‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 10 sur 27 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Kant et son école. — Crlticisme , ou épreuve de la légilimité des connaissances.

Un des philosophes les plus estimables de TAl lemagne, FûUeborn (1), a observé que, malgré le penchant marqué de ses compatriotes pour les doctrines spéculatives, aucune de ces doctrines ne peut cependant conserver, au sein de sa nation, une considération d'une longue durée. L'en^ thousiasme même avec lequel elles sont reçues au moment de leur apparition, en prépare les vicissitudes, WolfT avait joui, pendant un demisiècle , du triomphe le plus éclatant ; le moment du refroidissement était arrivé ; la naissance d'une . doctrine nouvelle était facile à prévoir, par le besoin qu'en devaient éprouver les esprits. D'ailleurs , la tendance de la philosophie de Wolff se trouvait opposée, sous plusieurs rapports, à celle des systèmes qui régnaient en France et en Angleterre. Pendant que Wolff élevait avec tant d'appareil l'édifice des sciences métaphysiques. Hume faisait naître les doutes les plus sérieux sur l'existence même et la réalité de toute métaphysique.

(1; lieilrœgf zur Ceschichteder Philosophie ^ ill^ cahier, p. 4S7.

fendant que WolflF rattachait la philosophie entière au principe de la raison suffisante ou de la liaison des effets aux causes, Hume accusait ce principe de n*être qu'une fiction de Tesprit ou , du moins , qu'une loi mécanique de Thabitude, L'école de Leibniz et de Wolff avait réduit toutes les modifications de l'esprit à l'activité intérieure ; l'école française les rapportait toutes à la réception passive des impressions externes. Leibniz et Wolff s'étaient surtout attachés à reculer les limites de nos connaissances ^ à accroître la soipme des espérances philosophiques; l'école de Locke semblait, au contraire, les restreindre, La lutte de l'entendement et des sens, de la raison et de l'expérience , paraissait avoir repris une nouvelle énergie, et, dans ce combat, chaque secte réussissait mieux à détruire les prétentions de ses adversaires, qu'à justifier les siennes. Un goût d'analyse devenu dominant dans le dix-huitième siècle; un esprit d'inciuisition développé en AUe-^ magne par l'exemple du plus grand de ses philosophes; un besoin de simplicité né tout ensemble et du perfectionnement du goût dans les arts, et de la multiplication des connaissances positives; enfin, une disposition générale à la défiance et à la réserve, naturellement produite par le retour qu'un siècle éclairé faisait sur les contradictions et les vicissitudes des systèmes ; toutes ces causes réunies devaient inviter les penseurs è chercbeTi dans une étude plus approfondie de

la raison humaine, les titres qui devaient servir à constater enfin d'une manière plus authentique la légitimité des acquisitions dont cette raison se glorifie (A).

Cette idée aussi, nous pouvons l'affirmer, était commune à tous les vrais penseurs ; mais, pour la réaliser avec succès aux yeux du public , une grande difficulté se présentait. Trouver la solution de ce problème dans des vérités déjà connues, les présenter sous une forme qui n'eût rien d'extraordinaire, c'était renoncer à fixer l'attention d'un public toujours avide d'idées neuves, qu'on ne frappe que par les ensembles, et qui, commençant à se dégoûter des spéculations philosophiques , avait besoin d'être réveillé par une forte secousse. Mais, après qu'une si illustre suite de génies avait, dans tous les sens, parcouru le domaine de la raison, comment espérer d'atteindre à la nouveauté, d'exciter encore une surprise, surtout de produire un effet assez magique pour opérer une nouvelle et dernière révolution ?

Cette espérance qui manquait au plus grand nombre, a été conçue parle professeur de Kœnigsberg, le célèbre Kant, une des têtes les plus fortes certainement et les plus inventives que l'Allemagne ait produites. Cependant il s'est d'abord trouvé très éloigné de son but , sous le rapport du succès, précisément parce qu'il avait exagéré les moyens d'exciter l'effet et d'obtenir l'attention publique I la nouveauté des classifications, celle

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des termes, les distinctions, les contrastes, Tunion systématique de Tensemble. Quoiqu'il ne manque jamais de gens disposés à admirer sans entendre , ils veulent du moins paraître avoir compris, et cela seul, dans le nouveau système, exigeait un exercice dont les hommes superficiels étaient incapables (B).

