IV. IG
pour soulever l'univers, de points d'appui qui subsistent par eux-mêmes , qui ne supposent aucune condition * c'est-à-dire , de certaines idéei entièrement complètes.
• Ainsi, en remontant du prédicat au sujet, elle a besoin de s'attacher à l'idée d'un sujet absolu^ qui ne soit prédicat d'aucun autre.
»En remontant d'une hypothèse à une autre hypothèse, elle a besoin d'un principe , d'un fcMidément ab$olu qui subsiste par lui-même.
» Le jugement disjonctif se fondant sur le rapport de la partie à son tout, la raison, en suivant celte ligne , a besoin de venir s'arrêter à l'idée d'un tout absolu.
» De là les trois formes de la raison , les trois idées primitives, originaires, nécessaires, à priori.
Sujet absolu. | ^ , . * > Idée psychologique.
Cause absolue. Dieu, — théologique.
Tout absolu. Vunivers. — cosmologique.
Ces vingt-cinq /brine5 (intuitions, notions, idées) composent l'appareil, et , si l'on peut dire ainsi, l'arsenal des instruments que l'esprit possède en lui-même , et qu'il applique aux matériaux qui lui sont donnés, soit pour former de nouvelles notions, soit pour établir le système de ses connaissances.
(i) CfU. de la raison pure, p. 370, 890; prolég., p. 126, 129.
PHILOSOPHIE MODERNE. CHAP.i XXV. 243
III. Jusqu'ici donc nous n'avons encore qu'une sorte de squelette intellectuel ; il nous reste à lui donner la vie, à mettre en mouvement cette machine dont nous venons de décomposer les pièces, à voir en un mot comment l'esprit use de ces instruments. C'est ici certainement la partie la plus hardie du système de Kant.
Voyons d'abord comment l'esprit applique ces formes pour produire ou des images, ou de nouvelles notions.
«Les intuitions pures (l'espace et le temps ), en s'unissant aux intuitions empiriques , en les absorbant dans leur sein , formeront d'abord des images , des intuitions sensibles proprement dites et objectives (1).
»Les intuitions pures, en s'unissant aux notions ou conceptions pures, constituent ce que Kant appelle schéma ou type. »
Pour concevoir la nécessité de ce schéma , il faut observer que, dans le système de Kant, les conceptions pures de l'entendement ne peuvent s'appliquer directement, immédiatement, à la matière de la sensibilité. Elles ont donc besoin d'un anneau moyen qui leur permette de se rattacher ainsi à la matière de nos connaissances. Cet anneau, c'est V intuition pure du temps^ forme générale de la sensibilité.
(1) Crit, de la raison pure , p. 47 , 125, etc. (âj /^i(i.,p.l76,187,
• Les catégories, c'est-à-dire les notions de l'entendement , s'unissant ensuite entre elles , formeront un nouvel ordre de notions pures et à priori^ mais dérivées des prédicables du plus pur entendement (1).
» Les formes pures de la raison , les idées complètes, dans leur contact avec les notions pures de l'entendement , formeront aussi des idées pures^ mais dérivées. De là résulte une nouvelle espèce de schéma déduit des plus hautes idées , qui fonde ce que Kant appelle Yunité archiiec tonique, et duquel résulte ce que nous appelons une science j le plan et la coordination de ses parties (2).
» Les formes naturelles à notre esprit n'ont par elles-mêmes qu'un caractère subjectif; pour en déduire des connaissances, il faut leur prêter un caractère objectif; il faut que les sensations soient élevées au degré d'intuitions , les intuitions rapportées à des notions , les notions enfin ramenées à des intuitions. Cette connexion entre des éléments qui ont des sources différentes et même contraires, ne peut avoir lieu que d'après des règles fondées à priori dans Tentendement même, dérivées de sa nature. Ces règles sont certains
(1) Crit. de la raison pure, p, 107.
(2) md.f p. 861.
principes, certains axiomes, qui correspondent aux diverses formes intellectuelles dont ils règlent remploi (1).
• Règles pour Tapplication des deux formes de la sensibilité :
» 1** Tout objet offert à nos sens extérieurs se trouve dans respace et en réunit les attributs.
