincline, avecWolfif,à revenir à celle des sco* la8tiques,qui,distinguant les idées matérielles et t/itellectuelleSjOU les espèces impresses et expresses dont les premières sont les occasions des secondes et qui se correspondent les unes aux autres, réservent à celles-ci le caractère de perceptiom. Il distingue sept systèmes différents sur l'origine des idées : celui des idées innées ; celui qui attribue à l'âme la création de ses propres idées ; l'hypothèse des causes occasionnelles ; celle de Maiebranche et des philosophes qui ont pensé que notre âme, unie à Dieu essentiellement, voit tout dans la lumière de Dieu ; celle qu'exprime l'antique adage : Nlhil est in intellectu quin prius fuerit in sensu; l'hypothèse de Lucrèce qui imagine certains simulacre provenant des objets et s'introduisant dans l'âme; enfin, l'opinion des philosophes qui,enreconnaissant que toutes nos idées naissent des sens et delà méditation, avouent cependant qu'ils ignorent comment ce phénomène

(i) Elementa artis logico'CrUlcœ y 1. H, c. i,-— -Délia logiea^ 1. II,

s'opère. Lui-même, après avoir discuté toutes ces opinions diverses, se range à ce dernier avis (4), et considère au reste cette question comme plus curieuse qu'utile. Dans une réponse à l'abbé Conti , il avoue qu'après de longues méditations pendant le cours entier de sa vie , il est revenu, sur la nature et l'origine des idées , à la même incertitude qui s'était emparée de lui dans ses premières recherches, et il justifie ses doutes par un nouvel examen approfondi et critique de tous les systèmes divers conçus sur celte matière par les philosophes (2).

Genovesi rapporte nos connaissances à quatre sources principales :1a conscience, les sens, le témoignage, le raisonnement, La nomenclature qu'il a dressée des caractères de nos idées mérite peutêtre d'être rapportée. Il les range sous quatre genres, suivant qu'elles sont considérées, ou relativement à leur origine , ou en elles-mêmes, ou relativement aux objets qu'elles représentent, ou enfin d'après le mode suivant lequel elles les représentent. Sous le premier aspect, elles sont ou adventices ^ ou factices f ou naturelles. Les idées adventices, provenant des sens, sont celles des corps, de leurs propriétés, qualités et actions. Les idées /ac-

(i) Délia logica^ 1. 11, c. 1 .--Elementa melaphys., pars 111, c. 3. (2) V. cette Lettre à la suite des Eléments latins de logique. Elle doit être de Tannée 1746.

iices sont formées par nous-mêmes ou par similitude, ou par proportion, ou par association, ou par abstraction , ou par déduction. Les idées naturelles, appelées aussi innées ^ proviennent du fond de notre propre nature et comprennent celles de tous les phénomènes intérieurs, comme les notions du vrai, du juste, etc. Sous le second aspect, les idées sont intelligibles ou sensibles ^ simples ou composées. Sous le troisième aspect ^ elles sont positives ou négatives^ adéquates ou îwadéquates, singulières ou universelles^ absolues ou relatives, abstraites ou concrètes , réelles ou chimériques. Sous le dernier aspect, enfin, elles sont ou claires ou obscures j ou distinctes ou confuses (1). Le philosophe napolitain a d'ailleurs distingué, avec autant de justesse que de précision, les diverses manières dont Fhypothèse des idées innées est envisagée par les platoniciens, les épicuriens, les stoïciens. Descartes, ses disciples, Buddée et d'autres encore (2). On regrette qu'un philosophe aussi scrupuleusement attentif à la recherche du vrai , n'ait pas toujours porté dans l'observation ou dans l'exposition des phénomènes psychologiques une exactitude assez rigoureuse, comme lorsqu'il définit la faculté de sentir celle

{\) Elementa art. logkocrit.^ 1. W, ci. -^ Délia logica^l, U, c. 1.

