‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 27 sur 32 · IV · texte numérisé non relu

IV

S5& HIST. GOVP. DES StST. DE PflIL.

A^ahoinment inexplicable, qu'il n'y a aucune philosophie pour celui qui pourrait sérieusement demaDder ce que c'est que Vétre en général? « Gepen-^ danteet être est le fondement de nos pensées; il est supposé par elles, puisqu'elles s'y rapportent; cet énne ne peut être découvert par la pensée même. 11 y a donc une faculté de connaître absolue^ fondamentale pour la raison même, qui découvre d*uhe manière apodictique toute eiistence (i) ; c'est Y absolue r^exion', V absolue détermination^ Vab^ Bolue faculté dujugefnent; niais elle ne connaît que Vabsolae exigence » , et Bouterweck lui donne pour tee motif le titre de spinozisfne.

Cette M^'(ittréa6«o(tte, indéfinie^ se convertit, dans la troisième partie -, en une réalité détermioée et pratique, t L'individualité est reconnue par ellemême comme le principe d'une force vivante; i elle ne peut être reconnue que par l'eflTet d'une résistance. V effort %XV activité ne peuvent être connus que par la séparation du siîjet qui fiât effort et tctes objets qui résistent (2) » . Cette réalité entiè- | révisent pratique de la force et de la résistance est te que Bouterweck appelle la virtualité (â) .

Jusqu'ici ttotis apercevons, sîtoon le développement, âU moins le pr^setitiment dé quelques vérités précieuses* Mais Bouterweck ne s'att^e

(1) Apodictik, t. I,p. 199.

(2) i^id., t. II, p. 39.

(3) i^id., t. I,p» 62, 63.

point là ; il veut réunir , par son absolue faculté du jugement^ Cidée théorique de C absolue réalité, obtenue dans la deu&ième partie^ arec cette réalité prati^ que obtenue dans la troisième. Il veut s'élerer à Cémi de la sdence pwre, et convertir la rétdité rehitim dé nous-mêmes en une viHmlUé absolue. Alors il trouve , dans cette idée de la vlrtuatité absolue^ toute existence et toute action. « Nous ne nous concevons plus comme un étre^ ni Tunivers comme une chaîne d'êtres; nous n'apercevons plus que réterneile réeUe unité , c'est-à-dire ïuniffers en notf» , Et nx)Us dans Vtoiivers (1). Là réiside l'idée d'un membre infini de puissances de vo/idon finies, dans laquelle nous devons apercevoir le monde moral, objet de la croyance; la réside l'idée d'un nom** bre infini de produits engendnés par une proéMctivite qui ise produit elle^-même infiniment, dans laquelle nous devons retrouver le monde pby^ sique% »

Le besoin d'établir l'important accord «ntre l'ordre des réalités et la spbére des œnnaissan*ces de l'homme, devenu plus pressant depuis que ILant avait dirigé si vivement l'attention sur l'intervalle qui les sépare, ce besoin a produit une dernière tentative qui, sous le pom de rédkme ral^nnél, s'est efibrcé d'entourer d'une nouvelte et ri^ureiïse garantie le caractère positif de la science.

\\) Apo(iictiH,\. Il, p. 206.

Bardili, auteur de ce nouveau système, a senti, ainsi que Fichte, que la distinction établie par Kant entre la matière et la forme des connaissances conduisait inévitablement à Tidéalisme. Mais, loin d*avouer cette conséquence , comme Fichte, il a fait disparaître , au contraire, la distinction fondamentale ; il a rétabli l'identité de là forme et de la [matière : il leur a assigné un commun principe.

Bardili a rattaché , comme Scbelling, son système kV identité absolue; mais ils entendent cette identité d'une manière toute difiérente. Scbelling lui donne le rang de Vêtre primitif, de Vinfini , de la totalité absolue] Bardili la cherche seulement dans le caractère de la pensée en tant que pensée.

Bardili part, comme Bouterweck, de la pensée, comme donnée première. Mais Bouterweck n'a considéré que la simple pensée, vide, dépouillée de tout objet ; Bardili pense qu'une semblable manière d'envisager la pensée implique contradiction. Nous allons voir quelle extension il croit nécessaire de lui donner.

Bardili se rencontre avec Jacobi dans l'idée platonique qui place dans la manifestation divine la forme de l'être, de la réalité, l'essence des essences dans la nature. Mais Jacobi a admis cette opinion comme une chose nécessaire et indémontrable ; Bardili l'a élayce de l'appareil de la démonstration.

Le système dç 1 ardili est l'essai d'une nouvelle

logique ; il croit avoir reconnu que dans un vice caché de la logique ordinaire, telle qu'elle a été conçue par Aristote et admise depuis sans contestation , réside la cause des principales erreurs commises en philosophie ; que la réforme de la philosophie doit donc commencer par la logique.

• Ce vice fondamental de la logique ordinaire consiste dans la fausse restrictioti que Ton a voulu donner à la valeur de ses principes. On a voulu ne considérer la logique que comme la simple loi des formes de la pensée , comme une recherche renfermée uniquement dans les limites du sujet pensant, comme isolée de la métaphysique et de la science des êtres. On a pu en faire un code régulier ; mais enfin elle n'a été qu'un cadre auquel manquait un fond réel. »

Jusqu'ici Bardili paraît sur la voie de plusieurs découvertes importantes ; mais cette prévention générale parmi les philosophes allemands contre toute espèce d'empirisme , comme ils l'appellent, l'a empêché de chercher dans un fait simple la valeur dont on a privé la logique ; il s'est défendu de partir d'aucune donnée expérimentale , et il s'est ouvert une route qu'il eût été difficile de prévoir.

L'erreur qui, suivant lui, a fait restreindre les principes de la logique dans un cercle trop étroit, l'a réduite à une vaine symétrie, à un corps ina nimé; cette erreur vient de ce qu'on a mal posé

le problème sur la connaissance raisonnable DU le« giiimement fondée, sur ce qu'on a mal saisi le caractère de la pensée dans son application.