» 2® Tout objet offert à nos sens internes ou externes existe de même dans le temps et en réunit les propriétés (2).
» Règles pour l'emploi des catégories dans leur rapport aux objets de nos perceptions.
» Règle générale. : tout ce qui doit servir d'objet à l'expérience possible doit se trouver soumis à Pune^ au moins, des trois notions pures qui sont renfermées dans chaque mode de la pensée (3)*
» Règles particulières pour remploi de chaque catégorie :
I Principe de la quantité : Tous les phénomènes , dans les intuitions que nous en avons, sont des quantités extensives , c'est-à-dire , susceptibles d'être
(1) Crit. de la raison pure, p. 198, 263, 830.
(2) Ibid., p. 51.
(3) Le principe suprême et primitif de tous les jugements synthétiques^ au moyen desquels Texpérience devient possible, est celui-ci :
Chaque objet est soumit aux conditions nécessaires de Vunité syntMiquc des éléments variés de Vinluition , dans Vexpérience pos* siblc, ( Crit, de la raison pure , p. 176. )
246 mST. COMP. DES SÏST. DE PHIL.
aperçues d'une manière successive et par parties détachées (1).
» Principe de la qualité : Dans tous tes phênomènes ^ ce qui est réel ou ce qui sert d^ objet à la sensation , a une quantité intensive ou un degré de réalité qui peut diminuer à lHnfinijusqu'à—0 (2),
» Principe général de la relation : L'expérience n'est possible que par la représentation (Cune connexion nécessaire entre les perceptions i Ce principe se sous-divise en trois autres, relatifs à la persévérance de la substance y à la nécessité d'une cause pour chaque événement^ à t action réciproque des substances (S),
«Principes relatifs à la modalité:
» 1** Tout ce qui se concilie avec les conditions for^ nielles (l'espace et le temps) de l'expérience^ est possible.
» T Tout ce qui est lié aux conditions matérielles de Inexpérience (la sensation) , est réeU
» 3» Tout ce dont la connexion avec une chose réelle est déterminée par les conditions générales de l'expérience^ existe nécessairement (A).
(i) Crit. de la raison pure, p. 202. Ce principe est appelé par Kant : Axiome de Vintuition,
(2) Ibid., p. 207. Ce principe est appelé par Kant : Anticipation de la perception.
(3) Ibid., p. 218 et suiv. Ces principes sont appelés par Kant: Analogies de ^expérience.
(4) Ibid., p. 265. Kant appelle ces maximes : les Postulats de la pensée empirique.
»Le principe général de la raison est celui-ci : Là où le conditionnel est donnée là aussi est donnée ta série complète des conditions , et par conséquent le non-conditionnel ou l'absolu. »
Il faut bien distinguer deux sortes d*usages que la raison peut faire de ses idées pures.
• Le premier est simplement logique , c'est-àdire, il constitue simplement la raison régulatrice suprême. Sous ce rapport , les idées lui sont nécessaires, indispensables, pour donnera nos conceptions une forme tin^, complète, systématique; elle n'applique ainsi ses idées que comme des auxiliaires , des guides qui fixent sa direction ; cette liaison parfaite qu'elles servent à exécuter est rigoureusement requise pour l'enchaînement de nos connaissances.
• La règle de cet usage logique s'exprime ainsi : Cherchez à donner aux connaissances conditionnelles de r entendement une unité complète , par le moyen de l'absolu (1).
• Mais la raison est aussi poussée par un besoin naturel, constant , à faire de ses idées un autre usage plus étendu , à leur attribuer un ordre d'applications o6;ec(îi;e« et réelles, à créer ainsi, par leur moyen , par-delà le monde de l'expérience, un monde métaphysique (2). La philoso-
(1) Crit. de la raison pure, p. 346, 386, 674.
(2) Wid., p. ^65.
248 HIST. COMP* 1>£5 ^XlbT. DB l>Ha.
phîe critique avoue, recoDDaît ce besoin, mais n'en approuve point les effets. Elle ne considère donc ces secondes applications . que comme des postulats^ une sorte de vœux , de désira de la raison pure.