(2) Art. logicœ 1. U , c. 2 , $ 3.

tpar laquelle nous avons la conscience des mou- » vements excités dans les nerfs par les objets exs ternes, ou par des causes existant dans notre • corps lui-même (1). »

Genovesi distingue quatre espèces de vérités : vérité morale , naturelle , métaphysique et logique, et cinq degrés relativement à la connaissance : l'ignorance, le doute, l'opinion, la croyance et la science. La croyance, ou la faU ne diffère point, à ses yeux, delsL persuasion; il la fait consister, avec saint Augustin, à penser avec assentiment, ^'d'après des motifs de crédibilité. Elle diffère de la science en ce que celle-ci se fonde sur l'évidence et la nécessité des motifs , tandis que la croyance repose sur la confiance en celui qui est estimé savoir la chose dont il témoigne. Genovesi a comparé avec son soin accoutumé les opinions des philosophes sur le critérium de la vérité. Ici encore il distingue la certitude mathématique, critérium des sciences abstraites; la certitude physique, critérium des sciences naturelles; la certitude morale, critérium des sciences de fait ; et trois sortes d'évidence correspondantes : l'une intelligible, une autre sensible, une autre morale. La certitude morale, qui est elle-piôme l'appui de la croyance, a quatre fondements : les témoignages des contemporains et des succes-

(i) Elemeiita metftphys,, pars \\l, prsfatîo» § 9*

PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP« XXllh 467

seurs» les effets concordants avec le fait, l'existence de faits semblables dans la nature, Taccord avec les lois de la nature (1). Mais quel sera le juge de l'évidence? Il en est deux^ répond Genovesi : la consCieûfce et le commun sentiment des meilleurs esprits (2). Que faire si les diverses évidences semblent se contredire? Préférer l'évidence physique à la morale, l'évidetice mathématique à la physique, l'aUtofité divine à toutes trois. L'évidence mathématique ne peut être en opposition réelle avecl'autorité divine; que si elles paraissent se contredire, ou celle-là est trompeuse, ou celle-ci est toal entendue, et alors on recourra à l'Église, qui, en matière religieuse, est le juge de l'évidence commune (3).

La Logique de Qenovesi peut être considérée comme l'un des recueils les plus complets qui existent, des règles les plus sages pour la conduite de l'esprit dans la recherche et le discernement du vrai: telles sont celles qu'il donne pour l'art des expériences, pour l'évaluation des probabilités, pour l'appréciation des témoignages, pour la lecture des historiens. Il y a joint des maximes sur l'autorité de Dieu, sur les moyens de reconnaître la parole divine, sur l'interprétation des livres sacrés. A l'exemple de l'école allemande, il a

(1) Délia logica, 1. III, c. 1 et 2.

(2) Art. logicœ: de verit, ejusque criteriOf 1. \\l, c. 3, § 10.

(3) Ibid,, i^id., §15.

168 niST. COMP, DES SYST. DE PHIL.

fait entrer dans la logique V Herméneutique ovi l'art de pénétrer le véritable sens des auteurs, la critique des ouvrages ou Tart de reconnaître leur authenticité ou leur supposition , les interpolations ou les altérations. A cette occasion il a réuni d'intéressantes observations sur la formation des langues, sur les révolutions qu'elles subissent, sur la question de savoir jusqu'à quel point les auteurs ont voulu et ont pu s'expliquer euxmêmes.

Ces observations sont accompagnées de préceptes non moins utiles sur la culture de l'esprit et l'éducation de laraison, l'art d'étudier, les moyens d'étendre nos connaissances. Genovesi a institué pour l'art du raisonnement huit règles simples , d'une application plus facile et plus générale que celles du syllogisme. Sa définition du raisonnement est assez neuve : « Raisonner, dit-il, c'est » développer une idée clair e-con fuse ^ pour la rendre » claire-distincte^ en faisant servir sa portion claire »à expliquer celle qui demeurait confuse (1). »I1 rappelle à un petit nombre de maximes les principes qui gouvernent les démonstrations à priori et celles à posteriori. Il assigne également, pour les méthodes synthétique et analytique, soit des règles communes, soit des règles spéciales; mais, trop préoccupé de l'emploi que reçoit l'analyse

(1) Délia logica , 1. IV , c. 1 et 2 , p. 131 , 138.

