‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 5Chapitre 13 sur 19 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Nouveaux développements des systèmes de doctrines mystiques.

Jean Reuchlin. — Georges Zorzi, — Cornélius Agrippa, — ThéophratU Paracelse. — J.-B. Van HelmonL — Robert Fludd. — Jacques Boëhm. — Pierre Poiret, etc.

L'histoire des doctrines mystiques est une portion curieuse et instructive de l'histoire de l'esprit humain. Elle recueille les phénomènes singuliers produits par quelques-unes des facultés morales, lorsque, dirigées vers un ordre d'idées supérieur à la nature, elles s'y portent avec le plus haut degré de l'exaltation. Mais cette histoire n'appartient pas essentiellement par ellemême à celle de la philosophie. Le mysticisme, appuyé sur la foi religieuse, se croyant inspiré par une lumière ipamédiate, dédaigne le plus souvent les formes scientifiques, et quelquefois même repousse et proscrit le concours de la simple raison. Quelquefois cependant le mysticisme emprunte plus ou moins aux principes ou au langage de la philosophie, obtient d'elle une certaine faveur, ou cherche à se légitimer par sa sanction; il réagit même sur elle par ses propre»

influences : tel est le spectacle que nous avons vu se produire à Alexandrie vers le commencement de notre ère, et se perpétuer ensuite pendant plusieurs siècles. Au milieu des nuages qui couvrent la marche du mysticisme au travers du moyen âge , on peut entrevoir que l'étude faite par les Juife de la philosophie aristotélique et des commentaires des arabes contribua à faire revêtir la cabbale de cette forme systématique que lui imprimèrent les rabbins Lorîa et Irira. A Fépoque de la restauration des lettres, les doctrines mystiques ne purent rester étrangères au mouvement général des esprits ; elles reçurent de nouveaux encouragements ; elles tendirent à se développer d'une manière plus complète, plus explicite, plus régulière. Qui l'aurait cru? ces doctrines eurent même quelque part à la grande révolution qui ouvrit une nouvelle carrière aux sciences physiques, et qui prépara de rapides progrès à l'étude de la nature.

Quelle que soit d'ailleurs la sévérité des jugements qu'on serait en droit de porter sur les écarts dans lesquels le mysticisme a pu entraîner la raison humaine, et sur l'abus qu'il a pu faire des vérités les plus respectables , il ne mérite point le dédain avec lequel il est considéré par les esprits légers, et il offre plus d'un texte utile aux méditations d'une sagesse impartiale. Ne craignons donc point de lui demander les instructions qu'il peut nous offrir encore dans les temps modernes,

au milieu de toutes les difllcultés qui semblent en défendre Taccès.

Au sortir du moyen âge, les doctrines mystiques se composaient de deux éléments principaux : des traditions transmises d'âge en âge, et des inspirations individuelles. Un troisième élément vint s'y joindre à l'époque de la restauration des lettres. Ce fut le même qui avait déjà joué un si' grand rôle dans les spéculations d'Aristobule, de Philon, des gnostiques. Ce fut précisément ce syncrétisme philosophique qui avait confondu avec les théories des Grecs les antiques et mystérieuses conceptions dont l'Asie avait été le berceau. Le mysticisme se régénéra une seconde fois aux mêmes sources du sein desquelles, quinze siècles auparavant, il était sorti animé d'une si étonnante énergie. Ces doctrines se divisaient naturellement en deux branches principales, suivant que l'un ou l'autre des deux éléments essentiels que nous venons d'indiquer prédominait en elles. Les cabbalistes reconnaissaient surtout l'autorité des traditions ; les théosophes se livraient surtout à l'interprétation symbolique des livres sacrés. Les premiers s'aidèrent, à la restauration des lettres, des nouveaux secours que leur apportait l'érudition ; les seconds réchauffèrent leur enthousiasme au foyer des théories du platonisme renouvelé.

Déjà l'un de ses premiers restaurateurs , l'un des disciples de Marsile Ficin, Jean Pic de la Mi-

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randole, avait fait entrer l'étude des livres cabbalistiques daûs le cercle de ses vastes et rapides explorations ; il avait tenté de porter sous les yeux du public le contenu de ces ouvrages, réservé jusqu'alors presque exclusivement aux adeptes ; il avait pressenti la sympathie qui rapprochait quelques-unes de leurs doctrines des systèmes de l'école philosophique à laquelle il s'était attaché. L'heptaple de Jean Pic semble avoir été conçue à l'exemple de ces commentaires panlesquels la cabbale prétend révéler le sens mystérieux qu'elle suppose enseveli dans les livres sacrés. Mais ce que Jean Pic n'avait encore qu'ébauché, ou plutôt même indiqué, Reuchlin entreprit de l'ac-r complir.

Jean Reuchlin, qni, suivant l'usage du temps, échangea son nom tudesque contre un nom grec et prit celui de Capnio , était né à Pforzheim en l/i55. Il goûta d'abord à Paris le commerce de Jean Wesel qui cultivait à la fois et la philosophie de Platon et la connaissance de la langue hébraïque , et sans doute il y puisa les motifs qui déterminèrent le choix de ses études et l'ardeur infatigable qu'il porta dans ses travaux. Mais bientôt sa direction fut encore mieux décidée, son zèle fut encore accru, lorsqu'après de nombreux voyages il vint habiter l'Athènes moderne, lorsqu'il fut introduit au sein de l'Académie florentine, lorsque, accueilli avec bienveillance par Laurent-le-Magnifique, il

190 mST. œMP. DES SYST. DE PHXL.

obtint Famitié de Démétrius Ghalcondile, de Marsile Ficin, de Georges Vespucci, de Christ LandiDi, de Philippe Valori, d'Ange Politien^ de Jean Pic de la Mirandole. Là, il acheva de s'en<flammer d'une noble passion pour les recherches de rérudition et pour la littérature ancienne ; là, il partagea , pour les théories platoniciennes et pour les spéculations qui étaient confondues avec elles, le vif enthousiasme dont il fut le^témoiD. Alors ridée de Jean Pic de la Mirandole sur une prétendue concordance entre la philosophie hébraïque et le système pythagorico-platonicien devient pour lui comme un trait de lumière ; il croit tenir le germe des plus importantes découvertes. Une carrière nouvelle se présente à lui ; elle lui parait d'autant plus digne d'occuper sa vie, qu'elle remontait plus directement aux sources primitives ; il en aperçoit d'autant moins les écueils, qu'elle est couverte encore de plus épaisses ténèbres, et que les documents qu'il est appelé à y employer n'ont encore subi l'épreuve d'aucun examen critique. «Marsile, s'écrie-t-il, a rendu » Platon à l'Italie; Lefebvre d'Étaples a rendu Arisf tote à la France ; j'achèverai l'ouvrage : je ferai » renaître Pythagore pour la Germanie. Cette en-

• treprise ne peut s'accomplir que par la cabbale » des Hébreux; car la philosophie pythagoricienne

• est dérivée des traditions chaldéennes et s'est » reproduite de nouveau dans les écrits des cabba- » listes. C'est donc pour éclairer cette philosophie