Pour fixer ce caractère, il faut d'abord faire abstraction du sujet et de l'objet de la pensée, ne considérer que la pensée eu elle-même, ou comme pensée.

Il faut la considérer aussi dans son application, car elle ne peut être connue autrement; maii il faut n'envisager cette application qu'en ellemême, isolée de tel ou tel mode d'application*

. Pour constituer la connaissance raisonnable, il faut trouver le vrai primitif , source incompréhensible de toute vérité ; il faut trouver la première vérité compréhensible placée sous la dépendance de celui-là ; il faut montrer comment cette vérité découle de cette source, et comment elle régit à son tour toutes Iw vérités secondaires»

Bardili a cherché , par des méthodes algélniques, la solution de ce problème. Son analyse, extrêmement précise , serait difficile à résumer. Si je l'ai bien saisie, en voici à peu près resprit(Q). Admettons , comme simple hypothèse , ce qui constitue la pensée dans son application^ Soumettons ces premiers termes aux transformations de l'analyse ; ne nous arrêtons que lorsque cette analyse épuisée aura rapporté ce résultat à la pensée elle-même 9 comme pensée; lorsque nous aurouB trouvé ia garantie désirée poor la

connaissaïice faiscDDable , le vrai primitif incûm* préhensible,

La pensée ne peut être appliquée sans un quelque chose , une madère sur laquelle cette application se dirige, sans qu'un certain capactère se naanifeste dans cette matière en vertu de l'application.

La pensée, à son tour , ne peut être conçue, réfléchie, et par là élevée au degré de connaissance raisonnable , si ce n'est par une nouvelle manifestation d'un ordre plus relevé. C'est la manifestation de l'essence des essences, ou la manifestation de Dieu dans la nature.

Le jCi^ractére de la pensée en elle-même, ou comme pensée, est l'identité absqlue, répétée sops tpup le^ rapports. Par cettç n^anifestatjon , ce caractère se trouve rempli, et la pensée justice, si l'oî^ peut dire aipsi, à ses propres yeux.

Cette manifestation nous conduit au vrai primitif, incompréhensible, mais source de toute vérité. Ici , tout ce qui avait été admis «amme hypothèse se trouve subitement réalisé. La réalité-est donc ainsi placée à la source même de la vérité. Ce grand et premier principe est à la fois, comme disent les philosophies, ratio essendU et ratio cognoscendi. Il n'y a plus deux sortes de vérités, mais une seule, celle qui est en mêipe temps réelle. J^es phénomènes de la physique, les préceptes de la morale, sont expliqués par

son secours (1) : toute métaphysique est renfermée dans la logique , et la logique , suivant la grande idée de Platon peut-être adoptée par Leibniz , reproduite par notre Bossuet et notire Fénelon, renouvelée enfin par Jacobi, la logique cherche son principe élémentaire, son premier appui, dans Tauteur même de la nature (2).

Quelque jugement que Ton porte de ce système en lui-même , c'est assurément, dans tous les cas , un phénomène très singulier dans Thistoire de la philosophie, que de voirie platonisme naître et résulter d'une analyse algébrique , de la démonstration la plus abstraite et la plus aride, peut-être , qui ait jamais été connue en philosophie. C'est le sentier escarpé qui traverse les Alpes, et qui, du sein des rochers et des glaces, nous ouvre tout à coup l'entrée de la plus belle contrée du monde.

Nous ne finirions pas si nous voulions énoncer, analyser tous les systèmes conçus pour prêter à la philosophie deKantlespr^mî^^^^, le fondement ou le caractère déterminé, qui paraissent luiman-

(i) Veber dos Verhallniss des Verstandes zur Rechtshaffenheii. — Elemente der Phanomenologie , etc. V. Bardili dans les Beitrœge de Reinliold , quatrième cahier, i802.

(%) Le système de Bardili est exposé dans son Orundriss der ertten Logik, — V. aussi une lettre de Bardili , où il compare celte logique à celle de Kant et à la logique générale , dans les Beitrœge de Heinholdy qui renferment plusieurs autres dissertations sur ce sujet.

PHILOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXYI. 361

quer. Tel est le système de Beck, qui institue une certaine* représentation originelle comme le thème et le principe de la critique , et qui, quoique présenté par son auteur comme le seul point de vue possible sous lequel la philosophie de Kant puisse être considérée , a été cependant désavoué par Kant lui-même. Tel est encore celui de Schoneberger, qui a trouvé dans le principe fondamental de la conscience la base de toute philosophie et d'un réalisme transcendantalnécessaire pour établir la seule philosophie possible : tels sont encore une foule d'autres. Les cinq systèmes que je viens d'exposer occupent le premier rang ; mais Beinhold ayant abandonné lui-même, comme insuffisante, sa théorie de la faculté représentative , on peut réduire à quatre les systèmes qui partagent l'école kantienne divergente , savoir : celui de Fichte, celui de Schelling, qui est une extension du premier, qui présente avec lui une sorte de spinozUme enté sur V idéalisme , une sorte] d'îdéalisme dérivé de l'acte libre du moi; celui de Bardili, directement opposé aux deux premiers, qui replace la réalité à la source même de la connaissance raisonnable , et qu'on pourrait appeler un platonisme calculé; enfin, celui de Bouterweck, qui tient un milieu entre eux, qui, se fondant d'abord, avec la seule pensée, dans une espèce de pyrrhonisme, tend la main d'un côté au réalisme par la pratique ^ et, de l'autre, au spino^ zisme par Yabsolue virtualités

ft62 HIST. COMP. DES STST. DE PBIL.

