‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie, considérés relativement aux principes desChapitre 5 sur 32 · IV. I · texte numérisé non relu

IV. I

ner une attention toute spéciale dans un ouvrage destiné à des lecteurs français ; et plus le caractère de ces travaux s'éloigne de celui qui est propre à la philosophie française des derniers temps, plus il oflfre même de contraste avec elle, plus il devient utile pour nous de l'étudier , pour y chercher toujours un terme de comparaison , souvent un supplément à ce qui nous manque , un autre point de tue pour considérer les objets, un avertissement contre nos propres illusions , un moyen de nous réformer et de nous perfectionner nous-mêmes.

Au commencement du xvm* siècle , la philosophie avait à peine essayé d'emprunter, en Allemagne , l'organe de l'idiome national ; la langue n'était point encore formée , elle n' offrait à la philosophie qu'un instrument imparfait; l'Allemagne ne possédait pas même encore une littérqj;ure indigène. La condition de la philosophie était donc la même , à peu près , que celle de la géométrie et des autres sciences positives ; elle ne s'adressait qu'aux méditations solitaires , elle ne communiquait qu'avec des hommes déjà exercés par de fortes études. L'Allemagne était encore proifondément religieuse ; les mœurs s'y conservaient simples, graves; l'autorité y était respectée ; le goût et les habitudes de Tordre y régnaient généralement ; les esprits y étaient naturellement portés aux choses sérieuses, disposés aux exercices de la méditation ; ils portaient dans i

PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXII. â

rétude une droiture, une sincérité ingénue; ils semblaient se complaire dans les difficultés, au lieu de les redouter ; ils ayaient un goût marqué pour les coordinations systématiques; les recherches de rérudîtion y étaient singulièrement en bonneur. Tel était le public en présence duquel les philosophes allemands se trouvaient placés. Pour l'entretenir, pour le satisfaire, ils n'avalent pas besoin de devenir infidèles à leur mission.

Jamais, d'ailleurs, la dignité de cette mission n'avait été mieux sentie en Allemagne. Leibniz avait montré jusqu'à quelle hauteur pouvaient s'élever les spéculations philosophiques ; il avait révélé toute l'étendue des rapports qui les unissent au système entier des connaissances humaines ; de toutes parts on commençait à entrevoir leurs nombreuses et importantes applications; dans leur nombre, celles qui appartenaient aux sciences morales occupaient le premier rang. Mais on sentait aussi qu'une vocation semblable exigeait une préparation laborieuse et difficile, qu'une vaste et solide Instruction était nécessaire pour la bien remplir.

L'histoire doit le reconnaître: la philosophie, en Allemagne , a bien répondu , pendant le cours du xvni* siècle , à ce que ces circonstances lui demandaient et permettaient d'en attendre. Il serait difficile de trouver un pays et un âge où les sciences philosophiques aient été plus fé^

4 HIST. GOMP. DES SYST. DE PHII.

condes en travaux utiles et recommandables à tous égards. Cependant ces travaux sont, en général, à peine connus encore aujourd'hui hors de TAUemagne. Wolff est presque le seul dont la renommée, plus encore que les écrits, s'est répandue dans le reste de l'Europe. L'Allemagne elle-même ne rend pas, à beaucoup près, aux philosophes qui l'ont honorée pendant le siècle dernier, toute la justice qui leur est due. La sensation qu'a excitée, vers la fin de ce siècle, l'apparition du système de Kant, a trop fait oublier ses prédécesseurs. La hardiesse des prétentions auxquelles aspire la philosophie nouvelle sortie de l'école du professeur de Kœnisberg, a fait méconnaître le prix des services rendus dans une sphère plus modeste, mais plus réelle. Il est juste, il est nécessaire de restituer aujourd'hui à cette période de la philosophie allemande le degré d'importance qui lui appartient , de rappeler sur les résultats qu'elle a produits l'attention et l'estime qu'ils méritent, de signaler surtout les sages exemples qu'elle a donnés dans la direction qu'elle a suivie.

