IV
cueillant ses leçons , fut admis à son intimité, et se dévoua noblement pour lui , reproduisit la philosophie de son maître dans des travaux que celui-ci recommanda. Riebov repoussa les accusations de Lange, en s'attachant à démontrer raccord de la philosophie de Wolff avec les dogmes de la religion; Canz, Reinbeck réclamèrent en sa faveur le mérite d'être utile à la cause de la foi chrétienne, et indiquèrent les services que cette cause en peut recevoir. Harenberg réfuta à la fois Lange et Buddeus, et invoqua en faveur de WolfT l'autorité des théologiens les plus respectés. Un simple ouvrier de Smalkalde, Jean-Valentin Wagner, se mit aussi sur les rangs, parmi les partisans de WolfF, pour venger sa philosophie des imputations du théologien de Halle, Après avoir éprouvé à son origine de si vives résistances, la philosophie de Wolf finit par obtenir un triomphe paisible; elle se propagea promptement dans les universités allemandes; fondue avec celle de Leibniz, elle y devint presque classique ; à la faveur des formes didactiques dont elle était environnée, elle y régna près d'un siècle; elle fut accueillie dans les Pays-Bas, en Pologne, en France et même en Italie. Elle servit de cadre, alors même qu'elle ne servit pas de règle ; ses immenses classifications semblaient avoir tout prévu, et signalé du moins les questions lorsqu'elles ne sulEBsaient pas à les résoudre.
WolfF doit être associé à Leibniz dans la recon-
naissance de la philosophie pour la sage et utile direction que tous deux ont donnée à cette science, pour la dignité qu*ils ont su lui conserver. C'est à tous deux qu'elle est esseùtiellement redevable d'avoir obtenu en Allemagne une sî gi^ande considération, d*avoir inspiré pour son étude un intérêt général , pour ses vérités un respect que le spectacle, même quelquefois scandaleiik , des disputes des sectes, n'a point encore fait évahouir. Leur propre exemple, sans doute, et l'éclat de leur génie, ont dû concourir à mettre ainsi la philosophie en honneur; mais ils n'y ont pas moins essentiellement contribué par le caractère éminemment moral qu'ils lui ont donné, par le zèle avec lequel ils l'ont constamment rattachée à toutes les vérités utiles et consolantes pour les hommes, par l'art aVeC lequel ils l'ont liée aux autres connaissances, particulièrement aux sciences politiques , à l'histoire , à la littérature et à l'étude des langues; par cette harmonie qu'ils ont établie entre tous ses éléments; par ces formes nobles et imposantes qu'ils liii ont prêtées ; par le soin qu'ils ont eu de ne point clore le champ de la vérité, de laisser même après eux une grande carrière de recherches à tenter, de succès à obtenir ; étendant ainsi la pensée et les espéranceiâ des hommes, inspirant à leurs successeurs une noble confiance et uile heureuse émulation.
Leibniz, et Wolfif après lui, d'une manière plus
36 mST. COMP. DES SYST. DE PHÎL.
explicite que lui, ont répandu de précieuses lumières sur les rapports d'analogie et de subordination qui existent entre les différentes branches des connaissances humaines, sur les secours que les sciences spéculatives peuvent prêter aux disciplines pratiques On leur doit d*avoir éclairé à la fois les mathématiques par la métaphysique, et la jurisprudence par la philosophie morale; ils ont les premiers ouvert en Allemagne la carrière des sciences politiques.
Quoiqu'ils se soient égarés Tun et Fautre dans le dessein d'appliquer à la philosophie la méthode des géomètres, quoique l'un et l'autre se soient flattés d'une espérance illusoire relativement à la création d'une caractéristique universelle, si Wolff a eu le tort de pousser l'affectation de la méthode jusqu'à un excès pédantesque, ils ont cependant enseigné , par l'exemple des géomètres, à employer en philosophie des formes plus rigoureuses, à suivre une marche constante et régulière ; ils ont porté dans la langue philoso . phique plus d'exactitude et de précision. WollGT, sur les traces de Thomasius, a enseigné à l'Allemagne qu'elle pouvait élever son propre idiome à' une dignité à laquelle jusqu'alors elle n'avait pas osé prétendre, qu'elle pouvait devenir un fidèle organe de la science ; il l'a enrichie d'une foule dç termes , pour la mettre en état de remplir cette haute destination.
W'v IfT, enfin, s'il ne sut point découvrir le se-
cret de Talliance qui doit s'établir entre l'expérience et la raison , ne cessa point , toutefois , de les concilier entre elles, d'appeler Tune à Tappui de l'autre, et de terminer ainsi la longue et funeste guerre qu'on avait suscitée entre elles.
On composerait une bibliographie assez considérable des écrivains qui ont composé l'école orthodoxe de Wolff, qui se sont rangés autour de lui comme des disciples ou des interprètes fidèles. Quelque étendue qu'il eût donnée au développement de sa philosophie , on trouva encore le moyen de le commenter ; on s'étudia surtout à l'abréger, à le traduire, à l'appliquer. Mais une autre influence plus utile encore, plus réellement glorieuse, s'attacha à ses travaux et à ceux de Leibniz : ce fut celle du mouvement imprimé aux esprits. Une rare émulation s'empara en Allemagne de tous les penseurs, pour s'élancer à leur suite , s'exercer de nouveau avec plus ou moins d'indépendance dans le cadre qu'ils avaient tracé; ceux même qui n'adoptèrent point les opinions de ces deux philosophes , obéirent cependant à cette énergique impulsion que la science avait reçue d'eux; ils se virent contraints de soutenir le parallèle avec une philosophie qui se montrait sous un appareil si imposant, de modifier leurs opinions d'après les pas que la science avait faits, de transiger quelquefois avec une école devenue si puissante.