> que j'ai traité de Tart cabbalistique, qui n'est au- >tre chose que la philosophie symbolique (1). • 11 prend donc la plume; il publie ses deux dis<sertations sur le Verbe merveilleux et sur VArt calh balistique ; il prépare sur le même sujet un tra*vail bien plus étendu, plus complet, dont ces deux écrits ne sont encore que Tintroduction,

La consanguinité des doctrines se découvre encore ici aux regards de T historien; elle ne pouvait se manifester avec un caractère plus évident*

Reuchlin n'obtint point de sa tentative le succès dont il s'était flatté ; il encourut même d'amères censures; de graves soupçons s'élevèrent contre la pureté de ses opinions religieuses, malgré la bienveillance que lui témoignait le souverain pontife. Il fut découragé , et mourut en 1522, sans avoir mis au jour le grand travail qu'il avait préparé. L'Allemagne reconnaissante a du moins justement honoré sa mémoire pour les services plus durables qu'il lui a rendus en réveillant dans 8on sein le goût de l'érudition et des études littéraires, par le commerce qu'il entretint avec les savants, ses compatriotes, et par les exemples qu'il leur donna.

Reuchlin n'avait guère considéré lacabbale que

[i) V. la dédicace de la dissertation De arle cabbalitlicâ au pape LéoaX.

192 HIST. COUP. DES SYST. DE PHfL.

SOUS le point de vue historique ; il ne lui avait apporté en tribut que les travaux de rérudition; il s'était borné à recueillir, à comparer, à combiner les documents qui appartiennent aux traditions mystiques par un amalgame plus ou moins arbitraire et forcé. Il se place ainsi à la tête de Tune des trois branches des cabbalistes modernes, celle qui s'est chargée de conserver en quelque sorte les annales de cette singulière science. Une seconde branche des cabbalistes comprend ceux d'entre eux qui, prenant ces traditions telles qu'ils les trouvaient dans les livres, s'attachaient seulement à en tirer les conséquences, à les mettre en œuvre, à opérer avec leur secours, qui convertissaient ainsi la cabbale en art : celle-ci compta un nombre considérable d'opérateurs; la carrière était sans limites ; elle offrait les plus séduisantes perspectives. Une troisième branche se compose de ceux qui voulurent étudier ces traditions en elles-mêmes, en pénétrer l'esprit, les coordonner, en composer un système , y introduire une sorte de logique , et les justifier aux yeux de la raison. Ce sont ces derniers qui j'éclament particulièrement notre attention ; ils durent être de tous les moins nombreux. Certes une semblable entreprise ne pouvait être tentée par des esprits ordinaires.

Deux hommes d'une trempe en eflFet peucorn- 111 une se signalèrent particulièrement, au commencement du xvi^ siècle, par une conception de

ce genre : ce furent François- Georges Zorzi et Cornélius Agrippa.

Le premier, moine franciscain, appelé aussi le Vénitien, du nom de sa patrie, s'était nourri de la lecture des pythagoriciens, des néoplatoniciens, des rabbins et des cabbalistes ; il professait une haute estime pour Origène et le prétendu Denys TAréopagite. Empruntant à la fois le système des émanaiions aux Orientaux, celui des nombres à Pythagore, celui des idées à Platon, la démonologie aux uns comme aux autres , combinant tous ces éléments entre eux, il espéra les faire concorder avec les dogmes théologiques. Il prétend, il est vrai, s^être attaché à la philosophie naturelle d'Aristote; mais cette déclaration parait n'être qu'une adroite précaution employée pour se concilier la faveur du souverain pontife. 11 publia, en 1525, ses Cantiques sur l'harmonie du monde ^ et, en 1536, ses Problèmes sur F Écriture sainte^ dédiés à Clément VII.

Le système des émanations, que Platon avait concentré dans la sphère des intelligibles, reprend ^ans le Vénitien une extension sans limites, et embrasse la chaîne entière des êtres. Les nombres sont, à ses yeux, le lien des deux univers, Tun celeste, l'autre sensible. «La divinité n'est pas seule- Mnent la cause efficiente du monde, elle en est

• aussi la cause subjective et formelle; elleengen- »dre les êtres par sa propre fécondité. Les éléments

• sont en Dieu les semences des choses, les idées ou

19/1 mST. œMP. DES SYST. DE PHIL.

» les sources de ce qui doit être produit ; dans les » anges, ils sont des puissances diversementréparfties; dans le ciel, des forces; sur la terre, des 9 formes plus grossières. Les idées ne sont pas seu- 9tement des exemplaires^comme Ta voulu Platon; » elles son* des effusions, des illustrations divines; » elles communiquent, de leur propre fond, la na- «turc et Tessence de ce qui existe (!)• » En faisant résider ces idées dans le Verbe divin , Zorzi avait cru incorporer iPlaton à la théologie chrétienne. Il n'échappa cependant point aux censures, et ses écrits furent rais à Tindex.

Agrippa de Nettesheim avait reçu de la nature des facultés qui Teussent rendu capable de grandes choses, s'il eût su les régler, s'il ne se fût laissé entraîner par l'ardeur de son imagination, la mobilité de son caractère, l'impétuosité de ses passions et l'ambition de la renommée. Il eût pu opérer une révolution salutaire dans l'empire des coiinaissances humaines, et quelquefois il laissa échapper, comme au hasard, des aperçus qui décelaient le génie; mais, incapable de s'assujétir à une marche méthodique, de goûter le calme d'esr prit nécessaire aux méditations fructueuses, il s'égara dans toutes sortes de divagations, changea plusieurs fois d'opinions , détruisit non-seulement les doctrines reçues, mais les siennes propres,

(i) Pfocmim CMtki, cunt. 1, 4, 5, 6, iO, 16, etc.

PHaOSOPHIE MODEBNE* CHAP. Y, 19S

sembla se jouer avec toutes, et se livra aux conceptions les plus fantastiques, comme au seul refuge qui lui restât après avoir proscrit toutes les connaissances positives: triste et mémorable exemple des dangers auxquels expose et des vicissitudes auxquelles conduit ui;ie exaltation sans lipiites et sans réglé. Les agitations de sa vie égalèrent le désordre de ses idées, et sans doute contribuèrent beaucoup à l'entretenir; il fut magistrat et soldat; il servit divers gouvernements, connut la prospérité et la disgrâce, fit de nombreux voyages , éprouva mille aventures diverses, s'attira de nombreux et puissants ennemis. Pendant qu'il étudiait à Paris, dans sa jeunesse, il y fonda une association secrète qui peut avoir servi de modèle oq même de tige à quelques-unes de celles qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours. A Dôle, il enseigna publiquement le traité de Reuchlin De Verbo mirifico\ à Wurtzbourg, il se lia avec Tabbé Trithême, et conçut, dans les relations qu'il eut ^vec Iqi, son livre sur la phibsophie occulte (1) ; à Pavie, où il se trouvait en passant, après avoir pris part à l'expédition de l'empereur Maximilien contre Venise, il commenta l'/ferwîé^ trismégiste; hCdiSsel, il rédigea sa dissertation sur les trois modes des connaissances de Dieu^ dédiée au marquis de MoQtferrat; à Metz, où il remplit les fonctions de