Deux traits essentiels nous paraissent caractériser cette philosophie : Tun est le choix éclairé qui préside à l'éclectisme dont elle fit profession ; l'autre est la fécondité des applications qu'elle s'est attachée à obtenir. Ces deux circonstances éminemment propres, sans doute, à la recommander, peuvent avoir contribué cependant à lui

donner moins d'éclat. En combinant et perfectionnant les doctrines dont elle se trouvait en possession, elle a moins ambitionné la gloire de Tinvention; elle n'a frappé les regards par aucune de ces grandes découvertes qui influent sur le système entier des connaissances. En rechercbant Futilité des résultats pratiques , elle a pris un essor moins haut vers la région des spéculations el des hypothèses ; plus elle s'est rapprochée de l'action, et plus elle s'est imposé de prudence.

Il est encore un trait qui caractérise aussi la philosophie allemande du xvnr siècle , mais qui dérive principalement de l'influence exercée par Leibniz et qui se perpétue encore dans la philosophie nouvelle de ce pays : c'est une espèce de coordination qui donne, en général, à ses productions, une forme éminemment systématique et qui semblerait même avoir été quelquefois portée jusqu'à une sorte d'excès.

Enfin , c'est pendant le cours du xviii* siècle que la langue allemande a obtenu la fixité et le complet développement de ses formes, que la littérature allemande a pris un rapide essor, s'est enrichie d'une suite de chefs-d'œuvre. La philosophie a pu concourir à ces deux événements; elle en a tiré avantage; elle s'est emparée de la langue nationale ; elle s'est ornée d'une littérature qui ne prétendait point dominer sur elle; elle a trouvé dans ce double secours le

moyen de se faire mieux entendre et mieux goûter, mais elle n'y a pas rencontré un danger ; elle n'y a point été exposée à s'énerver, à se corrompre.

La première forme que prit l'éclectisme en Allemagne fut celle que Wolff lui donna. Pour en bien connaître l'esprit , il faut remonter encore jusqu'à Descartes ; car telle a été l'in fluence prodigieuse exercée par son génie, que l'Europe entière obéit plus ou moins au mouvement qu'il avait imprimé. Sa doctrine obtint peu de crédit en Allemagne, mais son exemple y fructifia. La généreuse entreprise qu'il avait tentée, réclat qu'elle avait répandu, excitèrent de bonne heure l'émulation de Wolff. Gomme Descartes, il aspira à l'honneur d'affranchir les sciences philosophiques, en les réformant dans leur base elle-même. Descartes avait voulu instituer une philosophie française sur les débris de celle de l'école; Wolff voulut instituer une philosophie allemande. Frappé de la clarté, de l'ordre, de la précision, de la rigueur qui régnent dans les sciences mathématiques, et de l'idée qu'avait eue Descartes de transporter les méthodes mathématiques en philosophie, il fut tellement séduit et entraîné par cette pensée, qu'il dévoua sa vie entière à la réaliser. Mais Descartes avait saisi l'esprit de la méthode des géomètres , plutôt qu'il n'en avait imité l'appareil, à l'exception d'un petit nombre d'essais; Wolff voulut l'appliquer avec

toutes les formes, remployer sans réserve, et le transporter dans toutes les sciences morales.