%Les règles que nous venons d'énoncer sont autant de jugements synthétiques à priori , dans le sens que nous avons indiqué plus haut (1). Elles déterminent et fixent pour nous la possibilité de rexpérience(2). »
Observons enfin qu'outre la réflexion logique dont nous avons parlé ci-dessus (3) , il y a aussi une réflexion transcendantale , dont l'office est, dans le criticisme, d'une haute importance, et qui a pour objet de reconnaître quelle est celle de nos facultés à laquelle correspond une représentation, et de prévenir ainsi les méprises qui pourraient naître d'une fausse et vicieuse application de chacune de ces facultés , en les maintenant dans leur domaine légitime (4).
Tel est le tableau des nomenclatures et des méthodes qui sont propres à la philosophie critique, réduites, autant qu'il est possible, à un résumé sonamaire, et dépouillées de l'appareil qui
(î2) Crit, de la raison pure, p. 764. Kant les appelle jugettunls synlhéliques à priori directs,
(4) Cri4. de la raison pure, p. 3J6, 324,
es environne. Maïs ce n*est pas tout de dressgr des tables , d'imposer des noms , de distinguer, de classer des idées; il importe encore de savoir à quoi conduit tout ce travail, quels sont les résultats qu'il présente ou qu'il peut faire espérer.
Ces résultats de la philosophie peuvent être de deux sortes :
!•* Détruire ou prévenir les erreurs ;
2° Augmenter la certitude ou le nombre des vérités.
Un système de philosophie peut , dans ses résultats, ou atteindre de lui-même directement ces deux buts , ou nous préparer nous-mêmes à y parvenir.
Kant a consacré , sous le nom de dialectique transcendantale, une des deux parties de sa logique à l'étude des causes des illusions de l'entendement, illusions {Scheine) qui ne sont point des vraisemblances, des probabilités , mais de pures chimères; illusions que, pour de très bonnes raisons , Kant et son école s'efforcent de distinguer de ce qu'ils appellent des apparences ( £rscheinungen) (1).
11 ne s'attache qu'aux illusions qu'il appelle transcendantales , c'est-à-dire qui naissent d'un faux usage des facultés pures intellectuelles. 11 ne
(I) CriL lie la raison pure , p. 352.
S60 HIST. GOMP. DES 8YST. DE PHIL.
s'occupe point des illusions de Timagination , ni même des erreurs nées d'une violation des lois de la logique.
Les erreurs dont il a démêlé plus particulièrement l'origine, sont les suivantes:
Celles qui résultent de ce qu'on attribue k l'une de nos facultés intellectuelles les fonctions qui ne conviennent qu'à une autre, comme lorsque les sceptiques accusent les sens d'incertitude en attribuant aux sens une faculté de juger qui n'appartient qu'à l'entendement. Kant appelle ces illusions amphibologie des notions de la réflexion (1 ) .
Celles qui naissent d'une conclusion fausse dans sa forme ; elles ont lieu lorsque de la conception transcendantale nous concluons à l'existence réelle de son objet, quoique placé au-dessus de toute expérience. Kant donne à une semblable erreur le nom de paralogisme (ranscendantal{2).
Celles qui ont lieu lorsque , ayant posé une hypoth^ qui renferme dans ses éléments une contradiction cachée, nous nous trouvons conduits à des paradoxes apparents ; la raison alors, en suivant ses propres lois, se trouve en opposition avec elle-même; la thèse et V antithèse se trouvent également et irrésistiblement démon-
(1) Crit, de la raison pure, p. 316.
(2) mu,, p 399.
trées : Kant appelle cette illusion V antinomie de la raison (1).
Celles qui ont lieu lorsque nous commettons la méprise d^ppliquer à la sphère des choses surnaturelles les lois , les proportions du monde sensible, à l'Être-Suprême, par exemple, les attributs de la nature humaine : c'est V anthropomor^ phisine (2).
Mais une des illusions les plus communes aux J>hilo8ophes , une illusion trop peu remarquée, qui a exercé une influence très importante sur rhistoire entière de la science , que Kant a le mérite d'avoir aperçue avec la plus grande sagacité, d'avoir développée avec beaucoup d'art, c'est celle qui nous fait transporter et réaliser» dans les objets, les simples règles logiques de nos pensées. Sa philosophie entière est destinée à la combattre.
