‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 11 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

IV

226 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIt.

Les matériaux sont livrés par la sensibilité à Tentendement, par Tentendement à la raison.

La raison commande à l'entendement, celui-ci à la sensibilité.

Examinons maintenant en détail les opérations qui ressortent de chacune de ces trois facultés.

« Sous le nom générique de sensibilité ou de cogniiion intérieure, se trouvent compris les sens et l'imagination réproductrice (1).

• Les sens sont la faculté d'être diversement modifié par la présence des objets,

» Les objets présents sont ceux qui agissent sur nous.

«Cette action produit un changement dans l'état de l'âme.

» La modification qui en résulte est une sensation (Empfindung) (2).

»Mais les objets dont l'action nous modifie sont de deux sortes ; ils sont ou diflTérents de nous-mêmes (extérieurs), ou bien identiques à nous-mêmes : de là deux espèces de sensations, l'une externe, YdiUtreinterne occasionnée par notre activité propre et intérieure.

» Cette modification, en tant qu'elle est agréable ou désagréable , et qu'elle devient ainsi un

(1) Kiesewetier, Versuchy etc., p. 32.

(J) Crit. (le la raison pure^ p. 34, 74

PHILOÎ^OPHIE MODERNE. CHAP. XXV, 227

principe des déterminations de la volonté , est appelée sentiment {i)i

» L'acte de la conscience, en s'unissant à la sensation , la convertit en perception ( Wahmehmung) (2).

» L'acte dé la conscience lui-même (Bewusstscyn) est aussi nommé aperception. Il consiste à distinguer ce qui est perçu du sujet qui perçoit (3).

^La conscience d'une perception , qui suflSt à la distinguer d'une autre, constitue sa clarté.

^Vimùgimuion, prise en général, a deux fonctions principales, l'une pure, l'autre empirique. La seconde est la seule par laquelle elle appartient à la sensibilité (4). Elle consiste à reproduire les images des objets eti leur absence* Cette reproduction est l'effet de la force de combinaison, d'association, qui est propre à cette faculté ; association, cependant, entièrement aveugle et mécanique dans l'exercice de cette seconde fonction (5).

»Lës produits de l'imagination reproductrice, comme ceux de la sensation, donnent lieu àl'm-

(1) Crit, de la raison prat., p. 102, 161.

(2) Crit. de la raison pure, p. U7, 202, 207; prolég., p. 81. La perception est appelée la conscience de l'intuition. Ailleurs {Crit. de la raison purcy p. 376) elle est appelée plus généralement encore la conscience de la représentation (même non sensible).

(3) Crit. de la raison prat.y p. 131,

(4) Ibid., p. 151, 152.

(5) Ibid,, p. 103.

228 HÏST. COMP. DES SYST. DE PHIt.

tuHion on vue (Anschauung); deux conditions sont nécessaires pour constituer cette intuition qui joue un grand rôle dans le criticisme : l"" elle se rapporte immédiatement à un objet ; 2** elle ne se rapporte qu'à un objet individuel ; elle se compose du faisceau des perceptions rapportées à l'individu (1).

» Vintuition est à la représentation ce que l'espèce est à son genre. » L'école de Kant appelle représentation à peu près ce qui , dans l'école de Locke, est nommé idée dansle sens le plus étendu. La représentation est la modification intérieure de l'esprit, en tant qu'elle peut être rapportée à un objet. Elle est sensible lorsque cet objet est renfermé dans le domaine de la sensibilité. Elle devient notion dès que , se rapportant à plusieurs objets, elle prend un caractère général (2). Dans son rapport avec le sujet qui la reçoit , la représentation devient l'origine des besoins (3). »

Nous voici sur les confins de l'ordre supérieur de nos facultés cognitives, de la sphère dans laquelle notre activité se déploie.

L'entendement exerce ses fonctions par la pensée , c'est-à-dire , par cet acte qui ramène à

(i) CrU, de la roUonpurSf p. 33, 47, 125.— Schmid, Wôrterbuch y S« édition , p. 40.

(2) Crit. de la riUson pure , p. 242. — Riesewelter, Versttch , p. 2i , etc.