Les exemples de Leibniz, de Tschirnhausen, de Thomasius lui-même à quelques égards, achevèrent réducation philosophique de Wolff, que ceux de Descartes avaient commencée. Introduit par Burkhard Munken auprès de Leibniz, encouragé par lui , honoré de la correspondance de ce grand homme, k sa suite il s'éleva aux plus hautes théories spéculatives , s'engagea dans l'investigation des premiers principes des choses, embrassa avec lui l'universalité des connaissances humaines. Il manquait aux vues fortes et abondantes de Leibniz d'être réunies en corps, de former un système; WoWF entreprit d'exécuter' ce grand travail et construisit en effet un vaste édifice , une sorte d'encyclopédie des sciences morales méthodiquement classées. Admis auprès de Tschirnhausen, aidé dans ses études par les conseils de cet illustre géomètre, il apprit auprès de lui à rallier vers un but unique toutes les branches de la philosophie , à les coordonner entre elles , à apprécier le mérite d'un langage exact et déterminé , des définitions régulières , à remonter au témoignage de la conscience intime comme au foyer de toutes les vraies lumières. La réforme tentée par Thomasius ne put avoir son suffrage ; elle dépouillait trop la philosophie du caractère scientifique; elle abaissait trop la science au niveau du vulgaire ; mais il fut contraint du moins,

8 UIST. QOMP. DES SYST. DE PHIL.

sinon entraîné par l'exemple de Thomasius, à employer la langue nationale dans son enseignement, et, plus sage en cela que Thomasius, il s^étudia à fixer Faeception des termes , en même temps qu'il rendit à la langue allemande le service que Cicéron avait rendu à la langue latine , naturalisant avec bonheur dans cet idiome une foule d'expressions qui lui manquaient pour devenir l'interprète de la science. Comme Thomasius, il associa la philosophie à Tétude du droit naturel; comme Thomasius surtout, il embrassa avec chaleur, servit avec une fidélité courageuse la belle cause de la liberté de penser et d'écrire, arbora en Allemagne l'étendard de l'indépendance intellectuelle. Attaqué aussi par le pédantisme et parle mysticisme exalté de quelques théologiens, calomnié, persécuté avec bien plus de violence et d'acharnement que Thomasius, il soutint avec une persévérance inébranlable ces querelles aussi longues qu'animées, et peut-être dut à l'éclat de ces controverses, à l'injustice de ses ennemis, une partie de ses succès.

L'empire de la philosophie scolastique était sans doute fort ébranlé en Allemagne ; elle avait du moins perdu son crédit auprès des bons esprits ; mais elle régnait encore dans les écoles. C'est à WolflT qu'appartient l'honneur de l'avoir détrônée. Il ne s'est pas borné à détruire, comme la plupart des réformateurs; c'est surtout en substituant un nouveau corps de doctrine aux

traditions de Técole, qu'il a attiré sur elles un arrêt irrévocable. Wolff, cependant, ne fut point précisément créateur, ou du moins il ne mit au jour ni des principes nouveaux , ni de nouvelles théories qui puissent être rangées au nombre des grandes découvertes; son mérite essentiel consiste dans le choix qu'il a fait des éléments dont il a composé son système, dans Fart avec lequel il les a coordonnés pouren formerun ensemble symétrique. C'est à lui que l'Allemagne a été redevable de posséder pour la première fois un système générai et complet de philosophie, système qui est devenu comme un vaste cadre dans lequel se sont exercés après lui ses nombreux successeurs avec une liberté plus ou moins heureuse. Ce sont donc ses distributions , ses nomenclatures , c'est le mode de subordination et d'enchaînement par lequel il a lié les divers anneaux de la science , qui lui assignent un rang éminent dans l'histoire de la philosophie, et qui doivent aujourd'hui devenir un objet d'instruction pour l'observateur.

La clr.ssification d' Aristote est celle qui a obtenu la préférence de Wolff, quoiqu'il l'ait cependant modifiée en cherchant à la perfectionner.

La connaissance humaine, dans le plan de Wolff*, se divise en trois branches : l'histoire , la philosophie et les mathématiques.

• La première est la connaissance du fait, » c'est-à-dire de ce qui est et de ce qui arrive dans • le monde matériel et dans les substances imma-

• térielles. Elle repose sur ce fondement : Nous » connaissons par les sens ce qui est et ce qui se

• passe dans le monde matériel, et Tàme a la

• conscience des changements qui s'opèrent en » elle-même.