38 mST. COMP. DES SyST. DP PHIL.
Le premier résultat de cet éclectisme, et le plus immédiat, fut de faire mieux déterminer et circonscrire le territoire propre à la iQgique et à la métaphysique, marquer les limites qui les séparent, poser les principes ou tracer les règles de cet art et de cette science. C'est ce qui deviendra sensible surtout en parcourant les travaux des adversaires mêmes de Leibniz et de Wolff, en voyant comment ils modifièrent leg traditions antérieures, pour satisfaire aux nouveaux besoins des esprits. De là sortit un nouvel éclec|:isme , enté en partie sur celui de Leibniz et deWplff, qui leijr fit des emprunts plus ou luoins abondants, et qui suivit, à quelquei$ égards, leurs exemples, alors même qu'il ne recqnnut pas leur autqrlté.
A la tête de ce nouvel ordre d'éclectiques se présente André Rûdiger, qui recueillit , comme Wolff, ]es leçons de Thomasius, qui apprit à cette école à penser par lui-même, qui sut réunir l'érudition à la pénétration, découvrit plusieurs des lacunes de la philosophie existante, chercha à les combler, mais montra quelque mobilité dans ses Qpinîon§ et ne put construire un système stpbje; on lui reprocha de manquer de principes, et d'être tourmenté de la soif des hypothèses. .L'analytique d'Aristote, alors presque généralement abandonnée, trouva en lui un apologiste; il jwgça .que , si on ne savait pas en apprécier le mérite, c'était parce qu'on ne savait pas bien la
PHILOSOPHIB MODERNE. GHÀP. XXII. 30
comprendre ; il y remarqua cependant des lacunes et voulut les combler. La logique s'offrit à lui •sous un point de vue particulier; il voulut lui donner un but plus réel , une application plus positive, en faire l'instrument qui sert à découvrir les existences et les essences des choses. A une époque où les exemples de Descartes , de Leibniz , de Tschirnhausen et de Wolff, avaient fait concevoir une idée si avantageuse de l'application des méthodes mathématiques à la philosophie, Rudiger s'éleva avec force contre une assimilation que repousse la nature des choses; il fit ressortir la différence essentielle qui sépare ces deux ordres de connaissances, les mathématiques se renfermant dans la région du possible , la philosophie cherchant le passage du possible à l'être. Il distingua également la démonstration métaphysique de celle qu'il appela disciplinaU et qui comprend deux grandes branches: la relation des effets aux causes, celle des moyens à leurs fins. Il sut apprécier la haute importance de la logique des vraisemblances si méconnue des anciens, et, à leur exemple, si négligée pendant longtemps par les modernes; il aperçut les nombreuses applications qui l'attendent dans l'histoire, la jurisprudence, la politique, la physique, la médecine et diverses autres branches des sciences et des arts ; il proposa quelques vues pour son avancement; il lui demanda les moyens de déterminer la valeur et le mérite des hypo-
(lO HIST. GOMP. DES SYST, DE PHIL.
thèses (1). La réalité était pour lui le terme de la science ; il la rappelait à l'utilité des résultats. Il publia une dissertation sur l'hypothèse qui fait dériver des sens toutes les idées (2). La doctrine de Wolff sur la distinction de l'âme et du corps et sur les caractères propres à ces deux substances, ne put le satisfaire ; il eut la confiance de proposer sur ce sujet une théorie assez bizarre, dans laquelle il refusait l'étendue au corps pour la réserver à l'âme, sans que pour cela l'âme fût un composé, n'accordant au premier que la seule élasticité (3). 11 essaya aussi d'introduire une nouvelle philosophie de la nature, en renversant tour à tour celles d'Aristote, de Descartes, de Gassendi, et de Thomasius, son maître. Il voulut réunir et combiner dans le système de la nature les principes mécaniques avec les principes vivants ou animés ; il espéra par là préserver également la science des écueils de la superstition et de ceux de l'athéisme (4).
Le savant Buddeus , qui eut le malheur de prêter des armes aux persécuteurs de WolflF, dirigea contre sa philosophie , et par là même contre celle de Leibniz, un reproche bien grave,
(!) De sensu veri et falsi, 1. IV ; Halle, 1709, m-8«. 2« édition, i^ipzig, 1722, iD-4«.
<2) I eipzig , 1704.
(3) Phiîosophia synthetica; Halle, 1707.
(4) Physicadivina elc. ; Francfort, HIC, iû-4*.
PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXII. tli
maïs où il porta plus de prévention que de justice ; il Taccusa d'ébranler à la fois la croyance à l'existence de Dieu et les principes de la morale (1); il lui fit un crime, entre autres, de n'avoir point admis que la connaissance de Dieu soit innée (2) , d'avoir considéré l'âme humaine comme une substance qui représente l'univers (3). Il éleva quelques objections contre l'harmonie préétablie et la monadologie, Wolff se défendit avec chaleur et se justifia avec avantage; il fit voir assez facilement que son critique ne l'avait pas toujours compris et s'était quelquefois contredit lui-même (4). Danssa chaire d'Iéna , Btiddeus professait lui-même un éclectisme plus sincère qu'éclairé. C'était en lui un fruit naturel qu'avait produit une étude approfondie de l'histoire de la philosophie , et qui se composait plutôt, en effet, d'une érudition coordonnée, que de méditations originales; c'était une approbation donnée aux idées d'autrui, plutôt qu'un eflbrt pour découvrir quelque voie nouvelle. Il combattit Spinoza , rejeta la preuve de l'idée de Dieu proposée par Descartes, trouva
(1) Joh. Fr. Buddei Bedenken ûber die WolffianUche Phihsth phiej etc. ; Francfort, 1724.
(2) /^td.,§3«t4.
(3) /^trf.,§11.
(4) V. les observations de Wolff imprimées à la suite de récrit précédent.