La Critique de la raison pure^ le premier ouvrage dans lequel les nouvelles méthodes de Kan t étaient développées, avait été conçu suivant le procédé synthétique , qui devait ajouter encore aux difficultés naturelles qu'il présentait. Ses Prolégomènes^ rédigés sous une forme plus concise, plus piquante, et entièrement analytique, commencèrent du moins d*être lus. Enfin, ses Fondements de la metaphysique , des mœurs , sa Critique de la raison prati^ (/M^(l),en offrant une résurrection inattendue de la morale platonique, agirent plus efficacement sur les esprits, firent naître l'enthousiasme en même temps qu'ils fixèrent l'attention, et décidèrent presque subitement un succès prodigieux, un succès qui mit en honneur les théories dont ce platonisme semblait n'être que le complément. On étudia le criticisme , on y trouva , ou l'on crut y avoir trouvé la solution du grand problème; plus il avait fallu d'effbrls pour s'initier à la nouvelle doctrine, moins il en resta pour

(1) Publiés sealemeni en 1785 et 1788.

les discuter ; on se sentit élevé à un point de vue duquel on pouvait embrasser, juger tous les anciens systèmes. Ainsi, le premier besoin du voyageur qui a gravi au sommet d'une montagne escarpée, est de se reposer, de se remettre, de contempler les régions qui sont à ses pieds, peu empressé à mesurer les hauteurs qui peuvent dominer encore sur sa tête.

Nous devons nous borner ici à exposer fidèlement les nouvelles méthodes de Kant, sans les préjuger en aucune manière. Nous ne saurions nous dissimuler combien il est difficile de les retracer dans un sommaire qui réunisse les deux conditions indispensables d*être exact et d'être intelligible; d'être exact, lorsque les propres disciples de Kant sont si souvent accusés de Tavoh: mal compris , lorsque ceux qui se permettent de combattre quelqu'une de ses opinions , sont assurés d'avance de ne pouvoir échapper à cette accusation ; d'être intelligible, lorsque cette doctrine elle-même, dans ses plus longs commentaires , dans ses plus volumineux dictionnaires , ^St encore enveloppée de tant de nuages (C). Espérons cependant qu'en y apportant quelque zèle et quelque amour delà vérité, il ne doit pas êtne impossible de rattacher cette théorie à quelques notions fondamentales, lorsque Platon, Aristole , Bacon, Leibniz, ont pu être résumés, sans cesser d'être compris.

11 importe bien , ce me semble, ^é îdistinguër,

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dans la théorie de Kant, trois points de vue principaux, qui peuvent la faire juger d'une manière différente : 1** ses intentions, c'est-à-dire le but qu'elle se prescrit et les problèmes qu'elle a posés; 2* ses méthodes, ses nomenclatures ; 3* enfin l'application qu'elle en a faite, ou ses résultats.

Ses intentions et les problèmes qu'elle a posés ont surtout déterminé l'admiration d'une foule de bons esprits qui en ont senti toute l'importance; ses résultats ont effrayé pour le moins autant ceux qui les ont principalement considérés. Quant à ses méthodes, elles ont produit plusieurs effets contraires. Quelques-uns, s'y étant engagés , se sont trouvés pris comme dans un défilé, et les ont jugées nécessaires, parce qu'ils ne savaient plus en sortir ; quelques autres n'ont point eu le courage d'y entrer, et les ont censurées plus par prudence que par conviction; un petit nombre les ont entièrement parcourues , et ont su discerner avec impartialité sous quels rapports différents elles peuvent faire avancer l'esprit humain , l'égarer, ou le laisser au même point, après de nombreux détours.

L'intention de Kant, en proposant son système, est de terminer les trois longues guerres qui désolent l'empire de la philosophie , celles qui se sont élevées entre le dogmatisme et le scepticisme, entre les théories rationnelles et les théories expérimentales, entre l'idéalisme et le matérialisme.

Ce philosophe a donc cherché un passage en-^

tre ces routes opposées, il a cru l'avoir découvert; il a cru pouvoir combattre tous ces systèmes, sans rien emprunter d'aucun d'eux.

Il a pensé que si les philosophes s'étaient, avant lui, partagés entre ces routes contraires, que s'ils n'avaient point aperçu de milieu, c'est qu'on n'avait pas pris un point de départ assez éloigné, et qu'en rétrogradant davantage encore, en posant des questions antérieures aux principes mêmes de ces doctrines, on trouverait un moyen de les éviter également.