Il n'est point encore question de savoir si Kant, en discutant le principe de ces illusions, ne lui a pas donné une extension très exagérée , et n'a point employé cette analyse contre des vérités très positives; il suffit, pour le moment, de remarquer que là où ces illusions existent réellement, il a fourni des indications pour les découvrir.
Passons à Tordre des vérités.
(1) Crit. de la raison pure , p. 432 , 595.
(2j IMd., p. 725, prolég., 173.
Ici , il y a quatre choses à considérer : leur certitude, leurs limites naturelles, leur réalité, enfin les moyens de les multiplier dans la sphère soumise à l'empire de nos facultjés.
« La vérité est logique ^ formelle , produite par le simple accord des connaissances entre elles, ou objective, matérielle, par leur accord avec les objets (1).
»Dans ce dernier cas, elle est empîrUiue si Tobjet est sensible , ou métaphysique si l'objet est surnaturel (2).
» On peut distinguer quatre degrés dans la force avec laquelle nous nous attachons à la vérité ou à son apparence : la persuasion, V opinion, la Croyance , la ceriiiude enfin , qui seule constitue la science proprement dite.
» La persuasion n'est qu'une illusion (3) . Elle n'a son fondement que dans la disposition particulière du sujet qui en jouit. Aussi, l'épreuve assurée pour la reconnaître est de chercher à la communiquer aux au très (4).
» V opinion correspond à la vraisemblance. Ses fondements ne sont suflfisants sous aucun des deux rapports subjectif et objectif. Cependant elle est plus que la persuasion : ce n'est pas encore
(1) Crit. de la raison pure , p. 82, 670, 848.
(2) JWd., p. 114, 183,269.
(3) Ibid., p. 88.
(4) ïind., p. 8iî).
la vérité complète , ce n'est pas une fiction. On sait au moins quelqtie chose de ce qui doit fonder la connexion du problème avec les données; la loi de connexion est certaine, quoique les données soient insuffisantes. Il ne peut y avoir d'opinion que dans les choses d'expérience ; elle ne peut avoir lieu à l'égard des jugements déduits de la raison pure y c'est-à-dire à Tégard des mathématiques , de la métaphysique et de la morale (1).
» Croire j c*est admettre une chose comme vraie, par des fondements suffisants sous te rapport subjectifs tnsuffisants sous le rapport objectif Ç2).
»La croyance ne s'applique point aux choses théoriques et spéculatives; elle n'a lieu que sous le rapport pratique.
• Alors la croyance est un eflFet des conditions attachées au but que la raison pratique s'est prescrit.
» Si ce but est nécessaire , si la condition est nécessairement et absolument exigée par ce but, la croyance aussi est nécessaire : telle est celle des vérités morales.
»Si la condition n'est nécessaire que relativement à l'esprit de celui qui agit , parce que tout autre moyen lui est inconnu, la croyance est prag^
(1) Crlt. de la raison pure, p. 850, 831.
(â) Cril. de la raison prat., p. II.
â5& HIST. GOMP. DES «Y&I. BS PHU.
matique : telle est celle du médecin en la vertu des remèdes qu'il administre (1).
» Il y a cependant une sorte de croyance doc^ Irinale qui peut appartenir aux idées iranscendantales^ à celle de Dieu, par exemple; elle résulte de l'utilité que cette supposition nous présente pour satisfaire aux besoins systématiques delà raison (2). Mais on ne peut tenir aucun compte de cette croyance dans Tordre spéculatif; elle n'a qu'une application pratique et subjective, pour donner une cer-» taine direction aux opérations de notre esprit, et favoriser la complète formation de la grande unité (3).
» L'épreuve de la croyance est dans l'étendue des intérêts que l'on pourrait se résoudre à expo» ser réellement pour cette croyance , épreuve à laquelle ne résisteraient pas souvent des gens qui aflftrment avec beaucoup de force, et qui s'imaginent peut-être avoir une croyance dont ils sont fort éloignés en effet (4).
» La certitude, enfin, est une conviction dont les fondements sont également suffisants sous le double rapport objectif et subjectif (5). Elle estapodicti-
(1) Crit, de la raison pure , p. 832.
(2) Voyez ci-devant, p. 247.
(3) Crit, de la raison pure, p. 853.