(5) Institutiones philosophia eclecticœ] Halle, 1732, in -8°.
dans la nature même de Thomme, dans ses penchants moraux, un fondement légitime de la croyance à l'auteur de toutes choses (1). Il mit surtout la philosophie en valeur par des applications étendues aux diverses branches des sciences morales et politiques (2) ; mais partout il porta des notions assez vagues et confuses, et plus de zèle pour les intérêts religieux que de mesure et d'habileté dans la manière de les servir.
Disciple de Rûdiger, Crusius suivit en partie la méthode et les vues de son maître , comme il hérita de l'éloignement de celui-ci pour la philosophie nouvelle. Son attachement aux dogmes théologiques contribua beaucoup encore à accroître cette disposition dans son esprit. Il mérita, toutefois, par la perspicacité de ses vues , d'être placé au premier rang parmi les antagonistes de Wolff; il fut l'un de ceux qui surent le mieux en signaler les côtés faibles. Kant a considéré Crusius comme l'un des philosophes qui ont le pliis concouru à l'avancement de la science. Crusius enseigna la théologie à Leipzig, et cette fonction parut exercer une influence marquée sur la direction de ses idées. Il se proposa^ en effet, de ramener la philosophie à une harmonie entière et parfaite avec la théologie la plus orthodoxe. Dans ce
(1) Thèses de atheismo et supersHHone; léna, 1717,
(2) Elementa pMlos, praticœ.
PHIL0S0PJHI£ MODERNE. GHAP. XXU. &3
dessein , ses travaux embrassèrent tour à tour la logique, la métaphysique, la morale, la physique (1 ) . La philosophie elle-même fut, à ses yeux, la science de ces vérités de la raison, dont Tobjet subsiste éternellement immuable.
Les écrits de Crusîus ont un mérite local et de circonstance, celui d'avoir puissamment contribué à former en Allemagne la langue philosophique; il en offrit lui-même, à quelques égards, un modèle ; il traça aussi des règles judicieuses pour guider l'emploi des termes techniques en philosophie, et pour en prévenir l'abus (2),
Le principe de la coniradiction n'est , pour Crusius, qu'un principe secondaire et subordonné; il régit seulement les sciences mathématiques. Un autre principe plus relevé, seul primitif, est celui qui consiste dans V impossibilité de concevoir une chose autrement^ comme vraie; de ce principe « 11 croit pouvoir déduire non-seulement celui de la contradiction-, mais celui de Vinséparabilité et de Y incompatibilité. Ce qu'il appelle ici un principe n'est, comme on voit , que l'expression d'une loi de notre nature, et en cela Crusius paraît se rapprocher de l'école écossaise. Il s'en rapproche encore en fondant le rapport de nos connaissances avec les objets réels et la valeur qu'elles en reçoivent, sur un penchant naturel de la raison.
(1) Leipzig, 1762, 1766, 1767, 1774.
(2) Weg zur GetvisêheU , introduction et c. 5.
tlti HIST. COMP. DES SYST. DE PIÏIL.
penchant ingénieux, auquel elle doit obéir, mais au-delà duquel il n*est pour elle aucun critérium du vrai. Il invoqua aussi avec Descartes la garantie de la véracité divine à Tappui de la légitimité de nos connaissaFiCès; car la source suprême de toute certitude était, pour lui, dans cette intelligence divine dont Tintelligence humaine est Tempreinte ou le reflet.
Au principe de la raison suffisante, en tant du moins qu'on voudrait lui donner une valeur absolue, Crusius opposa justement l'autorité d'un fait, cette activité spontanée qui se produit dans la liberté des déterminations et qui a dans l'âme elle-même sa source immédiate. Il fonda sa propre métaphysique sur les trois principes abstraits qu'il avait déduits de son principe fondamental. Il admit la loi de causalité , et reconnut que chaque être qui commence a sa raison qui le fait commencer; mais il distingua la raison d'avec Texistence de la raison , qui constitue la cause proprement dite. Il reconnut dans l'espace et le temps des abstractions de l'existence. 11 accusa, non sans fondement, Leibniz et Wolff*, d'avoir trop souvent confondu le principe purement logique de la pensée avec le fondement des connaissances ; il encourut à son tour le reproche de s'être quelquefois perdu dans une région toute mystique (1).
(i) Weg zur Gewissîieitj etc. ; Leipzig, 1747, in-S». — Entwurf
PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. JIXIL bà
L'exemple donné par Tschirnhausen et par Wolff de transporter les méthodes mathématiques dans les sciences morales excita une telle émulation, qu'on vit bientôt un des partisans de WolflF, Croon (1), en faire l'application à la théologie, application dont au reste Wolff lui-même, il faut le I dire,avait eul'idée; Kelsch(Michaël) larecomman-
[ dapourrinstruction de la jeunesse (2); Stellwaag
alla jusqu'à vouloir l'employer dans la langue hébraïque (S). Feyerlin, Hagen, Wasser, en firent successivement l'apologie ; cependant on signala bientôt aussi les abus qui étaient faits de cette ^ méthode; on attaqua même, dans son principe,
l'usage que Wolff et son école en voulaient faire. Poppo fut le premier qui essaya de marquer la distinction des deux méthodes.
j Crusius traita aussi cet important sujet dans
^ toute sa profondeur (4). Il montra que l'assimi-
lation des méthodes philosophiques aux métho- ' des mathématiques est repoussée par la nature
des choses elles-mêmes, 11 signala neuf diffé-
der nothwendigen Vernunfl Warheiten ; Leipzig , 1745 , in-S®. — D'mertaiio de muet 2tmt/t^tt« rationis mfficientis; Leipzig, 1752, in.8^ — De summis rationis principiis ; Leipzig, 1752, in-8«. — Abhandlung von den rechten Gebrauchen und der Einschruukung der gogenanten Salzer, etc.; Leipzig , 4766 , in-8«. — Anweisung vernûnflig zu leben; Leipzig, 1767, in-8<».