(1) V. la dédicace de cei ouvrage à l'abbé Trithéuie.

syndic de la ville, il se livra à l'étude de la théologie et des livres sacrés. Après avoir servi dans les armées françaises, il écrivit son traité de la vanité des sciencesj qui lui attira un procès de Tinquisition. Les moines, avec lesquels il avait été dans un état constant d'hostilité, lui firent sentir plus d'une fois leurs vengeances. Jeté en prison, bientôt après délivré, mais en proie au chagrinet à la misère, il vint mourir auprès d'un ami, à Grenoble, en 1535, âgé seulement de quarantehuit ans, jouissant d'une assez grande réputation chez les protestants, quoiqu'il eût conservé une sorte de neutralité dans les controverses religieuses ; comptant toutefois aussi des partisans, moins nombreux, il est vrai, et plus réservés, parmi les catholiques et même dans les rangs sapérieurs du clergé.

En parcourant les écrits d'Agrippa, on se demande si on doit le ranger au nombre des sceptiques, ou bien parmi les dogmatistes les plus absolus, car il se présente tour à tour avec ce double caractère. Nul homme n'a plus dénigré la raison humaine et contesté ses prérogatives; nul homme n'a hasardé des spéculations plus téméraires. Mais ce contraste s'explique en lui, comme en d'autres enthousiastes, par le désir d'éloigner un surveillant, un censeur incommode, par l'espoir d'asseoir mieux encore le merveilleux sur les ruines mêmes de la raison , par le dessein de revendiquer, en faveur de riUumination extatique,

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le privilège d'être la source unique de la vérité. Mais, et cette considération se présente souvent à l'observateur dans Thistoire de Tesprit humain, ce contraste s'explique plus naturellement encore par l'espèce de lassitude et de défaillance qui , chez les enthousiastes, devient la suite d'une exaltation longtemps portée à l'extrême ; rien n'est plus près des abîmes du doute que l'excès de la crédulité.

Agrippa est le premier écrivain qui ait porté quelque lumière dans les ténèbres de la cabbale ; il est le premier qui ait distingué la cabbale prétendue philosophique ou cosmologique de celle qui a pour objet la théologie symbolique.

Dans son traité de la philosophie occulte^ Cornélius Agrippa ne s'était proposé rien moins que de donner une sorte de sanction philosophique aux fondements de la science de l'art surnaturel , et de les justifier en même temps contre toute accusation sous le rapport religieux. 11 s'étonnait , disait-il , il s'indignait même que personne n'eût encore teuté cette entreprise ; car , chez les auteurs récents , tels que Roger Bacon ( qu'il place à leur tête ) , Robert l'Anglais ( sans doute Robert de Lincoln ) , Pierre d'Apono , Albert-le-Grand , Arnaud de Villeneuve, Anselme de Parme, le Florentin Cichod'Ascoli,Picatrix d'Espagne(A), il n'a trouvé que des folies ou des superstitions qui ne sont appuyées sur aucune preuve. Il a donc voulu remonter à la magie antique , primitive et pure ,

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et la légitimer aux yeux delà raison. En parlant de ce principe qu'il y a deux sources pour les connaissances d'un ordre supérieur, là raison et la révélation , et en distinguant la révélation judaïque et la révélation chrétientie , Agrippa rangeait les écrits hermétiques au nombre de ceux qai appartenaient à la première de ces deux instructions révélées, car il reconnaissait Hermès pour un descendant d'Abraham ; il y plaçait aussi la cabbale. Il avait annoncé qu'il réservait pour lui-même et pour ses amis la véritable clef de cet ouvrage: « Car ces choses ne peuvent s'écrire ; l'esprit doit les communiquer à l'esprit dans un petit nombre de paroles Sacrées (1). » Après sa mort, un vrai partisan de la magie se prévalut de ses paroles pour donner, comme étant la clef prétendue d' Agrippa, les pratiques superstitieuses des conjurations; mais le savant Naudé a détruit cette supposition (2). Agrippa lui-même, ailleurs, a suffisamment fait connaître la clef qu'il avait voulu désigner : • Cette clef n'est autre que l'enjitendement lui-même ; car, à mesure que nous )i concevons des choses plus élevées, nous obtenons • aussi une plus sublime puissance, nous dévenons » capables d'opérer de plus grandes choses avec plus il de facilité et d'énergie. Mais notre entendement,

(1) L. ni episMarum, ep. 56; l.V, ep.i4, p. 873.

(i) Apologie des savants accuses de magie, c. 45, p. 285.

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» captif dans la chair corruptible, s'il ne s'affi'an-

• chit de ces liens, s'il n'entre en possession de sa

• propre nature, ne pourra s'unir aux puissances » divines et découvrir les secrets cachés de Dieu et

• de la nature, connaître Fauteur de toutes choses,

• s'identifier pour ainsi dire avec lui par une sorte » de contact essentiel^ se transformer en Dieu même :

> telle est la vraie et solide philosophie; c'est là cette » mort dont parlent les Écritures, mort précieuse

> devant le Seigneur (1) . » Cette clef n'était donc au fond que la doctrine mystique, telle qu'elle est professée par le néoplatonisme et les autres sectes du même genre , nouveau trait de consanguinité qu'il est utile de mettre en lumière.

Tout ce système repose sur la distinction de trois mondes, l'un élémentaire, le second céleste, le troisième intellectuel, et sur les corrélations qu'Agrippa suppose exister entre eux : iLe premier régi par le second, celui-ci par ile troisième, reçoivent, chacun, l'influence des

• forces propres à celui qui lui est supérieur. •Le suprême ouvrier et archétype verse sur

• l'homme , objet de la création entière, les ef- » fusions de sa toute - puissance par l'intermé-

. » diaire des anges, des cieux, des astres, des élé-

• ments, des animaux, des plantes, des métaux

• et des pierres elles-mêmes* Les magiciens pen-

(i) L. V epistol., p. 879.

» sentdonc qu'îln*estpas déraisonnable d'admettre

• que nous pouvons remonter aussi par les mêmes » degrés et par les mondes inférieurs à ce même » monde archétype, à la cause première, y jouir » des puissances qui se déploient dans les choses » les plus nobles, et attirer mêm^ à nous d'en haut » d'autres forces nouvelles (1). La magie est cet art » qu'ont exercé tous les sages de l'antiquité, depuis r Zoroastre jusqu'à Platon ; qu'ont exercé, après » eux, les Apollonius de Thyane , les Piotin, les Por- » phyre, les Jamblique, les Proclus : elle consiste » dans la contemplation approfondie des choses les » plus secrètes , embrasse la connaissance de la » nature entière, unit et combine entre elles les for- » ces des ordres divers (2). Certaines images (idofa), » non-seulement spirituelles, mais naturelles, s'é- » chappent des objets, errent dans l'espace aérien, » sont transmises à nos sens par la lumière ou le

• mouvement, et produisent sur nous certcûos » eflFets merveilleux. Si donc, pendant une nuit se- » reine, quelqu'un oppose aux rayons de la lune ou » certaines peintures dessinées avec un art parti- » culier, ou certaines lettres, ces signes multipliés » s'élevant dans l'air, réfléchis avec les rayons lu- »naires, s*ofiFrent à un spectateur éloigné. Une ]» portion des forces dérive des éléments eux- » mêmes, une autre de leur mélange ; une autre,

(1) De occulta phUosophid^ 1. 1, c. i.

