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18 mST. COMP. DES SYST. DE PHa.
Wolffne se dispense jamais de l' appareil des démonstrations, même pour les vérités les plus simples; il contraint les faits d'observation à se convertir en théorèmes géométriques; il épuise et fatigue l'attention par des renvois continuels d'une proposition à l'autre; à force de vouloir prouver, il semble interdire la réflexion ; son extrême prolixité achève de rendre presque impossible la lecture des énormes et nombreux volumes dans lesquels il a délayé sa doctrine. On ne peut concevoir ques a propre expérience ne lui ait pas fait apercevoir sous combien de rapports les matières philosophiques repoussent l'application des méthodes mathématiques , ne lui ait pas fait sentir que la connaissance historique ne peut pas s'établir comme un calcul, que les notions dont la philosophie se compose n'ont ni l'homogénéité, ni la régularité, ni la précision rigoureuse, dont jouissent x^elles de la quantité. lia pris la peine d'établir une démonstration dans toutes les règles pour prouver l'identité de la méthode des géomètres et de celle des philosophes. « Les règles de l'une et de • l'autre , dit-il , doivent être également déduites |
» de la notion de la certitude ; elles prescrivent éga- |
» lement de n'employer que des termes expliqués » par une exacte définition, de n'admettre comme » vrai que ce qui est suffisamment démontré , de » déterminer avec soin dans chaque proposition »le sujet et le prédicat, d'ordonner tellement les » propositions, que chacune résulte de celles qui
PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXIt. 19
»la précèdent et donne Fintelligence de celles qui » la suivent (1). »
Wolflf a fait entrer encore dans sa Logique des conseils sur l'art de composer des livres, de profiter de leur lecture, de les juger. Il a appliqué la logique à Fart de communiquer la vérité, en cherchant soit à convaincre , soit à réfuter, soit à se défendre, soit à disputer, soit à enseigner; il lui a demandé des mesures pour évaluer les différentes forces intellectuelles ; il Ta considérée jusque dans la pratique de la vie commune (2).
Il Ta fait reposer sur les deux grands principes de Leibniz. Il a cru devoir justifier celui de la contradiction par le témoignage de la conscience; il a tenté d'introduire encore une démonstration à priori pour celui de la raison suffisante; il a assigné à chacun d'eux un critérium particulier, destiné à en régler l'emploi. Comme Leibniz , il transporte dans la nature des choses les lois de notre connaissance, a Le néant, dit-il, est ce à »quoi ne répond aucune notion; cela, au con- » traire, est quelque chose, à quoi une notion ré- » pond ; le possible est ce qui n'enferme aucune » contradiction (3). »
C'est aussi Leibniz qui a prêté à Wolff les
(1) Discurèus prœîimînam f c. IV, §139.
(2) Logica , pars H , sect. 3 , 4 , 5 et 6.
(3) Ontologiœ prolegomena , § 9 k 25; pars I , c. 1 et H , § 27 , 56, 69, 70, 71; sect. n, ci, §79.
principaux éléments du vaste édifice de son Ontologie. C'était , à ses yeux , une science très positive : il s'élevait avec force contre ceux qui voulaient la réduire à n'être qu'un simple vocabulaire. « L'essence d'un être , dit-il , est sa «possibilité intérieure qui s'accomplit dans la » réalité. L'essence du composé est donc le sim- » pie ; il y a donc des êtres simples, quoiqu'ils ne » se découvrent point à nos observations (l).LasUb- » stance est ce qui renferme en soi la source de ses » mutations ; or, comme la force est le principe » de toute mutation , chaque être qui subsiste en » lui-même possède donc une force qui lui est pro- » pre , et dont l'exercice constitue son action. La » force n'est pas une simple puissance , laquelle » n'exprimerait que la possibilité ; elle a, au con- » traire , l'énergie suffisante pour transformer la » possibilité en réalité. Chaque substance tente, par » un effort continu, de reculer ses limites, et par là » d'obtenir une mutation ; et comme aucune mu- » tation ne peut avoir lieu sans raison , celle qui » précède contient ce qui détermine l'autre (!)• » Du reste , Wolff n'accorde point à ses éléments cette perception, cette for^e représentative dont
(1) Vernunflige Gedanken von Gott, der Welty und der Seele ^ c. II , § 14, 33, 76, ^Q.-'Qntologia , pars II , sect. 2, c. 1, § 685,
, (2) Vernunftige Gedanken von GoU , etc., c. Il , § lU à 128. — Onlolog'ia, 1. c. §871.