» La seconde est la connaissance de la raison

• du fait; car tout ce qui est et ce qui arrive a sa » raison.

» La troisième est la connaissance de la quan- »tité des choses; elle repose sur ce principe : » Tout ce qui est fini a sa quantité déterminée.

» La connaissance historique est le fondement »de la philosophie. Dans les théories abstraites

• elles-mêmes, telles que la philosophie première,

• les notions fondamentales doivent être dérivées

• de Texpérience; la philosophie morale et civile

• lui emprunte ses principes ; les mathématiques

• pures elles-mêmes supposent quelque connais-

• sance historique , pour en obtenir la notion de

• leur objet et certains axiomes. Mais la connais-

• sance historique peut ê tre ou cachée ou manifeste,

• suivant que les faits se dérobent à nos sens ou se

• montrent d'eux-mêmes; le recueil de ce dernier » genre de faits est le degré le plus inférieur de la ï connaissance humaine ; l'art transforme la con- » naissance historique cachée en celle qui est ma- ^ nifeste; il serait donc très utile à la philosophie

• de recueillir tous les phénomènes qui se pro- » duisent sous la main de l'art et jusque dans les I» travaux des ateliers. La connaissance historique

PHILOSOPHIE MODEBNE. CHAP. IXII. Il

I vient aussi confirmer quelquefois la connais- »saûce philosophique, mais celle-ci puise dans 9 la connaissance mathématique une certitude » toute-puissante ; ces deux dernières doivent

• donc s'unir pour donner le plus haut degré de «conviction (1). »

Jusqu'ici on croit presque reconnaître à quelques traits un disciple de Bacon. Voici le disciple de Leibniz, qui va se produire à son tour :

i La philosophie est la science des possibles , 9 en tant qu'ils peuvent être ; car, en philosophie,

• on doit rendre raison de ce qui fait parvenir le 9 possible à la réalité, de ce qui fait réaliser plutôt 9 telle chose possible que telle autre. • Une telle entreprise est-elle possible? Est-elle possible à Thomme? S'il doit y avoir une raison de chaque fait, cette raison est--elle accessible à notre esprit? Wolff n'hésite pas à l'affirmer.

c II y a une philosophie du droit, de la mé- »decine, de tous les arts; il y en a une pour les »arts libéraux, pour la technologie elle-même,

• quoique trop^ méconnue et négligée ; elle en ré- » vêle les lois, elle en pose les principes (2).

9 Nous connaissons trois ordres d'êtres : Dieu ,

• l'âme humaine et les corps. De là, les trois

(1) Wolff. — Philosophia rationalis sive îogica. — Discursus prœliminarls : De phih in génère , c. I , § 1, 3 , 4 , 6 , 7 , 10 , 12 , 13 , 14, 2Ûàâ8;c. H,§34^35.

(2) Ibid,, ibid.y c. Il, § 29 , 31 , 32, 37, 38, 39, 40, 71 , 72.

)» grandes divisions de la philosophie : la théologie » naturelle, la psychologie, la physique.

• L'âme humaine a deux ordres de facultés , » connaître et vouloir : la logique guide la pre- » mière ; la philosophie, la seconde. L'éthique régit » l'homme privé ; la politique, le citoyen ; l'écono- »mique préside aux sociétés subordonnées. Le

• droit naturel enseigne quelles actions sont » bonnes ou mauvaises.

» Comme il y a des choses qui sont communes

• à tous les êtres , il y a une portion de la philo- » Sophie qui traite de l'être en général et de ses » modes , de l'être en tant qu'il est un être : c'est

• l'ontologie, c'est la philosophie première.

» L'art d'iqventer constitue encore une portion » essentielle de la philosophie.