Le système de Bardili est celui de tous qui s'é-loîgne dav^Qtage du kapti^me, qui le contrarie dans son essence inême , en établissant des êires en soi , comme une des premières conditions de )a science. Celui de Ficbte est celui qui paraît tirer des c^îuséquences plus rigoureuses du kantisme , en sçdsir mieux Tesprit , quoiqu'on cpptredisant ses éQopcés ; il le restreint , au coqtraire, dans la seule et absolue subjecHve, Bardili descend de Dieu à la nature, de la nature au mpi. Fichte crée le moi, par lui la nature, et présente dans la nature le germe de la Divinité.

]^einbQld est le défenseur zé}é (lu réalisme rationnel de Bardili, qui conserve quelques analogies ftveç sa première théorie; il croit y voir une grande et fondamentale réforme de 1^ philosophie, longtenips désirée, jamais entreprise. Le caractère méconnu de la pensée en application est, à ses yeui:, la source comnjuQe des erreurs du scepticisoii^, de r^déallsme, du matérialism^e , etc. ]L.a révolution kantienne lui parait terminée de la ufj^^ière qu'il avait le moins prévue.

Sans prétendre décider si elle est terminée en effet, nous pouvons observer du moins quels sont les résultats actuels que cette révolution a produits.

Les quatre principales sectes que f appelle divergentes , que les purs kantiens appellent hétérodoxes^ ont conquis la plus grande partie dePécole kantienne primitive.

PHaOSOPBIE MODERNE. GHAP. XXYI. S63

Elles s'accordent en ceci^ qu'elles n'envisagent plus le criticisme kantien comme un système de philosophie proprement dit; il leur paraît trop indéterminé , trop incomplet ; il a trop peu d'unité, à leurs yeux, pour mériter ce| titre.

Ces sectes sont plus opposées entre elles, dans leurs sentiments et leurs principes , que le kantisme dans son origine ne l'était à tous les anciens systèmes.

Leurs débats ouvrent une nouvelle carrière aux discussions ; leur exemple anime d'une nouvelle émulation ceux qui se croient appelés à créer des systèmes, et la philosophie compte enfin tant de réformateurs divers, qu'elle n'a presque plus de disciples.

Ils ne s'accordent tous que dans une seule chose, un profond mépris pour ce qu'ils appellent la philosophie populaire , Y empirisme , et dans un grand soin à écarter toute donnée cmpînqfwe, comme si le moindre emprunt fait à l'expérience devait être la ruine d'un système,

La considératioa du criticisme s'est affaiblie en Allemagne avec k plus graflde rapidité; l'intérêt que cette nation prenait en général à la philospphia, s'est affaibli presque dwis le même degré.

Si Ton considère, en effet, qu'aux quatre sectes principales se joignent encore , et les kantiens purs et orthodoxes , et les mi-kaniiens qui modifient le criticisme par l'ancien système de Leibniz ou

062 HIST. COMP. 1>B8 8TST. DE PBIL.

Le système de Bardili est celui de tous qui s^é-^ loigne davantage du kantisme., qui le contrarie dans son es^pqe même i eQ établissant dep êtres en soi , comme une des pren^î^rps conditions de la science» Celui de Fichte est celui qui paraît tirer des conséquences plus rigoureuses du kantisme , en Sfiisir mieux l'esprit , quoiqu'on epRtredisant ses éQopcés ; il le restreint , au contraire, dans la seule et absolue subjective, B^rdili descend de Dieu à la nature, 4e la nature au mol. Fichte crée le moi, par lui I3 nature, et présente dans la nature le germe de la Divini^ié.

{ieinftpld est le défenseur 2;élé ^u réalisme rationnel de Bardili, qui conserve quelques anatogies siveç sa première théorie; il croit y voir upe grande et fondfimentale réforme de 1^ philosophie, longtemps désirée, jamais entreprise. Le caractère méconnu de la pensée en application est, à ses yeu:i!:, .I4 source comn^une des e^r^urs du scepticisQ)^, dç ^'idéalisme, du matériaUsn).e^ etc. J^a révolution kantienne lui paraît terminée die la Ç|4»^e qu'il avftit le moins prévue»

Sans prétendre décider si elle est terminée en effet, nous pouvons observer du moins quels sont les résultats actuels que cette révolution a produits.

Les quatre principales sectes que f appelle divergentes , que les purs kantiens appellent hétérodoxes^ ont conquis la plus grande partie de l'école kantienne primitive.

Elles s'accordent en ceci, qu'elles n'envisagent plus le criticisme kantien comme un système de philosophie proprement dit; il leur parait trop indéterminé, trop incomplet; il a trop peu d'unité, à leurs yeux, pour mériter ce! titre.

Ces sectes sont plus opposées entre elles, dans leurs sentiments et leurs principes , que le kantisme dans son origine ne Tétait à tous les anciens systèmes.

Leurs débats ouvrent une nouvelle carrière aux discussions ; leur exemple anime d'une nouvelle émulation ceux qui se croient appelés à créer des systèmes, et la philosophie compte enfin tant de réformateurs divers, qu'elle n'a presque plus de disciples.

Ils ne s'accordent tous que dans une seule chose, un profond mépris pour ce qu'ils appellent la philosophie populaire , Y empirisme , et dans un grand soin à écarter toute donnée empirique j comme si le moindre emprunt fait à l'expériçRce devait être la ruine d'un système,

La coDsidératioa du criticisme s'est aiOTaiblie en Allemagne avec la plus grande rapidité ; l'intérêt que cette nation prenait en général à la philospphie, s'est affaibli presque da^s le même degré-

Si Ton considère, en effet, qu'aux quatre sectes principales se joignent encore , et les kantiens purs et orthodoxes , et les mi-kaniiens qui modifient le criticisme par l'ancien système de Leibniz ou

36& lilST. COMr. DES SYST. D£ PHIL.