Leibniz avait doté ses monades. Ici WolflFreprend de nouveau la haute théorie des causes, mais sous un point de vue entièrement transcendant. « Le » principe est , en général , ce qui contient la
• raison d'une autre chose; il y a un principe » d'existence et un principe de connaissance. La » cause est le principe duquel dépend l'existence »ou l'actualité d'un autre être, en tant qu'il exis- » te ; la causalité est la raison contenue dans la » cause ; le nœud de la cause et de l'eflFet consiste » en ce que, la cause efficiente et suffisante étant » posée, l'efTet se trouve posé par là même, et ré- » ciproquement ; la cause produit réellement son
• effet en lui décernant l'être (1).» A la loi de la causalité, ordinairement exprimée sous cette forme absolue : Point d'effet sans cause ^ Wolff a substitué cette autre loi plus restreinte : Ce qui n'a qu'une existence contingente a été produit par quel-que cause efficiente (2).
La cosmologie, la théologie naturelle de Wolff sont aussi, en général, un vaste développement des vues de Leibniz, avec quelques modifications accessoires. Il a banni de la première le spiritualisme que Leibniz y avait introduit; il a considéré l'univers comme un mécanisme immense où tout est combiné, lié par des lois générales et
(1) Ontologia , pars 11 , sect. 3 , c. 2 , § 866 ,-876 , 884 , 884 , 898, 899.
(2) /^irf., ma., § 908.
absolues (1). Il a donné le développement le plus étendu à la démonstration de l'existence de Dieu dont Leibniz avait posé le fondement, et qui appelle la Divinité comme la raison première et universelle des êtres. Il a supposé , avec Leibniz, le Créateur soumis, par sa propre sagesse, à choisir le meilleur des mondes possibles. Du reste, sa théologie naturelle est pleine de majesté.
Nous avons vu que Wolflf distingue une psychologie expérimentale et une psychologie rationnelle, La première a pour objet de rendre raison de ce qui se passe dans Fâme humaine ; elle recueille les témoignages de la conscience (2): la seconde est la science de ce qui est possible par rame humaine (3). Toute faculté de l'âme est une puissance active (4). Les sensations sont les perceptions dont la raison est contenue dans les changements des organes de notre corps, à l'occasion desquels ils ont lieu (5). Les produits de l'imagination ne diflFèrent de la sensation, qu'en ce qu'ils sont moins clairs et plus faibles (6). La réflexion est la direction successive de l'attention sur les diverses faces d'un objet;
(J) Onlologia^i^aiTU llfSecU 3,c.4, § 544.
(2) Psychoîogiœ empiricœ prolegomena , § 12.
(3) Psychoîogiœ ratiomlis prolegomena, § 1.
(4) Ibid.y pars I , sect. 2, c. 1 , § 29.
(5) md,,ibid.y c. 2, §65.
(6) Ibïd.^ %bid,y c. 3, § 96, 100.
Téme réfléchit aussi sur elle-même; c'est en réfléchissant à une chose, que nous la percevons clairement (1). La comparaison réfléchie forme les genres, et les noms ou les signes servent à fixer les classifications. Il y a une feculté d'abstraire, et c'est l'abstraction appuyée sur le langage, qui forme les notions générales (2). L'entendement est la faculté de se représenter distinctement les objets (3) ; la première opération de l'entendement est la représentation expresse et distincte de plusieurs choses en une seule. Il y a une connaissance intuitive et une connaissance symbolique: la connaissance intuitive consiste dans la conscience d'une idée ; la connaissance symbolique a lieu lorsque notre connaissance se termine à renonciation des signes , sans apercevoir les idées elles-mêmes (4) . La première s'obtient en dirigeant successivement son attention sur ce qui se rencontre d'identique dans un ou plusieurs sujets ; la seconde, en pénétrant la val6ur des expressions ou des autres signes. La pénétration rend habile à discerner, suivant l'échelle graduée des genres, ce qu'il y a de plus élevé dans les particularités, et les abstraits dans les concrets ; la profondeur se mesure sur l'étendue que l'en-
(1) Psychol. ration, pars I, sect. 3, c. 1 , §257, 264; c. 2, § 266.
(2) IMd,, iMd., § 268 à 271, 282, 283.
(3) Ibid.y ibid., § 275.
(4) Ibid.y ibid.y § 286, 289,
.tendement peut donner à Fanalyse des notions; or, la connaissance symbolique accroît à la fois et la pénétration et la profondeur : elle est ordinairement préférée par nous dans nos jugements, et c'est pourquoi le jugement est une sorte d'entretien que nous avons avec nous-mêmes (1).