(1) Dissertatio de pietate eliristiana f 1730.
(2) De utilitaie methodi mathematici in docenda juventute^ 1735.
(3) Meditatio crilica philosophica , 1734.
(4) Weg zur GewUsheit, Vorberichty § 10.
46 mST. coMP. 6es syst. de pmt.
rences essentielles, « Les quantités, dit-il, ne » diffèrent entre elles que par leurs limites; la » propriété qui les constitue est identique ; d'un » seul exemple du défini on peut abstraire la dé- » finition. Chaque mode de formation possible » d'une grandeur donne sa déilnîtion ; la eônsidé- » ration morale du but n'a aucune iàffuetace sur » cette science. Les mathématiques divisent rare- » ment un genre en espèces ; les mathématiques r déduisent la démonstration de la seule définition f » elles n'ont besoin que du principe de la contra^ » diction; leurs propositions peuvent être généra- 9 lement renversées ; elles se composent exclusive- » ment de raisonnements de ti*ansformation. »
Walch suivit, à quelques égards, les traces de Chr. Thomasius, de Buddeus, et surtout de Rûdiger ; mais il adopta un éclectisme bien plus large. Quoique appartenant aux adversaires de Wolfif , ir se rapprocha plus d'une fois des opinions de ce philosophe et de celles de Leibniz. Il est l'un des premiers penseurs de l'Allemagne qui aient convenablement apprécié le mérite de Locke^ quoique en remarquant ce qui manque à l'Essai sur l'entendement humain pour satisfaire aux besoins de la science (1). Son Lexique philosophique est une sorte de parallèle rapide des opinions des
(1) Philos. lexUon, p. 1499, 1815, 2813, 2825, etc. — £in/ettung in die Philos., p. 94.
philosophes de tous les siècles i^ur chaque question des sciences morales ; il accompagne ce résumé de ses propres observations, et place ainsi son lecteur, comme lui-même, dans un point de vue favorable pour faire un choix judicieux.
La philosophie est née, suivant Walch, de Fexpérience fécondée et généralisée par la méditation; car l'objet de la philosophie est fondé sur la nature et la méditation , fait sortir des faits particuliers observés les règles générales et les vérités déduites (1). L'expérience est surtout la source de la logique, car c'est en observant la nature des opérations de l'esprit , qu'on a appris à les diriger (2) ; elle est même la source de la métaphysique , car la connaissance qui embrasse les notions universelles des choses, la connaissance naturelle de la Divinité elle-même , supposent les faits particuliers et l' observation des objets sensibles (S). La certitude des connaissances a également, aux yeux de Walch , son fondement général dans la sensation ou le sentiment (Empfindung)] «car, c'est de la sensation ou du «sentiment obtenu par les sens que découlent » toutes les idées, et toute pensée n'est composée » que d'idées. » En cela , il est , comme on voit, d'accord avec lui-môme. Mais la sensation , ou le
(1) Einleitung in die Phil.y I. I, c. 2, § 9 et iO.
(2) im.ylAl, ci, §3 et 4.
(3) !m.,iùtd.^ c. â»§2.
sentiment tel queWalch le conçoit, ne réside pas exclusivement dans les impressions des sens extérieurs; la conscience lui appartient également; Tâme coopère par sa propre activité à la formation des idées ; il y a donc une expérience intérieure aussi bien qu'une expérience externe (1). Walch admet cependant le principe de la contradiction comme le principe primitif, unique , universel, qui préside au système entier de nos connaissances ; mais c'est encore par le témoignage du sentiment intime qu'il explique et justifie la valeur dont ce principe est revêtu.
Walch a traité^ d'après Rûdiger, la théorie de la vraisemblance; il la fait consister dans le rapport de l'opinion conçue avec les circonstances observées, et en distingue cinq espèces : la première, qu'il appelle historique , a pour objet le récit des faits et repose à la fois sur l'autorité des témoignages et la nature des faits eux-mêmes. La seconde, qu'il nomme herméneutique, a pour but l'interprétation du véritable sens des discours. Les trois autres, physique, politique, pratique, se réfèrent aux lois de la nature, à la connaissance des hommes, à la prévoyance de l'avenir (2).
(i) Einleitung in die Phil., 1. 1, c. 3 , § 4, 10, et la remarque sur ce dernier paragraphe ; 1. H , c. 1 , § 13.
(2) Ibid,, l. I , c. 3 , § 14; 1. II , c. 1 , § 25. - Philosoph, lexicou, articles: Vraisemblance y Histoire ^ Croyance, Témoins, eic.
Walch s'est proposé d'unir par des liens étroits le système des connaissances humaines, et de faire ressortir les rapports intimes qui les rendent nécessaires les unes aux autres (1). Il a composé un code de règles pour le grand art de la méditation (2).
Ce n'est pas sans quelque surprise que l'on voit un philosophe qui s'annonçait avec autant de prudence et de réserve , s'engager dans les voies du mysticisme, et joindre à une philosophie fondée sur l'expérience une philosophie secrète qui pénètre les mystères de la nature et embrasse le règne des intelligences (3). Le mystère philosophique, tel qu'il le conçoit, est relatif aux choses dont l'existence nous est connue, sans que nous puissions nous en expliquer les propriétés. Cette connaissance s'obtient, dit-il, ou par nos propres sensations , ou par le récit des autres hommes. Cette philosophie embrasse les opérations des mauvais esprits, les revenants , la magie, la sorcellerie, etc. (4). Walch, ici, était entraîné par les exemples des maîtres dont il avait recueilli les leçons.
