IV. û
monadologie, 8ur la loi de continuité et sur les preuves de l'existence de Dieu (!)•
La philosophie de Leibniz et de Wolff, en con-* sidérant comme la faculté essentielle et primitive de l'âme cett« vérité représentative qui en fait comme le miroir des êtres, devait naturellement faire attacher la plus extrême importance à la théorie des idées. La doctrine de Descartes et celle de Locke se rencontraient ici avec celle de Leibniz, puisque les idées étaient aussi, dans ces deux systèmes, l'objet immédiat de la contemplation de Fenlendement, et l'image des êtres platés hors de nous. Aussi, l'éclectisme dans lequel se combinent, dans des proportions variées^ les influences diverses de ces trois sources, produisit-il une émulation remarquable pour l'étude des propriétés diverses des idées, des fonctions qu'elles remplissent dans l'entendement, des conditions qui leur sont nécessaires. On mit le plus grand soin à déterminer comment les idées deviennent claires, distinctes, complètes, adéquates, et à séparer ces différents caractères. Les espérances que Descartes et Wolff avaient conçues sur l'application des méthodes mathématiques aux sciences philosophiques , les indica-
(1) Fnndamnta philos, spéculatives; Tubingue, 4769, iii-8.— institutiones philos, theoreticœ, ibid., in^.-^Elmenta philos, con- Umplalivoit Sluttgard» 1778: c'est le précédent ouvrage amélioré.
fHl{iOSOt>fllE MODERNE. CUAP. X^lî. 67
tioQS données par Leibnû sur la possibilité de la création d'une caractéristique universelle, por-^ tèrent aussi les espritsdes philasophesaUejaaands, avec une grande ardeur, à Tétude des fonctions que les signes remplissent ou peuvent remplir dans les déductions rationnelles et à celle des foodenients et des applications de la connaissance symbolique.
Nous venons devoir avec que! ïèle fut égatetoent cultivée la théorie philosophique des probabilités par Rûdiger, Reusch, Daries, MûUer; nous eussions pu citer encore d'autres travaux dirigés vers le même but, tels que ceux d* Hoffmann, de Kahle, d'Ahlwardt, etc. ; ceux qui embrassaient la théorie mathématique du même sujet, tels que ceux de Bernouillî, d'Euler, etc.; ceux enfin qui traitaient l'histoire de cet art , tels que ceux de Thorschmidt (Urban-Gottlob) (1). Nous nous bornons à les indiquer ici, en désirant que ces utiles recherches soient un jour comparées, mises en ordre et en valeur. Mai* nous devons remarquer qu'elles furent un fruit particulier à l'école de Leibniz et de WdflF.
La science du droit naturel fut spécialement redevable aux enseignements de Wolff du rajnde développement qu'à la môme époque elle prit en Allemagne , et de l'étroite alliance qu'elle con-
(1) HUioria probablHtatis antiquittima , 1749.
68 mST. COMP. DES SYST. DE PHII.
tracta avec la philosophie. Ce fut à Fécole de Wolflf que se formèrent Glafey, Vattel , Hei- Beccius. Ce fut diaprés son exemple que Daries, Crusius, Gottsched, et tant d'autres, introduisirent les lumières de la philosophie dans les sciences sociales. Mais bientôt ces applications reçurent une nouvelle étendue et prirent un nouveau caractère.
Vers le milieu du xviii* siècle, la connaissance et le goût de la littérature de TAngleterre et de la France commencèrent à se répandre en Allemagne. Le génie allemand aspira à possédei' aussi une littérature nationale , et bientôt eut la gloire d'y réussir et de l'élever par des chefsd'œuvre au rang de ses rivales. Dès-lors, la philosophie sentit le besoin de se dépouiller des formes austères, mais arides , trop souvent pédantesques, dont elle s'était jusqu'alors revêtue, et de s'accommoder à la nouvelle disposition des esprits. Dans l'étude des ouvrages philoso{Aiques anglais , on commença à apprécier ce bon sens pratique qui aime à s'appuyer sur les faits, qui veut rencontrer l'assentiment général, qui demande des applications usuelles. L'éclat que répandait la littérature française exerçait surtout en Allemagne de grandes séductions. Frédéric s'était passionné exclusivement pour elle. Les cours et la société avaient leurs regards continuellement tournés vers la France. La gravi lé et la simplicité des mœurs allemandes pré-
PHILOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXIT. 69
serva heureusement rAllemagne, dans ce contact, de la contagion du bel-esprit et de la frivolité, comme des écarts de l'immoralité systéma- [ tique; mais ce commerce contribua beaucoup
r aux progrès du bon goût, fit comprendre aux
philosophes allemands qu'il y avait pour eux, hors de leurs écoles, un public capable et digne, plus ^ que nulle part peut-être, de les entendre , et les
engagea à rechercher son sufirage* De là, trois t résultats principaux se manifestèrent : les vues des
I philosophes allemands se dirigèrent vers la psy-
chologie expérimentale , et Tenrichirent & l'envi d'observations ; les sciences philosophiques furent ' appelées à servir, le plus prochainement et le
plus généralement possible, les intérêts de l'humanité ; enfin la philosophie fut appelée à gouverner par son empire, à éclairer de son flambeau la théorie du langage, la littérature et les ' beaux-arts : noble et utile élan qui conserva un
) caractère éminemment moral, que nous voudrions peindre avec fidélité, et dont nous voudrions offrir l'exemple aux autres pays et aux autres siècles.