Cette distinction de la connaissance intuitive et de la connaissance symbolique, et la lumière que Wolflf y a répandue, sont assurément l'un des principaux services dont la philosophie lui soit redevable ; il a rectifié les vues trop absolues de Hobbes , et déterminé d'une manière judicieuse la nature et l'étendue des secours que l'esprit emprunte au langage dans ses opérations. Il est , si nous ne nous trompons , le premier auteur d'une théorie philosophique des signes. Il a distingué les signes indicatifs ou démonstratifs , les signes pr agnostiques, les signes remémoratifs^ suivant qu'ils annoncent un objet présent, futur ou passé; les signes primitifs ou dérivés, les signes naturels et artificiels. Les causes efiicientes et leurs effets sont réciproquement les signes naturels les uns des autres (2).Wolirapuisé les rapports des signes aux idées dans les phénomènes de l'imagination et les lois qui régissent l'association des idées. A l'exemple de Leibniz, il a recommandé IVrcarac-
(1) Psychol. ration, pars I, secU 3 , c. 3, § 326 à 343, 383.
(2) Onlologia , pars U , secu 3 , c, 3 , § 952 à 967.
téristique OU la spécieuse générale^ comme un procédé utile dans la recherche de la vérité , à Fégard de laquelle il fait Toflace d'une sorte de calcul ; il s'est flatté que cet art pourrait transformer la connaissance symbolique en connaissance intuitive. II. a provoqué la formation d'une langue philosophique conçue d'après les mêmes principes, dont les termes seraient suivis de la constitution des idées elles-mêmes, seraient, par conséquent, essentiellement significatifs, et n'auraient pas besoin d'être définis, puisqu'ils s'expliqueraient par eux-mêmes ; ce serait une langue ou une écriture naturellement appelée à l'universalité. WolflF a considéré l'arithmétique, l'algèbre et le calcul infinitésimal, comme autant de portions de ce grand art, mais sans le compléter lui-même pour les applications relatives à la métaph'ysique,etsans oser assurer qu'une telle création ne surpasse pas les forces de l'esprit humain (1). 11 a, d'ailleurs, expliqué le mécanisme, tracé les règles, caractérisé le mérite , indiqué l'emploi des signes emblématiques fondés sur une analogie régulière et suivie, système de signes qu'il appelle hiéroglyphiques; il a supposé que les figures hiéroglyphiques peuvent représenter les notions adéquates, exprimer les définitions et les propositions (2),
(1) OntoUgia, pars II, sect. 3, c. 2, § 290 à 31â.
(2) Ibid., ibid^y sect, 2 , c. 4, § 150 à 169.
On trouve dans la psychologie expérimentale de Wolff plus d'une observation intéressante sur les opérations de l'entendement , sur les lois et l'exercice de l'attention, de la réflexion, de la mémoire, sur les habitudes, sur les dispositions naturelles et les diverses capacités des esprits ; mais, au milieu d'une prolixité sans bornes, il néglige presque toujours de tirer de ces observations les conséquences qu'elles pourraient offrir,
V entendement pur , la raison pure, sont, aux yeux de WolflF, l'entendement et la raison qui n'empruntent rien aux sens et à l'imagination ; mais il convient que, dans notre condition présente, nous n'atteignions jamais à la pureté parfaite de l'entendement. Quel que soit le contraste qu'il établit constamment entre la connaissance rationnelle ou à priori , et la connaissance expérimentale ou à posteriori , il admet cependant une connaissance mixte née de l'hyménée entre la raison et Texpérience (1) ; mais, après avoir aperçu une vérité aussi féconde, et satisfait d'en avoir annoncé toute l'importance, il s'arrête encore une fois et trompe nos légitimes espérances*
On se demande^ après avoir étudié cette psychologie de l'expérience, quelle peut être la science nouvelle que Wolflf va nous donner sous
(1) Ontologia , pars I , sect. 3 , c. 2, § 314, 315 ; c. 4 , § 495 à
le titre de psychologie rationnelle , si elle peut ajouter quelque chose à la première, si elle peut la contredire. « La première , dit-il , se bornait à » exposer les phénomènes; la seconde doit en ren- » dre raison. Elle doit donc donner une intelli- » gence plus assurée et plus complète de ce qu'en-
• seignait la première ; elle doit nous révéler aussi
* ce que celle-là ne pouvait découvrir (1). ji Cependant , en le lisant , on s'aperçoit bientôt de l'illusion sur laquelle cette distinction prétendue repose presque continuellement; car il ne sait guère que reproduire les mêmes vues en d'autres termes.