Auguste-Fr. Millier, en adoptant aussi en partie les principes et la méthode de Rûdiger^ l'aban-
(1) Phihioph. hxîcon, 1. 1, c. 2.
(2) Ibid., ibid., l. Il, c. i , § 37 cl siîiv.
(3) Ibid.,md.,\. 111, c. 1.
(i) IMd., ibid., c. 2.
donna cependant sur plusieurs points , spécialement en psychologie, ce qui excita entre eux quelques différends. Il se rapprocha beaucoup de Locke, ou plutôt de ceux qui ont exagéré Locke, Il refusa aux notions générales une origine indépendante, les fit dériver des sens^ fit consister la vérité logique dans l'accord de la pensée avec la sensation, et la vérité métaphysique dans l'accord de la sensation avec son objet. Il bannit de la métaphy-* sique le principe de la raison suiSisante , par lé motif que nous ne pouvons nous rendre compté du mode d'action des causes,
Hollmann, professeur à Gœttingue, qui eut Ip niérite trop rare d'écrire avec précision et clarté dans des matières où cette condition serait si nécessaire, Hollmann professa aussi l'hypothèse qui rapporte aux sens l'origine de toutes nos idées, et combattit l'harmonie préétablie comme contraire à la liberté. Il divisa la philosophie théorique en deux branches , dont l'une, la physique, embrasse les objets matériels^ l'autre, la pneumatologie , traite des intelligences; la métaphysique comprend les généralités communes à tontes deux; la logique est leur commun instrument. Il essaya de déterminer les notions de l'espace et de la durée , en déduisant l'une de la seule distance entre les corps, et l'autre de la conliiiuité de l'existence (1).
(i) Hollmann (Sam. Ciir.) InsiHui, phiL; Vliteub., 1727, iu-8".
Daries , en professant à lena , où il produisit une sensation assez vive , mérita l'estime de Frédéric et se mit en rapport avec TAcadémie de Berlin, à laquelle il adressa quelques tributs. 11 publia un recueil d'observations critiques et sommaires sur quelques points de l'ontologie , de la psychologie , de la cosmologie et de la théologie naturelle <Je WolflF; il y releva plusieurs contradictions ; il fit remarquer le vague et l'incertitude auxquels plusieurs notions y sont exposées ; il combattit le système de l'harmonie préétablie. Daries est aussi concis que WolflF est diflTus ; cependant il est facile de voir combien WolflF lui a été profitable; il procède comme WolflF, il cherche comme lui à imiter les méthodes mathématiques ; il se place dans les mêmes points de vue , mais il est bien plus vraiment classique.
« Connaître , dit-il , c'est saisir l'enchaînement » des vérités i la connaissance philosophique con- » siste à trouver ce nœud dans les notions elles- 1 mêmes; sa découverte, si elle ne s'obtient que » dans les sensations, ne mérite pas un titre sem- >blable (1). » Daries prend ainsi son point de départ dans les notions. Celle de la probabilité^ la plus universelle de toutes, devient pour lui le pivot sur lequel roule le système de nos connaissances; elle lui sert à les classer, c La philosophie
(1) Via ad veritatem , léna, 1755; proœmium, § 2 et 4.
» première est la science des choses qui sont pos- » sibles, en tant que possibles, à Faide de la notion ide la possibilité. » Le possible déterminé^ s'il se rapporte à la substance , donne la matière de la métaphysique qui se subdivise en ontologie , monadologie, psychologie, pneumatique, théologie naturelle et somatologie ; s'il se rapporte aux opérations des agents moraux, il fournit la matière du droit naturel , de Féthique et de la politique , comme il prête celle de la physique, en se référant aux opérations des autres agents (1). En un mot, • le vrai, c'est le possible (2). Connaître la » vérité, c'est avoir un objet présent à la pensée , » et voir qu'il n'enferme point en lui-même l'être »ou le non-être (â). Cette connaissance est cer- «taine, lorsqu'on peut montrer la raison suffi- * santé de la vérité (4). »
Il est difficile de procéder d'une manière qui tienne moins de compte des faits positifs. Aussi , Daries oppose-t-il la connaissance qu'il appelle historique , obtenue à posteriori ^ à la connaissance philosophique toujours acquise à priori^ et il refuse expressément à la première le titre de science (5). Il admet cependant une troisième
(1) Via ad veritalem, 6,7,8,9.
(2) làid., ibid.f sect. I, c. 14: Dé veritate , § 1.
(3) im., ibid,^ § 44.
(4) md., ibid., § 45.
(3) md., ibid., § 52, 53, 54, 58.
connaissance formée de la combinaison des deux précédentes, à laquelle il restitue le caractère scientifique (!)•
C'est à Taide du système des images que Daries rentre en contact avec les objets extérieurs et le monde réel : • J'aperçois une chose, dit-il , » et j*en ai l'image ; voilà Vidée qui devient notion , 9 si la chose est conçue sous un aspect univer- »sel (2). »
Aux règles des définitions qu'il a énumerées avec soin , Daries a joint celles des inductions, sujet plus neuf en logique (3) , et celui de V hypothèse philosophique, code aussi rarement tracé et cependant fort nécessaire (4). Il donne le nom d'induction à l'opération par laquelle on rapporte l'attribut d'une chose plus particulière à une plus grande généralité. Il distingue deux sortes d'hypothèses philosophiques, l'une qui sert à découvrir la vérité , l'autre à rendre raison de ce qui existe. Mais il est dîfllcile de comprendre comment ces règles peuvent trouver quelque emploi hors du cercle des vérités rationnelles. Il en est de même de celle que Daries a instituée pour Tapplicalion du principe de la raison suffisante (5).
(1) Via ad veritatem, § 55.
(2) Ibid.^ sect. H , c. 1 , § 60 ; c. 2, § 71.
(3) IMd.y sect. m, cl.