Baumgarten fut, en Allemagne, le créateur de cette nouvelle application de la philosophie à la théorie des beaux-arts, à laquelle il donna le nom ^esthétique. Formé à l'école de Leibniz et de Wolff, il ne s'est que trop conformé, dans sa Métaphysique, à la méthode du second. Cependant, considérée sous le rapport classique, la
70 mST. COMP. DES SYST. DE PHIL.
forme de cet écrit offre le mérite delà concision et de la clarté. Baumgarlen se montra plus prononcé encoreque WoMdans Tadoption et la défense des hypothèses de Leibniz, et spécialement de l'optimisme et de Pharmonie préétablie, en présentant cette dernière sons un nouvel aspect (1). Sa psychologie, plus rationnelle qu'expérimentale, est une suite de définitions et d'axiomes où certaines lois des fttcultés intellectuelles sont exprimées cependtetnt avec justesse et précision. Il donna un nouveau développement au principe de la raison suflîsante (2). C'est sur les bases de cette philosophie et sur Fétude des facultés de l'âme, qu'il essaya d'établir la nouvelle théorie du goût. Il donna le nom d'esthétique à la science de connaître et de présenter sous la forme sensible (3). Le beau, à ses yeux, est dans la perfection du phénomène, c'est-à-dire de ce qui peut être observé par le goût (4) ; mais celui-ci consiste à son tour dans l'unité de la pensée, l'ordre et la bonne disposition qui y président, et dans l'harmonie du rapport de la pensée et des objets. On pourrait résumer cette théorie et la caractériser en définissant le beau: la perfection intellec-
(i) Mêtêphuêica, Halle, 1743, pa«sU, c.S, seot.i, §436 et suiv.
(-2) Il'id., pars 1, c. 2, sect. 5, § 166 et suiv.
(3) Ibid., pars 111, c. 1 , sect. 2, S 553.
(4) im,yi»id.,%m%.
I PUItOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXII. 71
tuelle reDdne sensible. Banmgarten entreprit de déterminer les conditions desquelles dépend la I perfection du goût chez les divers individus; il commença aussi quelques applications pratiques de sa doctrine.
Cette théorie, sans doute, n*étaît encore qu*une I ébauche imparfaite ; mais elle appelait les penseurs à un ordre de méditations plein de charmes, et que les circonstances étaient propres à seconder. Meyer, le premier, s'élança sur les tracesde Bauragarten , devînt son coftiraentateur , et chercha à populariser ses maximes (1). Mfeyef aussi appartenait à Técoîe de Leibniz et de Wolff; il la servit en donnant plusieurs éclaircissements sur la philosophie qui y était professée. Il tenta cependant aussi quelques recherches qui îni furent propres, spécialement sur rinmiatérîaHté de l*âme et l'état qui Fattend après la mort. Il essaya d'éveiller chez ses compatriotes le sentiment et le goût du beau, traita de l'art poétique, et rendît hommage au génie de Klopstock. Son style, quoique empreint de sécheresse, était pur, et contribua à perfectionner la langue philosophique.
La théorie des beaux- arts reçut bientôt après de Sulzer des perfectionnements remarqua-
(1) Anfangt Grûnde der schœnen Wissetuchaften , Halle, 1748; Sédition, 1754.
72 HIST. COMP. DES I^YST, DE PfllL.
bles et des développements très étendus. L'ouvrage qu'il lui a consacré est un vrai monument; long-temps il a été classique en AUemagne et il méritait de l'être. Digne interprète de la philosophie dans son application aux beauxarts , il rappelle constamment ceux-ci à leur plus noble destination, comme il assigne au beau une origine aussi élevée que pure.