(2) i^irf., 1.1, c.2,37.

• enfin, agit sur des organes déterminés. H y a

• dans les choses , outre les forces élémentaires

• que nous connaissons, certaines forces innées,

• mystérieuses, telles que celle qui se produit dans

• Taimant, par exemple; une secrète sympathie,

• une secrète antipathie existent entre tous les «objets et se combinent de mille manières (1). •

Ce système repose encore sur la théorie platonicienne des idée$ : « Les vertus occultes sont ré-

• pandues sur les espèces des choses par les idées

• qui résident en Dieu selon une forme unique ,

• dans Tâme du monde en tant que multiples, » et qui , par une participation graduée, se com- » muniquent aux âmes revêtues d'un corps, comme » à celles qui en sont dépouillées. Car Dieu, source » et fin de toutes les vertus, prête le sceau des idées

• aux intelligences qui lui servent de ministres ,

• fidèles exécuteurs qui les emploient comme au-

• tant d'instruments pour disposer la matière à

• recevoir les formes diverses. Toute forme et toute

• vertu dérivent donc d'abord des idées, ensuite

• des intelligences qui président et régissent, en-

• suite des phénomènes célestes, enfin des combi-

• naisons des éléments (2). »

On trouve, dans Agrippa, quelques expressions qui paraissent se rapporter aux phénomènes du

(1) De occulta philos., 1. 1, c. 8, iO.

(2)/^irf.,l. I,c.H,i3.

magnétisme animal, et on n'aurait pas lieu d'en être surpris. Il suppose une action directe de la volonté de l'homme sur la volonté et les actions des autres hommes. Il attribue surtout une énergie merveilleuse à la parole et aux noms; delà découle la puissance des invocations, des adjurations, etc. (1).

Si nous joignons à ces idées un mélange du système pythagoricien sur les nombres, et du système platonicien sur les démons ou esprits supérieurs, nous aurons institué cette magie prétendue légitimé qu'Agrippa veut justifier et distinguer delà magie coupable et diabolique, laquelle emploie les sortilèges et invoque 1#6 puissances de l'enfer (2).

En exposatit une partie des secrets de cet art et les motifs qui peuvent les légitimer, Agrippa cependant a soin de prévenir son lecteur qu'il n'est souvent qu'historien, et qu'il ne prétend point adhérer, par une conviction personnelle, à tout ce qu'il raconte (3). Plus tard, comme nous l'avons dit, il abandonna, désavoua ces écarts de sa jeunesse (4). C'est ce qui est arrivé à plus d'un enthousiaste, ce que nous avons déjà remarqué

(i) De occulta philoi., 1. 1, c. 63, 66, 67, 69, 70.

(2) Ibid.y 1. n, c. 1, 3 à 10, 13, 24, 54, 56, 57, 60, etc.; I. «1, c. 19, 21, 22, 29, 33 à 45.

(3) V. la préface du même ouvrage.

(4) De pecealo originali, t. U, p. 555; De vanitate teientiarum^ C.48.

chez Jean Pic. Toutefois ces désaveux, échappés à Agrippa dans des moments d*humeur que lui causèrent ses disgrâces, ne furent pas ou bien sincères ou bien constants, s'il en faut croire le témoignage de son disciple Wier. Peut-être concilierait-on ces circonstances en remarquant que, dans son Traité de la vanité des sciences^ Agrippa conserve tout son attachement à la magie naturelle, et ne rétracte que l'apologie qu'il a faite de la théurgie.

Il nous apprend dans quelle disposition d'esprit il se trouvait lorsqu'il composa ce dernier écrit qu'il caractérise lui-même de déclamations cyniques. Toutes ses espérances avaient été déçues; après de longs travaux, à la suite de nombreux services rendus dans des carrières diverses, il se voyait abandonné, réduit à la misère , pendant que des hommes médiocres jouissaient de la fortune et des honneurs; son orgueil était blessé; il avait besoin d'exhaler le mécontentement et l'amertume dont son âme était remplie. Il s'en prit, en quelque sorte, à la raison humaine, comme si elle était complice des injustices du sort (1). Nouveau Sextus , il renouvela contre la certitude des connaissances tous les arguments de l'empirisme. Il prétendit y joindre l'autorité des livres saints ; c'est à eux qu'il réserva le privilège de

(1) V. la dédicace de son traité De vanitate acientiartm.

204 HIST. COMP. DES'SYST. DE PHIl.

conduire rhomme à la vertu (1). Il alla jusqu'à soutenir que la science de la morale, s'il existe en effet une telle science, ne repose point sur des principes philosophiques, mais seulement sur les observations de la vie commune, les mœurs, les habitudes, et varie ainsi suivant les circonstances des lieux et des temps (2). La certitude des faits historiques fut le principal objet de ses attaques; aucun sceptique jusqu'alors n'avait porté aussi loin l'argumentation contre ce genre de connaissance (3). Les mathématiques elles-mêmes, l'arithmétique, la géométrie, ne purent trouver grâce à ses yeux; il reprocha aux mathématiques en général, que leurs idées ne correspondent point exactement aux objets réels de la nature (4); aux géomètres en particulier, qu'ils ne peuvent s'accorder sur les définitions fondamentales, telles que celles du point, de la ligne, de la surface, etc., etc. (5). Cependant, quoique cette diatribe, plus passionnée que raisonnée, semble embrasser, d'une manière absolue, tout l'héritage de l'esprit huinain, on reconnaît qu'Agrippa avait spécialement en vue le système d'études qui dominait dans son siècle. Lié avec Erasme, entretenant avec lui un commerce épistolaire, il parta-

(1) De vanitate scieniiarum, prsefatio.

(2) im., c. 54.

(3) Ibid,, c. 5.

(4) Ibid., c. H.

(5) im.yC, 21.

PHILOSOPHIE MODERNE. GHÂP. V. 205

geait son dégoût pour le pédantisme de recelé, € Cette déclamation que j'ai entreprise, dit-îl,

• sur la vanité des sciences et Texcellence de la » parole divine, je Tai composée dans le dessein

• d'exciter les esprits à embrasser lacausQdes > bonnes études, et pour offrir des armes propres » à combattre les vicieuses méthodes que lesfrivo- » les subtilités des moines ont introduites dans t tous les genres d'exercices (1).» Jl condamne cette dialectique des écoles qui se borne à tirer quelques déductions artificielles de prémisses admises sans examen ; il s'élève contre ces docteurs qui veulent imposer à l'esprit humain le joug d'une honteuse servitude, et (^ui substituent à la conscience de la . raison, au sentiment du vrai, l'autorité arbitraire de quelques vains oracles.