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dans les sciences mathématiques, il n'a saisi que d'une manière imparfaite la nature propre de cette méthode, et il n'a point indiqué l'application qu'elle peut recevoir dans les autres genres de connaissances. Genovesi approuve WolflF d'avoir introduit les méthodes mathématiques dans les sciences philosophiques (1); il a, non-seulement exposé et justifié , mais imité le mode de procéder du philosophe allemand. Il a su cependant éviter, autant qu'il est possible, et la sécheresse naturelle à ce mode de procéder, et surtout la fatigante diffusion de WolfT. Du reste, il a eu soin de signaler et de prévenir le danger auquel expose l'illusion trop ordinaire à ceux qui emploient les méthodes mathématiques, lorsqu'ils supposent que cet emploi suffit pour conférer aux connaissances dans lesquelles on les transporte , la certitude dont jouissent les sciences mathématiques (2).

En considérant la logique comme une espèce d'introduction générale aux sciences, Genovesi a terminé le code qu'il a tracé de cet art par un coup d'œil sur le système entier des connaissances humaines, leur classification, l'harmonie qui règne entre elles, le caractère propre à chacune, leurs principes fondamentaux, aperçus qui de-

(1) Art. logiccBy 1. V. c. 10.

(2) Vellalogica,\.\,c.3,%A.

170 raST. COMP. DES SYST. DE PHIL.

vraient en effet couronner la logique et qfu'on y rencontre si rarement. On reconnaît un héritier de Vico, lorsqu'on entend Genovesi recommander l'étude de la jurisprudence comme nécessaire au philosophe. « L'étude des lois civiles , dit-il ^ doit «accompagner celle des lois de la nature (1).» Aussi, a-t-il consacré un chapitre de sa Logique à enseigner comment on doit juger des faits par rapport aux droits qui en peuvent naître (2)»

La Logique de Genovesi, dans sa concision, est bien plus complète que la plupart des Logiques ordinaires; elle est la plus complète, peut-être, de celles qui existent. L'un des principaux mérites de ce philosophe consiste dans l'exactitude , la patience et la fidélité avec lesquelles il recherche et parcourt tous les éléments du sujet qu'il traite. On retrouve encore ce mérite dans sa Métaphysique. Il a justifié les scolastiques d'avoir rangé la philosophie au rang des sciences, de l'avoir considérée comme une sagesse universelle à laquelle les autres sciences empruntent leurs principes, emprunt qui se montre surtout évidemment dans la théologie et le droit naturel. Il a défini lamétaphjrsique, t la science qui expose les causes et les rai- »sons les plus générales des choses éternelles, «produites, possibles, leur coordination et leurs

(i) DellahgicayX.y, c. 4, § H.

(2) iWd., 1. ni , c. 5.

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j»lois. > Il a donné à ces deux applications le développement le plus étendu. Il a demandé à la métaphysique les notions fondamentales sur lesquelles repose la morale (1). Il a vu dans la volonté divine le fondement du droit et de la justice. Sa philosophie est religieuse sans intolérance; sa morale est amie du bonheur*.

Exempt de tout esprit de système, circonspect et réservé, il a tout ensemble servi la grande cause de la liberté de penser, et combattu le scepticisme avec autant de force que de franchise (2). Pendant que Genovesi^du haut de sa chaire, répandait sur la jeunesse napolitaine les plus utiles et les plus abondantes instructions; pendant que 8es leçons retentissaient aussi à Venise, à Padoue, dans les principales écoles d'Italie, Gondiliac, à Parme, travaillait avec peu de fruit à l'éducation solitaire d'un prince, mais livrait, du moins, au monde littéraire, l'élégante exposition de ses théories philosophiques. Gondiliac, plus affirmatif , plus absolu, s'efforçait de rappeler è un principe unique le système des connaissances humaines. Genovesi, donnant bien plus d'étendue à ses recherches, parcourait tous les contours des questions, posait les problèmes, rappelait toutes les solutions proposées, et souvent hésitait à con-

(1) Elementa metaphys.^ pars II, c. 4; pars UI, c. 7; Âppendix.