de Locke ; que les disputes nées de ces divisions ont eu la même vivacité dans leur expressiou, la même stérilité dans leurs résultats, la même subtilité daus leurs moyens ; que tous ces hommes, en s'accusant réciproquement de ne point comprendre Kant, s^accusent aussi de ne pas se comprendre les uns les autres ; si l'on considère que la nouvelle philosophie se montre ainsi chaque jour, et moins fixée, et moins utile, lorsqu'elle devait le devenir au contraire toujours davantage ; qu'il n'est rien sorti de tout cela , qui ait jusqu'à présent fait éprouver quelque progrès aux sciences , qui ait exercé une influence bienfaisante sur les intérêts de la vie ; si, au contraire, on croit remarquer certains effets fâcheux, le néologisme introduit dans la langue, l'aridité répandue sur la science, l'esprit de parti porté au plus haut degré d'intensité , la moralité en péril , les idées devenues plus incertaines , la route de la vérité changée en un labyrinthe; si l'on considère , dis-je, toutes ces choses , et qu'on les oppose jaux brillantes promesses des fondateurs du criticîsme , on concevra quelle défaveur ce contraste a dû jeter sur le nouveau système dans l'esprit du spectateur impartial. Ces préventions ont dû naturellement se généraliser ; les systèmes ont dégoûté de la science, à peu près comme l'anarchie dégoûte quelquefois de la liberté. Rien ne nuit plus à la philosophie que les abus commis sous son nom, et ceux qui l'attaquent direc-

tement lui font moins de mal que ceux qui donnent occasion de la méconnaître.

Les écrivains allemands (l) sentent et avouent ces pertes que la philosophie fait dans Topinion publique ; mais tous n'ont pas le droit de s'en plaindre, et plusieurs ont les moyens de les réparer.

NOTE A

Les éléments de l'histoire de la philosophie de Bohle ont un grand mérite d'ordre, de clarté et de précision. Partout où cet écrivain a travaillé d'après lui-même , 11 ne laisse rien à désirer ; mais on peut regretter qu'il n'ait pas toujours donné la même étendue à chaque partie , la même originalité à chaque exposition : cette inégalité est peut-être, avec une certaine sécheresse dans les formes, le seul défaut qu'on puisse lui reprocher.

NOTE B

Nous avons déjà parlé de Jacobi, à l'occasion de sa controverse avec Mendelsohn et de la critique qu'il a faite des opinions de Hume. C'était bien à celui qui avait réfuté Hume, qu'il convenait en effet de juger le système de Kant , dont Hume a été la véritable occasion. Ou trouve ses remarques

(i) FûUeborn, Ueitrœgey etc, secl. VII, p. 151. Bardili a inséré, à ce sujet , une dissertation d'un grand intérêt dans les heïlrœge de Reinhold , sous ce titre : Veber dos sinkende An$ehen der PkHo- Sophie (Troisième cahier, p. iâl).

300 llfST. COMP. DES SYST. DB PHIU

sur la philosopliie critique dans ses dialogues sui^ Vidéalistné et le réalisme j 1787 ; dans la nouvelle édition de ses lettres sur la doctrine de Spinoza , et dans le troisième cahier de Beitrœge zur leichtern VebersicM^ etc.^ publiés par Reinhold, HamtH)urg , 1S03.

NOTE C

Beinhold observe ce^ndant que Taxiome fondamental de la science ne doit point lui servir de principe dans ce sens , qu'il renferme la matière de toutes les propositions particulières dont cette science se compose, mais seulement dans ce sens , qu'il fixe leur forme , leur loi la plus générale. Il rectifie cette méprise si ancienne, si funeste à la philosophie, d'après laquelle on supposait qu'en déduisant les proportions particulières d'une proposition générale ^ elle con«déi*ait celles-là comme renfermées dans celles-ci, tandis que les premières sont seulement subordonnées à la seconde , comme à la loi qui les régit ( Beitrœge zur Berichtigun^ ^ etc. ^ p. 116 )• Voici les caractères qui lui paraissent propres à laire reconnaître le principe universel et fondamental :

1. Il doit démontrer immédiatement les vérités élémentaires, et médiatement les autres vérités de la philosophie.

2. Il doit avoir lui-même son fondement hors de la sphère de toute philosophie , sans quoi on retombei'ait dans le cercle vicieux de ceux qui cherchent le principe d*une science dans Tenceinte de cette même science.

3. D ne dpit supposer aucun raisonnement antérieur ; il doit donc exprimer un fait.

4. Il doit être découvert en vertu du seul acte de la réflexion , par tous les hommes , dans tous les temps et dans toutes les circonstances

&. Il ne peut donc consister dans l'expéiience qui dérive du sens externe ou du sens intérieur; les sensations intérieures

PHltdSOWtlE MODEttNÊ. CHAP. XXTI. 367

et extérieures , toujours individuelles, tt'ont point ce caractère général qui convient au principe demandé.

6. Mais il doit a^compagtier toutes les expériences et toutes les pensées dont nous pouvons nous rendre compte à tam^ mêmes (IMd\, p;14a â 144).

NOTE D

Nous avons vu au ciiapitre précédent , que Kant ne définit point le terme de représentation^ si ce n'est comme le terme le plus générique pour désigner à la, fois les intuitions, les notions , et les idées. Il correspond à peu près à l'emploi que nous faisons, en français, du mot idée^ que les Allemands ont restreint à une acception particulière. Je conserverai dans ce ciiapitre le terme kantien de représentation^ pour me conformer plus fidèlement aux opinions, que je dois exposer.