(3) Crit* de la ration pratique , p. 16.

t unité la variété des perceptions , soit en concevant ou formant des notions , soit en jugeant ou rapportant les perceptions sous les notions qui lui correspondent; soit, enfin, en rassemblant plusieurs notions sous une notion plus générale, ou plusieurs jugements sous un jugement plus élevé (1).

Plusieurs opérations concourent à former cette alliance des perceptions variées dans l'unité.

» D'abord l'imagination déploie ici cette autre fonction que nous avions annoncée; elle agit comniefdLCullé pure, productrice, transcendantale; elle est, sous ce rapport, un produit de la spontanéité de r entendement; elle imprime au faisceau des perceptions Y unité de la conscience ^ en vertu de sa propre nature (2). »

Cette alliance ne pouvant être toujours exécutée d'une manière simultanée, à cause de la multitude des éléments , il faut quelquefois un certain nombre d'opérations successives; il faut cependant aussi que ces opérations soient liées entre elles, que l'entendement en aperçoive l'enchaînementet la suite, pour en réunir les produits. La fonction de marquer, de conserver cette suite, appartient à la réminiscence.

t Les notions, conceptions (Begriffe) qui composent le domaine propre de l'entendement, se

{i) Crit, de la raison pure , p. 94 , 304 ; prolég p. ^. (2) Crit. 4e la raison pure^ p 132.

230 HIST. COMP. DES 8ÏST. DE mVL>

distinguent des intuitions en ce qu'elles renfer-f ment des caractères ou des rapports qui sont communs à la fois à plusieurs objets , ou qui sont également applicables à plusieurs intuitions {l).

«Celte classe de notions qui sont générales, abstraites, ou, comme Kant les appelle, dè^ct/r^fi;^^, et que cette école a soin, pour des raisons qui lui sont particulières, de distinguer des notions pures de l'entendement qui forment une espèce à part; ces notions générales, dis-je, sont des représentations détachées de plusieurs intuitions (2) ; Fécole de Kant n'a rien changé dans TexpositiQU de cette opération à la théorie de Locke.

» L'opération par laquelle l'esprit forme une notion y emporte avec elle un jugement {3^).

i> Juger ^ c'est imprimer le sceau de l'unité à deux représentations, unir le prédicat à son sujet, un attribut à un objet (4). Le jugement exprime donc le rapport d'un sujet à son prédicat (5), une connaissance médiate de l'objet, l'acte par lequel on rattache une représentation donnée sous une notion qui la renferme en commun avec plusieurs autres (6).

Les jugements sont les fonctions logiques de » »

(1) Crit, de la raUon pure, p. 267.

(2) Ibid., p. 38, 93, etc.

(3) Kiesewelter, Versuch, p. 62.

(4!) Crit. de la raison pure , p, 24.

(5) Ibid., p. 10.

(6) Ibid., p. 1)3.

PHILOSOPHIE MODERNE, CpAP. XXV. 231

Fentendement ; leurs diverses espèces, leurs diverses formes s'appellent , dans le langage de Kant , des moments logiques. Bornons-nous ici à une distinction fondamentale dans le criticisme, celle des jugements synthétiques et analytiques (1).

p II y a des jugements qui développent seulement nos connaissances ; il en est qui les étendent. Les premiers expliquent les données que nous possédons ; les seconds en augmentent le nombre. Les premiers n'affirment du prédicat que ce qui était déjà renfermé dans le sujet, quQÎc(ue d'une manière plus confuse ; les seconds affirment dans le prédicat quelque chose de plus que ce que le sujet emportait déjà par lui-même. Les premiers sont des jugements analytiques : ils reposent seulement sur l'identité. Les seconds^ jugements synthétiques, exigent une additiopi de l'esprit (2). »

Les jugemients analytiques sont ceux , par exemple, que Locke a fondés sur la relation d'identité; les jugements synthétiques, ceux qu'il a fondés sur la relation de coexistence (â).

»I1 y a des jugements synthétiques fondés sur l'expérience. Les jugements de l'expérience sont même en général synthétiques. Dans celui-ci , par exemple : quelques corps sont pesants, l'idée de la

(1) Prolég., p. 88, 119, etc.