Cet écrit produisit une vive sensation, moins peut-être à raison des questions métaphysiques qu'il y soulevait avec tant d'audace qu'à cause des traits que son auteur avait dirigés contre les mœurs, les institutions, contre diverses conditions et professions sociales. Il avait irrité les prétentions et les amours-propres, et ce tort ne pouvait être pardonné. Les hommes sages euxmêmes condamnèrent avec raison l'emportement d'Agrîppa, tout en plaignant ses malheurs; un cri général s'éleva contre lui ; son livre fut interdit en Allemagne.

(i) Epist., 1. vil, 35.

206 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIl.

Parmi les sectateurs de ces mystérieuses doctrines on signale encore un Ricci , un Galatin , et quelques autres dont les vues ne nous présentent rien qui paraisse digne d'être remarqué. Peutêtre doit-on y ranger aussi le célèbre et savant abbé Trithême, l'auteur de la stéganographie. On sait que Tabbé Trithême s'était fort occupé des sciences occultes, qu'il y joignait une étude assidue de la philosophie platonique , en même temps qu'il cultivait avec une extrême ardeur les recherches de l'érudition. Il destina spécialement son art symbolique aux correspondances secrètes.

On se rappelle que cette espèce d'algèbre métaphysique conçue par Raîmond LuUe , et qu'il décora du titre d'ar/ merveilleux^ avait été considérée et présentée par lui comme un instrument de la cabbale. On s'étonne de voir qu'un procédé purement mécanique ait pu obtenir tant de suffrages, continuer aussi longtemps d'être cultivé, et servir même de point de ralliement à une sorte de secte. Sa connexion avec les sciences occultes contribua sans doute à lui conserver ce crédit : aussi Agrippa fut-il saisi d'abord d'une vive admiration pour l'ar^ merveilleux, et prit-il même la peine de le commenter. Plus tard il rétracta l'opinion qu'il avait exprimée à ce sujet,* comme beaucoup d'autres ; il reconnut que cet art est plus propre à favoriser la vaine ostentation de la science, qu'utile à l'acquisition des vraies connaissances ; il lui reprocha de promet-

tre plus qu'il ne peut tenir; il en critiqua les formes et le langage (1). Cependant les luUistes continuèrent quelque temps à se perpétuer au milieu même de la régénération des études.

Les théosophes ont aussi revendiqué pour leurs systèmes le titre de cabbale; ils ont même prétendu être en possession des vraies lumières cabbalistiques. Ils ne peuvent cependant être considérés comme formant une secte qui ait des dogmes propres et déterminés , précisément parce qu'abandonnant les vestiges de ces traditions antiques auxquelles s'attachent les cabbalistes orthodoxes, se livrant aux inspirations individuelles , ils se trouvaient naturellement entraînés à porter dans leurs spéculations tout ce qu'a de vague , d'arbitraire, et d'incertain, le mobile auquel ils s'étaient confiés. Peut-être, du reste, le mysticisme était-il plus conséquent à son propre principe chez les théosophes que chez les cabbalistes proprement dits; car, là où l'illumination intuitive et directe est admise comme une source de révélation pour les connaissances, chacun de ceux qui se croient en possession de cette lumière aie même droit à s'y confier pour les instructions qu'il y puise.

A la tête de cette nouvelle famille de mystiques se montre le célèbre Théophraste Paracelse. Ici

(i) Ùê mniUiii icietUiarumt c. IX, g 39,

encore les théories de Platon servent de point de départ, et se combinent avec les spéculations qui vont se perdre dans la région du merveilleux; ici encore le spiritualisme , en même temps qu'il aspire aux plus hautes sommités théologiques , va tenter de s'introduire dans le domaine de la physiologie et d'en gouverner les phénomènes. 11 est curieux d'observer la naissance et la marche de ces conceptions singulières,

La Suisse avait donné le jour à Philippe Bombast d'Hohenheim, qui prit ensuite le nom de Théophraste Paracelse. Né à Einsielden en 1498, il avait négligé les études positives et régulières, mais avait dç bonne heure scruté les mystères de la cabbale. Il avait puisé auprès de l'abbé Trithême le goût des sciences occultes; il avait reçu de son père quelques traditions de l'art de guérir, et, réunissant à la fois cette double direction, il se flatta de faire descendre sur l'art qu'il exerçait la lumière des spéculations mystiques. Génie bizarre , impétueux , désordonné, mais énergique, hardi, il semblait se complaire dans les suppositions les plus arbitraires , et cependant il réussit plus d'une fois à saisir des aperçus heureux, comme par une sorte d'instinctet de pressentiment. «Toute science,tout » art, dit-il, sont un présent immédiat de la divini- » lé : l'homme n'y coopère que comme un instru- » ment passif, et ne saurait rien découvrir par lui- » même. Dieu verse en nous cette lumière céleste

PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP. V. 209 jj

»qui nous manifeste la nature. » En partant de ce principe, Paracelse voyait dans la cabbale la sour ce de toutes les connaissances ; les prophètes , Moïse, avaient été à ses yeux de vrais cabbalistes, des magiciens ) des devins, en prenant ces qualifications dans le sens honorable que leur donne le mysticisme.

« La médecine, en particulier, dit-il^ est impuis- » santé pour le traitement des maladies, sans le se- » cours de la cabbale. La médecine repose sur qua- »tre bases: la philosophie, l'astronomie, l'alchimie

• et la vertu. La philosophie est la connaissance de

• ce qui a précédé l'homme ; elle embrasse la na-

• ture invisible. Elle est aussi une sorte de consirucuion de la nature sensible, par laquelle le philok sophe possède dans son propre mot toutes les > choses qui existent, telles qu'elles existent au de- »hors; elle repose ainsi sur l'identité du macro- »co8me et du microcosme; elle renferme dans le T^ microcosme le ciel et la terre, et les en fait res-

• sortir. La philosophie et l'astronomie ne sont »au fond qu'une seule et même science ; elles dif- »fèrent toutefois en ce que l'une a pour objet les

• sphères les plus élevées, et l'autre les sphères in-

• férieures : car il y a un double ciel, l'un visible, » séjour des créatures organisées ; l'autre invisi- » ble, séjour des intelligences (1). » Il est facile de

(i) Paragrantm, Iracl. I, p. 208; ir. IV, p. 217.