NOTE E

Du principe fondamental énoncé ci-dessus, Reinhold déduit les notions originaires ûe la représentation j de Vohjety du sujet y fondées sur la distinction et le rapport exprimés dans 4fe principe, et celle de \8i faculté de représentation {Vorstei^ lung-Vermôgen ] , qui est son principe actif ou sa source première , et qu'il distingue avec soin de la force représentative. « La première, dit-il , ne peut exister sans la seconde , toals elle ne doit point en être déduite. La force représentative , soit qu'elle se trouve placée avec les matérialistes daïià la seule énergie de l'organisation , ou aVec les spîHtualistes dans une substance incorporelle, est la seule cause effective cjai pr<yduit les représentations. SI cette force peut être connue , ce n'est qu'en remontant des représentations , qui sont tees pï-oduits, aux caractères de la faculté qui s'exerce en elles, et de ceux-ci à la notion de la force qui sert de fondement caché à cette faculté. L'erreur de Locke et de Leibniz est d'avoir interverticet ordre» (lbid%, p. ï79\

368 mST. COUP. DES SYST. DE PHUm

Reinhold distingue , dans la simple représentation , deux éléments qui composent son essence. L'un est ce qui constitue son rapport à V objet y l'autre ce qui constitue son rapport au n0et Le premier est sa matière qui nous est donnée ; le second, sa forme qui appartient à notre faculté, elle-même [Ibid.y p. 183).

« Cette matière est la variété , cette forme est Vunité » (Ibid., p. 196).

« Dans la connaissance, V objet représenté est distingué à la fois de la représentation représentée , et du représentant représenté. » — Eeiohold appelle cette proposition le principe de la connaissance {Ibid.^ p. 228).-

aDeux représentations différentes sont nécessaires pour constituer cette connaissance : Tune qui se rapporte immédiatement à l'objet seul, qui ne dériye, par conséquent, d'aucune représentation antérieure , qui s'appelle Vintuition; l'autre, qui ne s'y rapporte que par l'intermédiaire de la première, qui dérive par conséquent d'une autre représentation, et qui s'appelle notion. x>

« La première donne à l'objet le caractère de simple repré' sente; la seconde est nécessaire pour le distinguer de la représentation même et du siyet qui la possède » {Ibid., p. 238, 287,288].

«Toute connaissance suppose nécessairement une oonscieoce claire et distincte. » Ibid., p. 324. » La conscience claire est la conscience de la représentation^ comme telle; la conscience distincte est celle du sujet représentant , en tant qu'il exerce cette fonction • {Ibid.^^. 22 ï). Reinhold part de là pour reconstruire le système entier du criticismepar une méthode toute nouvelle, beaucoup plus rapide, plus simple et plus claire, exempte de tout néologisme; il comble les vides, unit plus fortement toutes les parties, donne une valeur plus étendue aux résultats.

Il a prévu l'objection naturelle qu'on élèverait contre sa théorie , et qui a été en effet vivement pressée par le profes-

seur Heydenreich, à savoir : que, dans cette théorie, la notion du genre (de la représentation ) se trouve fixée avant celle de ses espèces (l'intuition , la notion, Tidée) ; que celles-ci sont déduites de la première , procédé qui est directement contraire à la véritable marche philosophique. Les idées de l'espèce et du genre, répond ingénieusement Reinhold , sont, il est vrai, des produits de la raison ; mais elle ne les crée pas de rien ; elle les déduit des images qui en expriment la valeur. Les idées des espèces précèdent sans doute celle du genre « dans ce sens que la raison doit puiser dans la comparaison des premières lé type commun qui constitue la seconde. Mais le caractère propre des espèces, en tant qu'espèces, ne peut être déterminé que par l'analyse de l'idée du genre, qui leur sert de centre et par laquelle elles se limitent (/6f(/., p. 266 et suiv.).

NOTE F

On a beaucoup reproché à Reinhold les divers changements qui se sont opérés dans ses opinions. D'abord kantien pur, il abdiqua ce titre pour créer sa théorie de la faculté représen^ tative; il se rattacha ensuite un moment à Fichte ; aujourd'hui défenseur de Bardili, il se trouve bien loin de Kant. Mais il n'en est point des opinions philosophiques comme des principes de conduite. Ceux-ci doivent être fixes , celles-là sont exposées à de fréquentes modifications. Blâmer un philosophe qui a le courage d'avouer qu'il croit s'être trompé, d'abandonner ses idées pour celles d'autrui , c'est faire l'apologie de l'entêtement, c'est vouloir consacrer les obstac^s qui s'opposent aux progrès et aux succès de la vérité. Reinhold se justifie lui-même d'une manière au moins très honorable pour son caractère, en faisant observer qu'il a pris successivement la défense de Kant, de Fichte, de Bardili, au moment où, seuls encore , ils luttaient contre les préventions ou l'indifférence générales. Le seul reproche fondé qu'on pourrait faire à Reinhold 9 est celui que lui adresse l'auteur d'iEnesidemus, iV. 24

370 mst. GOMP. DSS 8TST. DE PHIL.

d'avoir été très îDjnste eoyers les adversaires de Kant, ea le«r refusant indistiDetement les lumières suffisantes on nn sîiioère amonr de la yérité.

NOTE G

IVabord, le principe de la coaselenee n'est point, dit Sdiidze, nn principe primitif et absolu; car il suppose, aveuit loi, le principe logique de la contradictiam^ non comme son fondement réel, mais pour garantir la légitimité de sa forme » (^nesidemut f p. 60 ).

« Ce n'est point un principe déterminé par luinaiéme , et qui puisse être reconnu par la seule réflexion sur les termes qui le composent; car ces deux termes, distinguer , rapport ^er , qui en expriment toute la force, sont susceptibles de plusieurs significations très divei-ses, que le principe ne fixe pas, entre lesquelles il ne choisit pas, et que Reinhold lui-mèsie a laissées entièrement indéterminées''(/6^M P* 63).

» Enfin ce principe n'est point universel ; car il est un grand nombre d'opérations de l'esprit dans lesquelles nous avons la consci^ce de notre mai et eeBe de la représentation qui le modifie, sans av<Hr celle d'un objet représenté qui ea soit dis* tinct (Ibid., p. 70).