(2) lùid,j pars 1 , d'meriai'io , libri duo » à la fin du premier volume.

dure. L'un, tirant tout de son propre fonds, donnait à la science une forme nouvelle; l'autre interrogeait surtout les doctrines de tous les siècles et s'instituait leur arbitre. Condillac devait obtenir des succès plus brillants ; il devait introduire la philosophie dans le monde. Genovesi, nous n'hésitons pas à le dire, ea acquérant bien moins de renommée, porta des fruits plus utiles, méritait d'en porter de plus durables. Un pontife éclairé, Benoît XIV, applaudit solennellement à ses travaux, et néanmoins, lorsqu'une funeste influence chercha dans sa patrie à arrêter le progrès des lumières, à faire rétrograder les études, Genovesi fut exposé à l'ingratitude, à l'injustice; on voulut déshériter de ses bienfaits la jeunesse à laquelle il avait dévoué sa vie.

L'Italie doit encore à l'abbé Genovesi le premier traité de philosophie morale, si nous ne nous trompons, dans lequel la théorie des devoirs ait été exposée à la manière des anciens et des philosophes écossais. Le principe en est faible, il est vrai; il réside dans la loi du moindre malj et par conséquent dans un mobile intéressé.

Mais ce qu'il y a de trop étroit dans la notion fondamentale est réparé par la pureté des règles pratiques, par l'abondance des conseils utiles et par le bel ordre de l'ensemble (1). On sait que Genovesi a été aussi l'un des premiers écrivains

(1) Délia Diceosina, 4« édilion; Venise, 1799.

qui aient doté l'Italie de travaux élémentaires sur r économie politique; il a heureusement appliqué à cette science l'esprit d'ordre , la précision , la clarté, qui caractérisent toute sa philosophie.

Genovesi était également familier avec les sciences physiques et mathématiques; il leur emprunta souvent de lumineux exemples; il avait puisé dans cette étude le goût des vérités positives. Cette universalité de connaissances a contribué à donner tout ensemble plus de solidité aux bases de sa philosophie, plus d'étendue et de fécondité aux résultats qu'il en a tirés.

L'école de Genovesi s'honore des noms d'un Verri, qui donna à l'école italienne une théorie du plaisir et de la douleur, et des principes nonveaux sur la grande question du bonheur; d'un Beccaria, dont l'éloquence donna le signal de la réformation des lois criminelles, qui, de concert avec Verri, répandit dans la Lombardie, par des publications périodiques pleines de chaleur et de talent, le goût et l'étude de la philosophie morale; d'un Filangieri, qui, si jeune encore, amassa tant d'érudition, entreprit de si vastes travaux, conçut de si nobles espérances pour l'amélioration de la législation politique et civile des États; d'un Pagano, véritable sage, la lumière et l'honneur de cette même ville de Naples où Genovesi avait cessé d'enseigner, et qui lui-même succomba, martyr du patriotisme, sous les coups des vengeances politiques ; d'un Scarella, aussi exercé

dans la psychologie que dans la logique; qui puisa à la fois, avec un sage éclectisme, dans Descartes, Locke et Leibniz ; qui sembla pressentir à quelques égards, la doctrine de Kant sur le principe des connaissances , en déclarant que les sens et Texpérience fournissent seulement des vérités particulières, mais que Tâme a besoin d'une force intime et propre , pour reproduire par ellemême quelques idées universelles et indéterminées qui existent déjà en elle (1).

Vers le même temps De Soria enseignait à Plse une philosophie fondée à peu près sur les mômes principes que celle de Genovesi , mais bien moins riche à tous égards, bien moins exacte (2). Sa doctrine sur les idées est d'une assez grande indigence(3). Ce qui lui est propre, c'est l'abondance, on pourrait dire le luxe des règles qu'il a instituées pour l'art de l'analyse. Ce code ne renferme pas moins de trente et une lois (4), Il y a fait entrer les célèbres préceptes de Descartes et le résumé des conseils de Locke ; il y a joint aussi quelques maximes qui lui appartiennent en

(1) Elementa logtcœf anthologiœ, psychologiœ, aua. J. B, Scarella ; Brixiae, 1762.

(2) Rationalii philosophiœ instituHones , sive de emendenda rrgendaquê mente, anct. J. Giialbertod«Sorta; AmstoPclam, 1741, 1 vol. in-8o.

(3) Ibid , pars I , c. 1.

(4) Ibid, y pars altéra , c. 3.

PHU.OSOPHIE MODEBNE. GHÀP. XIUII. 175

propre ; mais un grand nombre d'entre elles ne dérive pas d'une manière exclusive, ni même d'une manière spéciale, de la méthode analytique. Elles se réfèrent, en général, à l'élude, à la conduite de l'esprit, à l'appréciation du témoignage.