» La physique comprend la physique générale , » la cosmologie, et toutes les branches de la phy-

• sique spéciale. Elle comprend aussi une science » jusqu'à ce jour privée de nom, cette portion » de la philosophie naturelle qui explique les fins

• des choses et qu'on pourrait appeler la téléo- » logie. *»

i On réunit la théologie naturelle et la psycho- »logie sous la dénomination de pneumatique; la

• pneumatique, l'ontoloçie, la cosmologie réunies » constituent la métaphysique (1).

(1) Philosophia rationalis sive hgica.'—D'utcttrius prœUminarh : De phil, in génère, c. UI, §55à8G.

» L'ordre introduit dans la philosophie doit

• assigner le premier rang à celles de ses parties » auxquelles les autres empruntent leurs principes. » En ne considérant que l'intérêt de nos études et » le désir de les rendre fructueuses, nous devrions » débuter par la logique ; mais si on veut soumettre 9 là logique à la démonstration, il faut décrire les » principes de l'ontologie et de la psychologie ; la » métaphysique doit, par ce motif, précéder la phy- » sique et la philosophie pratique. La théologie na- » turelle doit tirer sa démonstration de la cosmo- »logie, de la psychologie et de l'ontologie ; la su- » bordination des quatre divisions de la métaphy- » sique est donc comme il suit : l'ontologie, la » cosmologie générale , la psychologie et la théo- » logie naturelle. La physique expérimentale doit » précéder la physique dogmatique; les expériences

• doivent être distribuées dans Tordre suivant

• lequel elles rendent raison les unes des autres; » la psychologie expérimentale doit donc précéder > aussi la psychologie rationnelle. L'éthique doit » conduire à l'économique , et celle-ci à la poli- » tique; mais ces trois branches doivent se ratta- » cher à la philosophie pratique générale (1). »

Wolff a fait de la logique l'introduction à l'encyclopédie des sciences philosophiques. Le plan

(i ) Philosophia rationalis slve îogica. — Discursus prœliminaris : De phil. in génère , c. 111 , § 87 à H 3.

Ih HIST. GOMP. 0fiS 9YST. DE PHtl..

sur lequel il a conçu la logique est large et fécond. Il distingue une logique rationnelle et une logique naturelle , c'est-à-dire Tinstinct de la raison qui se conforme aux règles sans se les définir, et la réflexion qui se définit les règles pour les observer (1). i

« Uidée est la représentation d'une chose dans » Fâme. La notion est la représentation des choses '

isous l'aspect du genre ou de l'espèce (2). Les I

» genres et les espèces n'existent que dans les in- » dividus. C'est donc de la contemplation des objets j

• particuliers qu'on doit s'élever à la connaissance » universelle (8). Il y a entre les notions une diffé- » rence formelle qui dérive seulement de notre ma- » nière de concevoir, et une différence matérielle qui i

> a son fondement dans la chose représentée. » Wolff ;

a cherché à répandre une nouvelle lumière sur les '

maximes de Descartes, de Locke et de Leibniz, re- I

lativement au caractère des idées claires et obs- |

cures , distinctes et confuses , adéquates et ina- |

déquates, complètes et incomplètes, de celles j

qu'il appelle abondantes, qui se réfèrent à la I

différence formelle, et relativement aux idées |

simples et complexes, abstraites et concrètes, |

communes et singulières , qui se rapportent à la

(1) Logieœ prolegomena.

(2) Logica , pars 1 , c. 1 , § 34. — Psychoîogia empirica , pars 1 1 sectâ, ci, §48,49..

(3) Ugica, pars I , c. 1 , $ SS, S7.

PHILOSOPHIE MODEHNE. CHAP. XXH. 15

différence matérielle (1). II a traité avec un soin particulier tout ce qui concerne Tacception et remploi des termes, ainsi que les règles des défi* nitions.