(2) Ibid,y p. 24. — Cril. de la raison ptire, Intr., p. 10 et suiv.

(3) Kaot fait lui-même ce rapprochement (Prolég., p. 31).

232 HIST. COMP. DES SïST. DE PHIL.

pesanteur ajoute quelque chose a l'idée du corps que celle-ci ne contenait point (1).

» Les jugements analytiques sont à priori, parce qu'ils s'opèrent par la résolution de nos propres idées (2).» Mais Kant pense qu'il y a aussi des jugements synthétiques à priori, c'est-à-dire qui ont lieu sans recevoir aucune donnée de Texpérience.

Cette opinion, vraie ou fausse , est un des grands pivots du système de Kant Elle mérite d'être soigneusement remarquée. Ses partisans la comptent au nombre des plus briUantes découvertes de ce philosophe. Lui-même n'a riea négligé pour la justifier. 11 y a des jugements synthétiques à priori en mathématiques. Telle est , par exemple , cette proposition : 7 + 5 = 12. 11 y en a en physique; tel est celui-ci : Dans toute communication de mouvement y faction et la réaction sont toujours égales entre elles. Il y en a enfin , ou du moins il doit y en avoir, en métaphysique. Le monde doit avoir un commencement, est une proposition synthétique de cette espèce (3),

L'entendement, en formant ses agrégations, ses alliances, ne produit cependant que des faisceaux partiels et encore isolés , détachés les uns des autres. Ses jugements sont comme au-

(1) Prolég.,p. 4i,i3.

(2) /*td.,p.27.

(3) Crit. de la raison pure , p. 16, 17, 18; prolég., p. 28.

PaiLOSOPHIE MODERNE. GHAP. XXV. 233

tant d'anneaux qui ne composent point encore une chaîne. Pour arriver à l'unité complète , il faut donc une nouvelle opération , et cette opération est confiée à la raison qui déduit et conclut, qui réunit les jugements en raisonnements, les raisonnements en démonstrations , et les sujets particuliers en un seul tout.

La raison étant ainsi la grande faculté de l'enchainenient logique et spéculatif ou transcendantal, ne peut s'arrêter jamais à ce qui est conditionnel, c'est-à-dire à ce qui laisse encore en arrière de soi une question à élever, un pourquoi. Elle ne peut s'arrêter que dans l'absolu^ dans Yunité systématique (1).

« La raison est théorique lorsqu'elle s'applique aux objets de nos connaissances , soit qu'ils appartiennent à l'ordre de la nature ou à celui de la spéculation. Elle est pratique lorsqu'elle détermine et fixe l'exercice de nos facultés morales ou appétitives(2).

> De même que les notions constituent le privilège de l'entendement, les idées proprement dites constituent celui de la raison. » Kant prend le terme idée dans un sens infiniment plus restreint que l'acception ordinaire , et qui a quelque analogie avec celui de Platon (3).

(1) CrU, de la raison pure, p. 3S9, 675, 708.

(2) Ibid.y p. 91, 374; prolég., 153. — Cri^ de la raison prat., p. 6,29, etc.

(3) Crit, de la raison pure, p. 368.

V L'idée est une conception nécessaire de la raison, à laquelle ne correspond aucun objet susceptible d'intuition ou soumis à l'expérience ; elle est idée transcendantale en tant qu'elle considère toute connaissance expérimentale comme déterminée par la totalité absolue des conditions (!)• Elle exprime les diverses formes de l'unité suprêqae, de la généralité absolue et non conditionnelle, les dernières nuances du grand ensemble systématique. Les idées sont de trois sortes : psychotogiques^ cosmologiqtieSy théologiques (i). »

IL Maintenant que les diverses opérations de l'esprit sont classées, énumérées, hâtons-nous de faire dans chacune la séparation de ce qui est emprunté par l'esprit , et de la part qu'il fournit lui-même en la tirant de son propre fonds.

«L'esprit ne pourrait connaître, s'il n'était doué naturellement de certaines facultés qui constituent son aptitude à ces connaissances. Ces facultés sont en lui à priori, c'est-à-dire antérieurement aux occasions externes qui déterminent leur exercice. Elles sont nécessairement soumises à certaines lois qui dérivent de leurs proprié-

(1) Crit, de la raison pratique , p. 384.