Ainsi, les problèmes fondamentaiix qu'il a soulevés , sont nés précisément du contraste de ces systèmes.

Le scepticisme a attaqué en demandant une raison , une preuve des principes élémentaires de nos connaissances : le dogmatisme a répondu par l'autorité du bon sens, du sentiment intérieur, de l'évidence. Le scepticisme a reproché à la raison ses écarts , l'a accusée d'impuissance pour la vérité : la raison s'est justifiée par les contradictions du scepticisme.

Kant a pensé qu'il fallait remonter plus haut encore ; il s'est demandé : La connaissance raisonnable est-elle possible? Comment est-elle possible? C'est-à-dire qu'est-ce que connaître^ et quelle est la relation de la connaissance au sujet qui connaît, et à l'objet connu (1)?

(1) Critique de la raison pure, p. 8 et 9.— Kieseweller, Versuch, p. 12, etc.

Les partisans exclusifs de rexpérience ont objecté aux théories rationnelles que , fondées uniquement sur ridentité, sur la définition du même par le même, elles sont nécessairement infécondes et par conséquent oiseuses , que leur fécondité apparente, produite seulement par l'abus des termes, n'a donné lieu qu'à de vains systèmes. Les partisans des théories rationnelles ont objecté aux amis de l'expérience, que l'observation fournit seulement des faits contingents, momentanés , isolés , partiels ; qu'elle n'a par elle-même aucune force pour les enchaîner d'une manière nécessaire et absolue ; que l'expérience elle-même, pour mériter ce titre, c'est-à-dire pour nous donner le droit de conclure d'un phénomène à un autre phénomène , a besoin de l'intervention d'un principe rationnel, métaphysique, principe qu'elle ne peut se donner elle-même, et qui doit au contraire lui servir de législation.

Kant s'est placé encore ici en avant du point auquel les deux partis avait commencé , il s'est demandé : Comment l'expérience elle-même est-^lle possible? Comment une métaphysique est-elle possible? c'est-à-dire, quel peut être le principe de la fécondité des principes rationnels ou non empruntés de l'expérience? Quelle est la loi en vertu de laquelle nous formons une chaîne des phénomènes observés , nous les rendons dépendants les uns des autres (1)?

(1) Crit. de fa raison pure , p. 12; prolég., p. 18. — Kiesewelter, p. 17.

Le matérialisme a dit : Nos idées ne sont que les représentations , les images des objets qui existent hors de nous, les empreintes qu'ils nous donnent d'eux-mêmes. Il a été jusqu'à dire : Tout le système de nos connaissances ne se compose que des mouvements excités par ces objets dans nos organes. L'idéalisme a montré que le matérialisme reposait sur une hypothèse arbitraire ; il a dit : Nos idées ne sont que nos propres manières d'être, les produits de notre activité intérieure ; comment prouver qu'elles viennent des objets , comment prouver qu'elles leur ressemblent?

Kant a cherché le remède à ces différends dans l'étude des éléments qui composent nos idées ; il s'est donc proposé ce dernier problème : Quel est le moyen de distinguer dans nos idées la part qui est fournie par notre esprit^ qui nous appartient en propre, de celle qui est fournie par les objets , qui nous est donnée (1)?

Le but déterminé des recherches de Kant a donc été d'examiner, d'éprouver la légitimité de nos connaissances , et c'est pour cette raison qu'il a donné à sa méthode le nom de critique (2). C'est plutôt, selon lui , une préparation générale à la philosophie que la philosophie elle-même ; c'est

(1) Crit, de la raison pure , p. 34 , 164 , 3S2.

(2) Critique ^ de x^try,?, juge, d'où Critérium y moyen de jugement.

plutôt nue discipline qu'une doctrine (l) ; c'est une méthode entièrement neuve qui finit précisément là où les théories ordinaires commencent. Ce n'est point une science proprement dite ; c'est en quelque sorte le creuset dans lequel la science humaine doit être portée pour vérifier son titre.