Lessing, dont les écrits, en contribuant puissamment au rapide essor de la littérature allemande, concoururent ainsi à préparer à la philosophie un instrument dont elle ne tarda pas à s'emparer pour entrer en commerce avec la société et l'opinion publique, Lessing traita aussi de la théorie du beau dans son Laocoon; mais il joignit surtout aux préceptes Texemple d'un goût sûr et exercé. Dans son roman moral qui porte pour titre le sage Nathan, il paraît s'être proposé de justifier les voies de la Providence et d'offrir un antidote au Candide de Voltaire. Zélé défenseur de la liberté de penser dans les autres, il en usait lui-même avec une franchise entière. C'est dans cet esprit d'indépendance et de sincérité qu'il étudia les vérités de la théologie naturelle. Il voulut expliquer Spinoza et le justifier en l'expliquant (1) ; il subit à son tour l'accusation de panthéisme, mais on reconnut aussi qu'il avait
(1) Ueber Lehre der Spinoza.
conçu le panthéisme sous le point de vue qui pourrait le mieux se concilier avec les intérêts de la religion et de la morale (1). Lessing contribua également, parla tendance générale de ses écrits, à préparer la seconde alliance de la philosophie, cette noble alliance qu'il a étroitement associée aux intérêts généraux de la société. Il fut un véritable ami des hommes; en lui respire ce nouveau génie qui va, en Allemagne, animer les travaux des penseurs, et dont l'école suisse donnait déjà un si heureux exemple.
Ami de Lessing, uni à Lessing par une étroite communauté de sentiments et de travaux, Mendelsohn fit entendre la voix de la philosophie au nouvel auditoire dans le langage nouveau, et fut appelé, par quelques-uns, le Platon de l'Allemagne. Ce fut par lui que la philosophie allemande s'empara de la littérature; il cultiva à la fois l'une et l'autre avec un succès égal, mais il mit la seconde sous l'empire de la première. La vérité se montra , dans ses écrits , ornée d'élégance et de clarté, avec cet intérêt qui captive, cette droiture et cette réserve qui excitent la confiance. La métaphysique cessa de paraître une science aride et stérile; elle s'anima entre ses mains, et, se dirigeant sur les sujets les plus relevés, elle sut cependant se rendre accessible.
(1) Mendelsobn Uorgemlunden , part. II, §1^.
Mendelsohn remporta, en 1763, le prix poposé par Tacadémie de Berlin snr l'évidence dans les sciences métaphysiques. Pour résoudre cet important problème, il compara ces sciences aux sciences mathématiques, examina la différence qui les distingue, TafiSnité qui existe entre elles; Tune et l'autre s'expliquèrent à la fois pour lui, en considérant que les premières traitent des qualités, les secondes des quantités (1). Or, les qualités se prêtent, comme les quantités, à des combinaisons purement rationnelles, susceptibles d'une égale certitude, quoiqu'elles ne soient pas aussi facilement compréhensibles, ou que la conviction y soit plus difficile à obtenir. Maïs on demande au métaphysicien un effort dont le géomètre est dispensé; on lui demande de passer de la région des idées à celle de la réalité. Mendelsohn suppose que la philosophie n'a que deux moyens pour exécuter ce passage: l'argument je pense j donc je suis^ et celui qui conclut de la possibilité de l'être nécessaire à son existence (^). C'est à l'aide du principe de la raison suffisante qu'il opère, en dernière analyse, ce difficile passage; car c'est à l'aide de ce principe qu'il justifie la légitimité de cette manière de raisonner; mais il rattache à son tour ce grand principe de la raison suffisante, qu'il appelle le lien de toutes
(i) Abhandlung ueber die Evidenz, etc., Berlin, 1764, in-4, p. 21. (2) Ibid., p. 35, 39, 42.
PIlliOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXII. 75
les vérités sensibles, h celui de la contradiction (1). Il explique ainsi Descartes par Leibniz. Il applique les mêmes considérations à la théologie naturelle ; les vérités de cet ordre si important et si relevé lui semblent donc jouir de la même solidité, quoiqu'elles exigent aussi delà part de la raison humaine une étude très apprafondie, parce qu'elles ne se découvrent pas d'elles-mêmes avec cette simplicité qui forme le privilège de la géométrie (2) . Le système entier des vérités s'offre, aux yeux de Mendelsohn , comme une vaste et sublime harmonie dans laquelle tout est uni, dans laquelle il n'existe point de lacune, qui est complète , infinie dans l'entendement divin , et dont notre intelligence bornée saisit quelques accords (8).