(2) J'invite ceux qui trouveraient quelque obscurité dans ce texte, à consulter là Critique de la raison pure aux endroits que je viens de citer. Ibid., p. 390. Voyez aussi Klinker, p. 84,— Kieseweiler, p. 72, 134.

PHIIOSOPHIE MODEKNE. CHAP. XXV. 235

lés essentielles. Ces lois sont donc aussi à priori dans l'esprit ; tout ce qui parvient à Tesprit doit en recevoir l'influence, en reconnaître l'empire^ en prendre le caractère (E).

» Nous attacherons en général le nom de matière à ces données d'emprunt qui sont fournies à nos facultés, sur lesquelles elles s'exercent, et le nom de formes au caractère qu'elles reçoivent daqs l'esprit en vertu des lois qui le régissent (1).

» Nous donnerons encore le nom d'empiriques à ces impressions à l'égard desquelles nous sommes simplement passifs , et que nous recevons par l'action que les objets exercent sur nous. Nous donnerons , par opposition , le nom de pur à tout ce qui a son fondement dans nos propres facultés. Nous l'appellerons encore à priori, à raison de son antériorité à l'égard des données qui nous parviennent (2).

Cette distinctionfondamentale s'étendra à toute la série de nos opérations intellectuelles et des facultés qui leur correspondent.

Il reste à savbir ce qui, dans chacune d'elles, constitue en effet la forme ou la matière;

(Quelle règle pourra nous diriger dans cette distinction ;

Comment, et par quel procédé, isoler, par

(1) Critique de la raison pure, p. 322.

(2) md., p. 29 , 34 , 74 , 81 , etc.

exemple, d'abord notre sensibilité des données sur lesquelles elle s'exerce, pour l'obtenir dan/s cet état de pureté que la critique exige,

« Toute loi, nous répond Kant, est générale, fixe, nécessaire; elle ne peut pas plus changer que la faculté dont elle exprime la nature; donc tout ce qui , dans les perceptions sensibles , est changeant, mobile , mélangé , varié, ne peut appartenir à la sensibilité pure. Ce sera donc la matière de nos intuitions. Ainsi les sensations proprement dites composent la portion empirique et matérielle de nos perceptions (1).

• Quoique cette matière nous soit donnée, qu'elle ne soit pas le produit de nos seules facultés, gardons-nous cependant de la considérer comme exprimant les propriétés des objets qui nous affectent. Elle ne nous en offre que les apparences ( Erscheinungen ) (2) .

»Ce qu'il y a , au contraire, de permanent et de fixe, de général et d'absolu, de nécessaire enfin dans nos perceptions sensibles , constitue les lois ou les formes de la sensibilité. Or , nous ne pouvons ni apercevoir, ni concevoir un objet

(1) Crit, de la raison pure , p. 34 , 74 , 51 , 306.

(â) Qu*on ne me demande pas d'expliquer davantage la singulière existence de ces apparences phénoménales , qui nous sont données, que nous empruntons, qui n'appartiennent cependant point aux objels, qui ne sont point nous, qui ne sont point hors de nous. C'est icr un des mystères du criticisme, qu'il faut, pour le moment, res pecler , jusqu'à ce que le temps de l'examen soit arrivé.

exteiiio, sans nous le représenter dans Vespace; nous ne pouvons apercevoir, ni concevoir un objet quelconque hors de nous , ou dans nousmêmes, sans nous le représenter dans le temps : Vespace et le temps sont donc les deux formes de la sensibilité ; la première est la forme générale des sens extérieurs ; la seconde est celle des sens extérieurs et internes tout ensemble.

• Quand nous disons Vespace et le temps^ ce n'est pas une portion quelconque de Tun ou l'autre , c'est Vespace et le temps absolus et sans limites (i).

» Ces deux intuitions ne sont pas empiriques, n'ont pas leur origine dans l'expérience; car elles sont, au contraire, supposées comme condition, comme fondement, dans toutes les perceptions empiriques.