La philosophie critique, en même temps qu'elle réclame un rang à part, réclame aussi le premier de tous; car, en examinant la nature, la légitimité, les limites de nos connaissances , elle s'institue , par là même , leur suprême législatrice ; elle se charge de les soumettre à cette discipline sévère qui leur manquait; en un mot, dans la grande république philosophique , elle laisse aux autres l'action, et se réserve à elle-même la censure.

Si cette intention n'est pas aussi neuve que les partisans de Kant le supposent, elle a du moins, dans tous les cas, un double mérite, par Timportance des problèmes qu'elle fait naître , par la hardiesse des conceptions qu'elle exige ; et déjà on conçoit comment des hommes distingués ont pu s'attacher fortement à une doctrine qui présentait de si hautes questions^ qui promettait de les résoudre. On conçoit aussi comment ses sectateurs ont dû se trouver exposés à toutes les séductions d'une vanité présomptueuse, au danger

(1) Crit. de la raison pure, p. 22 , 25 , etc.

de se croire une sorte d'êlres privilégiés entre les pliilosophes de tous les siècles, comment ils ont pu se livrer à un mépris exagéré pour les doctrines de leurs prédécesseurs , de leurs contemporains, comment ils ont dû surtout traiter avec un profond dédain la philosophie populaire du sens commun; enfin, comment, s' étant constitués les régulateurs des pensées humaines, ils ont pu s'indigner qu'on osât en appeler de leurs sentences.

On conçoit enfin que le choix et la nature de ces problèmes fondamentaux devaient donner à Kant et à ses disciples un avantage particulier dans la manière d'annoncer leurs réformes. Aussi, ceux qui ont eu occasion de parcourir un certain nombre d'écrits sortis de cette école, peuvent-ils remarquer que ces auteurs excellent en général dans les débuts de l'exposition de leur doctrine.

Quoique la philosophie critique prétende ne faire partie d'aucune science et être antérieure même à toutes les sciences, indépendante d'elles, puisqu'elle doit juger leurs caractères, il fallait cependant qu'elle prît ses données quelque part. C'est dans la nature de l'esprit humain, c'est dans l'analyse des facultés intellectuelles, de toutes les opérations qui concourent au grand art de connaître, qu'elle les a puisées, ces données ; car la question de savoir ce que nous pouvons connaître, comment nous pouvons connaître, se réduit , en d'autres termes , à la considération des

moyens que nous avons pour connaître, et de leur proportion avec l'objet de nos connaissances.

La philosophie appelée critique rentrerait donc, sous ce rapport, dans ce que nous avons coutume d'appeler la science de l'entendement humain^ ou encore la philosophie de C esprit humain; mais elle s'en distingue en ce que cette science, traitée parmi nous et en Angleterre par la méthode expérimentale, ne se compose que d'un recueil d'observations de détails sur les opérations de l'esprit humain, ce que l'école de Kant appelle une psychologie empirique ; tandis que cette école, au contraire, se fonde sur une méthode à priori j prétend faire abstraction de toutes les données de l'expérience, considérer la raison d'une manière antérieure à l'observation de ses produits , la considérer dans la déduction des connaissances qu'elle tire entièrement de son propre fonds , et c'est par ce motif que cette école donne à sa doctrine le nom de Critique de la raison pure (1).

Cette philosophie prend encore le nom de transcendaniale ^ en ce sens qu'elle ne s'occupe point des objets de notre connaissance, mais, au contraire, du mode môme de la connaissance que nous en prenons, et qu'elle cherche à expliquer

(1) Ou science qui détermine la pouibililé d'établir des principes à priori , de faire dériver toutes les connaissances d'une source à priori, ( Crit. de la raison pure > p. 6. )

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à priori la possibilité de cette connaissance (1).

D'après le but que le criticisme s'était proposé, les efforts devaient se diriger naturellement sur trois points principaux :

1° Analyser la faculté de connaître, énumérer, classer toutes les facultés dont elle se compose, et les actes ou opérations diverses par lesquelles s'exercent ces facultés.

2° Démêler , distinguer ce qui , dans les produits de ces opérations, appartient à nos facultés mêmes, aux lois qui leur sont naturelles , de ce qui est emprunté des objets.

3° Expliquer l'association qui s'opère entre ces éléments venus de sources opposées , marquer l'application légitime de ces lois de nos facultés, les règles qui doivent la diriger, les limites dans lesquelles elle est restreinte.