(4) IHd., p. 854.
(3) md., p. 836, 837.
PHItOSOPHIE MODEENE. GHAP. UV. 255
911^ OU absolue lorsqu'elle est associée à la cou-* science de la nécessité (1). »
Cette certitude apodictique ou absolue devient le sujet de Tune des prétentions les plus marquées et les plus singulières de Fécole kantienne. Elle pense avoir le privilège exclusif d'établir , d'une manière incontestable, la certitude apodictique des sciences mathématiques et de toijtes les sciences à priori^ parce qu'elle les fonde sur sel formes naturelles et nécessaires de nos représentations , savoir : les premières sur la forme de l'espace, les autres sur les notions discursives de l'entendement (2).
Nous avons vu qu'une des intentions principales du philosophe de Koenigsberg était de fixer d'une manière précise la limite de nos connaissances,
La conclusion de ses recherches est celle-ci : Nos connaissances réelles ne s'étendent point hors du domaine de P expérience (3).
Il ajoute même que nous sommes dans l'impossibilité de déduire de l'expérience aucune connaissance qui ne puisse être à son tour l'objet d'une expérience au moins possible (F).
Ainsi, tout ce qui ne correspond point à une
(i) Prolég., p. i9.
(2) Prolég.. p. 54. — CHt. de la raison pure , p. i i7 , 86S , etc.
(3) cm, de la raison pure , p. 729.
266 HïST. GOMP. DES SYTS. DE PHIL.
expérience passible ne peut nous fournir FoBjet d'une connaissance objective.
Toutes les grandes questions psychologiques, cosmologiques, théologiques, c'est-à-dire, par exemple, l'existence du principe pensant, sa simplicité, son immortalité , sa liberté , le commencement du monde, la divisibilité de la matière à l'infini, l'existence de Dieu, ses attributs, etc., toutes ces questions sont dans ce cas , et ne peuvent prendre place dans l'ordre de nos connaissances (1).
Le philosophe de Koenigsberg s'est longuement étendu sur ce sujet. Il a rassemblé, sur les questions cosmologiques et théologiques , une série de thèses et d'antithèses qui , suivant lui, prouvent le pour et le contre avec la même force, et produisent une de ces contradictions de la raison dont nous avons parlé à la page 250.
Après avoir ainsi converti toutes ces questions en paradoxes,- il s'est délivré fort adroitement de l'embarras qu'ils pouvaient causer ; il s'est dispensé , par un seul mot , de la nécessité de résoudre les questions elles-mêmes, en disant qu'elles reposent sur une supposition fausse de l'esprit, savoir : que les idées qui les occasionnent puissent avoir une valeur objective (2),
(i) Crit. de îa raison pure, p. 662, 73i.
(2j IbkL, p. 432, 59.^.
PHUiOSOPHIE MODERNE. CHAP. XXV. 267
Ainsi, une solution quelconque de ces questions est, suivant lui, hors de la portée de notre esprit,
« Il y a cependant des sciences à priori qui ne sont point fondées sur l'expérience , qui subsistent par elles-mêmes, telles que les sciences mathématiques , la pbysique pure ( Beine nainr-irnsen^ schaft), la philosophie pure^ là métaphysique enfin(l).
» Mais ces sciences n'ont précisément pour objet que les formes de nos représentations, Jes conditions générales et absolues de l'expérience, et de là vient le caractère de généralité, de nécessité qui leur appartient.
» Et comme les formes de la sensibilité, de l'entendement, de la raison, ne peuvent s'appliquer directement, immédiatement aux objets réels; comme les formes de la raison ne peuvent servir qu'à opérer l'enchaînement des notions (2) ; comme les notions ou formes de C entende^nent ne peuvent s'appliquer aux objets que par l'intermédiaire des formes de la sensibilité (3) ; comme, enfin, les formes de la sensibilité sont elles-mêmes vides de réalité, tant qu'elles ne sont point remplies par les sensations empiriques ; il est visible qu'aucune des représentations pures qui forment réchelle transcendantale, ne peut ojQFrir, parelle-
(1) CrïU de la raison pure , p. 3 ; prolég., p. 48, 71. &) Voyez ci-dessus, p. 233.
(3) Voyez ci-dessus , p. 243.