IV
retour. Un homme célèbre, qui occupa parmi nous les premières fonctions du ministère, qui, à la première époque de sa retraite, développa rimportance des idées religieuses , a lui-même consacré les dernières années de sa vie à les montrer dans leur alliance avec les lois de nos devoirs. La réfbrme opérée dans la législation da divorcé, en remplissant lé vc&u des bonnes mœnrt, a fait éclore plusieurs écrits recommandablessur le caractère moral du premier lien de la société. La voix de la morale et de la nature a réclamé avec le même succès les droits et les devoirs de Tautorité paternelle. Un concours ouvert par la classe des sciences morales de T Institut, en appelant une discussion approfondie sur les maximes de Fauteur d'Emile, a fait poser de sages limites entre l'emploi et Tabus du ressort de Témulatioa dans l'éducation de la jeunesse.
S'il suffisait à la morale que la nomenclature de ses préceptes fût exposée avec clarté, avec méthode ; si, ayant à lutter contre le torrent des passions et les obstacles que les événements lui opposent, eUe n'avait bescnn de s'aider, en s'adressant aux hommes, de toute la chaleur du sentiment, de cet enthousiasme juste et Ultime, et, comme disait Platon, de ces amours ûrfwiirfl*fe» qu'excite la vertu dans les cœurs honnêtes, le Catéchisme universel de Saint*Lambert aurait pu remplir son objet ; mais on se demande quel peut être Tusage d'un traité qui semblait destiné * davarir
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un manuel ; on est surpris que le chantre des Saisons, après avoir, dans ses élégants tableaux, animé toute la nature matérielle, ait pu priver ensuite, dans cet ouvrage, la nature morale de son esprit de vie et de fécondité. Une erreur philosophique en est la cause; il n'a considéré la morale que comme une prudente économie, si l'on peut dire ainsi^ dans le aours de la vie ; il a cru qu'il suffisait de lui prél^r un flambleau , sans lui donner aucun moteur ; il n'a voulu accorder pour principe à l'amour du devoir, que cet intérêt sensible qiii petit bien en faciliter quelquefois la pratique aux âmes faibles, mais que les âmes généreuses apprennent de la vertu même plutôt à immoler qu'à satisfaire; et cette doctrine qui glacerait, dans la pratique, le cœur de l'homme dont elle serait le se^l aliment , a répandu la même infiuonce sur les méditations et sur la théorie de cet auteur.
Marmoûtel, en traitant le même sujet, et quoique se renfermant dans un cadre plus étroit, n'est pas tombé dans la même faute; il fait chérir la vertu en la faisant connaître. Il n'entrait pas dans son dessein d'étudier la marche des passions humaines : c'était un père qui enseignait à ses enfants à être bons. Il a du moins emprunté par là uu des plus beaux caractères du ministère des moralistes parmi les hommes.
Marmontel , dans ses Œuvres posthumes , a laissé aussi un Traité de logique et un Traité de
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métaphysique; ilii*yfaut pas chercher dob plus des mes neuves et profondes; mais ces écrits renferment un choix fait avec discernement et sagesse dans les travaux des philosophes de tous les temps. C'est un recueil de vérités utiles, présentées avec simplicité, avec netteté et méthode. On peut remarquer que plusieurs des hommes de lettres distingués qui ont terminé leur carrière pendant Tintervalle qui nous occupe, en ont consacré les dernières années et les derniers efforts aux travaux philosophiques. Peut-être l'âge et les événements les avaient-ils ramenés plus fortement aux idées sérieuses ; peut-être aussi avaient-ils jugé que Tépoque à laquelle nous sommes arrivés ouvrait à ceux qui embrassent ce genre d'étude de nouvelles perspectives. Le malheur des temps a dû réveiller avec force le sentiment et le besoin de la morale. Les travaux d'un grand nombre de siècles sont accumulés devant nous, et si Texemple de tant de systèmes rapidement élevés et détruits nous indique les fautes à éviter, la possession des vérités acquises nous encourage à les étendre. Les tentatives du scepticisme ont été poussées si loin, qu'elles ont en quelque sorte épuisé ses forces, et que tout ce qui sera conquis sur lui sera désormais hors d'atteinte. Les hommes qui cultivent les études philosophiques sont plus disposés à s'entendre , et la diversité des opinions ne produit plus au même degré l'esprit de secte. Enfin, s'il reste en-
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core beaucoup de problèmes à résoudre, les problèmes fondamentaux sont au moins définis avec plus de précision que jamais. Ceux qui les méditeront profondément y trouveront de puissants secours pour avancer dans la carrière; ils marcheront d'autant plus directement au but, qu'ils porteront dans cette étude des intentions plus pures, et que le zèle pour les intérêts sacrés de la vertu s'associera plus profondément dans leur Ame à Tamour de la vérité ; ils avanceront aussi avec d'autant plus de certitude , qu'ils seront mieux préparés par les recherches historiques et par l'étude de l'antiquité, introduction indispensable pour les travaux philosophiques. Les écrits des anciens contiennent une foule de germes épars, mais précieux et susceptibles d'être fécondés; les rapprochements de leurs préceptes étendent les idées ; l'esprit s'élève à la vue de ces grands modèles. C'est à la philosophie qu'il appartient d'expliquer l'érudition , comme l'érudition explique les monuments ; mais , ainsi traduites, les matières de l'érudition deviennent à leur tour autant de pensées fécondes. Une érudition solide et bien choisie nourrit les méditations de la pensée.