Mendelsohn nous apprend que les discours auxquels il a donné le nom d'Heures du matin (1), sont le résumé des entretiens qu'il avait chaque jour avec son fils et deux autres jeunes gens sur les vérités de la religion naturelle. Les questions les plus ardues de la métaphysique ont rarement été , n'ont jamais été peut-être , réduites à une telle simplicité , présentées sous une forme plus
(1) Abhandîmg ueber die EvidenZy p. 29.
(2) im.y p. 33.
(3) Ibid,, p. 43.
(4) Morgenstunden, Seédilion, Berlin, 1786, in-8.
familière et plus accessible. Il y détermine d'abord les caractères de la vérité, et ses trois principales branches : les vérités rationnelles, fondées sur le principe de la contradiction; les vérités réelles, fondées en partie sur la conscience intime, en tant qu'elle nous atteste la réalité de notre propre pensée et du sujet pensant, en partie sur l'accord des sens , qui témoignent de la réalité des choses extérieures ; enfin les vérités mixtes, qui résultent de l'application des premières aux secondes (1). Mais il est encore un fondement essentiel de nos connaissances, celui sur lequel reposent les inductions que nous formons sur la succession et la dépendance des événements, sur la corrélation des effets et des causes: Mendelsohn a considéré cet important sujet d'une manière neuve. Après avoir distingué dans les conclusions qui peuvent avoir pour objet la connexion des événements, celles qui sont uniquement le résultat mécanique des habitudes de l'association des idées, genre de conclusion qui est commun à l'homme et au reste des animaux , et celles que la raison a pu former par un motif réfléchi et légitime » il fait dériver celles-ci des principes sur lesquels se fonde le calcul des probabilités.
• Si nous avons expérimenté une seule fois.
(1) Morgettstunden, cl.
PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXlï. 77
t dit-il (1), que deux faits A et B se suivent imméidiatemeut, il se présente pour nous trois suppo- «sitions : ou que A ait son fondement en B; ou t que A et B aient leur fondement commun dans »une troisième cause C; ou que chacun d'eux t dépende d'une cause isolée ou indépendante. iDans les deux premiers cas, ils devront repairaître toujours à la suite l'un de l'autre; dans île troisième, on ne peut déduire leur cmsécution » de leurs propriétés ; leur rencontre sera l'effet du «hasard; ils pourront se trouver aussi bien sépa- I rés, éloignés, que réunis.
» Leurrencontre, dans ce troisième cas, devien- » dra donc invraisemblable ; elle le deviendra d'au- * tantplus, que leur reproduction s'est plus souvent » répétée.
9 Donc, s'ils se reproduisent de nouveau, si, en I se reproduisant, ils paraissent constamment ré- » unis, il devient vraisemblable que cette réunion »a son T)rincipe dans l'une des deux premières •hypothèses.
» Plus la répétition aura été fréquente, la ren- > contre des deux faits étant constante, plus cette » vraisemblance augmentera. Elle ira croissant » ainsi jusqu'à l'infini.
t Mais la même vraisemblance qui autorise à » penser que A a son fondement dans B , ou que
(1) Uorgtfyttunden , c. S et 3.
78 filST. COMP. DES SYST. DE PHIt.
» A et B dépendent d'une cause commune, autorise »à croire aussi qu'à l'avenir ils reparaîtront à la I suite l'un de l'autre. »
» Nous croyons donc à l'effet qu'un aliment va » produire sur la restauration de nos forces , par » cette raison que, si cet effet n'était pas lié A cet » aliment, il eût été invraisemblable qu'il se fût » répété û constamment ; et tel e«t le lien qui » unit l'expérience fiiture à l'expérience passée.