Wolff a conçu le jugement, d'après Aristote , comme l'union du prédicat au sujet par le secours de la copule. Il a également adopté la théorie aristotélique du syllogisme, mais en la perfectionnant et en lui donnant le développement le plus étendu. Il n'a su trouver le critérium de la vérité que dans la convenance du sujet et du prédicat, en cherchant, d'après Tschirnhausen, le caractère du vrai ou du faux dans ce qui peut ou ne peut pas être conçu ; il a voulu déterminer ce caractère avec une plus grande précision en le rapportant à ce qui est possible ou impossible (2).

Nousreconnaissonsencoreledisciplede Tschirnhausen dans le philosophe qui, donnant à la logique une application presque toujours négli* gée, a examiné l'usage qu'elle peut recevoir dans l'investigation de la vérité (3). Cette investigation se divise justement, selon Wolff, en deux grandes directions : l'une suit la voie de l'expérience; l'autre, celle du raisonnement. Le principe de la causalité sert de flambeau à la première, celui de

(1) Logicay parsl, sect.2, c. i et2, §77 ^iiO.—Psychologia empiricOt 1. c, S 30 à 55.

(2) Logîca , pars U , sect. 1 , c. 1 , S ^S à 548. (S) IM,t ibidu sect. 11.

la contradiction à la seconde. Wolfif donne le nom à'expérience à « la connaissance des choses • qui se manifestent à nos perceptions lorsque 1

» nous y appliquons notre attention, » 11 trace des règles pour les jugements intuitifs qui prononcent à posteriori; il montre comment les sens et j l'expérience peuvent conduire à des propositions I universelles légitimement formées; il enseigne \ quel est l'emploi utile des hypothèses, quel peut | en être l'abus, comment la loi de la causalité peut être invoquée d'après la constance des effets. « La cause, dit-il, est ce qui contient en soi la » raison de l'existence d'une autre chose. L'inves- » tigation de la cause à posteriori se fonde sur la » liaison observée entre un être et le changement » survenu dans un autre. Mais cette cause peut I être voilée à nos sens ; alors, la cause peut être ! » cherchée à priori, par un essai méthodique fondé » sur l'efficacité des causes connues et leur rap- »port avec l'action observée (1). » Quelque neuve que fût cette portion de la Logique de WolfT à l'époque où il la produisait, elle est demeurée cependant fort incomplète encore. Il a distingué l'art d'observer et l'art d'expérimenter (2); mais les règles de l'un et de l'autre, celles de l'art des i

(1) Logica, pars 11, secl. 2, c. 1 et 2, § 662 à 709; c. 3, § 727 , 728.— I>iwMr«M« prœliminaris , c. 4 , § 126 à i29. (2i Psychoîogia empirica , pars 1 , secl. 3 , c. 4 , § 4 >6 à 489.

nomenclatures, y sont presque entièrement négligées. C'est encore à peu près sur les traces de Tschirnhausen , que WolJï conduit l'investigation de la vérité dans le domaine de la spéculation rationnelle ; mais il développe d'uçe manière bien plus complète la formation des notions de genre et d'espèce, les règles et l'emploi des définitions dans les matières philosophiques (1). Aucun penseur jusqu'alors ne s'était appliqué avec autant de soin à étudier le grand art des méthodes en philosophie , à en tracer les préceptes. La loi fondamentale qui les gouverne tous est celle qui prescrit d'aller toujours du connu à l'inconnu (2). Jamais on n'avait sans doute mieux recommandé un soin scrupuleux dans la détermination et l'emploi des termes , une marche régulière, un ordre constant dans le développement des propositions; cependant le code de préceptes institué par Wolff laisse encore bien des lacunes*

Non-seulemept il s'est imposé la méthode la plus. sévère, mais^^l a porté cette rigueur à l'excès; il a véritableûient abusé du meilleur des instruments; il a substitué de la sorte aux subtilités de l'école des formes presque aussi repoussantes parleur aridité.

(1) Psychologie empirica, pars f , sect. 3, c. 3 , § 710 à 742.

(2) Discursus prœUmiharis , c. IV , § 133 , 134.

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