Nous ne saurions donc recommander trop fortement la réunion de ces deux genres d'étude ; elle oflFre encore de nombreuses palmes à cueillir, d'autant plus honorables , qu'attachées à un but utile et noble , elles exigent de longs efforts
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et de difficiles épreuves. Cultivée dans cet esprit, la philosophie exercera une influence favorable sur les progrès des connaissances humaines, et se montrera toujours digne de la place qui lui fut assignée dans Tarbre généalogique de Bacon.
L'alliance qu'elle entretiendra avec les lettres, maintiendra celles-ci dans toute leur dignité. Ses maximes seconderont les intérêts de la morale publique , et prêteront, dans Topinion des hommes, un nouvel appui aux institutions qui les garantissent. Ses leçons seront particulièrement méditées par les hommes qui se livrent aux honorables fonctions de renseignement, ou auxquels est confié le ministère sacré de former le cœur de la jeunesse à la vertu ; ils puiseront à l'école de la sagesse, et les lumières qui doivent diriger leurs pas, et les nobles sentiments qui doivent npurrhr leur zèle. Nous terminerons par un vœu que cette conviction nous inspire : Târection de quelques chaires de philosophie en France, et particulièrement dans les établissements destinés à former des instituteurs, nous parait non-seulement utile, mais nécessaire pour compléter Je système des études. Ce fut sous le règne d'Auguste que les écoles de philosophie, fermées pendant les désordres du triumvirat, furent rouvertes, et avec un écjat nouveau , à Rome et dans tout l'empire.
NOTE A
Avant la présentation de ce rapport à l'Empereur, M. de Gerando lui soumit les vues et les principes qui avaient présidé à ce travail , dans une lettre dont voici les principaux passages :
« Sire,
» J*ai été chargé par l'Institut national de la portion la plus délicate du rapport qu'il doit bientôt présenter à Votre Majesté sur l'état et les progrès des sciences pendant les vingt dernières années, je veux dire , de celle qui concerne la philosophie. C'est en suivant avec franchise la ligne de mes propres opinions, que j'ai échappé aux difficultés et aux dangers d'un tel sujet.
D Le spectacle des abus commis au nom de la philosophie sous les rapports de la morale, de la religion et des institutions politiques, a été le motif qui, dès mes jeunes années, m'a engagé dans cette étude. Je conçus le dessein trop hardi pour mes forces, mais d'un vif intérêt pour mon cœur, de réconcilier la philosophie avec les vérités qui fondent le bonheur de l'homme et la tranquilité des États. Quelques prix obtenus dans les sociétés savantes de l'Europe ne sont tombés que sur des accessoires de mes travaux; mais tous attestent ce but, et ceux que je n'ai pas publiés y tendent plus directement encore.
» C'est donc cette philosophie qui appelle la raison non à proscrire, mais à fonder les idées religieuses , qui s'allie au chrisUanisme, qui reconnaît une morale naturelle , qui respecte les institutions établies, la vraie philosophie socratique, dont j'ai tracé l'histoire dans mon travail. C'est dans ses in-
UoCy RAPPORT HISTORIQUE, ETC.'
téi'èu seub que J'ai cherché la mesure des progrès obtenus ou des fautes commises , et cette philosophie, qui n'est qae la raison des lu>romes de bien , peut confier ses desseins , le iHit de ses efforts , au restaurateur des mœurs publiques et de toutes les institutions qui les protègent. »
Fm.