210 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIt.

prévoir à quel résultat Paracelse dut se trouver conduit, après s'être formé une semblable idée du système des connaissances humaines. Cependant il sut tirer du principe qu'il s'était créé des conséquences inattendues. « Dieu est la source » de la vie, conmie il est celle de la lumière. Le père »de l'humanité (l'Adam Cadmon de la cabbale), » ou le Christ , est le limbe inférieur qui contient » en lui les semences réelles de toutes les créatures, » comme les éléments intellectuels de toutes les » sciences et de tous les arts. De cet inépuisable

• foyer découle up esprit vital qui se répand de

• toutes parts. Tout, dans l'univers, est animé. »Dans les moindres parcelles de l'eau, du feu, de » l'air, de la terre, réside une étincelle de vie, res- »pire une sorte d'âme. Ce sont les Sylvains,les

• Nymphes, les Gnomes, les Salamandres. Ces es- *prits, infiniment multipliés, peuvent devenir vi-

• sibles et communiquer avec l'homme. Tout dans » la nature est uni, tout est en rapport ; une étroite

• harmonie s'entretient entre les types étemels et

• le monde sublunaire. Les premiers contiennent

• virtuellement et substantiellement les phénomè-

• nés du second. Il suffit donc de se mettre en

• relation avec la sphère supérieure , d'atteindre » aux esprits qui peuplent la matière, pour saisir » les ressorts mystérieux qui meuvent tous les » êtres (1). »

(i) De petiUenths, \. lî, p. 318. — De modopharmacmd'h !• ^^

C'est à ces esprits vitaux disséminés de toutes parts que Paracelse a emprunté ses archées qui ont joué un si grand rôle dans ses nouvelles vues sur Tart de guérir. Mais si cet esprit exalté se hasardait dans des conceptions hypothétiques, le praticien en lui agissait beaucoup, agissait avec hardiesse et souvent avec bonheur, tentait sans cesse, observait avec attention et sagacité. Il opéra de la sorte une révolution dans les sciences médicales , en les réveillant de cette léthargie danslaquelle elles languissaient depuis longtemps, en lés arrachant à la routine, en leur faisant entrevoir des destinées nouvelles. Il devint le chef d'une école qui, bien qu'imbue des idées singulières du maître, commença à interroger la nature , et à faire servir l'art à éclairer la théorie. Parmi les adeptes de Paracelse se rangèrent plusieurs membres du clergé.

Sur les traces de Paracelse s'élança plus tard un homme qui, dirigé par les mêmes vues, suivit une meilleure méthode, sut travailler avec plus de persévérance, observer avec plus de perspicacité, et donna par conséquent au même système plus de profondeur , d'ordre et de fécondité. Jean-

p. 772.— PW/oMpftia magna, p. 476.— Parflfwiram, II, p. 33; IV, p. n.^De viribus membrorum, 1. Il, p. diS. — Labyrintlius med., p. 277.-0^ signala rer. nat., l. IX, p. M^S^-^-Archidox., l. Vlll, p. 818, etc., etc.,

Baptiste Van Helmoût, disciple de Thomas à Kerapîs, avait pratiqué les exercices de la vie intérieure. 11 avait beaucoup lu, mais il avait lu avec précipitation , et de la confusion d'idées qui s'était formée dans son esprit il se croyait en droit de . conclure Tincertitude intrinsèque de toutes les connaissances humaineâ. L'intuition obtenue dans les heures de l'extase lui parut un guide plus sûr: il nous raconte naïvement lui-même comment, fatigué des travaux de l'étude , il cherchait à se composer certaines images de sa création, et, s'endormant ensuite , les voyait apparaître éclatantes de lumière , et obtenait, dans ces visions, de singulières découvertes. • La connaissance » dit-il, que nous obtenons par la démonstration, » préexistait déjà en nous-mêmes; le raisonnement • ne fait que la rendre plus distincte; il suflSt que » l'esprit remue cette cendre pour en faire éclore trétîncelle lumineuse; il n'a aucun besoin, à cet » effet, des formes de la démonstration ; elles ser- »vent seulement à résumer et à transmettre ce » qu'on savait déjà (1 ). »

Par un contraste singulier , Paracelse et Van Helmont associaient une certaine ardeur d'observations aux hypothèses les plus arbitraires. Leur idée fondamentale consistait à rechercher le foyer

(i) Helmonti opéra* ortm medicinœ, t. I,p. Sfi, 32, 33.

PUrLOSOPHlE MODERNE. CHAP. V. 215

des forces vives de la nature. Admettant, d'après les théories platoniques , une étroite corrélation entre le monde matériel et le monde intellectuel; persuadés que les notions archétypes, qui composent le second, sont autant d'êtres réels; se flat^ tant d'atteindre, par la seule intuition, à ces ressorts secrets et universels , ils pensaient avoir trouvé la route inunédiate et directe qui conduit à Fexplication de tous les phénomènes, avoir même obtenu uiie sorte de participation à la puissance énergique qui les produit. Mais s'ils étaient entraînés ainsi à d'étranges illusions sur les prérogatives de l'intelligence humaine , ils trouvaient néanmoins dans leur erreur elle-même Foccasion de considérer les phénomènes naturels sous un jour nouveau , et d'étudier, dans les êtres organisés, les effets trop négligés qui se rattachent au principe mystérieux de la vie. Van Helmont, livré à la pratique de la médecine , regarde la philosophie comme la vraie institutrice de ce grand art, la chimie comme son instrument. La nature est tout entière animée à ses yeux. Le principe qui la vivifie est Varchée , la forme àc l'école péripatéticienne , c'est-à-dire l'air viial , Yimage séminale , substance spirituelle , active , motrice,- disséminée dans tous les êtres. Van Helmont ne pouvait concevoir qu'un profond dédain pour la stérilité glaciale des doctrines de l'école : il en conserva cependant trop souvent les formes , en imita l'obscurité.

nu HIST. COMP. DBS SYST. DB PHIL.

Ses écrits furent rassemblés et publiés par «on ftls François Mercure* Le père avait pris le titre de philowphepar le feu, indiquant Femploi qu'il fai* S^it delà chimie dans Texercice de Tart de guérir; le fils prit celui de philosophe par l'un dans lequel est tout [philosophus per unum in quo omnia)^ ou à^ ermite voyageur. François-Mercure Van Helmont rassembla toutes les forces de son esprit pour établir Fupîté rigoureuse des créatures finies avec l'être infini, et l'identité absolue du macroeosme et du microcosme. Cependant il admit une sorte de dualisme m distinguant un principe actif et un principe passif, l'un spirituel, l'autre matériel, qu'il assimile aux deux sexes, mais qui, toujours associés, tendent à se confondre l'un dans l'autre (1). Héritier des doctrines de son père, il s'appliqua à l'étude de la langue hébraïque , se nou^ rit de la lecture des cabbalistes et contribua à faire connaître leur système. Il renouvela l'hypothèse de la transmigration des âmes, et en cela ne fut que conséquent aux idées qu'il avait adoptées. Il tenta de porter sa doctrine à Rome , mais elle obtint peu de faveur auprès de l'inquisition qui en envoya l'apôtre en prison; il fut mieux reçu des quakers anglais dont il embrassa }a croyance, le costume et les rites»

(i) OfiHieuta pIMdtapkicay parsl, c. 6; pars II, c. 7, etc.— T* auifôi la préface des œuvres de son père.