(4) Ibid,, ibid., c. 2.
(5) Ibid., secl. 1 , c. 1 , § 84, 35, 36.
Darîes a donné une attention particulière à la théorie des signes en tant qu'ils offrent une matière aux combinaisons , aux substitutions et à l'analyse, dans les fonctions qu'ils remplissent à l'égard de nos idées (1). L'usage qu'il assigne au principe de la contradiction est de servir à la découverte de la vérité au moyen de ces opérations sur les signes (2). L'art caractéristique invente les signes ; l'art combinatoire les compose ; la caractéristique combinatoire trouve la vérité à l'aide de leurs substitutions (3). La logique se rapproche ainsi du calcul. Aussi, Daries donne-t-il pour les diverses variétés du raisonnement une espèce de formules algébriques (4). Il en déduit les règles des conversions (5).
Cependant, paraissant oublier ses propres maximes, Daries rentre sur le territoire de l'expérience. !1 se demande comment on peut procéder dans l'investigation de la vérité à posteriori. • L'expérience, dit-il, est le seul fondement sur «lequel cette investigation repose; car elle est la » connaissance des choses qui ne se révèlent qu'à » nos sensations. Tout ce que nous sentons agit »sur nous; ce qui agit sur nous existe, et par
(1) Via ad veritatem , sect. UI , c. 3 , g 157 et smv.
(2) //;fd.,t^id., §217,218,
(3) im., ibid., § 219.
(4) im., ibid,, c. 4, § 225 et suiv.
(5) Ibid., ibid., § 234 et suiv.
PHILOSOPHIE MODEKNE. CHAP. XîII. 55
» conséquent est vrai; Texpérience est donc vraie,
• et tout ce qui en est déduit légitimement est » vrai. Mais les vérités qu'elle nous apporte sont » toujours particulières ; elles démontrent seule- »ment la coexistence des choses, non leur dé-
• pendance; la sensation n'est pas la connaisaisance des choses telles qu'elles sont, mais seu- » lement telles qu'elles nous paraissent (1). • La série des règles que trace Daries, après avoir établi ces maximes fondamentales, n'a pas pour objet de diriger ce mode d'investigation , soit dans Fart d'expérimenter, soit dans la formation des nomenclatures; elles concernent seulement les opérations logiques que l'esprit humain peut faire dans le silence de la méditation , en comparant les résultats observés,
^ Déterminer ce qui est général , en le restreignant à une application plus spéciale, combiner les termes de nos considérations à l'aide de l'hypothèse philosophique, tels sont, selon Daries, les deux moyens qui s'offrent à nous dans l'investigation de la vérité à priori (2). Il en donne les procédés; il donne aussi ceux qui servent à la solution des problèmes (3). 11 offre, enfin, quelques aperçus sur l'application que l'art de déterminer peut recevoir dans l'investigation
(1) Via ad veritatem , sect. IV, c. 1 , § 293 à Î8«.
(2) IMd., c. II, § 315 et suiv. ; 33S et suîy,
(3) im., c. IV , S 368 et suiv.
des vérités expérimentales, en nous aidant à nous rendre compte des faits et à en chercher la raison suflSsante (1). Daries fut suivi , entre autres, p«r Schletewein , auteur d'une logique et d'une métaphysique , et qui , dans sa métaphysique , chercha à dégager cette science des subtilités et des superfluités dont elle est trop souvent environnée (2).
En abandonnant les traditions des péripatéticiens et de l'école, Syrbius ne se rangea ni sous la bannière de* Descartes, ni sous celle de Leibniz ou de WolflF; il a discuté leurs doctrines et n'a ' pu les approuver qu'en partie. Sa philosophie se rapprocherait, à quelques égards, de celle de Locke. Toute connaissance tire , suivant lui , son origine des sens (3). Il considère l'idée comme l'exemplaire de la chose même dans l'intelligence qui pense , exemplar rei in cogitante. L'attention s'attache à l'objet, s'en empare; de là, la fetception^ cause immédiate de l'idée. L'attention est pour l'esprit ce que l'amour est pour la volonté. Ainsi l'entendement prend par lui-même une part essentielle à la formation des idées (4). Les sens , au reste , sont rangés par Syrbius sous deux classes, les sens externes, et le sens intérieur.
0) Yia ad verilatem , c. VIÎ , § 393 et suiv.
(2) Iéna,17S9,in-4.
(3) Philosophia prima ^ pars 2, prooemiom, §6; léna, 17!£6.
(4) /Wrf., parsl,r. 5, §2.
qui embrasse les objets existant dans notre âme ou qui y surviennent, produits soit par nous-mêmes, soit par un autre principe agissant au-dedans de nous. Il donne, avec Locke, le nom de réflexion au sens interne , en tant qu'il perçoit les opérations de Tesprit ou de la volonté; il donne le nom de conscience à la faculté par laquelle nous percevons la convenance ou la disconvenance des idées ou des actions (1). Il s'exprime, du reste, sur la question des idées innées avec précision et justesse ; il relève les équivoqiites qui Font embrouillée; il se place dans le point de vue qui doit rallier les opinions sur ce sujet, en écartant les idées gravées, pré-, existantes, telles qu'elles sont imaginées par Platon, et en admettant des idées qui naissent naturellement de Texercice de nos facultés (2).
Syrbius a assigné le premier rang à cette portion de la philosophie qui établit les fondements de toutes les connaissances : son objet est l'homme. Elle considère sa destination, ses facultés intellectuelles et morales ; elle trace les préceptes de ses études et de sa conduite. A cette première science, qu'il appelle patente y il subordonne la métaphysique , à laquelle il donne le nom de science occulte ^ et qui comprend, suivant lui, tout ce que la raison humaine peut décou-
(1) Philosophia primay pars I, c. 5, § 17, 81.