En traitant de la nature de l'âme, Wolffa proposé, pour les systèmes imaginés sur cette question , une classification assez curieuse. « Les mo- 9nîsies n'admettent qu'un genre de substance ; les » matérialistes , que la matière ; les idéalistes n'ac- » cordent aux objets extérieurs qu'une existence » idéale dans les intelligences qui les conçoivent; lies matérialistes et les idéalistes sont donc égale- »ment monistes. Les égoïstes sont une espèce d'W^a- » listes qui ne reconnaissent d'autre existence réelle 9 que celle de leur âme individuelle; les dualistes 9 »ceux qui reconnaissent à la fois l'existence du » double ordre des substances matérielles et im- » matérielles (2). »
(1) Psychologiœ rationalis prolegomena.
(2) Psychoîogia ratîonaîiSy sect. I, c. i, § 32 à 40; sect. IV, c, 1 § 644 et suiv.
WoUf a mis le plus grand soin à recueillir les preuves de la simplicité, de rimmatérialité et de la spiritualité de l'âme, plutôt qu'il n'en a présenté de nouvelles. Mais les idéalistes n'ont point obtenu de lui la même réfutation que les matérialistes. Ce n'est pas qu'il révoque en doute la réalité des connaissances ; il la reconnaît constamment, mais il la suppose et la déclare plutôt qu'il ne la prouve. Nous avons vu qu'il attribue aux idées un caractère représentatif; il semblait appelé à examiner en quoi consiste la fidélité de cette représentation, quelle en est la garantie. « Quand l'âme, dit-il, a la conscience d'elle-même » et des choses perçues , elle perçoit et les choses • hors d'elle, et elle-même hors de ces choses; »car, avoir la perception des choses conçues, » c'est les distinguer (1). » S'il a voulu établir ainsi la réalité des connaissances, il s'est évidemment mépris; car les perceptions distinctes n'appartiennent pas par cela seul à des êtres diflférents , et la distinction que l'esprit établit entre elles n'autorise à rien conclure sur l'existence réelle des objets auxquels elles appartiennent.
« L'âme, dit Wolff, a la conscience d'elle- » même , en tant qu'elle a la conscience des chanj* gements qui s'opèrent en elle , de ses actions, et » non autrement. L'essence et la nature de l'âme
(1) Psychologia ration., secl. i, c i, § 20.
)p consistent dans une force unique, dans une » force représentative de l'univers , force limitée, » soit par la situation qu'occupe le corps orga- » nique dans cet univers , soit par la constitution » des organes (1). » Ici , la sensation reçoit une définition nouvelle: elle est la représentation du composé dans le simple; les idées sensibles sont des images (2),
En traitant de la psychologie expérimentale, WolflF avait déclaré vouloir se renfermer, relativement à la grande question de Tunion de l'âme et du corps, dans les témoignages d'une expérience indubitable ; il s'était borné à constater les faits qui se produisent dans le commerce de l'âme et du corps, et à reconnaître l'ignorance où nous sommes du mode suivant lequel s'établit ce commerce (3). Dans la psychologie rationnelle , il va plus loin : il pose nettement le grand problème ; il examine la possibilité de la solution, les moyens d'y atteindre par le secours des hypothèses; il suppose la possibilité d'une solution semblable. Ceux qui assignent pour cause un commerce de l'âme et du corps, une action réciproque de l'un sur l'autre , sans expliquer quels sont la raison et le mode de cette action, lui paraissent n'avoir avancé
(i) Psychol. raiion.y sect. I, c. i, § 12, 66, 67.
(2) md.yibid., c. 2, §83 à 87.
(3) Psychologia empirica , pars II , sect. 2 , c. 3 , § 947 et suiv.
âO HIST. C&MP. DES SYST. DE PHIL.
en rien cette solution , et n'avoir établi qu'une fausse apparence de système (1). Il expose et discute l'une après l'autre les trois célèbres et principales hypothèses de l'influence physique , des causes occasionnelles, de l'harmonie préétablie. Le syàtème dé l'influence physique, indiqué par Aristoté, adopté par l'école , et qui suppose la translation de quelque réalité entre les deux substances, une sorte d'émanation par laquelle l'une des deux substances communique à l'autre quelque chose d'elle-même (2), ne système lui paraît inexplicable, contraire à l'ordre accoutumé de la nature et aux lois générales de la physique, inutile ; nous n'en avons aucune idée, il ne peut être vérifié par l'expérience ; il doit donc être rejeté comme improbable (3). WolfT porte le même jugement sur le système des causes occasionnelles , adopté par les cartésiens et Malebranche ; il ti-ouve ce système en opposition avec le principe de la raison suflisante , ffVec l'ordre accoutumé de la nature, quoique sujet, d'ailleurs, à moins d'inconvénients que le premier. Mais, dans le système de l'harmonie préétablie, le commerce de l'âme et du corps s'explique d'une manière complètement intelli-
(1) PsychologiarationaliSy sect. UI, c. I , § 5S5, 556.