Il est digne de remarque que Taridîté de renseignement scolastique , le vide qu'il laissait dans Tesprit, le joug intolérable qu'il imposait à la raison, contribuèrent puissamment à jeter tous ces esprits dans les routes singulières où nous les voyons se précipiter. Chacun de ces mystiques nous met dans la confidence des dégoûts profonds que leur faisait éprouver cette érudition vulgaire des écoles du temps; chacun d'eux était tourmenté du besoin de briser ses chaînes, de se créer une philosophie propre et originale, et suivait au hasard des inspirations spontanées qu'il prenait pour celles du génie. Elles produisirent précisément l'excès opposé à celui qui caractérisait les doctrines reçues, quoique conservant cependant en conmiun avec celles-ci quelques traits qui appartiennent à l'esprit du siède. François- Mercure Van Helmont a dirigé contre les scolastiques quelques critiques judicieuses, et a monstre qu'il sentait assez bien le vice radical de leur prétendue science , alors même qu'il ne réussit pas à la remplacer par un plus solide édifice. Il reprochait aux substances, aux accidents, de n'être que de vains termes, impuissants à rien expliquer; il reprochait aux quiddités de n'être au fond que des qualités occultes (1).

(0 Opuscula phil, , pars II. — Phiîosofihia vutgaris refuiata^ P- 239, 2^2.

Les essais qu'il imagina pour rendre la parole aux sourds*muets offrent un exemple remarquable de l'esprit inventif qui le caractérisait et qui le portait à rechercher des applications nouvelles et utiles , comme aussi de la route bizarre qu'il suivait pour arriver à ses découvertes. Il comprit fort bien que les sourds-muets peuvent lii^e sur les lèvres de ceux qui parlent en leur présence, qu'ils peuvent aussi parvenir à articuler en disposant les diverses parties de leur orgaue vocal de la manière nécessaire à l'émission des sons; mais, attribuant à la langue hébraitque le privilège d'être la langue naturelle de l'homme , comme instituée par Dieu même , il voulut trouver dans la forme des caractères de cette langue le type des modifications que subit l'organe vocal dans l'articulation (1). Le médecin Âmman^venant après lui, encore préoccupé, comme lui, de quelques idées mystiques, mais plus attentif à observer, plus capable de développer une idée et de la conduire à la forme didactique, acheva t:ette découverte ébauchée par Van Helmont (2). C'est ce qui est arrivé, en d'autres points encore^ pour les

(1) Aiphabeti verè naturalis hebraiei brevissima delineatiOf etc., Sulzbach, 4667;

(2) V. notre traité de V éducation des sourds-muets , t. I, p. 340 et suiv., Paris, 1827.

aperçus que les deux Van Helmont père et fils ont semés dans leqrs ouvrages.

On vît des princes se ranger au nombre des sectateurs de la théosophie ; tel fut, entre autres, l'électeur palatin, Charles-Louis, entretenu sans doute dans ces idées par son chancelier, le célèbre Christian Knorr de Bosenroth , admirateur passionné des deux Van Helmont. On y vit aussi des femmes ; telle fut cette comtesse Cannoray, distinguée , dit-on , par son esprit et par son ardeur pour l'étude, à laquelle François-Mercure adresse ses deux cents questions sur les révolutions de l'âme humaine, et qui composa ellemême des fragments philosophiques retrouvés et publiés après sa mort. Telle fut aussi cette Antoinette Burignon de Hambourg, dont Pierre Poiret a écrit la vie, mis au jour les écrits et adopté les spéculations.

Ce fut encore le mêine cours d'idées qui conduisit l'Anglais Bobert Fludd à chercher une combinaison qui expliquât la nature par les rapports des deux mondes, l'un supérieur, l'autre inférieur, en introduisant la théosophie dans la physique. Mais Bobert Fludd se distingua dans cette darrière par une érudition plus étendue , plus choisie, et par une marche plus systématique et plus régulière. 11 essaya de porter dans ces théories singulières une coordination logique dont elles ne paraissent guère susceptibles ; aussi en fit-il encore ressortir les incohérences par les

218 HIST. COMP. DES SYST. DE PHlt.

efforls mêmes qu'il tenta pour en lier les diverses parties. Là encore Zoroastre devient chrétien; Hermès Trismégiste et Platon s'associent aux livres sacrés, aux ouvrages des Pères de l'Église ; Fludd prétend rendre Aristote lui-même tribu^ taire de la tbéosophie, en admettant une mcaière et une forme primitives. Écoutons quels sont, suivant Fluddy les principes des choses : « Un torreut » de lumière divine se répand d'abord dans l'Em- »pirée, puis dans le ciel éthéré et secondaire, le t décore, porte la vie et les formes aux créatures, t C'est un feu pur, incommensurable, inaltérable, > indivisible, qui croît et se multiplie à l'infini, » présent en tous lieux, qui comprend toutetn'est »pas compris, et qui ne se rend visible que lors- » qu'il rencontre des matières propres à en être n illuminées, 11 est l'ànae et la forme essentielle des • trois ciels. Chez les anges, c'est une intelligence » infuse qui resplendit au-dessus des limites de la » raison ; dans les astres, il produit une vertu vivi- » fiante ; dans l'homme, il est le trait lumineux de » la raison; dans les animaux, cette chaleur cachée, t principe des sens et de l'action ; dans les végétaux, » une sorte d'âme lucide qui entretient leur repro- » duction ; dans les minéraux mêmes, une étincelle » qui les sollicite à une transformation plus partfaite(l),»

II' ■■ ■ ■ ' I I ■ ■ I ^^.m^m^mmmm

(1) Boberti Fludd \}ir'\u%ii^ eomi metaphjfHeaj etc., Oppenheint, 1617, u 1, c. 1 , 1. VF, p. 27, 28, etc.

Pendant qu'une classe de théosophes cherchait àmtroduire les doctrines mystiques dans les sciences naturelles « une autre classe en suivait dans le domaine de la morale une application plus directe. Dans le nombre de ceux-ci , le premier rang appartient à Jacques Boêhm, si Ton considère, soit le degré d'enthousiasme dont il était animé , l'étendue de ses travaux , la renommée dont il a joui, ou l'influence qu'il a exercée. Jacques Boêhm, né en 1625 dans la Lusace supérieure, berger dans son enfance, demeura sim* pie ouvrier pendant tout le reste de sa vie. Fa* vorisépar de fréquentes extases, il prétendit n'avoir jamais reçu le secours d'aucune instruction humaine ; il assura qu'il avait obtenu directe-^ ment de l'inspiration divine la connaissance infuse pon-seulement des choses spirituelles, mais celle des choses naturelles elles-mêmes. Quel* ques savants ont pensé que ses conceptions n'avaient pas un caractère aussi original que celui dont il a affecté de les revêtir. Il est peut-être difficile, en effet, de croire qu'il n'ait pas lu du moins quelques-uns des livres qui circulaient dans les écoles. On peut supposer, d'après de fiombreux indices, que Paracel&e ne lui était pas inconnu; il emprunte même quelquefois les termes de ce réformateur de la médecine. Ce qui lui est réellement propre , c'est une obscurité presque impénétrable et presque désespérante pour le lecteur, c'est l'emploi continuel d'ex-

pressions nouvelles , de métaphores et de figures symboliques. Il a composé une psychologie, mais elle a uniquement pour objet la génération de Fâme, sa nature et ses opérations mystiques.