(2) Ibid,, êW., § 3.
58 IlIST. COMP. DES SYST. DE PHIL.
vrir dans les mystères de la pâture (1). Il se rencontre avec Walch ; comme celui-ci, il c[onne la main aux mystiques ; c'est dans la tradition humaine recueillie par l'histoire dci la philosophie des peuples appelés barl)ares, qu'il cherche le fondement de cette philosophie à laquelle une démonstration directe m pourrait atteindra, et à laquelle la divination et la magie ne sont point étrangères (2). Syrbius n'a accordé que le troisième rang à Y ontologie ^ en la réparant de la métaphysique, et l'a restreinte à Fexplication des notions philosophiques les plus générales sur l'être et ses affections (3).
L'alliance de Descartes, Locke, Leibniz et Wolff, ne se maaifeste pas d'une manière moins sensible dans Gottsched (/i), dont la doctrine, d'ailleurs, offre avec celle de Syrbius une frappante analogie. Il admet le célèbre principe de Descartes e Je pense, donc je suis ; mais il ne lui accorde point la préséance dans l'ordre logique de nbs connaissances ; il prend la peine de le justifier par une démonstration développée et dans toutes les règles (5). C'est aux deux principes de
(1) Philosophia prima, pars II , conspectus , § 7.
(2) Ibid., ibid., § 8 et 9, c. S; c. 6.
(3) Ibid,, ibid,, c. III , proœmium, § 2.
(4) Erste grûnde der gesammten Weltweisheit; Leipzig, 1743, 2 vol. in-8«.
(5) JWd., part. I,§870, à873.
PUILOSOPHIB MODERNE. CEIAP. XXII. M
la contradiction et de la raison suffisante qu'il réserve le privilège d'être seuls primitifs (1), et c'est dans le premier de ces deux principes qu'il cherche le fondement d'une démonstration pour celui de Descartes. Il explique la formation des idées par une suite d'opérations dont la sensation, la perception , l'aperception , la pensée sont les degrés successifs, dont la représentation et la notion sont les produits. Car, dans le langage de l'école à laquelle il appartient , « sentir, c'est se > représenter une chose dans la pensée ; la notion » sépare cette représentation de son objet. La per- » ception est la représentation du composé dans le i> simple (2). L'âme, en effet, possède une force • représentative; elle est sa seule faculté primitive » essentielle ; la sensibilité, l'imagination, l'enten- » dément, n'en sont que les trois branches immém diates et principales (3). Les idées sont donc :» semblables aux choses perçues (4). »
Loin de repousser l'expérience comme source de nos connaissances, Gottsched montre comment elle peut conduire à la découverte de la vérité, les règles qu'elle doit suivre, les écarts qu'elle doit éviter. C'est à l'expérience qu'il attribue les juge-
Ci) Erstegrûnde dergesammten WêUweisheitf part. I,f 221 à ââ4
(2) im.-, md.y § 24, 875, 1023.
(3) im,,ibid., Si0i6àl019.
(4) im., ibid., § 1024.
ments intuitifs (1). Les jugements formés par Tunion ou la séparation des idées, sous certains signes, sont des jugements symboliques. De là les deux connaissances, Tune intuitive, Tautre symbolique (2), Il n'hésite point à penser que Tart caractéristique ne put être porté à un point tel que Tart de raisonner se réduisît à une sorte de calcul (3).
Gottsched conçoit, h peu près comme Locke, la formation des notions abstraites et générales (4). Il définit, comme Condillac, la faculté de réflexion (5); il décrit avec précision les phénomènes de la conscience (6). Il n'admet la croyance ou la foi que relativement aux faits ; il la fait consister dans l'adhésion donnée au témoignage d'autrui, pour les choses qui ne sont pas susceptibles d'une démonstration directe (7), Il rend à l'ontologie le premier rang dans le système de nos connaissances, comme en renfermant les bases générales; mais il admet une ontologie naturelle dont tous les hommes se servent dans la vie commune et qui est le fruit de l'expérience. La phi-
(i) Erste grûnde der gesammten WeltweisheU, part. 1, § 126 à
(2) laid., ibid,, § 921 , 922 , 925, 927,
(3) /Md., t^td., §923.
(4) i»fd.,t6td., §912,919.
(5) 7Wd.,i^id.,§909.
(7) Ibid,, ibid., § 165.
losophîe transforme ces données naturelles du bon sens en une science artificielle (1 ).
I Gottsched a embrassé dans son système de
philosophie toutes les sciences morales , et les a ' traitées avec beaucoup d'ordre et de sagesse. En
I assignant^ avec WolflF, la tendance à la perfection
I pour caractère au bien moral, il y a joint un au-
tre caractère qui consiste dans Faccord de nos ! actions avec les fins de la nature (2).
! En adoptant avec WolflF la méthode des géo-
! mètres pour l'exposition de la logique, Knutzen
I voulut compléter les règles que Wollf avait don-
} nées pour cet art (3) , principalement en ce qui
I concerne les causes et les remèdes des erreurs , le
critérium universel de la vérité, les critériums particuliers de la raison , de la croyance et des sens, qui, suivant lui, se résolvent tous trois ^ dans le premier (&); il ajouta quelque chose
I aussi à la théorie des probabilités.
Reusch annonce lui-même avoir pris à la fois pour guides, dans sa Logique nouvelle, et Aristote, et la Logique de Port-Royal, et Wollf, et Lange et Rùdiger (5). Le nom de Locke n'est point rappelé par lui ; cependant il adopte aussi
(1) Ersle grande dergetammlen Weltweisheitf pari. I, §211, 212,
(2) iWd., part. n,§2S,27.
(3) Elementa philos. rationaUs , Regîomonli , 1747,
(4) iWd., sect. IV , c. 2,§313.