Et tels sont, en ejQfet, les trois sujets principaux des recherches de Kant. Les deux premiers, que j'ai eu un motif particulier de distinguer , sont réunis dans la première partie de la Critique de la raison pure, SOUS le litre de théorie tramcendantale élémentaire; le troisième est l'objet de la seconde partie, ou de la théorie transcendantate des méthodes.

I. Mais , d'abord et avant tout, qu'est-co que connaître? En quoi consiste cette connaissance dont nous devons analyser lès instruments?

(i) CriL de la raison pure, 2« édition, intr., § 7.

ConnoUre y selon la déÛDÎtion de Kant, c*est quelque chose de plus qu'apercevoir; c'est aussi quelque chose de plus que penser (1).

La counaissance consiste dans le rapport des images ou représentations qui nous sont données^ avec un objet; dans la réunion de ces représentations en l'unité d'une même conscience. Car V objet d'une représentation 9 dans le langage de Kant, est, en général, ce quelque chose d'un , ce pivot, ce centre auquel on rapporte les matériaux variés de la représentation ou image (2).

C'est ainsi que connaître se distingue d'apercé-voir f puisque l'aperception ne nous fournit que des éléments détachés, désunis, ou que du moins V union qu'elle nous présente, n'étant qu'une rencontre momentanée, fortuite, accidentelle, ne constitue point cet enchaînement général , absolu, nécessaire , qui , selon Kant, est la condition essentielle de la connaissance proprement dite.

C'est ainsi encore que connaître se distingue de penser ; car la pensée roule souvent sur des notions ou sur des images qui ne se rapportent à aucun olyet déterminé.

Or, trois grandes facultés concourent a cet acte

(1) Cru. de la raison pure, p. 146, 165, 194, etc. — Ch. Christ. iJïirhard, Schinid, Worterbuch , p. 133, 162, etc.

(2) im., p. 137.

important de connaître: la sensibilUéj l'entendement, la raison.

Ces faculiés sont étroitement liées entre elles par une gradation , par une subordination successive ; elles composent une sorte d'hiérarchie lo- ^'f fie dont la sensibilité forme la base, dont la raison occupe le sommet. Mais, malgré leurs rapports, elles sont essentiellement distinctes par leur nature, leurs fonctions, leurs propriétés, et cette distinction est fondamentale dans le criticisme.

«La sensibilité est une faculté passive de l'âme, en vertu de laquelle elle est susceptible d'être modifiée, affectée par les objets , d'en concevoir des représentations à l'occasion des impressions qu'ils transmettent(l).

I^ criticisme se distingue ici de la doctrine de Leibniz, qui considérait la sensibilité comme une faculté tout active , et ses modifications comme des produits de l'entendement.

«L'entendement (Verstand), au contraire, est une faculté active, spontanée. La pensée est son privilège, l'acte qui la caractérise. Elle réunit les impressions sensibles, en compose un tout, engendre les notions ou conceptions , produit les jugements, forme et règle les connaissances expérimentales (2).

(i) Schmld, Wôrterbuch, p. 33.

(%) Crit. de la raison pure , p. 137 , 158 , 672 ; prolég. , p. 108 , 172 , etc.

» La limite qui sépare ces deux facultés trace aussi, d'une mauière générale, la séparation des connaissances sensibles et des notions intellectuelles. »

Ici l'école de Kant croit se distinguer de l'école de Locke, ou de ce qu'elle appelle la philosophie empirique, qui ne reconnaît dans l'entendement, dit-elle, qu'une faculté passive, une simple réceptivité des notions (D),

« La raison , enfin {die Vemunfi), est le plus haut degré de l'activité d'un esprit qui a la jouissance de toute sa liberté et la conscience de toutes ses forces ; c'est la faculté de déduire; c'est la faculté de raisonner d'après des principes, de connaître le particulier à l'aide du général , de subordonner les règles de l'entendement à une plus haute unité , à des lois premières et absolues (1). »

On peut donc se figurer l'esprit humain, dans le système de Kant, comme un empire dont la sensibilité représente les sujets ; V entendement y les agents ou ministres ; la raison^ le souverain et législateur suprême ; ou , si l'on veut, comme un édifice dont la sensibilité livre les éléments épars, dont l'entendement assemble les parties, dont la raison est l'architecte : elle seule forme le plan général d'après un idéal qui lui est propre.

(I) cm. de la raison pure, p. 24, 355, etc.

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