On range aussi dans l'école de Genovesi un autre professeur de Pise , Claude Fromond , de Crémone, auteur d'une Logique qui a été recommandée^ soit comme dégagée de toutc^ les subti* lités de l'école, soit à cause du mérite de sa mé» thode. On loue particulièrement ses vues sur la preuve ostensible , probable et douteuse. Doué d'un esprit étendu et fécond, porté à jouir luimême de la liberté philosophique, comme à l'encourager chez les autres, il concevait quelques vues nouvelles dans tous les sujets qu'il venait à saisir. Mais, en traitant k sa propre manière l'analyse des choses , des idées, des jugements, il se crée aussi une langue particulière et inusitée ; il innove souvent sans nécessité , et souvent il altère en innovant ; en voulant revêtir de formes neuves des choses connues ou même vulgaires, il ne fait que les environner de ténèbres.

En suivant les traces de Genovesi, Baldinotti résuma en aphorismes une philosophie empreinte du même caractère et puisée aux mêmes sources. L'extrême concision de son langage n'enlève rien à la clarté, à l'élégance dont il est orné. Dans un rapide tableau de l'hisloire de la philosophie.

sincère admirateur de Bacoo, il rappelle aussi les éminents services rendus par Galilée à la philosophie; il reproche aux écrivains français de n^avoir pas su assez les apprécier , et il fait à ces deux grands hommes la part de l'influence qu'ils ont eue sur la restauration des sciences. « Galilée, dit-il, I fut le père d'une école nouvelle, non d'une école 9 simplement étrusque, non d'une école seulement » italienne , mais bien d'une école européenne ; il

• fut le foQ|Jlateur d'une nouvelle philosophie. Dis- » ciple de la nature, il ouvrit le vaste livre qu'elle » présente à l'homme, se dévoua tout entier à l'é-

• tudier (1). » Juste envers Descartes et son école, Baldinotti rend à Locke et à Leibniz un éclatant hommage (2) ; il les associe dans ses éloges. Ses jugements sur Hobbes, S'Gravesande, Rûdiger, Thomasius, Grousaz , et principalement sur Buffier, sont d'une sévérité qui va quelquefois jusqu'à la rigueur. Il rappelle avec fierté, mais sans exagération, les droits que les philosophes de l'Italie ont à la reconnaissance de la postérité. Il retrace avec un juste regret le souvenir de ces temps où l'Italie brillait de tout l'éclat des lettres, et associait l'étude assidue des sources de l'antiquité à l'essor du génie ; il reproche à son siècle cette négligence dédaigneuse pour les travaux de l'érudition, cette mollesse d'esprit qui redoute

(i) De recta mentis instttutione, § 127; Ticini, 1787. (2) Ibid.y §139, U1 , 153, 156, 157, 158.

toutes les entreprises difficiles , ces intentions vénales qui altèrent et corrompent les nobles nâobiles dont les penseurs et les savants doivent être inspirés ; il veut ramener la jeunesse italienne à ces étiides fortes qui exercent les facultés de l'entendement , qui excitent Tesprit par la présence même de la difficulté et le désir d'en triompher (l). S'il reconnaît qu'à la métaphysique appartient le droit de fixer les principes, de démontrer les lois qui régissent l'art de juger, d'inventer, de discourir, c'est dans les exemples donnés par les esprits supérieurs, dans les modèles laissés par les sages, dans l'histoire des découvertes du génie, qu'il aperçoit la véritable origine des règles auxquelles cet art a été soumis (2). Il invite la philosophie à comprendre toute la dignité de sa mission, à en accomplir toute l'étendue, à se considérer elle-même comme une science universelle, à secouer le joug de la servitude à l'égard de l'autorité, à oser se frayer des voies nouvelles (8). Cependant il l'avertit aussi des étroites limites imposées à la raison humaine; dans le nombre des choses qui lui seront à jamais inconnues, dont la recherche est inutile, il comprend les vraies causes et les vraies fins des choses, le nœud qui les unit, les essences pri-

(i) De recta merUi» institutione , § 23 à 3i. (2) Ibid., § 37 à -47.

{;.i) Wid., § <iu à GG.

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