• Elles ne sont pas non plus des notions gênéraies; elles ne sont pas même des notions abstraites , prises dans le sens ordinaire (2) ; car on ne peut concevoir qu'un seul et unique espace, qu'un seul et unique temps de cette nature. Elles ne peuvent être détachées d'aucun objet sensible, puisque le temps et l'espace , absolus et sans li-

(i) Crit. de la ration purcj p. 40, 48.

(2) Ces idées devant être origineHes à priori , la source de tout ce qu*il y a de pur dans nos intuitions, il était bien essentiel pour Pécole kantienne de les isoler des idées abstraites dont la formation a été expliquée par Gassendi, Locke, etc. (Crit, de la raison pure , p. 39 , 47).

mites , ne sont renfermés dans aucun objet. Enfin , elles ne sont point formées par voie de composition, puisque l'espace et le temps partifels ne sont que les limitations de cette intuition absolue.

» Elles ne sont pas non plus des idées innées (l), quoiqu'elles soient à priori en nous-mêmes; Car si elles sont antérieures aux perceptions sensibles, c'est seulement dans l'ordre de la raison, et non dans l'ordre des temps. Elles ont leur fondement en nous-mêmes; mais elles ne se produisent qu'à l'occasion, à la suite des modifications sensibles (2). Elles ne peuvent exister séparément de ces modifications, et^ sans elles, elles demeureraient inanimées et vides de sens.

• L'espace et le temps sont donc seulement des intuitions^ mais des intuitions pures ^ nécessaires, originaires , primitives, fondées dans la nature même de notre sensibilité ; ils sont la condition indispensable de toute perception sensible, mais condition qui ne se réalise qu'avec elles.

» Ces considérations siir les lois de la sensibilité nous préparent d'avance à celles que l'enten* dément doit nous offrir.

» De même que la sensibilité reçoit ses matériaux par les impressions passives » l'entendement reçoit les siens à son tour de la sensibilité.

(1) Crit. de la raison pure, p. 167, etc. ; prolég., p. 1^9, etc.

(2) Wid., p. 53.

Ces matériaux deviennent l'objet sur lequel s'exerce son activité.

» La fonction de l'entendement étant d'unir nos perceptions , sa matière comprendra tout ce qui est destiné à être uni, associé dans le centre qu'elle doit offrir. C'est, dans la notion, ce qu'elle a de général ; c'est, dans le jugement, le sujet et le prédicat pris à part (1).

» Les produits de la sensibilité, les intuitions, servent de matière pour les notions ; les notions servent de matière pour les jugements (2).

» Les formes de l'entendement ne doivent être que le résultat de ses lois ; ses lois doivent être l'expression de la nature des fonctions qu'il exerce. Sa fonction est d'unir : c'est en jugeant qu'il unit. Examinons donc quelles sont les conditions générales, nécessaires, de tout jugement.

» Il y a quatre choses à distinguer dans un jugement :

1° La quantUé; il peut être ou singulier , ou pluriel, ou général.

2° La qualité; il peut affirmer, nier ou limiter.

â° La relation entre les termes mêmes du jugement; il est catégorique quand il exprime seulement l'union du sujet et du prédicat; il est %pothétlque lorsque le jugement est exprimé comme dépendant d'un autre; il est enfin disjonctif lors-

(1) Crit, de la raison pure , p. 92 , 672 , etc. (1) Schmid, Worterbuch , p. 341.

240 HIST. COMP. DES SYST. DE PHIt.

qu'il embrasse , lorsqu'il oppose plusieurs hypothèses qui s'excluent les unes les autres,

• 4'' La relation du jugement à Tentendement , appelée par Kant la modalité ; il peut être ou problématique lorsque l'union du prédicat au sujet est présentée comme simplement possible; ou assertorique lorsqu'elle est présentée comme réelle, eflFective; ou enfin apodictique lorsqu'elle est présentée comme nécessaire.

» De là, douze fonctions diverses de l'entendement auxquelles correspondent autant de lois, ou déformes, ou de conditions primitives, nécessaires, générales, appelées notions pures de Centeth dément ou catégories.

Mode» de la

Jugcmeat.

Formes

pensée.

ou catégories.

Singulier. —

Page 1