9 Ce principe n'est donc que l'expression de certaines ob* servations sur quelques opérations de notre esprit , généralisées par l'abstraction , ce que Reinhold n'avait point vouki reconnaître , ce qui renverse toute sa théorie {làid., p. 76 , 82). »

iOnesidemus soumet de même à un sévère examen les ea* ractères attribués par Reinhold à la représentation , Bid.^ p. 84 ; à la faculté représentative , Jbid.^ p. 97 ; à la otmscience, Ibid., p. 213 ; à la clarté, à la distinction qui doivent accompagner cette conscience ; à la connaissance enfin , Ibid., p. 272 , et surtout à hi réaUté des représentatiocs y Ibid.t p. 202, Il montre l'insoffisanoe de ces caractères ; il

PHltOSOPHIE WÔItERNE. CHAP. XXYI. 871

fatît Voir que la supposîtloti de Amx éléments distincts et constitutifs d^ns la représentation , Ibid., p. 186 ; que celle de deux représentàtiOÈIs, Tune immédiate, l'autre médiate , dans la (5oinnaissance , soEft entièrement arbitraires, ïbid,,i^. 290 ; que la dîstînctïûfu de là matière et de la fatme, de Yintuitioh et de la notion^ disparaît par cotiséquent avec cfes hypcrtbèses, if démontré enfht , avec une sîûgtilière netteté, que ReinhoM, en suivant rigoureusement lâ conséquence de ses prîticipes , ne peut établir qu'tine seule cbosè par sa tbéof ie totft entière, c'est-à-dire, la maulère dont nous (Concevons, dont ûoûs peu- SonSj dont ûous ithaiginons les opérations de notre esprit, mais point du tout là manière dont elles s'exécutent f éellemeût en effet ; que fteînhold n'établît aucun raisonnement pour pfoute* (ïûe l'idée sous laquelle nous concevons ces opérations ait rien de légitime, qu'elle ne soit pas une illusion, une sorte d'hypotbèse naturelle dans sa formation, mais arbitraire dans son principe. Telle est donc, dît-il., la véritable essence de la théorie de Reinhold , de nous avoir peint les appaNnces de «os opérations inteîlectudles, ce qui peut être une vue neuve, et rtïême très netfve, mais âUssî éloignée du but ordinaire des philosopheâ que de cetut auquel Relnhold lui-même annonce ôVô(!r voulu parvenir {ïbid.. p. 194).

NOTE H

« On f)eut juger clairement de quelle manière le dogmatisme s^est comporté jusqu'ici en élevant ses divers. systèmes et déterminant la réalité qui appartient aux différents éléments de nôsxonnaissances , par la manière dont il s'y est pris pour résoudre la célèbre question de l'origine de nos idées. Une réponse satisfaisante et certaine à cette question nous eût procuré, sans doute, la plus parfaite lumière sur la dignité des divers éléments de nos connaissances , et sur les véritables limites des facultés qui leur servent d'instruments. Mais la poîisrbiiîté d'une semblable réponse suppose évidemment avaût

»72 |nïST. coMP. DES &ysT^ de phit..

elle une autre réponse satisfaisante à deax autres questions : V accord de nos idées avec un objet quelconque hors d'eUeSy uUil possible et réel ? Et dans le cas même où un tel accord serait réel , estait aussi quelque chose qui puisse être représenté et connu dans sa véritable essence ? Tant qu'on n'aura point répondu d'une manière satisfaisante à ces deux questions , oe sera un effort inutile et sans but, de prétendre éclaireir et exposer le Yéritable mode de génération de nos connaissances ; car nous ne saurons jamais si ce que nous cherchons est en notre pouvoir. C'est un fait incontestable, sans doute , que certaines idées n'ont point toujours existé en nous-mêmes , et se sont produites seulement dans telles ou telles circonstances. Mais, si Ton veut examiner comment et par quoi elles ont été produites (non point quand elles ont commencé dans Tesprit humain ] ; si elles ont été réelieroeot engendrées , ou par des objets hors de nous , ou par des déterminations intérieures de notre propre nature , ou par tous deux ensemble , il est nécessaire alors de savoir d'avance que nos idées sont réellement liées à des objets distincts d'elles par la relation d'un effet à sa cause, et que la connaissance de ce qui appartient à une idée dans son rapport à d'autres objets distincts d'elle n'est pas une chose qui surpasse toute la portée de nos facultés intellectuelles. Mais quel dogmatique, même parmi les plus célèbres, a jamais fait précéder, parla solution de ces deux questions, ses recherches sur l'origine de nos connaissances? Lequel d'entre eux y a donné une réponse satisfaisante? Je n'en connais aucun; mais j'en connais un grand nombre* qui ne se sont point contentés d'admettre, comme une chose reconnue et ceiiiaine par elle-même , qo^ nos idées doivent dériver de quelque chose qui cependant en est distinct , et qu'on peut connaître l'accord réel qui règne entre ces deux termes ; mais qui ont été bien plus loin encore, qui , pour obtenir par la recherche de l'origine des divers éléments de nos connaissances un moyen de fixer la force ou l'impuissance de nos facultés intellectuelles, ont supposé que

nous sommes capables d'obtenir une véritable connaissance sur l'origine de nos idées , et qui , par là, ont fondé la cnYigue de toutes les connaissances humaines sur un priDcipiB qui a lui-même un besoin aussi essentiel des épreuves de la critique qu'aucune autre partie de nos connaissances (JEnesidemus , p. 251 ). »

Ce passage, en même temps qu'il nous offre peut-être l'exemple et le plus haut degré de subtilité auquel les arguments du scepticisme puissent être portés, nous fait connaître aussi le point de vue dans lequel l'auteur d'^nesidemus s'est transporté pour combattre à la fois Locke , Leibniz et Kant , dont la doctrine est désignée par les dernières expressions.

NOTE L

Fichte exige du philosoplie , pour s'élever au premier acte libre et créateur, un certain sens t?anscendantalj dont la privation est absolument irréparable. Keinhold, qui le combat souvent et plaisante quelquefois son ancien ami , s'en dit absolument privé, et ce malheur lui sera commun avec bien dçs gens.