Ceux qui ont réussi à pénétrer les nuages dont il s'est environné assurent avoir trouvé dans cet homme extraordinaire des vues très élevées sur les rapports de l'homme avec la divinité; il a obtenu des sectateurs nombreux et passionnés, et nous avons vu des illuminés de nos jours, distingués par leurs vertus et leurs talents, lui rendre hommage comme au chef qu'ils se plaisaient à reconnaître (1).

L'étude des sciences occultes appelle naturellement la formation des sociétés secrètes, et réciproquement l'existence de ces sociétés prête une singulière faveur à ce genre d'études. Nous ne serions donc point surpris qu'il y eût quelque fondement aux prétentions que l'association des Rosecroix a élevées sur l'antiquité de son origine, non pas en ce sens qu'elle eût subsisté sous la même dénomination et la même forme, ou qu'elle remontât au roi Hiram et à Salomon , mais en ce sens que les partisans des traditions mystiques se fussent, dans les différents pays et dans les différents siècles , unis entre eux par l'effet de la sympathie, par le désir d'exploiter en commun

(1) Ce&i dans son Aurore j et dans son livre Des trois principes de V essence divine , qu'il faut chercher la clef de son système.

PHnX)SOPinE MODERNE. CHAP. V. 221

les trésors dont ils étaient dépositaires. Les recherches récentes des érudits ont fixé vers le commencement du xvn* siècle Tépôque de la naissance de cette association célèbre, telle qu'elle est constituée aujourd'hui. Yalentin Andreee, ministre wurtembergeois, homme instruit et pieux, d'une imagination vive et poétique, mais cependant très opposé à toutes les idées superstitieuses, publia à Katisbonne, en 16l/i, deux écrits qui, en faisant allusion à cette association et à son auteur prétendu , avaient pour objet de tourner en dérision les idées des alchimistes et des théosophes. Cet écrit produisit un eflet tout difiérent de celui qu'il s'était proposé : il accrédita l'hypothèse ou la fable de l'existence, au xiv* siècle, de ce Christian Bosencreutz qu'on supposait avoir reconquis, dans divers voyages en Egypte et dans le royaume de Fez , le trésor de l'antique sagesse de l'Orient, et qui était ensuite devenu fondateur de la société qui a reçu son nom. La théosophie eut son sanctuaire, son sacerdoce, ses lois, son initiation, sa discipline. Robert Fludd fut l'apologiste de cette institution naissante ; Jacques Boêhm en fut le héros.

Pierre Poiret n'avait point été poussé vers le mysticisme par les mêmes circonstances qui y avaient conduit ses prédécesseurs. Il avait adopté d'abord la philosophie de Descartes; il avait même essayé longtemps de la concilier avec les idées principales des théosophes. On a peine à

222 HÎST. €OMP. DES SYST. DE PHIL.

concevoir comment le commerce d'Antoinette Burignon put lui faire déserter l'école à laquelle il s'était attaché ; mais il devint, dès lors, un adversaire animé de cette même philosophie cartésienne dont il avait goûté les fruits ; il lui reprocha surtout la sanction qu'elle prétendait donner aux prérogatives de la raison humaine, de cette faculté corrompue, limitée, incertaine, qui ne saisit que les ombres des objets (1). Alors même qu'il s'élevait contre son illustre maître, îl fut redevable aux exercices qu'il avait suivis à son école de l'espèce de méthode qu'il parvint à introduire dans des systèmes qui n'en sont guère susceptibles, et du rang émihent qu'il a ainsi obtenu parmi les mystiques. C'est toujours dans la théorie des idées qu'on retrouve le fondement logique de ces systèmes. Pierre Poiret l'a exposé séparément dans un traité spécial (2) ; de là cette sorte de quiétisme philosophique qui consiste à attendre passivement le bienfait de l'illumination intérieure , et qu'on peut considérer comme le trait caractéristique de la théosophie. Pierre Poiret mourut en 1719, âgé de soixante-treize ans; nous avons dû conduire jusqu'à lui la succession des promoteurs de ce genre de spéculations, pour ne point rompre la chaîne qui les unit.

(i) De traditione tripHci, sect. XI, c. 5.

(2) De naturâ idearum ex origine suâ repetttâ^ete,^ Amslerdaiu,

Il est un autre ordre d'écrivains que nous sommes loin de confondre avec les mystiques dont nous venons de parler, que nous n'avons garde de leur associer, mais que nous devons indiquer en terminant ce chapitre. Ces écrivains, s'ils n'ont point pris les mêmes points de départ que les mystiques , ont suivi une marche analogue , en invoquant non-seulement les règles de la foi religieuse , mais aussi les lumières surnaturelles, pour guider l'homme dans le domaine ordinaire de la rsûson.

Quelques théologiens prétendirent tirer exclusivement des livres sacrés toutes les lumières qui peuvent guider l'homme dans l'étude de la nature et dans les sciences profanes. Ils fondèrent sur l'Écriture sainte les sciences morales, l'éthique, la politique, la logique elle-même. Quelques-uns voulurent en déduire la physique générale elle-même. Dans le nombre de ces derniers figurent principalement Thomas Burnet, Amos Comenius, si célèbre dans les écoles par sa Janua linguarum^ et Jean Bayer. Il n'est pas nécessaire de faire remarquer qu'ils ne purent réussir dans un projet semblable qu'à l'aide d'inductions et de commentaires. Ces inductions, le plus souvent fort arbitraires ou du moins extrêmement forcées, les ramenaient définitivement à ces mêmes hypothèses philosophiques qu'ils avaient vouhi abdiquer ; il substituaient seulement aux démonstrations directes» puisées dans la nature même de

224 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIt.

la science , la sanction qu'ils espéraient obtenir d'une autorité respectable, à l'aide d'interprétations plus ou moins arbitraires. Ils concoururent du reste à affaiblir le crédit de la philosophie d'Aristote , contre laquelle se dirigeaient essentiellement leurs eflforts, en la compromettant avec les intérêts religieux.

D'autres enfin, sans rejeter entièrement les doictrines des philosophes profanes, cherchèrent à revêtir quelques portions de ces doctrines de la sanction des livres saints, d'après l'étendue qu'ils croyaient pouvoir donner à l'interprétation des textes. C'est dans cet esprit que Guillaume Postel composa son Pantheonosion, Mutins Pansa son Accord de la philosophie profane et chrétienne, tentatives en général peu heureuses, qui rappellent trop souvent le syncrétisme du premier âge de notre ère, et qui ne purent satisfaire ni les théologiens, ni les philosophes.

NOTE A

Picatrix était un auteur arabe qui avait dédié, sous ce nom d'emprunt, au roi de Castille Alphonse X un ouvrage sur la magie naturelle, que ce prince fit traduire en espagnol, et qui ne se trouve qu'en manuscrit.' Corn. Agrippa en parle encore au chap. 42 de son traité De vanitate scientiarutn, Rabelais cite aussi Picatrix dans son Pantagruel (L 3, c 23), et Prosper Marchand lui a consacré un article dans son Dictionnaire historique ( F.a Haye, î758 ).

pniLosopnic moderne, chap, yu 225

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