• Celle-ci nous fournit la probabilité d'une coîi-
• nexion secrète entre les phénomènes; l'expé- » rience future en est l'application. »
Dan§ son traité sur la vraisemblance, Mendelsohn développe ce raisonnement avec une admi-f rable clarté ; il en donne plusieurs exemples ; il montre que la répétition des phénomènes réunis ne nous fournit aucune donnée pour prononcer entre les deux premières hypothèses, pour décider si cette réunion est un effet de l'influence directe de B sur A, ou de l'intervention d'une cause commune. Il en conclut très justement que les discussions élevées sur ces hypothèses entre les partisans de l'influence physique, ceux des causes oc^ casionnelles et ceux de l'harmonie prééiablie, ne peuvent porter aucune atteinte au principe général sur lequel repose l'enchaînement de l'expérience. Ainsi se trouvent prévenues ou réfutées les argumentations de Hume, puisque la seule succession des phénomènes nous autorise à reconnaître une vérilable dépendance entre la cause et l'effet,
sans qu'il soit nécessaire que notre esprit pénètre directement dans la nature de l'action que l'une exerce sur l'autre.
Dans la suite de ses entretiens, Mendelsohn met en présence le matérialiste, l'idéaliste, l'épicurien et le spinoziste; il se place entre ces systèmes contraires , pour établir la distinction des^ deux substances et pour fonder l'existence de l'intelligence créatrice : « Le principe sufll- 9 sant de tout ce qui est contingent ne peut être » que dans le nécessaire : » telle est la base de s» démonstration (!)•
Le Phœdon de Mendelsohn a été conçu sur le modèle de celui de Platon , mais il a une grande supériorité logique sur celui-ci. L'immortalité de rame est, pour Mendelsohn, une conséquence de sa simplicité,comme sa simplicité résulte de l'unité qu'elle imprime à l'ensemble de ses perceptions et de ses modes. «Ce qui est simple n'a en soi aucun • principe de destruction, et ne peut être anéanti » que par une cause extérieure. Or, il répugne à » l'idée que nous avons de la bonté et de la sagesse »du Créateur, qu'il veuille anéantir son plus bel » ouvrage, •
La nouvelle école allemande a reproché à Mendelsohn d'avoir manqué d'étendue dans l'esprit ; mais les vrais philosophes lui conserveront une
(1) Morgenslundeny c. 12.
juste reconnaissance pour le soin qu'il a mis à répandre un nouveau jour sur les vérités les plus précieuses à Thumanité.
Mendelsohn est, en général, attaché à l'école de Leibniz et de WolfF; il rend aussi à Locke un sincère hommage. C'est avec l'accent de la plus vive reconnaissance qu'il rend grâce à ces guides fidèles qui l'ont conduit dans la route de la vraie science et de la vérité, t II leur a élevé un monu- » ment immortel au fond de son cœur (1). » Quelquefois il paraîtrait avoir aussi pris Gondillac pour guide, comme lorsqu'il recommande et définit les procédés de l'analyse. Ses Dialogues sont tout ensemble un développement et une justification des principaux points de la doctrine de Leibniz. 11 a considéré le système de Spinoza comme une sorte d'intermédiaire entre celui de Descartes et celui de Leibniz , mais comme une tentative malheureuse pour passer de l'un à l'autre ; Spinoza est donc, à ses yeux, une sorte de victime immolée aux progrès de la philosophie. La discussion qui s'est élevée entre Mendelsohn et Jacobi a concouru à éclairer les questions relatives à l'existence et la fécondité des vérités rationnelles, à la réalité des connaissances métaphysiques , et à l'origine des idées. La théorie des vraisemblances lui doit
(1} V. les Lettres de Mtiidelsohn.
également beaucoup pour la lumière qu'il a portée dans ses principes philosophiques et dans ses applications à la logique. Il a mis un soin particulier à montrer comment les vérités théoriques se convertissent en vérités pratiques. Dans ses Lettres sur les sensations, il a analysé les caractères des impressions agréables ; il les a rattachés à un principe éminemment moral : la vérité, considérée simplement en elle-même, s'est montrée à lui comme la source des plus justes et des plus nobles jouissances. Il s'est complu à exposer cette grande loi de notre être qui nous fait tendre sans cesse à la perfection , comme au besoin essentiel de notre nature morale. « Les beaux-arts, dit-il,
• sont une simple occupation pour le vh-tuose, > une jouissance pour l'amateur, pour le sage une » source d'instruction. Dans ces règles de la beauté,
• que crée le génie de l'artiste, qu'analyse le juge t de l'art, sont renfermés les plus importants se- 9 crets du cceur humain. Toute règle du beau est » une découverte dans la science des facultés de »râme, etc. (1). »
La double et grande alliance de la philosophie avec la littérature et avec les intérêts généraux de la société, fut consommée en Allemagne par le beau génie de Herder; mais Herder fonda aussi
(i) Ueber die llauplyrundacLtze der schœnen Kûuste und Wissenchafien,