(2) Ibid,, ibid.y c. 2, § 558 et suiv.
(3) md., ibid., c. 3, § 573 à 588.
gible ; il échappe aux objections dont les autres systèmes sont atteints; il doit leur être préféré; il repose sans doute lui-même sur une simple hypothèse qui ne peut être directement vérifiée; mais cette hypothèse est satisfaisante , aucun fait ne la contredit ; si la solution manque de certitude, elle est du moins éminemment probable (1).
La morale ou philosophie pratique de Wolff se recommande, comme sa philosophie théorique, par la vaste étendue de son plan, l'harmonie qui y préside* Ses prolégomènes sont beaux , sa tendance est noble , ses promesses sont abondantes; elle gouverne à la fois la pratique de la vie , la jurisprudence, la politique, le droit naturel. La liberté des actions humaines lui sert de point de départ ; la perfection est son but, la nature son type, le désintéressement sa condition , la connexion des droits et des devoirs sa conséquence ; mais elle trompe trop souvent dans l'exécution les espérances qu'elle avait fait naître. Ainsi, la liberté s'évanouit sous l'efficacité des motifs déterminants, dont les effets, aux yeux de Wolff, sont inévitables. Aussi a-t-il partagé les reproches dirigés contre Leibniz, et a-t-il été accusé , comme celui-ci , d'introduire
(1) Psychol. ration. , sect. Ili , c. 1 , § 530 à 534; c. 4, § 631 à
82 HIST. COMP. DES SYST. DE PHa.
une sorte de nécessité dans Fempire de la volonté humaine.
C'est probablement l'exemple de Thomasius qui a suggéré à Wolff ses préceptes sur la connaissance des hommes et ses vues sur les secours que cette étude peut retirer de la physiognomique.
Les. ouvrages de Wolflfsont généralement rédigés sous la forme didactique ; mais si nous y voyons constamment le professeur dans l'exercice de ses fonctions, il a pris soin, dans un écrit particulier (1) , de nous révéler l'histoire de ses méditations , de ses étudçs , du progrès de .ses idées , et ce tableau est peut-être la plus instructive des leçons qu'il ait laissées. Elle serait plus utile encore si lui-même avait été plus souvent inspiré par le génie de l'invention.
La vie entière de Wolff fut une polémique continuelle. Les premières attaques dirigées contre lui par le mystique Lange et par ses fougueux adhérents, inspirées parla passion, en avaient la violence et l'aveuglement, souvent l'injustice, et ne pouvaient profiter à la science. L'esprit de parti contribua plus que le zèle de la vérité à cette scission qui longtemps divisa l'Allemagne au sujet de la
(1) Récit de ses propres ouvrages^ en allemand ; Francfort, 1726, in-8o.
nouvelle philosophie; il s'agissait moins du fond des doctrines en elles- mêmes et de leur mérite réel , que de l'intérêt de l'enseignement établi. C'était la cause des vieilles traditions, du despotisme scolastique , qui se défendait contre le génie des innovations , contre l'indépendance de la pensée. WollT obtînt aussi des contradicteurs dignes de lui, qui, en critiquant sa philosophie, se montrèrent capables de la juger ; qui, à son exemple, se formèrent aussi des opinions propres , et que nous verrons bientôt paraître au nombre des éclectiques modernes. C'est ainsi que Rûdiger , Gundling, Buddeus, Crouzaz, Crusius, Walch, MûUer , contestèrent ses hypothèses ; que Poppo, Hismann , Bazedow et d'autres , blâmèrent l'application qu'il avait faite de la méthode des géomètres aux sciences philosophiques.
Si Wolfifeut d'ardents ennemis, il eut de zélés défenseurs. Bûlfflnger, son disciple , réunit dans son exposition et son apologie la doctrine de Leibniz à celle de Wolff lui-même , et se prononça même en faveur du premier plus fortement que n'avait fait le second; il entreprit surtout de justifier l'hypothèse de l'harmonie préétablie et les principes de la théodicée. Un autre disciple de Wolff, Jean-Ulrich Cramer, répliqua aussi aux attaques dirigées contre l'harmonie préétablie, et, jurisconsulte distingué, fit valoir surtout le mérite de la philosophie de Wolff* dans son application à la jurisprudence. Thûmraig, qui, en re-