II est assez singulier que les philosophes critiques, qui blâment avec tant de force la philosophie qu'ils nomment populaire^ d'avoir invoqué le témoignage du sens commun , invoquent eux-mêmes le secours du sens transcendantal. Sans prétendre décider sur le mérite respectif et intrinsèque de ces deux5^n5, l'un transcendantal, l'autre commun^ nous remarquerons seulement que les philosophes qui en appellent au second sont un peu moins exigeants , et que s'il fallait , par hasard , opter avec nos faibles lumières entre l'un et l'autre, on se consolerait un peu plus facilement de la perte de celui* là, que de la privation de celni-cî.

NOTE J

a Fichte a pénétré sans doute plus profondément que Kant

S7& niST. COVP. DES SYST. DB PHIL.

lal-mème dans le véritable esprit de Tidéallsme transcen^aQ? tal, en reconnaissant» en appliquant PactivUé ^t rabmlm subjectivité qui $*objective elle-métiie , comme le principe déboute philosophie, non-seulemeiif pratique^ mais eocore idéqle; en considérant non seylemefit la conscience ntorale, mais encore l'expérience et les sensations, comme un produit de r absolue subjectivité (du moi pur et non empirique)', en réunissant les (Lmx principes isolés, opposés même, prêt# par Kant à la philosophie théorique et pratiqi^ff, en up ^eul ^t même système.

» En donnant à la connaissance le pom ii' expérience t Fichte comprend sous ce titre les représeniqpons accompagnées du sentiment de la nécessité^ et prétend attribuer ainsi un caractère commun , tant à la croyance morale qu'à la science empirique. La réalité des connaissances qu'il veut chercher à établir est donc le sentiment de la nécessité attachée à certaines représentations. Afin de se garantir de tont malentendu sur ce qu'il considère comme fondant la connaissance réelle et comme antérieur à cette fondation, il exprime ainsi le premier problème de la philosophie : Comment parvenons-nous à attribuer une réalité objective à ce gui n'est gfte subjectif f II considère donc comme admis, antérieurement au problème lui-même , que la connaissance n'est que subjective, eic. {Reinhold Beitrage zur kichtern Uebersicht,^' — Premier cahier, pag. 84).»

NOTE K

Écoutons d'ahord comment Schellîng justifie, explique l'<^' pinion qui fait dériver la philosophie entière de cette premi^ action , de cette première volition autonomique:

. Il est clair , dit-il [Philos. Journal, Xom. 6, deuxième cahier, p. 200), que l'esprit ne peut avoir la conscience de son action comme telle, qu'autant qu'il s'élève au-dessus de tout ce qui est objectif. Mais, en s'isolant de tout objet, I esprit ne retrouve ph» que lui-même.

PHItOSOPHIE MOBEAME. CHAP. XXVI. 975

9 Mais cette action, à son tour , par laquelle Tesprit se détache de tout objet, ne peut être expliquée que par la déter*' niination que Tesprit se donne à lui-même, L'o^prit se déter' mine à agir ainsi, et) en se déterminant, il agit.

» C'est un élan que l'esprit se donne pour s'élever au-dessus du fini. Cet élan anéantit, pour lui, tout ce qui est fini, et l'esprit se contemple alors seulement dans ce poHUf absolu qui survit.

V Cette détermination que l'esprit se donne s'appelle i;of«loir. L'esprit veut et il est libre. On ne peut donner aucun fondement àsavolitîon , car cette action est un vouloir^ précisément parce qu'elle s* exécute absolument.

9 Pendant que l'esprit anéantit pour lui, par cette action, tout ce qui est objectif, il ne lui reste plus que la forme pure de son vouloir, qui devient dorénavant la loi éternelle de son action.

» L'esprit n'obtient la conscience de son action que dans te vouloir seul, et l'acte du vouloir , en général, est la première condition de la conscience de soi-même. ^

» Maintenant , c'est cette action qui réunit la philosopbie théorique h la pbilosophie pratique. On ne peut donner à cette action aucun fondement ultérieur; car l'esprit n'existe que par cela seul qu'il veut , et il ne se connaît que par cela scidl qu'il se détermine. Nous ne pouvons nous élever au-dessus de cette action, et voilà pourquoi elle est considérée avec iaHon comme le principe de toote philosophie, etc^ »

Noos avons cru convenable de donner textuellement cette explication, de peur qu'en l'abrégeant nous ne fussions acctt'^ ses, ou par les uns de ne l'avoir pas bien comprise, ou par les autres de ne l'avoir pas bien fait comprendre.

NOTE L

« En cherchant à établir cet accord de l'objet et dd sujet, «le la nature et de l'intelligence, qui s'identifient dans la pensée.

OD peut, dit Schelling, partir de l'un ou de l'autre de cesdeux termes.

j» Si Ton part du terme objectif, il reste à démontrer comment leni^'ee^t/ vient s'y unir, comment l'intelligence vient s*unir à la nature. Ce problème est le but de la science de la nature. La tendance nécessaire de cette science est de convertir la nature en intelligence, de la spiritualiser. Telle est Torigine des efforts que l'on fait pour soumettre les phénomènes naturels à des théories. Cette parfaite spirifcualisation serait la plus haute perfection de la science de la nature ( System des transcendentales Idealismus^ introd.y pag. 6}. C'est ainsi qu'elle devient science de la nature.

» Si Ton part du terme subjectifs pour en déduire Vobjeetif ou la nature, c'est la philosophie transcendantale.

» Ces deux opérations, opposées entre elles, mais qui se cherchent et se complètent mutuellement, constituent les deux sciences fondamentales, et le résultat de Tune et de l'autre doit être absolument le même ( Ibid.^ tom. III).

» Le philosophe transcendantal commence donc par le doute sur la réalité de tout ce qui est objectif.

» Il y a en nous un préjugé fondamental , auquel tous les autres peuvent être réduits, préjugé originel ^ inné^ placé en nous par la nature.