(5) Sijstema logicum, praefatio, 2^ édition; léiia, t741.
quelques-unes de des vues sur le principe ded connaissances. « Notre âme se conforme aux ob- »jets dans les modifications qu'elle éprouve à
• leur présence; ces modifications en sont les i représentations dans notre âme. Elles ne sont » d'abord que de simples perceptions ; elles de*
> viennent des pensées par la conscience que l'â- »me en a, ou par l'aperception. Ces pensées des
• choses présentes Sont les sensations; les sensa-
> tiens, à leur tour, sont ou internes ou externes ; »les premières renferment les perceptions des » opérations de notre âme (1). » Telles sont les opérations primitives de l'entendement dans le système de Reusch ; toutes les autres s'y rattachent. Il assigne l'association des idées pour loi à l'imagination (2); il développe avec un soin particulier l'opération de l'abstraction (8); il con* sidère l'art d'observer et celui d'expérimenter comme faisant une partie essentielle de la logique ; il se plaint que ces deux arts n'aient pas encore été portés à la perfection désirable ; il regrette également qu'on ait trop négligé les conseils relatifs & la culture de l'imagination, du juigement et de la mémoire (4). Mais, après avoir signalé ces importantes lacunes , il ne s'occupe
(1) Systema logicum, c. I, §1, 2, 3.
(2) Ibid,, md.y § 6.
(3) Ibid., ibid,, § 16 à 20.
(4) Ibid., c. ni, §88,89, 90.
PHILOSOPHIE MObËRNE. CHAP. XXIL 63
point de les combler. Sa Logique roule presque exclusivement sur la convenance et la variété des idées, leur subordination, leur clarté, sujets auxquels il a consacré d'assez grands développements; sur l'usage de la connaissance symbolique, c'est* à-dire de celle dont les signes sont Tinstrument, cô qui lui a foUrni l'occasion de traiter de la langue philosophique, de l'art caractéristique, de la langue universelle qu'il espère en voir sortir. 11 a d'ailleurs admis, avec quelques modifications, la théorie de la proposition et celle du syllogisme , telle qu'elle avait été établie par les péripa* téticiens.
Les mathématiques formaient, aux yeux de Reusch , le troisième et le plus haut degré des connaissances humaines.
Les deux principes de la contradiction et de la raison suffisante sont, pour lui, les plus généraux de toute connaissance humaine (1). Il admet en même temps des jugements intuitifs, dans l'ordre de l'expérience; il leur attribue le pouvoir d'atteindre à la réalité des choses; il reconnaît à l'expérience celui de fournir des jugements universels (2). Il semble, en déterminant la notion de cause et en examinant la nature du lien par lequel les effets et les causes s'unissent dans notre
(1) Elemcnla philos, rationalisa c. I , § 45, 4G.
(2) Ihid, c. X, SG23,G25,C2G.
6(l, ^ HIST. GOMP. DES 8YST. DE PHIL.
esprit, avoir pressenti quelque chose du doute de Hume (!)• En prenant pour base la théorie donnée par Rûdiger sur les probabilités, il en a multiplié encore les espèces en assignant à chacune un fondement particulier (2).
Élaborée avec une si active émulation , la logique obtint en Allemagne un développement aussi étendu que rapide. On s'accorde à reconnaître dans Reimarus, professeur à Hambourg, le double mérite d'avoir mis en ordre et complété tout ce que les anciens et les modernes avaient proposé de mieux relativement & cet art, et de l'avoir présenté dans un langage clair, précis , exact , dont cet art a tant besoin et dont il a si rarement joui (3). Reimarus a fourni aussi de précieux tributs à la théologie naturelle.
Ploucquet, professeur à Tubingue, suivit la même direction d'idées que Lambert. H rappela à une seule règle la méthode de démontrer toutes les formes du syllogisme et d'en découvrir les vices (4). Il voulut réduire la logique à la plus extrême simplicité en l'assimilant à l'art du calcul, comme Condillac l'a fait plus tard en France.
,(i) Elem. philos, ration., c. X, § 626 , 627 , 630, 638. <2) IHd., c. XIU , § 664 et suîv.
(3) Herm. Sam. Reimarus , Yemunft-Lehre y etc., Hambourg et Kiel , 1756. Cet ouvrage a eu de nombreuses éditions.
(4) Methodus tam demonstrandi directe omnes syllogismorum spe^ des, eic.f Tubingue, 1703, in-8.
« Le calcul, dit-il, n'étant que Tart de déduire, » d'après une règle immuable, le connu de l'in- » connu, peut s'appliquer à toutes les branches de »nos connaissances. Seulement il doit prendre » autant de formes diverses qu'il y a de variétés » dans la nature particulière des connaissances. » Le calcul général qui embrasse les rapports pri- » mitifs de toutes les sciences n'engendre que la > seule ontologie. » D'après ces principes, Ploucquet a imaginé une sorte de calcul logique qui n'est que l'art syllogistique réduit à une plus grande simplicité, et soumis aux procédés de l'algèbre. On conçoit comment il a pu l'établir pour les propositions abstraites qui , n'embrassant que les simples rapports des idées, se fondent toujours sur l'identité. Quant aux jugements de fait ou d'expérience, il a trouvé le moyen de les réduire à des propositions identiques, à Taide du principe de la raison suffisante; c'est ainsi, par exemple, que ce fait: la glace se fond au feu, se convertit dans sa logique en cette proposition: la glace appartient à [* espèce des choses qui se fondent au feu (1).
i?loucquet traita aussi la philosophie spéculative et théorique; il chercha à répandre de nouvelles lumières sur les principaux points de la
(1) Meîhoduê oalcuUmdi in logicis , à la suile des Principes sur les substances et les phénomènes, Francfort , 1764 , etc. — - Samiung der Schriftetif etc.; Tubingue , 1773 , in 8.