» Ce préjugé, c'est l'opinion qu'il y a quelque chose hors de jïous{lbid.y (8,^9).

» Le soin du philosophe transcendantal doit être de montrer que cette opinion est, non pas associée ^ mais ideniigue avec une certitude immédiate, et de démontrer cette identité.

» La commune raison n'admet qu'une certitude immédiate, celle de cette vérité : Je suis. Le philosophe transcendantal doit donc montrer l'identité de cette proposition avec la seconde : Ilya quelque chose hors de moi.

» La science iranscendantale est la science de la science en elle-même y en tant que purement subjective.

» Tantôt, comme dans la philosophie théorique , bous ad-

mettons que les objets règlent nos idées; tançât, comme dans la philosophie pratique, nous admettons que nos idées, librement conçues^ règlent les objets. G)mment accorder ces deux directions contraires? Par l'identité primitive de Tactlvitéqui produit l'univers objectif, et qui se développe dans notre volition. Les produits de cette activité seront considérés comme les produits d'une activité tout à la fois douée et privée de conscience. Le principe de cette activité ne peut être qu'en nous-mêmes. Découvrir ce principe, cette identité , tel est le grand but de l'Idéalisme transcendantal ( Ibid., 18 }•

D Le seul instrument qu'emploie le philosophe transcendantal est le sens intérieur. Les seuls objets qui existent pour lui sont ceux qu'il produit librement (Ibid.^ 20).

» Son principe fondamental est celui qui présente l'absolue identité de Vexistence^ ou objet, et de Yidée^ ou sujet, c'est-àdire du représenté et du représentant ; c'est donc la con^ science de soi-même ( Ibid.^ 43 ).

» Cette conscience est une action parfaitement libre et productive ; le moi en reçoit sa réalité ; il n'est que cet acte même, ou plutôt que l'acte en général {Ibid,^ 45).

D Ce principe : Je suis, est antérieur à cet autre : Jepense^ qui n'exprime qxx'xme cor^cience empirique; le premier est infini (/6id.,47).»

NOTE M

« Le moi n'est point un étre^ une chose ; il n'a aucun attribut que cette propriété négative. Le premier problème de la philosophie est de trouver quelque chose qui ne puisse être absolument connu conmie un être (Ibid.^ 48, 49).

» La philosophie transcendantale ne peut dériver d'un théorème, mais seulement d'une action libre , et cette action ne peut être que postulée ( Ibid., 53 ).

» Le moi se produisant lui-même est cette action. Le moi

S78 niST. COMP. DES 8TST. DE PBIL.

est le principe de toute réalité; il est originairement infini (/Mdf., 68).

B Cette infinie activité doit être limitée dans sa production, pour que le mai puisse devenir son propre objet.

»Mais le moi ne peut limiter sa production sans ^opposer quelque chose à lui-même.

B Ce quelque chose d'opposé est le non-moi.

B II n'a lieu qu'en vertu de l'action par laquelle Fesprit 6e constitue oljei pour lui-même. Hors de cette action , il n'est rien (Ibid.^ 70). »

Tels sont les fondements du nouvel idéalisme de ScheUiog. Après avoir tout rapporté, par l'identité, à Vacte de la conscience , il essaye de tracer ce qu'il appelle V histoire de ia conscience^ d'indiquer les divers actes successif dont cette histoire se compose; actes qui, comme on sait, ne sont point de simples opérations de Tesprit, mais sont encore des développements de la puissance créatrice.

« La première époque de cette histoire commence à la sensation originelle , et s'étend jusqu'à Vintuiûion productive.

B Elle comprend trois actes :

» Le premier, duquel sort toute l'histoire de rintelligence, est Facte de la conscience de soi-même, en tant qu'il n'est point encore libre ni accompagné de la conscience ( Der Act des Bewusstseyns , in so fern er nicht frei , sondern noch unbevmsst ist^ pag. 186 ).

B Au second acte , le moi se contemple dans cette limitatkm.

B Au troisième, le moi devient, comme sentant, ol^et pour lui-même {Ibid.^ 189).

A ces trois actes, Schelling MX correspondre ce qu'il ap« pelle les trois forces de la matière , le» trois mom«st8 de construction, les trois dimensions enfin (/Aîd., 169)^

« La seconde époque commence à Vintuition productive, ^ se termine à la réflexion.

» Aux trois intuitions qui composent cette époque, correspondent les trois catégories de la relation de Kant (Ibid.^ 193 à 276).

» La troisième époque embrasse depuis la r^/Z^^r/pn jusqu'à Vacte du vouloir absolu.

fi Le résultat de cette troisième époque est d'expliquer la différence entre les connaissances à priori et celles à poste" riori. »

Selon Sehelling , » toute connaissance est, originairement, entièretnent empirique^ et elle est aussi , originairement , entièrement à priori ( IHd.^ 515).

et Entant que le moi produit tout de lui-même, toutes nos connaissances composent une science entièi'e et indivisible à priorif

» Eq tant que nous n'avons point le conscience de cçtte production, rien p'est pour nous à priori, tout est à |7oa^0riori (Ibid., 316).

» C'^st pour n'avoir point aperçu cette vérité que Locke a eu recours à cette supposition tout à lait incompréhensible, savoir : que les idées nous sont originaii cment transmises par les impressions extérieures ( Ibid., 819). »

NOTE N

A sa philosophie théorique Sehelling a associé une philo- $iophie pratique également déduite de Vidéalisme transcendantaly et fondée sur cette proposition :

L'absolue abstraction, ou le commencement de la eonseience de nous-mêmes^ ne peut être expliquée que 'par la détermination de soi-même ou par une action de Vintelligence sur elle-même [Ibid., 323).

Upe certaine harmonie primitive entre le subjectif et l'oôjectif^ entre Vactivité accompagnée de conscience et Vacti' fMé qui en est privée , est la dernière découverte qui coufonne cette théorie ( Ibid. , 442).

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